A L'ECOLE DE LA VIERGE MARIE, EGLISE CATHOLIQUE, JEAN EUDES (1601-1680), VIE CHRETIENNE, VIERGE MARIE

La vie chrétienne à l’école de la Vierge Marie selon saint Jean Eudes

A L’ECOLE DE LA VIERGE MARIE SELON SAINT JEAN EUDES

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« Nous ne devons pas séparer ce que Dieu a uni si parfaitement. Qui voit Jésus voit Marie, qui aime Jésus aime Marie. Celui-là n’est pas vraiment chrétien qui n’a pas de dévotion à la Mère de Jésus-Christ et de tous les chrétiens » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 337, Lecture 50).

« Il nous faut regarder et adorer son Fils en elle, et n’y regarder et adorer que lui. Car c’est ainsi qu’elle veut être honorée, parce que d’elle-même et par elle-même, elle n’est rien : son Fils est tout en elle » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 338, Lecture 50).

Dans la tension de ces deux citations, nous pouvons saisir le souci de saint Jean Eudes (SJE) (prêtre normand, 1601-1680) : donner une place à la Vierge Marie dans la vie et la dévotion chrétiennes, n’occulter en rien la place de Jésus-Christ.

Voilà la clé de la dévotion mariale chez Jean Eudes. Oui, Marie a une place importante, mais c’est à cause de son union à son Fils. « Elle n’est rien sans son Fils qui est tout en elle. » Cette considération doit nous interpeler dans notre pratique. Quand nous méditons le chapelet, nous ne contemplons pas la vie de Marie, mais les étapes et les mystères de la vie du Christ, dont Marie a été témoin et auxquels elle a été unie. Pour saint Jean Eudes, la dévotion mariale est contemplation de l’union indissociable du Christ et de Marie. « Son Fils Jésus est tout en elle : il est son être, il est sa vie, sa sainteté, sa gloire. Il faut le remercier et nous offrir à lui pour qu’il nous fasse participants de l’amour qu’elle lui a porté » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 337, Lecture 50).

Nous avons donc à contempler et respecter cette union : être de Marie – être de Jésus, vie de Marie – vie de Jésus, sainteté de Marie – sainteté de Jésus, gloire de Marie – gloire de Jésus.

 

 

  1. Sources scripturaires 
    Avec Luc, nous découvrons une femme banale, une jeune fille promise. Ce qui retient notre attention, c’est son « OUI » (Luc 1,38). À partir de ce « OUI », elle est unie au Christ. Elle le porte. Comme toute mère elle le portera toujours, jusqu’à avoir son cœur transpercé d’un glaive de douleur quand ce Fils mourra. À la Visitation, qu’est-ce que reconnaît Elisabeth ? « Comment ai-je ce bonheur que la Mère de mon Sauveur vienne jusqu’à moi » (Luc 1,43). Sous l’action de l’Esprit, Elisabeth authentifie l’union de Marie qui porte Jésus.

 

2 Marie favorise le passage de son union au Christ à notre union au Christ

À la crèche, la mère et l’enfant sont très proches. Mais Marie n’est pas propriétaire du don de Dieu. Aux bergers, aux mages, elle donne son fils à contempler, à reconnaître comme signe de l’œuvre de Salut de notre Dieu. Au Temple, elle laisse Syméon, cet inconnu, prendre l’enfant et lui-même en devenir porteur. Dès la naissance de Jésus, Marie découvre qu’elle doit communier à son offrande. Marie partage son union ; elle favorise le passage de son union au Christ à notre union au Christ. Cette part sacrificielle de sa vie en union au sacrifice du Christ, Marie l’expérimente peu à peu. C’est la leçon que nous pouvons retenir du pèlerinage au Temple quand Jésus eut douze ans (Luc 2,41-50). Elle doit apprendre que c’est au Temple, au lieu même du sacrifice, que son Fils doit être, dans l’accomplissement de la mission donnée par son Père. Et Marie doit y être aussi.

C’est ainsi que nous pouvons comprendre aussi l’épisode qui nous est rapporté de la rencontre de Jésus et de sa Mère alors qu’il est sur les routes (Matthieu XII, 46-50 ; Marc III, 31-35 ; Luc VIII, 19-21). Souvent, ces passages sont interprétés comme sévères vis-à-vis de Marie quand Jésus interroge : « Qui est ma mère ? » Mais la réponse du Seigneur est bien un éloge : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est ma mère. » Il n’y a pas de plus beau compliment fait à la Vierge Marie dans tout l’Évangile ! C’est bien elle qui fait la volonté de Dieu. Marie est bien celle par excellence qui communie à la volonté de Dieu, comme son Fils. Dans cette union totale avec le Fils, elle a souvent dit les paroles de Gethsémani : « Non pas ma volonté Seigneur, mais la tienne » (Luc 22,42).

Et c’est à partir de ces méditations de l’union du Christ et de Marie, que saint Jean Eudes a été conduit à contempler leur intimité. Et tout naturellement, il la situe dans le Cœur.

Dans l’Évangile de Jean, au chapitre 2, nous voici à Cana. Jésus et Marie sont là, ensemble, encore et toujours. Regardons Marie. Elle se préoccupe de la situation, elle est charité pour les mariés. Et se faisant, elle ne met pas le projecteur sur elle, mais sur son Fils : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2,5). SJE décrit ce mouvement : un amour qui unit Jésus et Marie, qui est ouvert sur l’amour pour tous les hommes et permet qu’ils rencontrent le Christ.

Cette dynamique culmine à la Croix. Jésus et Marie sont là, ensemble, encore et toujours. « Jésus dit à sa Mère : « Femme voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » » (Jean 19, 26-27). Tout est dit. Tout est vécu. L’amour culmine dans ce don. Jésus est donné. Marie aussi. De Mère du Christ, elle devient Mère des hommes. Son amour pour son Fils devient amour pour nous. Le Cœur de Marie, c’est le cœur de la Mère du Christ qui aime tous les hommes, avec un cœur de Mère. « Le Cœur de Marie est tout amour pour Dieu, car il n’a jamais rien aimé que Dieu seul […]. Il est tout amour, parce que la Vierge Marie a toujours aimé Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces. Il est tout amour parce qu’il a toujours voulu ce que Dieu voulait. […] Le Cœur de Marie est tout amour pour nous. Elle nous aime du même amour dont elle aime Dieu, car c’est Dieu qu’elle regarde et aime en nous. Et elle nous aime du même amour dont elle aime son Fils. Car elle sait qu’il est notre chef et que nous sommes ses membres » (Œuvres complètes, vol. VIII, p. 114, Lecture 53).

Voilà qui donne le vertige. Car si nous contemplons ce que Dieu a fait en Marie, nous sommes conduits à prendre conscience de ce qu’il a fait pour nous et, dans le même mouvement, à reconnaître combien nous lui en sommes redevables ! Nous pourrions fuir, nous estimer indignes de tels bienfaits. C’est à cause de ce risque qu’il y a le Carême. Il nous prépare à vivre la grandeur du don que Dieu nous fait et que nous célébrons à Pâques. Et c’est pour que nous ne fuyions pas que SJE lance cet appel : « Vous tous qui avez soif, venez boire à cette source. Hâtez-vous ! Pourquoi différez-vous d’un seul moment ? Vous craignez de faire du tort à votre Sauveur si vous vous adressez au Cœur de sa Mère ? Mais ne savez-vous pas que Marie n’est rien, n’a rien, ne peut rien que de Jésus, par Jésus et en Jésus ? Que c’est Jésus qui est tout, peut tout, et fait tout en elle ? Ne savez-vous pas que non seulement Jésus est résidant et demeurant continuellement dans le Cœur de Marie, mais qu’il est lui-même le Cœur de son Cœur, et qu’ainsi venir au Cœur de Marie, c’est venir à Jésus » (Œuvres Complètes, vol. VI, p. 148, Lecture 52).

Alors n’ayons pas peur. Comme Jean y a été invité au pied de la Croix, prenons Marie chez nous (Jean 19,27). C’est aussi l’expérience de Joseph : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, car l’enfant qu’elle porte, vient de l’Esprit Saint » (Matthieu 1,20). Nous voici dans notre troisième moment auquel nous invite saint Jean Eudes : vivre avec Marie.

 

  1. La vie chrétienne à l’école de la Vierge Marie 
    Le Cœur de Marie nous est donné pour devenir le nôtre, le siège du même amour, la force du même accueil de la volonté de Dieu, la capacité de la même offrande de notre vie. Mettons-nous à l’école de l’amour débordant de ce Cœur. « Ce Cœur admirable est l’exemplaire et le modèle de nos cœurs, et la perfection consiste à faire en sorte qu’ils soient autant d’images vives du saint Cœur de Marie » (Œuvres Complètes, vol. VIII, p. 431, Lecture 52). Saint Jean Eudes parle de Marie comme le prototype du chrétien puisque le Cœur de Marie est le modèle de notre cœur. Si nous nous référions au Cœur de Jésus seul, il paraîtrait normal qu’il soit la perfection de l’amour. Il est Dieu. Mais dans le Cœur de Marie, nous puisons le grand encouragement qu’un cœur humain puisse aimer de la sorte. Nous croisons ici toute la dynamique de la vie chrétienne prêchée par SJE. Il s’agit de « former Jésus en nous », de nous laisser configurer au Christ pour aller jusqu’à « continuer la vie de Jésus ». Voilà le programme. Impossible à remplir sans suivre l’exemple encourageant de Marie, sans être habité de l’amour de Dieu.

Notre cœur doit avoir une double orientation : aimer Dieu comme Marie à Cana qui va trouver son Fils, comme Marie du pèlerinage au Temple qui n’a de cesse de retrouver son Fils ; et aimer tous les hommes comme Marie de Cana qui se préoccupe de la situation, comme Marie de la Croix qui devient la mère de Jean, de nous tous.

À nous d’aller de l’avant dans cette lancée. Nous devons être à l’école du Cœur de Marie dont saint Jean Eudes décrit l’activité débordante : « Ô très douce et très pieuse Vierge Marie, vous qui regardez des yeux de votre bonté tant de misère et tant de misérables, dont toute la terre est remplie ; tant de pauvres, tant de veuves, tant d’orphelins, tant de malades en toutes manières, tant de captifs et de prisonniers, tant d’hommes qui sont traversés et persécutés par la malice des hommes, tant d’indéfendus qui sont opprimés par la violence de ceux qui sont au-dessus d’eux, tant de voyageurs et de pèlerins qui sont au milieu des périls, sur mer et sur terre, tant d’ouvriers évangéliques qui sont exposés à mille dangers pour sauver des âmes qui se perdent, tant d’esprits affligés, tant de cœurs angoissés, tant d’âmes travaillées de diverses tentations … » (Œuvres Complètes, vol. VII, p. 32, Lecture 57). À l’école de la Vierge Marie, c’est bien vers eux tous que nous devons orienter notre regard pour apporter, comme elle, la guérison par l’amour de son Fils.

Entendons pour nous-mêmes la réponse de Jésus : « Heureuse celle qui t’a nourri de son lait. – Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique » (Luc 11, 27-28). Vivons de cette béatitude vécue par Marie

 

 

SAINT JEAN EUDES (1601-1680)

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Jean Eudes est né le 14 novembre 1601 à Ri, près d’Argentan. Ses parents qui, pour obtenir un enfant, avaient invoqué la Vierge Marie, le lui consacrèrent dès avant sa naissance. Il passa son enfance à la campagne puis, à quatorze ans, il fut confié aux Jésuites de Caen. Adolescent, il manifestait une ténacité qui lui servira toujours, et il témoignait aussi d’une compréhension profonde de l’Evangile. Il fréquenta la Faculté de théologie de Caen (1621-1623) où il connut l’Oratoire, institut récemment fondé à Paris par Pierre de Bérulle. Jean Eudes, admis à l’Oratoire de Paris (25 mars 1623), poursuivit ses études dans les maisons de Marines et d’Aubervilliers. Il fut ordonné prêtre le 20 décembre 1625, après avoir été initié par Bérulle lui-même au mystère du Christ et de son Sacerdoce.

Les deux années suivantes furent un repos forcé, imposé par une grande fatigue. Jean Eudes fit de ce repos une longue retraite où il approfondit sa connaissance des Ecritures, des Pères et des spirituels. Il comprit de mieux en mieux que le Christ est notre Chef, que nous sommes ses membres et que nous devons vivre de sa vie. Il sera à la fois rénovateur et novateur. Rénovateur de la vie chrétienne, novateur par ses initiatives concrètes.

En 1627, son père lui écrivit que la peste ravageait la région d’Argentan où beaucoup mouraient seuls, sans sacrements. Il partit pour ce premier ministère, puis il rejoignit l’Oratoire de Caen. Dès lors, il se consacra aux missions intérieures. Durant cinquante ans, il prêcha, rappelant inlassablement la sainteté de la vie chrétienne : « Etre chrétien et être saint, c’est la même chose, c’est faire profession de Jésus-Christ. » Il insistait sur le baptême, point de départ et source de cette vie, dont recommandait de renouveler fréquemment les promesses.

Parce que Jean Eudes rencontrait souvent des prêtres médiocres ou ignorants, peu préparés à leur ministère, il se sentit appelé à préparer de meilleurs prêtres. Il rencontrait, chez ses supérieurs oratoriens un refus persistant. Il priait, réfléchissait, consultait mais attendait. Finalement, et non sans déchirement intérieur, il quitta l’Oratoire, et le 25 mars 1643, avec quelques prêtres, il commença une nouvelle communauté, la Congrégation de Jésus et Marie, dite aujourd’hui des Eudistes, qui ouvrit le séminaire de Caen. Désormais Jean Eudes travailla sur plusieurs fronts : les Missions, qu’il ne laissa jamais, et le séminaire. Cette seconde œuvre lui apparaissait primordiale, et si au cours d’une Mission il apprenait qu’il y avait besoin au séminaire, on devait, disait-il, « y courir comme au feu. »

Devenu supérieur d’une congrégation sacerdotale qu’il mit à la disposition des évêques, il fut sollicité pour fonder des séminaires en Normandie et en Bretagne. De 1643 à sa mort, il vécut un temps d’intense action pour le service de l’Eglise. Ce fut aussi des années d’épreuves. De la part de plusieurs personnes, d’anciens amis et de jansénistes, Jean Eudes rencontra toutes sortes d’oppositions. Raillé, vilipendé et calomnié, ce fut un homme à abattre. « La divine Miséricorde, écrit-il dans son Journal, m’a fait passer par un grand nombre de tribulations : c’est une des plus grandes faveurs qu’elle m’a faites. »

En 1648, Jean Eudes fit célébrer, à Autun, la première fête liturgique du Cœur de Marie. Un peu plus tard, en 1672, les communautés eudistes célébrèrent la première fête liturgique du Cœur de Jésus. L’institution de cette fête était l’aboutissement de toute une vie de prière et de service apostolique. Toute sa vie, Jean Eudes avait contemplé l’amour de Dieu. Il l’avait sans cesse découvert dans l’Écriture, médité dans les écrits des spirituels et dans sa prière ; il l’avait reconnu dans la vie, dans son ministère de prêtre.

Saint Jean Eudes mourut à Caen le 19 août 1680 et fut canonisé, le 31 mai 1925, en même temps que Jean-Marie Vianney. Dans le titre de sa canonisation, « Père, docteur et apôtre des cultes liturgiques des Cœurs de Jésus et de Marie », l’Église reconnaît l’engagement missionnaire constant de saint Jean Eudes au service de la vie chrétienne, invitant les baptisés à prendre conscience de l’union qu’ils sont invités à vivre avec le Christ pour ne faire qu’un seul cœur avec Lui et entre eux. Marie est « l’exemplaire » parfait et universel de la vie dans le Christ, elle dont le cœur ne fait qu’un avec celui de son Fils. Saint Jean Eudes demeure ainsi un des grands maîtres de l’École Française de Spiritualité au XVIIe siècle.

FILM BLAKkKLANDMAN, FILMS, SPIKE LEEE

Film BlacKkKlandman

Film BlacKkKlandman

Film de Spike Lee

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Deux critiques du film Balkkklandman qui donne l’histoire vraie d’un policier noir qui a infiltré le Klu Klu Klan au moment où les noirs d’Amérique revendique l’égalité avec les blancs avec le mouvement pour les droits civiques. Le film est surtout centré sur le mouvment des Blaks Power. C’est un film avec des moments parfois comiques mais aussi dramatiques car appuyés sur une réalté que l’on ne peut ignorer. Le film se termine avec les évènements de Charlestown. Un film d’hier et d’aujourd’hui : les braises du  racisme ne sont pas encore éteintes et pour combien de temps encore ?

 

Par l’intermédiaire d’un collègue blanc, un inspecteur noir infiltre le Ku Klux Klan. Une comédie engagée de Spike Lee, inspirée d’une histoire vraie.

La colère de Spike Lee se porte bien. Après quelques films médiocres, le réalisateur de Do the right thing et de Nola Darling n’en fait qu’à sa tête a retrouvé son mordant, son humour de sale gosse militant pour cette charge antiraciste et anti-­Donald Trump. Il faut dire que l’histoire — vraie ! — est totalement folle. A la fin des années 1970, Ron Stallworth (John David Washington, fils de Denzel, ­promis à une belle carrière) est un jeune inspecteur noir qui veut faire ses preuves dans la police de Colorado Springs. Quand, dans la presse locale, il tombe sur une petite annonce du Ku Klux Klan, son sang ne fait qu’un tour. L’organisation pour la « suprématie blanche » recrute ? Il décroche son téléphone et se fait passer pour un raciste de la pire espèce. Il ne commet qu’une erreur : se présenter sous son vrai nom !

Séduit par autant de haine, son inter­locuteur lui propose aussitôt un rendez-vous. Puisque, de toute évidence, Ron ne peut s’y rendre, son collègue Flip Zimmerman (Adam Driver) ira à sa place. Voilà donc la cellule du KKK de Colorado Springs infiltrée par un « Négro » et un Juif !… Les Mémoires de Ron Stallworth, parus en 2006, étaient déjà bourrés d’humour. Spike Lee en rajoute, s’en donne à cœur joie : il utilise la farce pour pourfendre ces bouseux bas du front qui prétendent représenter la crème de la race blanche. On jubile : voir un raciste pur jus se faire balader au bout du fil par l’incarnation même de ce qu’il honnit provoque un plaisir incommensurable. Et Spike Lee d’enfoncer le clou, non sans lourdeur par moments. Mais, à l’heure de Donald Trump, semble-t-il nous dire, la subtilité n’est pas de mise…

Peu à peu, pourtant, cette comédie ultra rythmée avance vers un grand moment dramatique où le cinéaste fait montre d’un étonnant sens du montage parallèle : d’un côté, une « messe » du Ku Klux Klan, avec baptême des ­recrues et projection de Naissance d’une nation, le film de Griffith, devant lequel les membres applaudissent à la mort des personnages noirs, comme à la corrida. De l’autre, au même ­moment, une réunion organisée par une jeune étudiante militante du Black Power où un vieil homme — incarné, superbe idée, par Harry Belafonte, le premier acteur noir à avoir lutté pour les droits civiques — fait le récit, insoutenable, du lynchage de Jesse Washington, qui, en 1916, fut émasculé, carbonisé et pendu à un arbre.

Rappeler l’horreur absolue du ­racisme. Se moquer, sans relâche, de ces Blancs suprémacistes. Mettre la musique à fond (la bande-son est ­géniale) pour noyer les affronts. Mais aussi, comme un leader du Black Power y engage son public au début du film, dire et redire la beauté des Noirs. Les exhorter à la fierté. C’est là que Spike Lee est le plus talentueux : lors de ce discours, le cinéaste cadre des ­visages dans l’auditoire. Trois femmes, ici. Deux hommes et une femme, là… ­Sublimes images d’une puissance qui vaut tous les manifestes. C’est à ces ­visages-là que l’on pense, à la fin du film, lorsque le réalisateur rappelle les manifestations d’extrême droite de Charlottesville, en 2017. Après avoir beaucoup ri face à la bêtise la plus crasse et la plus dangereuse, l’envie prend, soudain, de lever le poing.

 

Télérama

La critique par Guillemette Odicino

 

 

Tout ce qu’il faut savoir sur BlacKkKlansman, le dernier film de Spike

d’après le site : Lee http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/tout-ce-quil-faut-savoir-sur-blackkklansman-le-dernier-film-de-spike-lee/

 

Sorti fin août dernier le nouveau long-métrage du cinéaste américain retrace l’histoire d’un policier noir qui infiltre le Ku Klux Klan dans les années 1970. Voici tout ce qu’il faut savoir.

 

BlacKkKlansman est basé sur les mémoires de Ron Stallworth. En 1979, alors qu’il est affecté au département des renseignements de la police de Colorado Springs, il lance une opération pour infiltrer le Ku Klux Klan, l’organisation terroriste défendant « l’Amérique blanche » et chrétienne qui orchestre des attentats contre la population afro-américaine et d’autres minorités.

Après qu’il a vu une publicité du Ku Klux Klan dans le journal local, Ron Stallworth joint l’organisation par téléphone et se fait passer pour un homme blanc et raciste afin de rejoindre le groupe, qui accepte. Lorsqu’il doit rencontrer les membres du Klan et se rendre aux réunions, il envoie un collègue blanc équipé d’un micro à sa place.

Cependant, comme le soulève le site Quartz, le film ne suit pas l’histoire au pied de la lettre. Par exemple, le partenaire blanc de Ron Stallworth (campé par Adam Driver) n’était pas juif dans la vraie vie. Aussi, dans le film, le policier évite qu’une bombe ne tue une jeune militante noire. Dans la réalité, cet attentat à la bombe n’a pas eu lieu et donc aucun membre du KKK ne s’est fait arrêter.

Dans le livre, Stallworth soupçonne l’organisation de planifier des bombardements dans des bars gays de la ville, mais aucun attentat n’est rapporté. Le film invente également certains personnages : Patrice, la militante dont Ron tombe amoureux, et Flanders, le policier raciste qui harcèle un groupe d’étudiants noirs au début du film. Ce dernier fait sans doute écho aux violences policières qui avaient lieu à l’époque – et qui ont lieu encore aujourd’hui.

« J’ai vu le film deux fois », a déclaré le véritable Ron Stallworth, âgé aujourd’hui de 65 ans, au Washington Post. Malgré ceux qui ont critiqué la véracité historique du film, le policier retraité a déclaré que le long-métrage était « un film très puissant ».Il a ajouté : « Spike a tissé une histoire autour de mon histoire. Il a fait du bon travail en faisant se rejoindre ces deux histoires et en connectant leur contexte historique, des États confédérés d’Amérique à Charlottesville, de David Duke à Donald Trump. »

 

Une légende au casting

Au casting, on retrouve Harry Belafonte, un acteur, chanteur et militant. Dans les années 1950 et 1960, il est le premier acteur noir à lutter pour les droits civiques  et devient le confident de Martin Luther King Jr. Dans BlacKkKlansman, il joue un militant âgé qui, lors d’une conférence avec une association étudiante du Black Power, raconte le lynchage de Jesse Washington.

Pour se rapprocher au maximum des faits réels, le film s’est aidé d’un article écrit par W.E.B. Du Bois, un militant de l’époque, qui avait publié, en juillet 1916, un compte rendu des événements long de huit pages dans le journal mensuel de l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur (NAACP), The Crisis. Slate l’a récemment repris :

« De grandes masses d’humanité se précipitaient le plus vite possible dans les rues de la ville pour être présentes sur le pont au moment où la pendaison aurait lieu, mais quand on apprit que le Nègre serait emmené sur la pelouse de la mairie, une foule d’hommes, de femmes et d’enfants s’est dirigée vers cette pelouse.

Au moment où le corps allait être brûlé, les gens voulaient montrer leur engagement et se sont mis à frapper le Nègre avec tout ce qu’ils trouvaient, certains l’ont frappé avec des pelles, des briques et des bâtons, d’autres l’ont poignardé alors qu’il était pendu. Son corps était rouge, le sang de ses nombreuses blessures avait recouvert son corps de la tête aux pieds. »

À l’occasion de la 71e édition du Festival de Cannes, où le long-métrage a remporté le Grand Prix en mai dernier, Spike Lee confiait qu’il n’était pas sûr qu’Harry Belafonte puisse figurer dans le film. « À 91 ans, il nous a fait cet honneur », a-t-il ajouté, comme le rapporte AlloCiné.

 

Spike Lee raconte l’histoire des Afro-Américains

Depuis son tout premier court-métrage, sorti en 1979, le réalisateur d’Atlanta n’a cessé de raconter l’histoire des Afro-Américains au cinéma. Alors qu’il est étudiant à la New York University, il réalise The Answer, un film qui a presque provoqué son renvoi de l’institution. Il y raconte l’histoire d’un scénariste et réalisateur noir qui veut faire un remake de The Birth of a Nation, un film de 1915 sur la naissance du Ku Klux Klan.

L’œuvre de Spike Lee vise explicitement la violence raciste (4 Little Girls, Do the Right Thing, Chi-Raq) ou met en valeur des figures emblématiques de l’histoire afro-américaine (Malcolm X, Michael Jackson’s Journey from Motown to Off the Wall). Sorti en 1994, Crooklyn, est une chronique semi-autobiographique de son enfance à Brooklyn, qui suit l’histoire d’une petite fille noire. BlacKkKlansman s’inscrit dans cette lignée revendicatrice.

 

Mais comment prononcer « BlacKkKlansman » ?

Pour son nouveau film, Spike Lee a choisi de rajouter un « k » au titre des mémoires de Ron Stallworth, Black Klansman. « BlacKkKlansman » permet ainsi d’inclure « KKK » dans le titre, le sigle du Ku Klux Klan. Mais enfin, comment prononcer le titre du film ? Aux États-Unis, Slate s’est posé la question :

« Est-ce que c’est ‘Black K. Klansman’ ? ‘Black-K-K-K-Klansman’ ? ‘Blac-K-K-K-Lansman’ ? Ou peut-être simplement ‘Black Klansman’ ? Spike Lee a tendance à l’appeler ‘le film’ dans ses interviews, mais le producteur Jordan Peele a bien prononcé le titre ».

Heureusement, un représentant de Focus Features, la boîte de production du film, a confirmé que la prononciation officielle du titre est, tout simplement, « Black Klansman ». Le K en plus ne se prononce donc pas.

http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/tout-ce-quil-faut-savoir-sur-blackkklansman-le-dernier-film-de-spike-lee/

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, PSAUME 62, PSAUMES

Le Psaume 62

PSAUME 62

lumignon-Taize

Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau.

Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire.

Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom.

Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler.

Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes.

Mon âme s’attache à toi, ta main droite me soutient.

 [Mais ceux qui pourchassent mon âme, qu’ils descendent aux profondeurs de la terre,

qu’on les passe au fil de l’épée, qu’ils deviennent la pâture des loups !

 Et le roi se réjouira de son Dieu. Qui jure par lui en sera glorifié, tandis que l’homme de mensonge aura la bouche close !]

PRIERE POUR MON QUARTIER, PRIERES

Prière pour mon quartier

Prière pour mon quartier

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Seigneur, donne-moi le temps de poser mon regard 
sur les évènements et les personnes de mon quartier 
et de les voir avec Ton regard d’amour et d’attention.
Ces gens que chaque matin je croise 
sans toujours vraiment les voir 
à longueur de jours, de mois, d’années.

Donne-moi le temps de poser mon regard sur les êtres que j’aime,
mais aussi sur tous ces visages inconnus, 
qui passent devant ma maison, 
que je croise dans un escalier, 
à qui je donne un sourire, un bonjour, 
à qui je glisse un « message » dans la boîte à lettres.

Donne-moi de les regarder avec Ton regard de lumière 
quand, parfois, je ne les vois même plus, 
tant le souci de mes affaires, de mon travail, de mes fatigues,
parasite mon cœur et mon corps.

Oui, donne-moi de prendre le temps de les découvrir, 
de les apprécier, de me laisser surprendre encore et toujours 
par ceux et celles qui habitent mon quartier.

Oui, donne-moi de prendre le temps 
d’écouter leurs histoires, leurs joies et leurs peines, 
d’être un peu Ton oreille qui écoute, 
Ton visage qui éclaire, Tes mains qui réconfortent.
Apprends-moi à les porter dans mes prières 
quand, le soir, je me tourne vers Toi.

Oui, Seigneur, je vais prendre le temps de Te rencontrer 
dans mes frères et sœurs que tu me donnes de croiser 
chaque jour dans la rue.
Oui, je vais prendre le temps de Te les offrir, 
chaque dimanche, à l’eucharistie, 
pour qu’ils soient remplis de ton Esprit d’amour et de vie ! 
Amen !

 

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Paroisse Saint Jean Bosco, Paris XXème

 

EGLISE CATHOLIQUE, LITURGIE, MAURIE ZUNDEL (1877-1975), MESSE

La messe : un vrai poème ! — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

La messe est un véritable poème donné au monde par le Christ. Réflexions sur la dimension poétique du saint sacrifice.Dans son livre, Le poème de la sainte liturgie, Maurice Zundel propose une vision sacramentelle de l’univers où, par la liturgie, toutes les réalités chantent la gloire de Dieu et sont recréées dans le Verbe. En 1975,…

via La messe : un vrai poème ! — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

PARIS (France), POEME, POEMES, TABLEAU DE PARIS A CINQ HEURES DU SOIR

Tableau de Paris à cinq heures du soir de Marc-Antoine Desaugiers

Marc-Antoine Desaugiers (1772-1827)

Tableau de Paris à cinq heures du soir
(1802)
1673
Notice.

DÉSAUGIERS, après avoir tracé la peinture de Paris à cinq heures du Matin, voulut faire un pendant à son tableau, et esquissa Paris à cinq heures du Soir. Je dis esquissa, car quel pinceau pourrait rendre complètement la physionomie de l’immense capitale, à cette heure où commencent tant de scènes dramatiques et bouffonnes, tant d’orgies et de mystères lugubres, tant de misères et de brillantes folies. Et comment circonscrire ce qui ferait le sujet d’un vaste poème, dans le cadre étroit d’une Chanson.

Si l’auteur voulait prendre le ton de la satire, il lui fallait lutter avec Boileau et avec Voltaire. Tout le monde sait par cœur cette philippique qui commence par ces vers :

Qui frappe l’air, bon Dieu, de ces lugubres cris ?
Est-ce donc pour veiller qu’on se couche à Paris ?

Ce sont les embarras de la rue que Boileau a dépeints. Les scènes d’intérieur ont été retracées de la manière la plus piquante dans la pièce de Voltaire où il fait le tableau d’un salon de son époque :

Après dîner, l’insolente Glycère
Sort pour sortir, sans avoir rien à faire.
Le Chansonnier dans une revue rapide et générale aiguise un trait, moins acéré peut être, mais d’une philosophie plus gaie et olus rieuse ; car ce qui distingue Désaugiers des faiseurs de chansons qui remplissent leurs couplets de banalités, et qui amènent tant bien que mal un refrain vulgaire, c’est qu’il pense souvent en philosophe et écrit en poète.

Le gai Désaugiers, avec son extérieur joyeux, était un homme mélancolique. Épanoui dans la société, son ame était rêveuse dans la solitude. Bouffon en apparence, boute-en-train à table, il était au fond épicurien, dans l’acception que l’on doit donner à ce mot. Epicurien à la façon de Chaulieu et de Saint-Evremond.

Désaugiers avait fait d’excellentes études, il était nourri de plusieurs modèles, et quand il s’élevait, il était à leur hauteur, autant que le lui permettait le genre auquel il avait voué sa muse. Il chante son refrain Il faut rire, ou il faut boire, comme Horace disait : Nunc est bibendum.

La Chanson de l’Epicurien est le code philosophique d’un homme dont le cœur est sensible ; et plusieurs Romances, où Désaugiers a laissé tomber ses pensées mélancoliques, respirent une grace touchante. Tant il est vrai que malgré soi, l’homme se peint toujours dans un coin de ses écrits.

Marc-Antoine Désaugiers, né à Fréjus en 1772, reçut bien jeune encore les leçons du malheur. C’est à cette école que les ames se trempent fortement ; la sienne résista aux plus rudes épreuves. Il raconte lui-même dans la préface de son premier recueil de chansons, comment la gaité le soutint dans les circonstances les plus pénibles, au milieu des horreurs de l’insurrection de Saint-Domingue, au moment où, condamné par un conseil de guerre, et les yeux déjà couverts d’un bandeau, il allait recevoir le coup fatal, lorsque par miracle il fut soustrait à la mort. Il appelle gaité ce qui était le courage de la résignation.

Il revoit sa patrie, et le goût de la poésie et du théâtre qui est si rarement la route de la fortune, l’entraîne par ces jouissances qui ne sont connues que de ceux qui aiment les lettres pour elles-mêmes. Il s’essaye dans ces petits spectacles où l’on retirait de ses pièces un gain bien léger, à cette époque où les théâtres supérieurs offraient eux-mêmes aux auteurs d’assez faibles ressources. Il voyage avec quelques amis, et leur bourse légère étant épuisée, ils se font acteurs de circonstance. Leur talent ne répondant pas à leur bonne volonté, ils fuyent la scène ingrate qui ne les nourrissait pas, et laissent jusqu’à leurs vêtements pour gages.

Mais de retour à Paris, Désaugiers parvient enfin à faire connaître son esprit, et bientôt son talent et son caractère lui assurent une position.

Dès lors, il marche de succès en succès. Sa verve s’anime, il chante, il est partout reçu, accueilli, fêté. Ses jours s’écoulent dans la joie, on l’applaudi au théâtre, on l’applaudit dans les banquets, où ses Chansons, chantées par lui, avaient un double attrait, car il les chantait aussi bien qu’il les faisait.

Le Caveau moderne nomme son président, celui qui avait hérité de l’esprit de Collé, de la gaité de Vadé, et du sel de Panard. Le Théâtre du Vaudeville choisit pour directeur l’émule des Piis et des Barré.

Mais Désaugiers n’économisait ni ses forces ni son esprit, il abrégea sa carrière en la remplissant trop. Il n’avait que cinquante-cinq ans, lorsque sa santé robuste chancela sous les rudes assauts qu’il lui faisait soutenir. Un lit de douleurs fut le dernier asyle de sa gaité. L’esprit lutta en vain contre le corps épuisé. Il fit en riant son épitaphe, et ses amis la lurent en pleurant.

Le 9 août 1827, Désaugiers ne chantait plus.

 

DU MERSAN.

 

Texte.

 

 

En tous lieux la foule
Par torrents s’écoule ;
L’un court, l’autre roule ;
Le jour baisse et fuit,
Les affaires cessent ;
Les dîners se pressent,
Les tables se dressent ;
Il est bientôt nuit.

Là, je devine
Poularde fine,
Et bécassine,
Et dindon truffé ;
Plus loin je hume
Salé, légume,
Cuits dans l’écume
D’un bœuf réchauffé.

Le sec parasite
Flaire… et trotte vite
Partout où l’invite
L’odeur d’un repas ;
Le surnuméraire
Pour vingt sous va faire
Une maigre chère
Qu’il ne paiera pas.

Plus loin qu’entends-je ?
Quel bruit étrange
Et quel mélange
De tons et de voix !
Chants de tendresse,
Cris d’allégresse,
Chorus d’ivresse
Partent à la fois.

Les repas finissent ;
Les teints refleurissent ;
Les cafés s’emplissent ;
Et trop aviné,
Un lourd gastronome
De sa chûte assomme
Le corps d’un pauvre homme
Qui n’a pas dîné.

Le moka fume,
Le punch s’allume,
L’air se parfume ;
Et de crier tous :
« Garçons, ma glace !
– Ma demi-tasse !…
– Monsieur, de grâce,
L’Empire après vous. »

Les journaux se lisent ;
Les liqueurs s’épuisent,
Les jeux s’organisent ;
Et l’habitué,
Le nez sur sa canne,
Approuve ou chicane,
Défend ou condamne
Chaque coup joué.

La Tragédie,
La Comédie,
La Parodie,
Les escamoteurs ;
Tout, jusqu’au drame
Et mélodrame,
Attend, réclame
L’or des amateurs.

Les quinquets fourmillent ;
Les lustres scintillent ;
Les magasins brillent ;
Et l’air agaçant
La jeune marchande
Provoque, affriande
Et de l’œil commande
L’emplette au passans.

Des gens sans nombre
D’un lieu plus smbre
Vont chercher l’ombre
Chère à leurs desseins.
L’époux convole,
Le fripon vole,
Et l’amant  vole
A d’autres larcins.

                       
Jeannot, Claude, Blaise,
Nicolas, Nicaise,
Tous cinq de Falaise
Récemment sortis,
Elevant la face,
Et cloués sur place,
Devant un Paillasse
S’amusent gratis.

La jeune fille,
Quittant l’aiguille,
Rejoint son drille
Au bal du Lucquet ;
Et sa grand’mère
Chez la commère,
Va coudre et faire
Son cent de piquet.

Dix heures sonnées,
Des pièces données
Trois sont condamnées
Et se laissent choir.
Les spectateurs sortent,
Se poussent, se portent…
Heureux s’ils rapportent
Et montre et mouchoir !

« Saint-Jean, la Flèche,
Qu’on se dépêche…
Notre calêche !
– Mon cabriolet ! »
Et la livrée,
Quoiqu’enivrée,
Plus altérée
Sort du cabaret.

Les carrosses viennent,
S’ouvrent et reprennent
Leurs maîtres qu’ils mènent
En se succédant ;
Et d’une voix âcre,
Le cocher de fiacre
Peste, jure et sacre
En rétrogradant.                     
Quel tintamarre !
Quelle bagarre !
Aux cris de gare
Cent fois répétés,
Vite on traverse,
On se renverse,
On se disperse
De tous les côtés.

La sœur perd son frère,
La fille son père,
Le garçon sa mère
Qui perd son mari ;
Mais un galant passe,
S’avance avec grâce,
Et s’offre à la place
De l’époux chéri.

Plus loin des belles
Fort peu rebelles,
Par ribambelles
Errant à l’écart,
Ont doux visage,
Gentil corsage…
Mais je suis sage…
D’ailleurs il est tard.

Faute de pratique,
On ferme boutique,
Quel contraste unique
Bientôt m’est offert !
Ces places courues,
Ces bruyantes rues,
Muettes et nues,
Sont un noir désert.

Une figure
De triste augure
M’approche et jure
En me regardant…
Un long qui vive ?
De loin m’arrive,
Et je m’esquive
De peur d’accident.

Par longs intervalles,
Quelques lampes pâles,
Faibles, inégales,
M’éclairent encor…
Leur feu m’abandonne
L’ombre m’environne ;
Le vent seul résonne,
Silence !… tout dort.

 

http://www.miscellanees.com/d/paris02.htm

EMILE ZOLA (1840-1902), LE REVE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Le Rêve de Emile Zola

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Le Rêve (roman)

 

Le Rêve est un roman d’Emile Zola publié en 1888, , le seizième volume de la série Les Rougon-Macquart. Zola y aborde le thème de la religion mais de façon beaucoup moins violente et polémique qu’il ne l’avait fait dans La Conquête de Plassans ou La Faute de l’Abbé Mouret. Cette fois-ci, il s’intéresse à la foi populaire et au renouveau du mysticisme dans la société française de la seconde moitié du XIXè siècle.

Résumé

L’histoire se déroule dans le Val-d’Oise, dans une ville appelée Baumont-sur-Oise (inspiré de Cambrai pour décrire cette ville). La description de Beaumont-sur-Oise est précise, avec la ville haute ancienne et la ville basse plus moderne. La ville est accessible par la gare du Nord. L’héroïne est Angélique Rougon, fille de Sidonie Rougon et d’un père inconnu (elle est née quinze mois après le décès du mari de sa mère). Dès sa naissance, elle a été placée par la sage-femme à l’Assistance publique, puis confiée à une nourrice dans la Nièvre, à une fleuriste, et enfin aux Rabier, une famille de tanneurs qui la maltraitent. Une nuit de Noël, elle décide de fuir les Rabier et est recueillie par un couple de brodeurs, les Hubert, qui l’ont découverte transie, adossée à un pilier de la cathédrale de Beaumont. Cette famille très pieuse (ils confectionnent des broderies pour les vêtements et ornements ecclésiastiques) vit dans une toute petite maison adossée à la cathédrale. Angélique, qui est devenue la pupille des Hubert, montre beaucoup d’application et de goût pour la broderie. En même temps elle lit, et découvre la Légende dorée de Jacques de Vorogine, un ouvrage qui va changer sa vie d’adolescente. Elle s’identifie aux martyres, rêve d’avoir le même destin glorieux qu’elles, guettant par la fenêtre l’apparition qui va changer sa vie.

Cette apparition se présente finalement sous la forme d’un charmant jeune homme, Félicien, peintre verrier qu’elle identifie à saint Georges descendu de son vitrail. L’amour naît en eux, mais leurs familles s’opposent à leur mariage : d’un côté, Hubertine Hubert, sa mère adoptive, qui s’est mariée malgré l’interdiction de sa mère et estime en avoir été punie par le fait qu’elle ne peut avoir d’enfant, ne veut pas d’un mariage dicté par la passion ; même chose pour le père de Félicien, Monseigneur d’Hautecœur, évêque entré dans les ordres à la suite du décès de sa femme. Finalement, voyant qu’Angélique se consume peu à peu devant cette interdiction, les deux familles consentent au mariage. Mais Angélique meurt à la sortie de l’église, après avoir donné à Félicien son premier et dernier baiser.

 

 

Les Personnages des Rougon-Macquart
POUR SERVIR À LA LECTURE ET À L’ÉTUDE DE L’ŒUVRE DE 
ÉMILE ZOLA

par C. RAMOND (1901)

 

Personnages du livre « Le rêve »

Angélique Marie (l). — Fille non reconnue de Sidonie Rougon. Père inconnu. Elle est née à Paris, le 22 janvier 1851, quinze mois après la mort du mari de Sidonie. La sage-femme Foucart l’a déposée le 23 du même mois aux Enfants-Assistés de la Seine; elle y a été inscrite sous le numéro matricule 1634 et, faute de nom, a reçu les prénoms d’Angélique Marie. Le 25 janvier, l’enfant a été confiée à la nourrice Françoise Hamelin, maman Nini, qui l’a emportée dans la Nièvre, où elle a grandi en pleine campagne, conduisant la Rousse aux prés, marchant pieds nus, sur la route plate de Soulanges. Au bout de neuf ans, le 20 juin 1860, comme il fallait lui apprendre un état, elle est passée aux mains d’une ouvrière fleuriste, Thérèse Franchomme, née Rabier, cousine par alliance de maman Nini. Thérèse est morte six mois après chez son frère, un tanneur établi à Beaumont, et Angélique Marie, affreusement traitée par les Rabier, s’est enfuie, une nuit de décembre, le lendemain de Noël, emportant comme un trésor, cachant avec un soin jaloux le seul bien qu’elle possédât, son livret d’enfant assisté ! Habillée de loques, la tête enveloppée d’un lambeau de foulard, les pieds nus dans de gros souliers d’homme, elle a passé la nuit sous la neige, adossée à un pilier de la cathédrale et serrée contre la statue de sainte Agnès, la Vierge martyre, fiancée à Jésus. Au matin, la ville est couverte d’un grand linceul blanc, toutes les Saintes du portail sont vêtues de neige immaculée, et l’enfant misérable, blanche de neige, elle aussi, raidie à croire qu’elle devient de pierre, ne se distingue plus des grandes Vierges [4.].

Les Hubert la recueillent toute froide, d’une légèreté de petit oiseau tombé du nid [9]. C’est une gamine blonde, avec des yeux couleur de violette, la face allongée, le col surtout très long, d’une élégance de lis sur des épaules tombantes [5]. Son allure est celle d’un animal qui se réveille, pris au piège; il y a en elle un orgueil impuissant, la passion d’être la plus forte [12], on la sent enragée de fierté souffrante, avec pourtant des lèvres avides de caresses [17]. Elle va, pendant une année, déconcerter les Hubert par des sautes brusques; après des journées d’application exemplaire à son nouveau métier de brodeuse, elle deviendra tout à coup molle, sournoise, et, si on la gronde, elle éclatera en mauvaises réponses; certains jours, quand on voudra la dompter, elle en arrivera à des crises de folie orgueilleuse, raidie, tapant des pieds et des mains, prête à déchirer et à mordre. Mais ces affreuses scènes se terminent toujours par le même déluge de larmes, la même exaltation de repentir, qui la jette sur le carreau, dans une telle soif de châtiment qu’il faut bien lui pardonner [25]. C’est la lutte de l’hérédité et du milieu. Hubertine lui a enseigné le renoncement et l’obéissance, qu’elle oppose à la passion et à l’orgueil. A chaque révolte, elle lui a infligé une pénitence, quelque basse besogne de cuisine qui l’enrageait d’abord et finissait par la vaincre. Ce qui inquiète encore, chez cette enfant, c’est l’élan et la violence de ses caresses, on la surprend se baisant les mains; elle s’enfièvre pour des images, des petites gravures de sainteté qu’elle collectionne; elle s’énerve, les yeux fous, les joues brûlantes.

Angélique est une Rougon, aux fougues héréditaires, et elle vit loin du monde, comme en un cloître où tout conspire à l’apaiser. A l’heure de la première communion, elle a appris le mot à mot du catéchisme dans une telle ardeur de foi qu’elle émerveillait tout le monde par la sûreté de sa mémoire. Elle adore la lecture. Le livre qui achèvera de former son âme est la Légende dorée, de Jacques de Voragine, où d’abord les vieilles images naïves l’ont ravie, et dont elle s’est accoutumée à déchiffrer le texte. La Légende l’a passionnée, avec ses Saints et ses Saintes, aux aventures merveilleuses aussi belles que des romans, les miracles qu’ils accomplissent, leurs faciles victoires sur Satan, les effroyables supplices des persécutions, subis le sourire aux lèvres, un dégoût de la chair qui aiguise la douleur d’une volupté céleste, tant d’histoires captivantes où les bêtes elles-mêmes ont leur place, le lion serviable, le loup frappé de contrition; elle ne vit plus que dans ce monde tragique et triomphant du prodige, au pays surnaturel de toutes les vertus, récompensées de toutes les joies [39]. Le livre lui a appris la charité; c’est un emportement de bonté, où elle se dépouille d’abord de ses menues affaires, commence ensuite à piller la maison et se plaît à donner sans discernement, la main ouverte. A quatorze ans, elle devient femme, et quand elle relit la Légende, ses oreilles bourdonnent, le sang bal dans les petites veines bleues de ses tempes, elle s’est prise d’une tendresse fraternelle pour les Vierges. Elisabeth de Hongrie lui devient un continuel enseignement; à chacune des révoltes de son orgueil, lorsque la violence l’emporte, elle songe à ce modèle de douceur et de simplicité [43] et la gardienne de son corps est la vierge-enfant, Sainte Agnès [45].

A quinze ans, Angélique est ainsi une adorable fille; elle a grandi sans devenir fluette, le cou et les épaules toujours d’une grâce fière, la gorge ronde, la taille souple : et gaie, et saine, une beauté rare, d’un charme infini, où fleurissent la chair innocente et l’âme chaste [46]. Elle est devenue une brodeuse remarquable, qui donne de la vie aux fleurs, de la foi aux symboles ; elle a le don du dessin, on s’extasie devant ses Vierges, comparables aux naïves figures des Primitifs, on lui confie tous les travaux de grand luxe, des merveilles lui passent par les mains. Et sa pensée s’envoie, elle vit dans l’attente d’un miracle, au point qu’ayant planté un églantier, elle croit qu’il va donner des roses. A seize ans, Angélique s’enthousiasme pour les Hautecœur , en qui elle voit les cousins de la Vierge; elle voudrait épouser un prince, un prince qu’elle n’aurait jamais aperçu, qui viendrait au jour tombant la prendre par la main et la mènerait dans un palais; il serait très beau, très riche, le plus beau, le plus riche que la terre eût jamais porté. Et elle voudrait qu’il l’aimât à la folie, afin elle-même de l’aimer comme une folle, et ils seraient très jeunes, très purs et très nobles, toujours, toujours [69]. C’est ce rêve qu’elle va poursuivre maintenant.

Le miracle naîtra de son imagination échauffée de fables, des désirs inconscients de sa puberté. Elle s’est exaltée dans la contemplation du vitrail de la chapelle Hautecœur et quand, sous le mince croissant de la lune nouvelle, elle entrevoit une ombre immobile, un homme qui, les regards levés, ne la quitte plus, il lui semble que Saint Georges est descendu de son vitrail et vient à elle. L’apparition se précise, l’homme est un peintre verrier qui fait un travail de restauration ; elle sourit, dans une absolue confiance en son rêve de royale fortune. Lorsque l’inconnu pénètre chez les Hubert, elle peut bien jouer l’indifférence, la femme qui est en elle peut obéir à un obscur atavisme, se réfugier dans la méfiance et le mensonge; Angélique, malgré ses malices d’amoureuse, ne cesse de croire à sa grande destinée, elle reste certaine que l’élu de son cœur ne saurait être que le plus beau, le plus riche, le plus noble. Et la révélation décisive, l’humble verrier devenu Félicien VII de Hautecœur, héritier d’une illustre famille, riche comme un roi, beau comme un dieu, ne parvient pas a l’étonner. Sa joie est immense, parfaite, sans souci des obstacles, qu’elle ne prévoit pas. il semble à Angélique que le mariage s’accomplira dès le lendemain, avec celle aisance des miracles de la Légende. Hubertine la bouleverse en lui montrant la dure réalité, le puissant évêque ne pouvant marier son fils à une pauvresse. Son orgueil est abattu, elle retombe à l’humilité de la grâce, elle se cloître même, sans chercher à revoir Félicien ; mais elle est certaine que les choses se réaliseront malgré tout ; elle attend un miracle, une manifestation de l’invisible. Dans son inlassable confiance, sûre que si monseigneur refuse, c’est parce qu’il ne la connaît pas, elle se présente à lui au seuil de la chapelle Hautecœur et, d’une voix pénétrante de charme, peu à peu raffermie, elle dépend sa cause, elle se confesse toute, dans un élan de naïveté, d’adoration croissante; elle dit le cantique de son amour et elle apparaît comme une décès vierges légendaires des anciens missels, avec quelque chose de frêle, d’élancé dans la passion, de passionnément, pur [227]. Au refus de l’évêque, toute espérance humaine est morte, il semble que le rêve soit à jamais aboli. Une courte révolte soulève Angélique, elle aime en désespérée, prête à fuir aveu l’amant : c’est une dernière bataille que se livrent l’hérédité et le milieu. Elle sort de ce suprême combat touchée définitivement par la grâce, mais une langueur l’épuisé, c’est un évanouissement de tout son être, une disparition lente, elle n’est plus qu’une flamme pure et très belle [254].

Et alors le miracle s’accomplit. Monseigneur a cédé. Angélique était sans connaissance, les paupières closes, les mains l’aidés, pareille aux minces et rigides figures de pierre couchées sur les tombeaux. Le : « SI DIEU DIEU VEUT, JE VEUX » des Hautecœur l’a ressuscitée. Plus rien des révoltes humaines ne vit eu elle. Désormais en état d’humilité parfaite, elle remet au cher seigneur qu’elle va épouser son livret d’élève, celte pièce administrative, cet écrou où il n’y a qu’une date suivie d’un numéro et qui est son unique parchemin. ET c’est maintenant la pleine réalisation de son rêve ; elle laisse tomber sur les misérables un fleuve de richesses, un débordement de bien-être; elle épouse la fortune, la beauté, la puissance, au delà de tout espoir et, toute blanche dans sa robe de moire ornée de dentelles et de perles, parvenue au sommet du bonheur, elle meurt en mettant un baiser sur la bouche de Félicien [309]. (Le Rêve.)

 

Hautecœur (Félicien VII de) (l). — Fils de Jean XII de Hautecœur, depuis évêque de Beaumont, et de Paule de Valençay. il a perdu sa mère en naissant. Un oncle de celle-ci, un vieil abbé, l’a recueilli, son père ne voulant pas le voir, faisant tout pour oublier son existence. On l’a élevé dans l’ignorance de sa famille, durement, comme s’il avait été un enfant pauvre. Plus tard, le père a décidé d’en faire un prêtre, mais le vieil abbé n’a pas voulu, le petit manquant tout à fait de vocation. Et le fils de Paule de Valençay n’a su la vérité que très tard, à dix-huit ans. Il a connu alors son ascendance illustre, ce long cortège de seigneurs dont les noms emplissent l’histoire et dont il est le dernier rejeton; l’obscur neveu du vieil abbé est brusquement devenu Félicien VII de Hautecœur, et ce jeune homme qui, épris d’un art manuel, devait gagner sa vie dans les vitraux d’église, a vu toute une fortune s’écrouler sur lui ; les cinq millions laissés par sa mère ont’ été décuplés par des placements en achats de terrains à Paris, ils représentent aujourd’hui cinquante millions [66]. Un des grands chagrins de l’évêque est la fougue du jeune homme, sur laquelle l’oncle lui fournit des rapports inquiétants, ce ne sera jamais qu’un passionné, un artiste. Et, craignant les sottises du cœur, il l’a fait venir près de lui, à Beaumont, réglant à l’avance un mariage pour prévenir tout danger [207].

A cette époque, Félicien Vil a vingt ans. Blond, grand et mince, il ressemble au saint Georges de la cathédrale, à un Jésus superbe, avec ses cheveux bouclés, sa barbe légère, son nez droit, un peu fort, ses yeux noirs d’une douceur hautaine. Et malgré ces yeux de bataille, il est timide; à la moindre émotion, colère ou tendresse, le sang de ses veines lui monte à la face [106]. Le fils de Jean XII de Hautecœur habite un pavillon dans le parc de l’évêché, séparé par le clos Marie de la fraîche maison des Hubert où vit Angélique. Il aime la petite brodeuse depuis un soir qu’il l’a aperçue à sa fenêtre; elle n’était alors qu’une blancheur vague ; il distinguait à peine son visage et pourtant, il la voyait, il la devinait telle qu’elle était. El comme il avait très peur, il a rôdé pendant des nuits sans trouver le courage de la rencontrer en plein jour. Plus lard, il a su qui était cette jeune fille ; c’est alors que la fièvre a commencé, grandissant à chaque rencontre ; il s’est senti très gauche la première fois, ensuite il a continué à être très maladroit en poursuivant Angélique jusque chez ses pauvres ; il a cessé d’être le maître de sa volonté, faisant des choses avec l’étonnement et la crainte de les faire, et lorsqu’il s’est présenté chez les Hubert pour la commande d’une mitre, c’est une force qui l’a poussé [159]. Longtemps il a cru qu’on ne l’aimait pas, il a erré en rase campagne, il a marché la nuit, le tourment galopant aussi vite que lui et le dévorant. Mais lorsqu’il reçoit l’aveu d’Angélique, sa jeunesse vibre dans la pensée d’aimer et d’être aimé.

Il est la passion même, la passion dont sa mère est morte, la passion qui l’a jeté à ce premier amour, éclos du mystère [197]. Angélique connaît maintenant son grand nom, il est le fier seigneur dont les Saintes lui ont annoncé la venue, mais la sage Hubertine, inaccessible aux mirages du rêve, a exigé de Félicien le serment de ne plus reparaître, tant qu’il n’aura pas l’assentiment de monseigneur [215]. Le soir même, il s’est confessé à son père, qui, le cœur déchiré par sa passion ancienne, a formellement condamné en son fils cette passion nouvelle, grosse de peines; la parole de l’évêque est d’ailleurs engagée aux Voincourt, jamais il ne la reprendra. Et Félicien s’en est allé, se sentant envahir d’une rage, dans la crainte du flot de sang dont ses joues s’empourprent, le flot de sang des Hautecœur, qui le jetterait au sacrilège d’une révolte ouverte [219].

Il s’enfièvre, il écrit à Angélique des lettres que les parents interceptent, il voudrait partir avec elle, conquérir le bonheur qu’on leur refuse, mais la pure enfant est défendue par les vierges de la Légende [269]. Celte fois, Félicien se révolte contre l’impitoyable évêque, perdant tout ménagement, parlant de sa mère ressuscitée en lui pour réclamer les droits de la passion. Enfin, devant Angélique mourante, l’évêque a fléchi ; il accomplit le miracle de la faire revivre, elle deviendra sa fille, Félicien Vil de Hautecœur sera uni, en une cérémonie pompeuse, à l’humble créature qui, pour tous parchemins, possède un livret d’enfant assisté [296].

Et Félicien achète derrière l’Evêché, rue Magloire, un ancien hôtel, qu’on installe somptueusement. Ce sont de grandes pièces, ornées d’admirables tentures, emplies des meubles les plus précieux, un salon en vieilles tapisseries, un boudoir bleu, d’une douceur de ciel matinal, une chambre à coucher surtout, un nid de soie blanche et de dentelle blanche, rien que du blanc, léger, envolé, le frisson même de la lumière [298]. Mais Angélique ne connaîtra pas cet hôtel princier, plein de bijoux et de toilettes de reine. Au sortir de la cathédrale, parmi l’encens et le chant des orgues, elle s’éteint dans un baiser et Félicien ne tient plus qu’un rien très doux, très tendre, cette robe de mariée, toute de dentelles et de perles, la poignée de plumes légères, tièdes encore, d’un oiseau [310]. (Le Rêve.)

(l) Félicien de Hautecœur, marié en 1869 a Angélique Rougon. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)

 

Rougon (Sidonie) (1). — Fille de Pierre Rougon et de Félicité Puech. Sœur d’Eugène, Pascal, Aristide et Marthe. Mère d’Angélique Marie. Elle est née en 1818 à Plassans. A vingt ans, elle a épousé un clerc d’avoué de Plassans et est allée se fixer avec lui à Paris [81]. (La Fortune des Rougon.)

Elle s’est établie rue Saint-Honoré, où elle a tenté avec son mari, un sieur Touche, le commerce des fruits du Midi. Mais les affaires n’ont pas été heureuses et, en 1850, on la retrouve veuve, pratiquant des métiers interlopes, dans une boutique avec entresol et entrée sur deux rues, faubourg Poissonnière et rue Papillon.

Petite, maigre, blafarde, doucereuse, sans âge certain [231], elle tient bien aux Rougon par cet appétit de l’argent, ce besoin de l’intrigue qui caractérise la famille. Les influences de son milieu en ont fait une sorte de femme neutre, homme d’affaires et entremetteuse à la fois [69]. La fêlure de cet esprit délié est de croire elle-même à une fantastique histoire de milliards que l’Angleterre doit rembourser, appât magique dont elle sait se servir avec habileté pour griser ses clientes. Son frère aîné Eugène Rougon, qui estime fort son intelligence, l’emploie à des besognes mystérieuses ; elle a puissamment aidé aux débuts de son frère cadet Aristide, en combinant son mariage avec Renée Béraud Du Châtel et elle continue ses bons offices au ménage, servant les intérêts du mari auprès des puissants [98], offrant des amants à la femme, dont elle abrite les passades [131], mettant son entresol à la disposition du jeune Maxime Saccard [133]. Elle juge les femmes d’un coup d’œil, comme les amateurs jugent les chevaux [132] et s’emploie, moyennant finances, à protéger toutes les turpitudes et àétouffer tous les scandales. Mielleuse et aimant l’église, Sidonie est au fond très vindicative. Pleine de colère contre Renée, qui s’est révoltée devant la grossièreté d’un de ses marchés d’amour [235], elle se charge de l’espionner et dénonce à Aristide ses amours avec Maxime [310]. Cette dernière infamie lui rapporte dix mille francs [336], qu’elle va manger à Londres, à la recherche des milliards fabuleux. (La Curée.)

Son mari mort et enterré, elle a eu une fille quinze mois après, en janvier 1851, sans savoir au juste où elle l’a prise. L’enfant, déposée sans état civil, par la sage-femme Foucart, à, l’Assistance publique, a reçu les prénoms d’Angélique Marie. Jamais le souvenir de cette enfant, née d’un hasard, n’a échauffé le cœur de la mère [50]. (Le Rêve.)

Sidonie vient à l’enterrement de son cousin le peintre Claude Lantier. Elle a toujours sa tournure louche de brocanteuse. Arrivée rue Tourlaque, elle monte, fait le tour de l’atelier, flaire cette Misère Due et redescend, la bouche dure, irritée d’une corvée inutile [477]. (L’Œuvre.)

Beaucoup plus tard, lasse de métiers louches, elle se retire, désormais d’une austérité monacale, à l’ombre d’une sorte de maison religieuse; elle est trésorière de l’Œuvre du Sacrement, pour aider au mariage des filles-mères [l29]. (Le Docteur Pascal.)

(1) Sidonie Rougon, née en 1818; épouse, en 1838, un clerc d’avoué de Plassans, qu’elle perd à Paris, en 1850 ; a d’un inconnu, en 1851, une fille qu’elle met aux Enfants Assistés. [Élection du père. Ressemblance physique avec la mère]. Courtière, entremetteuse, tous les métiers, puis austère. Vit encore à Paris, trésorière de l’Œuvre du Sacrement. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)

 

 

Emile Zola (1840-1902)

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Emile Zola n’a que sept ans quand meurt son père, ingénieur vénitien. Il vit alors dans la pauvreté. Après avoir abandonné ses études scientifiques, il devient, de 1862 à 1866, chef de publicité à la librairie Hachette, ce qui lui permet de connaître les plus grands auteurs de l’époque. Emile Zola publie son premier ouvrage, « Contes à Ninon » à l’âge de vingt-quatre ans et fréquente les républicains. Puis il se lance dans une carrière de journaliste engagé. Dans ses critiques littéraires, il prône une littérature « d’analyse » s’inspirant des méthodes scientifiques. Son premier succès, le roman « Thérèse Raquin », lui vaut de nombreuses critiques de la part de la presse. 

Influencé par les études de Prosper Lucas et de Charles Letourneau sur l’hérédité et la psychologie des passions, Emile Zola entreprend une immense œuvre naturaliste, « Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second empire », une saga constituée de romans réalistes et « scientifiques ». Ce projet l’occupera pendant un quart de siècle. Chacune des œuvres des « Rougon-Macquart », préparée par une enquête détaillée, montre l’affrontement des forces naturelles, soumises aux circonstances et à l’environnement social, qui gouvernent le destin des personnages. Et ceci quel que soit leur milieu d’origine : Paris populaire, courtisanes, capitalisme, mineurs, paysans… C’est le septième roman de la série, « L’assommoir » (1877), chef d’œuvre du roman noir qui lui apporte la célébrité. Dans « Germinal » (1885), il dépeint le monde ouvrier comme jamais il ne l’avait été auparavant et décrit le déterminisme économique comme la fatalité moderne. 

Avec toute son ardeur combattante, son courage et le poids de sa notoriété, Emile Zola s’engage dans l’affaire Dreyfus en publiant plusieurs articles dont son célèbre « J’accuse » dans le journal « L’Aurore » du 13 janvier 1898. Il est très critiqué par les nationalistes et le procès qui s’en suit l’oblige à s’exiler pendant un an en Angleterre. 

A l’issue des « Les Rougon-Macquart », il veut montrer qu’il ne sait pas uniquement peindre les tares de la société. Séduit par les idées socialistes, il souhaite proposer des remèdes sous la forme d’une vision prophétique du devenir de l’homme dans ses « Quatre Evangiles : « Fécondité », « Travail », « Vérité ». Le quatrième, « Justice », vient d’être commencé, lorsqu’il meurt « accidentellement » asphyxié dans son appartement.

Principales œuvres (Les titres suivis de * font partie des Rougon-Macquart) :

Contes à Ninon (1864)

La confession de Claude (1865)

Thérèse Raquin (1867)

Madeleine Férat (1868)

La Fortune des Rougon* (1871)

La Curée* (1872)

Le Ventre de Paris* (1873)

La Conquête de Plassans* (1874)

La Faute de l’abbé Mouret* (1875)

Son Excellence Eugène Rougon* (1876)

L’Assommoir* (1877)

Une Page d’Amour* (1878)

Le Roman Expérimental (1880)

Nana* (1880)

Pot-bouille* (1882)

Au bonheur des dames* (1883)

La Joie de Vivre* (1884)

Germinal* (1885)

L’Oeuvre* (1886)

La Terre* (1887)

Le Rêve* (1888)

La Bête humaine* (1890)

L’Argent* (1891)

La Débâcle* (1892)

Le Docteur Pascal* (1893)

Lourdes (1894)

Rome(1896)

Paris (1898)

Fécondité (1899)

Travail (1901)

Vérité (1903)

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, PSAUME 3, PSAUMES

Psaume 3

Psaume 3

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Chant de David. A l’occasion de sa fuite devant Absalon, son fils

Yahweh, que mes ennemis sont nombreux Quelle multitude se lève contre moi

Nombreux sont ceux qui disent à mon sujet:  » Plus de salut pour lui auprès de Dieu!  » – Séla.

Mais toi, Yahweh, tu es mon bouclier tu es ma gloire, et tu relèves ma tête.

De ma voix je crie vers Yahweh, et il me répond de sa montagne sainte. – Séla.

Je me suis couché et me suis endormi; je me suis réveillé, car Yahweh est mon soutien.

je ne crains pas devant le peuple innombrable, qui m’assiège de toutes parts.

Lève-toi, Yahweh ! Sauve-moi, mon Dieu! Car tu frappes à la joue tous mes ennemis, tu brises les dents des méchants.

A Yahweh le salut! Que ta bénédiction soit sur ton peuple! – Séla

GUERRES, POEME, POEMES, PONT DU DIABLE, VILLEBRAMAR

Pont du diable

Pont du Diable

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« Alep Est n’existera plus dans quelques mois »

Je ne sais pas qui tient les orgues barbares de la nuit,
cette nuit
où les fils de Satan attendent de poser la dernière pierre,
Déjà se pressent les damnés de la Vingt-Cinquième heure.

Billevesées dit l’esprit fort.
Qui peut savoir ?
Le pont du diable, son arche inachevée
Le pont d’Avignon et ses danseurs de volcans
Que les créatures de dieu se comptent !
Déjà se pressent les damnés de la Vingt-Cinquième heure.

Il y a des pleurs et des grincements de dents.

Qui tient les orgues barbares de la nuit, cette nuit ?
Nos chercheurs ont inventé de nouvelles armes
passent dans le ciel des vaisseaux porteurs de mort
les pierres, les pierres même d’Alep en tremblent.
Ce n’est pas de la vingt-cinquième heure qu’il s’agit
mais de la deux-mille ou trois-mille ou dix-millième heure
pour les damnés de la terre.
Oui, nos chercheurs inventent de nouvelles armes.
Grâces leur soient rendues, il n’y a plus un seul pont du diable debout.

Qui tient les orgues barbares de la nuit, cette nuit ?
Il pleut sur Alep des langues de feu
sur les créatures de dieu, les damnés de la terre, les danseurs de volcans du pont
d’Avignon.
Non, il ne reste plus de pierre.
Sur les pierres.

Que chantent, chantent, et résonnent les orgues barbares de la nuit.
Cette nuit.

 

Villebramar, octobre 2016

Le représentant des Nations Unies.

EGLISE CATHOLIQUE, FETE DE LA PRESENTATION DE MARIE AU TEMPLE, FETES, LITURGIE, PRESENTATION DE MARIE AU TEMPLE, VIERGE MARIE

Fête de la Présentation de la Vierge Marie au Temple

Présentation de la Vierge Marie
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DE LA PRÉSENTATION DE MARIE 

L’offrande que Marie fit d’elle-même à Dieu fut prompte sans retard, entière sans réserve.

Il n’y a jamais eu, et il n’y aura jamais d’offrande de pure créature, plus grande et plus parfaite que celle que Marie fit à Dieu à l’âge de trois ans, lorsqu’elle se présenta au temple pour offrir, non des aromates, des animaux, des talents d’or, mais toute sa personne en parfait holocauste, se consacrant comme une victime perpétuelle en son honneur. Elle entendit la voix de Dieu qui dès lors l’invitait à se dévouer toute à son amour (Cant. 2), elle vola donc vers son Seigneur, oubliant sa patrie, ses parents, tout en un mot, pour ne s’attacher qu’à l’aimer et à lui complaire (Ps. 4). Sur le champ, elle obéit à la voix divine. Considérons donc combien fut agréable à Dieu cette offrande que Marie lui fit d’elle-même, puisqu’elle s’offrit à lui promptement et entièrement : promptement sans retard, entièrement sans réserve, sujets de deux points distincts.

PREMIER POINT. Entrons en matière. Marie s’offrit promptement à Dieu. Dès le premier moment où cette céleste enfant fut sanctifiée dans le sein de sa mère, et ce fut le premier de son immaculée conception, elle reçut le parfait usage de la raison, pour pouvoir commencer dès lors à mériter, suivant l’opinion commune des docteurs, d’accord avec le P. Suarez ce Père dit que la manière la plus parfaite dont Dieu se sert pour sanctifier une âme, étant de la sanctifier par son propre mérite, suivant ce qu’enseigne saint Thomas, on doit croire que la bienheureuse Vierge a été sanctifiée de cette manière. Si ce privilège a été accordé aux anges et à Adam, comme le dit le docteur angélique, il faut admettre à bien plus forte raison qu’il a été accordé à la divine Mère ; car, Dieu ayant daigné la choisir pour la Mère, on doit supposer certainement qu’il lui a conféré de plus grands dons qu’à toutes les autres créatures. En sa qualité de Mère, dit Suarez, elle a en quelque sorte un droit particulier à tous les dons de son Fils. Comme, à raison de l’union hypostatique, Jésus dut avoir la plénitude de toutes les grâces, il convint aussi, à raison de la divine maternité de Marie, que Jésus, en retour de l’obligation naturelle qu’il lui avait, lui conférât des grâces plus grandes que celles qui étaient accordées à tous les anges et aux autres saints.

C’est pourquoi, des le premier instant de sa vie, Marie connut Dieu, et le connut si bien, qu’aucune langue, dit l’ange à sainte Brigitte, ne saurait expliquer combien l’intelligence de la sainte Vierge réussit à pénétrer Dieu des le premier moment qu’elle le connut. Et des lors aussi, éclairée des premiers rayons de la divine lumière, elle s’offrit toute entière au Seigneur, se dévouant sans réserve à son amour et à sa gloire, comme l’ange continua à le dire à sainte Brigitte : Aussitôt notre Reine se détermina à sacrifier a Dieu sa volonté avec tout son amour pour le temps de sa vie. Et nul ne peut comprendre combien sa volonté se soumit alors a embrasser toutes les choses qui plaisaient au Seigneur.

Mais cette enfant immaculée, apprenant ensuite que ses parents, saint Joachim et sainte Anne, avaient promis a Dieu, même avec voeu, que, s’il leur accordait un rejeton, ils le consacreraient à son service dans le temple, et les Juifs ayant l’antique coutume de placer leurs filles dans des cellules, autour de cet édifice, pour y être élevées, comme le rapportent Baronius, Nicéphore, Cedranus et Suarez, d’après l’historien Josèphe et le témoignage de saint Jean Damascène, de saint Grégoire de Nicomédie, de saint Anselme, de saint Ambroise ; et comme cela est d’ailleurs établi clairement par un passage du livre 2e des Macchabées (3, 20), relatif à Héliodore, qui voulut pénétrer dans le temple pour s’emparer du trésor ; Marie apprenant cela, dirons-nous, lorsqu’elle avait à peine trois ans, ainsi que l’attestent saint Germain et saint Epiphane, c’est-à-dire à l’âge où les jeunes filles ont un plus grand désir et un plus grand besoin de l’assistance de leurs parents, voulut être solennellement offerte et consacrée à Dieu, en se présentant dans le temple ; aussi fut-elle la première à prier ses parents avec instance de l’y conduire pour accomplir leur voeu. Et sa sainte Mère, dit saint Grégoire de Nysse, s’empressa de le faire. Saint Joachim et sainte Anne, sacrifiant généreusement à Dieu ce que leur coeur chérissait le plus sur la terre, parlent de Nazareth, portant tour à tour dans leurs bras leur fille bien-aimée, car elle n’aurait pu franchir a pied la longue distance de 80 milles qui sépare Nazareth de Jérusalem. Ils voyageaient accompagnés d’un petit nombre de parents ; mais des légions d’ange, dit saint Grégoire de Nicomédie, formaient leur cortège, et servaient durant ce voyage la Vierge immaculée qui allait se consacrer à la majesté divine. Oh ! qu’ils sont beaux, devaient alors chanter les anges, qu’ils sont agréables à Dieu, les pas que vous faites pour aller vous offrir à lui, ô Fille bien-aimée de notre commun Seigneur (Cant. 7, 1). Dieu, dit saint Bernardin, fit en ce jour une grande fête avec toute la cour céleste, en voyant conduire son Épouse au temple, car il ne vit jamais de créature plus sainte et plus aimable s’offrir à lui. Allez donc, s’écrie saint Germain, archevêque de Constantinople, allez, ô Reine du monde, ô Mère de Dieu, allez avec joie à la maison du Seigneur, attendre la venue du divin Esprit qui vous rendra Mère du Verbe éternel.

Lorsque cette sainte société arriva au temple, l’aimable enfant se tourna vers ses parents, s’agenouilla en baisant leurs mains, et leur demanda leur bénédiction ; puis, sans jeter aucun regard en arrière, elle franchit les quinze marches du temple (comme le rapporte Arias Montanus d’après Josèphe), et se présenta au prêtre saint Zacharie, dit saint Germain. Renonçant alors au monde, renonçant à tous les biens qu’il promet à ses serviteurs, elle s’offrit et se consacra à son Créateur.

Au temps du déluge, le corbeau, envoyé par Noé hors de l’arche, s’y arrêta pour se repaître de cadavres ; mais la colombe, sans même poser le pied, retourna aussitôt a l’arche. Bien des hommes envoyés par Dieu en ce monde s’y arrêtent aussi malheureusement à se nourrir des biens terrestres. Il n’en fut pas de même de Marie, notre céleste colombe ; elle connut que Dieu doit être notre unique bien, notre unique espérance, notre unique amour ; elle connut que le monde est plein de périls, et que plus tôt on le quitte, plus tôt on est délivré de ses pièges ; aussi voulut-elle le fuir dès sa plus tendre enfance, et alla-t-elle s’enfermer dans la sainte retraite du temple, pour y mieux entendre la voix du Seigneur, pour l’honorer et l’aimer davantage. Ainsi la sainte Vierge, des ses premières actions, se rendit chère et agréable à son Dieu, comme l’Église le lui fait dire. C’est pourquoi on la compare à la lune ; car, de même que la lune achève son cours plus vite que les autres planètes, de même Marie atteignit la perfection plus vite que tous les saints, en se donnant a Dieu promptement, sans délai, et entièrement sans réserve. Passons à ce second point, qui prête à de longs développements.

DEUXIEME POINT. Eclairée d’en haut, cette enfant savait bien que Dieu n’accepte pas un coeur divisé, mais qu’il veut qu’on le consacre tout entier à son amour, suivant le précepte qu’il en a donné. Aussi, dès le premier instant de sa vie, commença-t-elle à aimer Dieu de toutes ses forces, et se donna-t-elle à lui toute entière. Mais son âme très sainte soupirait avec ardeur après le moment de se consacrer tout à fait à lui en effet, et d’une manière publique et solennelle. Considérons donc avec quelle ferveur cette Vierge aimante, se voyant enfermée dans le saint lieu, se prosterna pour en baiser le parvis, comme celui de la maison du Seigneur, puis elle adora son infinie majesté, et le remercia d’avoir daigné l’admettre à habiter pendant quelque temps sa maison ; ensuite elle s’offrit toute entière à son Dieu, sans réserve d’aucune chose, lui offrant toutes ses facultés et tous ses sens, tout son esprit et tout son coeur, toute son âme et tout son corps ; car ce fut alors, comme on le croit, que pour plaire a Dieu elle fit le voeu de virginité, voeu que Marie forma la première, suivant l’abbé Rupert. Et elle s’offrit, sans limitation du temps, comme l’affirme Bernardin de Busto. Car elle avait alors l’intention de se dévouer à servir la divine majesté dans le temple, durant toute sa vie, si Dieu l’avait ainsi voulu, et sans jamais sortir du lieu saint. Oh ! avec quel amour dut-elle s’écrier alors : Mon Seigneur et mon Dieu, je ne suis venue que pour vous plaire et pour vous rendre tout l’honneur que je puis ; je ne veux vivre et mourir que pour vous, si vous l’agréez ; acceptez le sacrifice que vous fait votre pauvre servante, et aidez-moi a vous être fidèle.

Considérons combien fut sainte la vie de Marie dans le temple ; en l’y voyant croître en perfection, comme l’aurore en lumière, qui pourrait expliquer comment resplendissaient en elle, et plus belles de jour en jour, toutes les vertus, la charité, la modestie, l’humilité, le silence, la mortification, la mansuétude ? Planté dans la maison de Dieu, ce bel olivier, dit saint Jean Damascène, arrosé par l’Esprit saint, devint le séjour de toutes les vertus. Le même saint dit ailleurs : Le visage de la Vierge était modeste, son esprit humble, et ses paroles, expression d’une âme recueillie, étaient douces et pleines de charmes ; il ajoute autre part : La Vierge éloignait la pensée de toutes les choses terrestres, pour embrasser toutes les vertus ; s’occupant ainsi de la perfection, elle y fit en peu de temps de si grands progrès qu’elle mérita de devenir le temple de Dieu.

Saint Anselme, traitant de la vie de la sainte Vierge dans le temple, dit que Marie était docile, parlait peu, demeurait recueillie, sans rire ni se troubler jamais. Elle persévérait dans l’oraison, dans la lecture des Livres saints, dans le jeûne et dans toutes les pratiques de vertu. Saint Jérôme entre dans de plus grands détails : Marie réglait ainsi sa journée : depuis le matin jusqu’a Tierce, elle restait en oraison ; de Tierce jusqu’à None, elle s’occupait de quelque travail ; à None reprenait l’oraison jusqu’à ce que l’ange lui apportât sa nourriture comme de coutume. Elle était la première dans les veilles, la plus exacte à accomplir la loi divine, la plus profonde en humilité, la plus parfaite dans chaque vertu. On ne la vit jamais en colère : toutes ses paroles respiraient tant de douceur qu’on reconnaissait l’Esprit de Dieu a son langage.

La divine Mère révéla elle-même à sainte Elisabeth vierge, de l’ordre de saint Benoît, que, lorsque ses parents l’eurent laissée dans le temple, elle résolut de n’avoir que Dieu pour père, et elle songeait à ce qu’elle pouvait faire pour lui être agréable. Elle se détermina à lui consacrer sa virginité, et à ne posséder quoi que ce fut au monde, soumettant toute sa volonté au Seigneur. Entre tous les préceptes, elle se proposait surtout d’observer celui de l’amour de Dieu ; elle allait, au milieu de la nuit, prier le Seigneur, à l’autel du temple, de lui accorder la grâce de pratiquer ses commandements, et de lui faire voir en ce monde la Mère du Rédempteur, le suppliant de lui conserver les yeux pour la contempler, la langue pour la louer, les mains et les pieds pour la servir, et les genoux pour adorer dans son sein son divin Fils. Sainte Elisabeth, à ces mots de Marie, lui dit : Mais, ô ma souveraine, n’étiez-vous pas pleine de grâce et de vertu ? Et Marie répondit : Sachez que je me regardais comme la plus vile des créatures, et comme indigne de la grâce de Dieu ; c’est pourquoi je demandais ainsi la grâce et la vertu. Enfin, pour nous convaincre de la nécessité absolue où nous sommes tous de demander à Dieu les grâces dont nous avons besoin, Marie ajouta : Pensez-vous que j’aie obtenu la grâce et la vertu sans peine ? Sachez que je n’ai reçu de Dieu aucune grâce sans une grande peine, sans de continuelles oraisons, des désirs ardents, et beaucoup de larmes et de pénitences.

Mais on doit s’attacher surtout aux révélations faite à sainte Brigitte, touchant les vertus et les exercices pratiques par la sainte Vierge dans son enfance. Dès son bas âge, y est-il dit, Marie fut remplie de l’Esprit saint, et à mesure qu’elle croissait en années, elle croissait aussi en grâce. Des lors, elle résolut d’aimer Dieu de tout son coeur, de manière a ne l’offenser ni par ses paroles, ni par ses actions, aussi méprisait-elle tous les biens de la terre. Elle donnait aux pauvres tout ce qu’elle pouvait. Elle était si sobre qu’elle ne prenait que la nourriture absolument nécessaire pour soutenir son corps. Ayant appris, dans l’Ecriture Sainte, que Dieu devait naître d’une vierge afin de racheter le monde, elle s’enflamma tellement du divin amour, qu’elle ne désirait que Dieu et ne pensait qu’à lui, se plaisant que dans le Seigneur, elle fuyait la conversation même de ses parents, pour n’être point détournée du souvenir de Dieu. Enfin, elle souhaitait de se trouver au temps de la venue du Messie, afin d’être la servante de l’heureuse Vierge qui aurait mérite de devenir sa Mère. Voila ce que contiennent les révélations faites à sainte Brigitte (Livre 1 et 3, ch. 8).

Ah! c’est pour l’amour de cette sublime enfant que le Rédempteur hâta sa venue au monde ; tandis que, dans son humilité, elle ne se croyait pas digne d’être la servante de la divine Mère, elle fut choisie pour la devenir elle-même ; par l’odeur de ses vertus, par la puissance de ses prières, elle attira dans son sein virginal le Fils de Dieu. Voila pourquoi Marie a reçu du divin Époux le nom de tourterelle (Cant. 2, 12), non seulement parce qu’à l’exemple de la tourterelle elle aimait la solitude, vivant en ce monde comme dans un désert, mais parce que, comme la tourterelle fait retentir les campagnes de ses gémissements, ainsi Marie gémissait dans le temple, en compatissant aux misères du monde perdu et en demandant a Dieu notre commune Rédemption. Oh! avec quel amour, avec quelle ferveur, elle répétait a Dieu dans le temps les supplications et les soupirs des prophètes, pour qu’il envoyât le Rédempteur (Isaïe 16, 1 ; 45. 8).

Enfin Dieu se plaisait à voir cette Vierge s’élever de plus en plus vers le sommet de la perfection, semblable à une colonne de parfums, qui exhalait les odeurs de toutes les vertus, comme l’Esprit saint le dit dans les cantiques (Cant. 3, 6). En vérité, déclare saint Sophrone, cette enfant était le jardin de délices du Seigneur, parce qu’il y trouvait toutes les sortes de fleurs, et toutes les odeurs de vertus. Aussi saint Jean Chrysostome affirme-t-il que Dieu choisit Marie pour sa Mère sur la terre, parce qu’il n’y trouva point de Vierge plus sainte et plus parfaite, ni de lieu plus digne de sa demeure, que son sein très sacré, parole confirmée par saint Bernard ; et saint Antonin assure que la Bienheureuse Vierge, pour être élue et destinée à la dignité de Mère de Dieu, dut posséder une perfection si grande et si consommée qu’elle surpassât en perfection toutes les autres créatures.

Comme cette sainte enfant se présenta et s’offrit à Dieu dans le temple promptement et sans réserve, ainsi présentons-nous en ce jour à Marie entièrement et sans délai, et prions-la de nous offrir à Dieu, qui ne nous repoussera pas, en nous voyant présentés par la main de celle qui fut le temple vivant du Saint-Esprit, les délices du Seigneur, et la Mère destinée au Verbe éternel. Mettons tout notre espoir en cette sublime et excellente souveraine, qui récompense avec tant d’amour les honneurs que lui rendent ses serviteurs.

Extraits des Vertus de Marie de saint Alphonse de Liguori

BEATRICE DE PROVENCE (1229-1267), FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE LA PROVENCE, Non classé, PROVENCE

Béatrice de Provence (1229-1267)

Béatrice de Provence

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Béatrice de Provence, née en 1229 et morte à Nocera le 23 septembre 1267, est une comtesse de Provence et de Forcalquier, fille de Raimond-Bérenger IV, comte de Provence et de Forcalquier, et de Béatrice de Savoie. Par mariage, elle devient reine de Naples et de Sicile.

Biographie

 Origine

Béatrice naît en 1229. Elle est la fille de Raimond-Bérenger IV, comte de Provence et de Forcalquier, et de Béatrice de Savoie, dont elle porte le prénom.

À la mort de son père, le 19 août 1245, elle devient l’héritière du comté de Provence et celui de Forcalquier.

 Mariage de la Provence et de la France

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Béatrice de Provence et Charles Ier d’Anjou

Un projet de mariage est organisé par la reine Blanche de Castille, soutenu par le pape Innocent IV, avec Charles, frère du roi de France, Louis IX. Ce dernier a épousé Marguerite, la sœur aînée de Béatrice En 1245, le mariage est préparé par sa mère, Béatrice, comtesse douairière de Provence, et le Conseil de régence. Le projet est engagé puisque le roi de France a obtenu l’accord de son côté L’oncle de Béatrice, l’archevêque de Lyon Philippe de Savoie, devient l’intermédiaire privilégié entre les différentes parties

Toutefois, certains princes ne sont pas favorables à ce rapprochement entre la Provence et le royaume de France. Ainsi, le comte de Toulouse, qui ne participe pas aux tractations, menace d’envahir le comté. Son voisin, le roi d’Aragon Jacques Ier, approche avec son armée. Charles intervient en pénétrant en Provence avec une troupe de chevaliers, obligeant le roi d’Aragon à se retirer

La jeune fille est remise à Charles, avec le consentement du roi Louis IX. De fait, Charles devient comte de Provence. Le mariage se déroule le 31 janvier 1246 à Aix. Après un court séjour en Provence, les jeunes époux rentrent en France.

Ce mariage est qualifié par l’historien Gérard Sivéry comme « l’un des chefs-d’œuvre de la grande stratégie matrimoniale médiévale ».

Ses deux autres sœurs, Éléonore (1223-1291), reine consort d’Angleterre depuis 1236, et Sancie (1228-1261), comtesse de Cornouailles, réclament une part d’héritage de la Provence

Comtesse de Provence

Charles de France est adoubé en mai 1246. Trois mois plus tard, il est fait par son frère comte d’Anjou et du Maine.

Charles d’Anjou reprend la politique d’expansion en direction de la péninsule italienne entamée par le comte Raimond-Bérenger IV de Provence.

Les Provençaux se soulèvent contre ce prince étranger au printemps 1246. Il faut attendre l’année 1265 pour que son pouvoir soit définitivement assis sur la Provence.

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Statue de Béatrice de Provence

Famille

Béatrice épouse en 1246 Charles Ier (1226 † 1285), roi de Naples et de Sicile (1266-1285), comte d’Anjou et du Maine (1246-1285), et ont :

Louis (1248 † 1248)

Blanche (1250 † 1269), mariée en 1265 avec Robert III de Dampierre (1249 † 1322), comte de Flandre

Béatrice (1252 † 1275), mariée en 1273 à Philippe Ier de Courtenay (1243 † 1283), empereur titulaire de Constantinople

Charles II de Naples (1254 † 1309), comte d’Anjou et du Maine, roi de Naples

Philippe (1256 † 1277), prince d’Achaïe, marié en 1271 avec Isabelle de Villehardouin (1263 † 1312), princesse d’Achaïe et de Morée

Robert (1258 † 1265)

Isabelle (ou Élisabeth) (1261 † 1303), mariée à Ladislas IV (1262 † 1290), roi de Hongrie

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Statue de Béatrice de Provence (Eglise Saint-Jean-de-Malte, Aix-en-Provence)

Bibliographie complémentaire

Thierry Pécout, « Celle par qui tout advint : Béatrice de Provence, comtesse de Provence, de Forcalquier et d’Anjou, reine de Sicile (1245-1267) », Mélanges de l’École française de Rome – Moyen Âge, nos 129-2,‎ 2017 

FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, LES GRANDES DECISIONS DE L'HISTOIRE DE FRANCE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION

Les grandes décisions qui ont fait l’histoire de France

Les grandes décisions de l’histoire de France

Collectif sous la direction de Patrice Gueniffey et François-Guillaume Lorrain

Paris, Perrin-Le Point, 2018. 410 pages.

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Présentation de l’éditeur

Les vingt choix qui ont fait la France.

Alors que les débats sur l’histoire de France font rage, le présent ouvrage dissèque pour la première fois vingt décisions cardinales qui dessinent la singularité française et racontent sa véritable histoire ; à l’opposé de l’hagiographie béate comme de la repentance mortifère. Sous la direction d’un grand historien (Patrice Gueniffey) et d’un maître-enquêteur du passé (François-Guillaume Lorrain) ; les meilleures plumes du Point et de Perrin racontent avec maestria vingt moments-charnières qui ont bouleversé le présent et dont les conséquences se font toujours sentir.

 

En voici le sommaire.

Le couronnement de Charlemagne (800) – Georges Minois
L’arrestation des Templiers (1307) – Sylvain Gouguenheim
Jeanne d’Arc et le sacre de Charles VII (1429) – Philippe Contamine
La Saint-Barthélémy (1572) – Bernard Cottret
La prise du pouvoir de Louis XIV (1661) – Simone Bertière
Le tournant de l' » absolutisme  » (1682-1685) – Jean-François Solnon
La convocation des états généraux (1788) – Jean-Christian Petitfils
Les états généraux deviennent  » Assemblée nationale  » (1789) – Jean-Pierre Poussou
Le procès et l’exécution de Louis XVI (1793) – Loris Chavanette
Le Consulat à Vie (1802) – Patrice Gueniffey
La conquête de l’Algérie (1830-1834) – Laurent Theis
La fracture sociale (1848) – Arnaud Teyssier
La déclaration de guerre à la Prusse (1870) – Thierry Lentz
La sanctuarisation de la République (1884) – Pierre Cornut-Gentille
La séparation de l’Église et de l’État (1905) – François-Guillaume Lorrain
L’entrée dans la Première Guerre mondiale (1914) – Renaud Meltz
L’appel du 18 juin 1940 – François Malye
Le sacre républicain (1962) – Saïd Mahrane
Le tournant de la rigueur (1982-1983) – Clément Lacombe
Le roman de l’euro – Romain Guibert

 

Il survole l’Histoire nationale en vingt récits bien enlevés, parfaitement documentés et écrits par des historiens de renom.

Chaque récit traite un événement majeur de notre Histoire et en détaille le contenu mais aussi et surtout ses causes, ses conséquences et son écho dans nos mémoires.  Le gabarit de quinze à vingt pages oblige l’auteur à s’en tenir à l’essentiel et en rend la lecture aisée. C’est clair, limpide, souvent haletant, toujours surprenant et enrichissant. Les enseignants du secondaire comme les étudiants et les amateurs en feront leur miel.

Conçu sous la direction de l’historien Patrice Gueniffey et du journaliste François-Guillaume Lorrain, responsable de la rubrique Histoire au Point, l’ouvrage traite l’Histoire comme une source d’enseignement sur le fonctionnement des sociétés et les ressorts des hommes. Il tente de comprendre et nous faire comprendre comment a vécu la France, au gré des passions humaines et des contraintes de tous ordres. « À l’heure où le fatalisme gagne les rangs, nourri de l’impuissance des États nationaux dépossédés de leur marge de manœuvre par des institutions supranationales ou des entités économiques tentaculaires, il est salutaire aussi de revisiter notre histoire à la mesure de l’exercice du pouvoir et de l’engagement, » écrit Patrice Gueniffey.

Nous nous retrouvons dans cette approche qui est aussi celle d’Herodote.net. Aucun événement n’a d’intérêt en soi. Au mieux, il peut être apprécié pour son aspect sensationnel ou romanesque comme l’arrestation des Templiers par Philippe le Bel. Mais derrière cet aspect, l’événement prend sens comme le montre Sylvain Gouguenheim car il permet au roi de s’affirmer à la tête de son royaume comme de la chrétienté. L’important, du point de vue de l’historien et de l’amateur, est ce que révèle l’événement sur la société qui l’a produit et sur les hommes qui l’ont inscrit dans leur mémoire.

Georges Minois se saisit ainsi du couronnement de Charlemagne à Rome (Noël 800). Il est inhabituel de placer cet événement au commencement de l’Histoire de France. Le roi des Francs Charlemagne n’avait lui-même nulle envie de se faire couronner empereur. Il y a été poussé par le pape et son conseiller Alcuin qui voulaient donner un protecteur à l’Église romaine.

Lui-même se voulait avant tout roi des Francs et c’est en cette qualité que les chroniqueurs royaux de Saint-Denis le rattacheront au Moyen Âge à la lignée des rois de France. Par contre, les Allemands ne voudront jamais voir en lui que le fondateur du Reich germanique. Il est vrai qu’il parlait tudesque et résidait à Aachen (Aix-la-Chapelle).

Mille ans exactement après le sacre, un autre sacre, celui de Napoléon Ier, fera référence à l’illustre ancêtre. Plus près de nous enfin, nouvel avatar : Charlemagne est érigé en précurseur de l’Europe et l’on crée un prix Charlemagne pour honorer chaque année une personnalité qui a fait avancer l’union du continent.

Certaines « décisions » historiques ont des conséquences autrement plus dramatiques et imprévisibles. C’est le cas avec le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572) qui garde encore une part de mystère. On est fondé à penser qu’au début, le monarque Charles IX, sa mère Catherine de Médicis ou encore les Guise voulaient se débarrasser des chefs protestants opportunément conviés à Paris pour le mariage de leur champion Henri de Navarre (futur Henri IV). Mais une fois la tuerie entamée dans la cour du Louvre, le peuple parisien, très remonté contre les protestants, allait se faire justice lui-même en massacrant aussi les protestants de la ville.

L’indécision et parfois la malchance peuvent faire échouer les meilleures résolutions. C’est ce que montre bien Jean-Christian Petitfils dans son récit des trois années qui ont précédé la Révolution et conduit à la convocation des états généraux à Versailles, le 5 mai 1789.

Il raconte comment Louis XVI, sincèrement désireux de réformer son pays, a soutenu la réforme de Calonne et son Assemblée des notables, réunie le 22 février 1787 pour valider un impôt universel. Mais les privilégiés se sont rebellés et ont réussi le coup de maître de rallier à leur cause les classes populaires qui avaient pourtant tout intérêt à la réforme.

En détruisant le crédit de la monarchie, les privilégiés et les nobles ont par aveuglement préparé la Révolution. Celle-ci était déjà quasiment terminée quand elle a commencé ! « Les plus grands coups portés à l’antique Constitution de l’État le furent par des gentilshommes.  Les patriciens commencèrent la Révolution, les plébéiens l’achevèrent », note Chateaubriand dans Mémoires d’outre-tombe.

Quand il s’est agi de juger et exécuter le roi Louis XVI, les députés étaient par contre parfaitement conscients de l’enjeu. La décapitation de la plus ancienne monarchie européenne diviserait comme jamais la France et le reste du continent. Elle creuserait « un fossé infranchissable entre l’ancien monde et le nouveau », écrit Loris Chavanette.

On ne peut pas dire que l’entourage de Charles X ait fait preuve de la même lucidité quand il s’est agi d’attaquer Alger en 1830 : « Qu’y a-t-il au fond de cette expédition ? De mauvais ministres qui croient échapper à leur sort avec du bruit et de la fumée, » a-t-on pu en dire. Laurent Thies témoigne de l’inconscience de ces hommes qui entreprirent une grande conquête sans savoir ce qu’ils en feraient le jour d’après.

Ainsi va l’histoire, tissée de décisions conscientes, sages ou folles, voire d’indécision.

Bien sûr, les historiens, pas moins que les autres hommes, ont des opinions et des préjugés qui peuvent à leur insu influencer leur vision des choses. Rassurons-nous, ils n’en laissent rien voir ici.  Les grandes décisions de l’histoire de France est dépourvu de parti-pris idéologique et les auteurs se montrent exclusivement mus par le désir de donner de la cohérence à l’enchaînement des faits (on est ici aux antipodes de L’Histoire mondiale de la France, dont le coordonnateur Patrice Boucheron annonçait en ouverture le dessein idéologique).

À ceux qui en doutaient, à commencer par nous-mêmes, Les grandes décisions de l’histoire de France démontre que la science historique française conserve de beaux atours, à une sage distance des modes, des préjugés et de l’air du temps.

S’il y avait un reproche à faire à cet ouvrage, c’est de s’être limité à vingt décisions, si judicieuses soient-elles, du sacre de Charlemagne à la décision de faire l’euro. Nous aurions bien aimé que soient aussi traitées la désignation d’Hugues Capet par ses pairs comme roi de Francie occidentale ; également la non-décision de sacrer Louis VIII du vivant de son père Philippe Auguste, preuve que l’État capétien était assez solide au début du XIIIe siècle pour se dispenser de cette formalité ; la promulgation de l’ordonnance de Villers-Cotterêts par François Ier en 1539, qui témoigne de la constitution d’un État national et centralisé.

 

 

https://www.herodote.net/articles/article.php?ID=1751

 

 

Biographie de l’auteur

 

Patrice Gueniffey est considéré par beaucoup comme le meilleur historien français actuel. Après son  » Bonaparte  » en 2013,  » Napoléon et De Gaulle. Deux héros français » a reçu trois prix historiques (Montaigne, Prix de la Revue de Deux Mondes, Prix du Nouveau cercle de l’Union) avant d’être désigné  » Livre d’histoire de l’année  » par Lire et de figurer dans le  » Palmarès des 25 livres de 2017  » du Point.

François-Guillaume Lorrain , écrivain, historien et journaliste a notamment publié  » L’année des volcans  » (2014) et  » Ces lieux qui ont fait la France  » (2015)

 

FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, PROVENCE, RAYMOND-BERENGER V DE PROVENCE (1198-1209)

Raymond-Bérenger V de Provence

RAYMOND-BERENGER V DE PROVENCE

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Statue du comte Bérenger V de Provence dans l’Eglise Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Raimond-Bérenger IV/V de Provence

Raimond Bérenger IV1 ou V, né vers1198, mort le 19 août 1245 à Aix, futcomte de Provence et de Forcalquier de1209 à sa mort.

Numérotation
Lors de la minorité d’un précédent comte, la régence fut exercée par Raimond-Bérenger IV de Barcelone, qui est parfois comptabilisé parmi les comtes de Provence. Il s’ensuit que le comte Raimond-Bérenger IV de Provence est souvent nommé Raimond-Bérenger V de Provence.

Biographie
Jeunesse
Raimond Bérenger IV de Provence est le seul fils d’Alphonse II (v. 1180-1209), comte de Provence (1195-1209), et de Garsende, comtesse de Forcalquier, issue de la maison de Sabran.
En février 1209, alors que Raimond Bérenger IV a environ douze ans, son père meurt à Palerme. Son oncle, le roi Pierre II d’Aragon assure sa tutelle. L’éducation du jeune prince est confiée à Guillaume de Montredon, maître de province de l’ordre du Temple et Raymond de Penafort, fameux théologien du xiiie siècle. Sa mère Garsende lui cède le comté de Forcalquier le 30 novembre 1209, permettant la réunion de ces deux comtés rivaux depuis un siècle
Pierre II d’Aragon est tué à la bataille de Muret, Sanche, oncle de Pierre II, prend en charge la régence d’Aragon et laisse celle de Provence à son fils Nuno. Des dissensions éclatent au sein des Catalans de Provence, entre les partisans de la comtesse Garsende de Forcalquier et ceux de Nuno, qui semblent vouloir évincer le jeune comte. La noblesse provençale en profite pour s’agiter. Elle prend finalement le parti de Garsende de Forcalquier, évince Nuno, place Raimond Bérenger IV de Provence sous la tutelle de sa mère et créent un conseil de régence.

Comte de Provence
Il parvient à se débarrasser de son rival le comte de Toulouse, également marquis de Provence, dont la famille a toujours eu l’ambition d’annexer la Provence. Pour cela, il n’hésite pas à soutenir la croisade albigeoise et soumet dans l’ordre les consulats d’Arles et de Marseille qui créaient des troubles dans le comté. Il conquit Avignon avec le roi de France Louis VIII en 1226.

Les armes de Provence, étaient devenus également celles de la Catalogne après le mariage de Douce de Provence avec Raimond Bérenger III comte de Barcelone. Depuis lors elles se ressemblent étonnamment si ce n’est la disposition des pals, afin de ne pas les confondre, elles seront en effet mises horizontalement pour la Catalogne.
Il fit montrer sous son royaume les « bailes » qui devinrent les représentants du pouvoir comtal. Il bâtit la ville de Barcelonnette en 1231 en honneur de ses origines catalanes ainsi que l’église Saint Jean de Malte premier édifice gothique de Provence à Aix-en-Provence.

Il meurt le 19 août 1245, et est enseveli à Aix-en-Provence, auprès du tombeau de son père, dans l’église Saint-Jean-de-Malte d’Aix-en-Provence.

Raimond Bérenger IV est le dernier membre de la famille des comtes de Catalogne à avoir régné en Provence. Il laisse par testament, daté du 20 juin 1238, ses domaines à sa quatrième fille, Béatrice, la seule qui n’est pas encore mariée. A sa mort la Provence unifiée entre dans la mouvance du roi de France rompant ainsi aec son passé catalan.

Comte troubadour
Il reste de Raimond-Bérenger V (ou IV) deux tensons et deux coblas.

Union et descendance
Le 5 juin 1219, Raimond Bérenger IV de Provence épouse Béatrice de Savoie (1198-1266), fille de Thomas Ier (1177-1233), comte de Savoie (1189-1233), et de Marguerite de Genève (1180-1252 ou 1257). De cette union sont issues quatre filles :

Marguerite de Provence (1221-1295), reine de France (1234-1270) par mariage en mai 1234 avec Louis IX (1214-1270), roi de France (1226-1270) ;
Éléonore de Provence (v. 1223-1291), reine d’Angleterre (1236-1272) par mariage en 1236 avec Henri III (1207-1272), roi d’Angleterre (1216-1272) ;
Sancie de Provence (v. 1225-1261), comtesse de Cornouailles (1243-1261) par mariage en 1243 avec Richard de Cornouailles(1209-1272), comte de Cornouailles (1227-1272) et roi des Romains (1257-1272) ;
Béatrice de Provence (1234-1267), comtesse de Provence et de Forcalquier (1245-1267), mariée en 1246 avec Charles Ier d’Anjou (1227-1285), comte d’Anjou et du Maine (1246-1285), roi de Sicile (1266-1282), puis roi de Naples (1282-1285), et comte de Provence et de Forcalquier (1246-1267) par mariage, mais qui continuera à porter les titres jusqu’à sa mort.

Par ces alliances entre les filles de Raimond-Bérenger IV, les rois de France Louis IX (Saint Louis) et de Sicile Charles Ier qui étaient déjà frères, deviennent beaux-frères l’un de l’autre, outre la parenté d’alliance du même degré avec le roi d’Angleterre Henri III et le futur roi des Romains Richard de Cornouailles, frère d’Henri III, ces deux derniers devenant aussi beaux-frères l’un de l’autre.
Marguerite et Béatrice deviennent belles-sœurs, tandis que la même parenté d’alliance se crée entre Éléonore et Sancie.

Source : Wikipédia

 

RAYMOND-BERENGER V FAIT NAITRE LA PROVENCE

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BERENGER V DE PROVENCE : L’INVENTION DE LA PROVENCE

THIERRY PECOUT

PARIS, PERRIN, 2004

 

En ce mois de novembre 1216, une galée appareille en pleine nuit du port catalan de Salou vers les rives du comté de Provence. À son bord, un jeune adolescent, escorté par des chevaliers provençaux venus l’arracher à son exil aragonais.

Ainsi commence l’histoire de Raymond Bérenger V, héritier d’une Provence déchirée par des rivalités entre factions nobles et les villes comme Marseille, Avignon, Arles, Tarascon, Nice ou Grasse. Il hérite d’un comté à l’histoire mouvementée et qui est convoité par des voisins qui voudraient bien s’approprier ce comté : que ce soit l’Empereur de l’Empire germanique Frédéric II au nord, le comte de Toulouse à l’ouest quand ce ne sont pas les rois d’Aragon (qui furent comtes de Provence) et même le roi de France qui cherche à agrandir son royaume afin d’avoir un débouché sur la Méditerranée.

Beaucoup voient en ce jeune prince le seul dépositaire d’un pouvoir légitime. Sa mère et tutrice, la comtesse Gersende de Forcalquier, ne peut plus désormais espérer gouverner sans lui. Rien ne laisse alors présager que ce jeune homme sera l’artisan d’un rétablissement de l’État comtal. Pourtant, depuis sa capitale aixoise, il fait de sa principauté l’un des laboratoires de l’État moderne. Raymond Bérenger rompt avec le passé catalan de la Provence, mais aussi avec l’empire germanique de Frédéric II. Les temps lui sont favorables : de Nice à Marseille, le commerce des ports provençaux est prospère. Cette richesse bénéficie aux églises, châteaux et villes qui arborent de neuves parures. Le comte fonde Martigues et Barcelonnette. Pour la première fois de son histoire, la Provence paraît une principauté cohérente, gouvernée par un prince soucieux de ses prérogatives. La mort prématurée de Raymond Bérenger en 1245, sans héritier, laisse la Provence aux mains de son gendre, frère du roi de France. Une page achève de se tourner.

 

L’auteur

Thierry Pécout, né en 1967, ancien élève de l’École normale supérieure, maître de conférences en histoire du Moyen Âge à l’université de Provence, auteur d’une biographie du roi Charles V (2001), travaille actuellement sur l’histoire des pouvoirs dans le comté de Provence.

AFFAIRE DREYFUS, ALFRED DREYFUS (1859-1935), FRANCE, HISTOIRE DE FRANCE, MARIE-GEORGES PICQUART (1854-1914)

L’affaire Dreyfus

5 janvier 1895

Dégradation du capitaine Dreyfus

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Le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus est solennellement dégradé dans la cour de l’École Militaire, à Paris. Il a été condamné au bagne à vie pour haute trahison et espionnage au profit de l’Allemagne. « Dreyfus n’a exprimé aucun regret, fait aucun aveu, malgré les preuves irrécusables de sa trahison. Il doit en conséquence être traité comme un malfaiteur endurci tout à fait indigne de pitié » peut-on lire dans le compte-rendu du Matin.

L’« Affaire » proprement dite commence un an plus tard avec la découverte de faits nouveaux par le lieutenant-colonel Picquart. Il apparaît à ce dernier que le capitaine a été accusé à la place d’un autre. L’erreur judiciaire est manifeste. Mais est-il pensable que la justice militaire reconnaisse une erreur en ces temps de grande tension internationale ? Le droit et la vérité doivent-ils prévaloir sur l’honneur de l’Armée et la sécurité du pays ? L’opinion publique va se déchirer pendant plusieurs années sur ces questions essentielles. En définitive, la démocratie et l’honneur de la France l’emporteront…

Une condamnation sans histoire

L’affaire Dreyfus débute comme une banale affaire d’espionnage militaire par la découverte d’un bordereau adressé par un officier français à l’attaché militaire de l’ambassade allemande, le major Schwartzkoppen.

Madame Bastian, femme de ménage à l’ambassade, avait récupéré le bordereau le 26 septembre 1894 dans une corbeille à papier et l’avait remis au service français de contre-espionnage pour lequel elle travaillait en secret.

Le soir même, le colonel Henry entrevoit dans le document la trahison d’un officier d’état-major.

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Le général Auguste Mercier

En l’absence du général de Boisdeffre, chef de l’état-major, le général Auguste Mercier, ministre de la Guerre, est immédiatement informé et ordonne une enquête discrète.

Les soupçons se tournent très vite vers le capitaine d’artillerie Alfred Dreyfus, stagiaire au deuxième bureau de l’état-major, qui a été en contact avec les différents services auxquels il est fait allusion dans le bordereau. Le ministre de la Guerre suggère de confier l’enquête sur le bordereau au commandant Armand du Paty de Clam.

Le 6 octobre 1894, celui-ci convoque Alfred Dreyfus et, sous le prétexte d’une blessure à la main, lui demande de rédiger une lettre sous sa dictée.

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Du Paty de Clam

À peine Dreyfus s’est-il exécuté que Du Paty de Clam l’accuse d’être l’auteur du fameux bordereau. Il lui tend un pistolet et lui suggère de se suicider pour échapper au déshonneur, ce à quoi Dreyfus, qui tombe des nues, se refuse. Il est aussitôt mis au secret à la prison de la rue du Cherche-Midi.

Alors commence la tragédie. Sollicité par les enquêteurs, le célèbre Alphonse Bertillon, chef du service de l’identité judiciaire (et inventeur de l’identification par les empreintes digitales), confirme les soupçons du commandant du Paty de Clam, contre l’avis d’autres graphologues plus prudents mais moins prestigieux.

Dreyfus est arrêté le 15 octobre 1894 sous l’inculpation de haute trahison. Il échappe à la guillotine en vertu d’une loi de la IIe République qui a aboli la peine de mort pour les crimes politiques. Le 22 décembre 1894, il est donc« seulement » condamné au bagne à vie par un tribunal militaire.

Dégradé le 5 janvier 1895 dans la cour des Invalides, il part pour l’île du Diable, en Guyane.

Personne en France ne doute alors de sa culpabilité. Jean Jaurès lui-même s’étonne le 24 décembre, à la Chambre des députés, qu’on ne l’ait pas plutôt fusillé que banni. Deux jours plus tard, dans La Dépêche du Midi, le grand leader socialiste écrit que l’« on a surpris un prodigieux déploiement de la puissance juive pour sauver l’un des siens. »

Beaucoup de Français pensent de même, considérant que la justice militaire est trop indulgente pour les bourgeois de sa sorte. Certains, qui plus est, commencent à se dire que l’on ne peut décidément pas faire confiance à un israélite ! Pour eux, « cosmopolitisme juif » et patriotisme sont incompatibles.

Le quotidien antisémite d’Édouard Drumont, La Libre Parole, qui tire à environ 500 000 exemplaires, mais aussi La Croix, quotidien catholique de la congrégation des Assomptionnistes (170 000 exemplaires), mènent une campagne contre la présence d’officiers juifs dans l’armée. « Dans toute vilaine affaire il n’y a que des Juifs. Rien de plus facile que d’opérer un bon nettoyage », écrit le second (14 novembre 1894).

Il n’y a guère que sa femme Lucie et son frère Mathieu qui persistent à croire à l’innocence du capitaine. Ils entretiennent une longue correspondance avec celui-ci, qui, sur l’île du Diable, survit dans le seul espoir de faire reconnaître la vérité. Il doit supporter les brimades de l’administration pénitentiaire à son égard (enfermement entre deux palissades pour ne pas voir la mer, enchaînement la nuit à son lit pendant plusieurs semaines, privation d’informations sur l’extérieur…).

 Capitaine courageux

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Alfred Dreyfus

Né à Mulhouse 35 ans plus tôt, Alfred Dreyfus appartient à la bourgeoisie alsacienne. Sa famille, d’origine israélite, est très riche. Elle s’est en partie établie en France après l’annexion de l’Alsace par l’Allemagne en 1871.

Lui-même a fait ses études à l’École Polytechnique puis à l’École d’Artillerie et du Génie de Fontainebleau. Brillant officier et ardent patriote, il entre à l’École de Guerre et passe à l’état-major peu après son mariage à la synagogue avec Lucie Hadamart.

Ce parcours sans faute, ainsi que sa prestance intellectuelle, sa fortune familiale et ses origines alsaciennes et israélites lui valent de nombreuses jalousies.

 Le doute s’installe

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Le commandant Georges Picquart

Tout se corse en mars 1896, alors que l’opinion publique a pratiquement tout oublié de cette histoire d’espionnage…

– Mars-Octobre 1896 : du « petit bleu » au « faux Henry » :

Le commandant Georges Picquart, qui vient d’accéder à la direction de la « Section de statistique » (le contre-espionnage), met la main sur un pneumatique (un « petit bleu »).

Tout comme le bordereau, il a été récupéré par Madame Bastian dans les poubelles de l’ambassade d’Allemagne et révèle une correspondance entre Schwartzkoppen et un officier français d’origine hongroise, le commandant Charles Walsin-Esterhazy, joueur et passablement débauché.

Picquart découvre que le procès de Dreyfus est fondé sur un dossier secret contenant des pièces trafiquées et sans valeur. Il fait part de ses doutes au général de Boisdeffre, chef de l’état-major, et au général Arthur Gonse, son adjoint, qui lui enjoignent de n’en rien dire. Picart obtempère mais poursuit son enquête en l’absence de contre-ordre. Son efficacité à la tête du service lui vaut même de devenir en avril 1896 le plus jeune lieutenant-colonel de France ! 

Là-dessus, comme la famille Dreyfus commence de jeter le trouble dans l’opinion par des articles dans la presse sur les protestations d’innocence du capitaine, le général Gonse renouvelle la consigne de silence à Piquart le 15 septembre 1896 : « Si vous ne dites rien, personne ne le saura ».

Pour plus de sûreté, la hiérarchie militaire décide d’éloigner Picquart. Le fringant officier est donc réduit au silence par un limogeage en Tunisie.

En octobre 1896, le colonel Henry, adjoint de Picquart à la Section de statistique, est sommé par sa hiérarchie d’écarter les soupçons pesant sur Esterhazy. Il a déjà décrypté le bordereau à l’origine de l’Affaire. Voilà qu’il produit opportunément un bordereau  qui accable Dreyfus : une correspondance adressée par l’attaché militaire Panizzardi à son collègue allemand Schwarzkoppen…  et dont on découvrira plus tard qu’il s’agit d’un faux.

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Jugement d’Esterhazy qui est acquitté

– Novembre 1897 : la chance met Mathieu Dreyfus sur la piste d’Esterhazy :

Entre temps, la famille du capitaine Dreyfus fait appel au journaliste Bernard-Lazare pour chercher des motifs de réviser le procès.

Bernard-Lazare (31 ans), de son vrai nom Lazare Bernard, est un critique littéraire de confession israélite connu pour ses articles acerbes et ses convictions anarchistes.

Il publie en novembre 1896 une brochure : L’erreur judiciaire, la vérité sur l’affaire Dreyfus, sans rencontrer guère d’écho, sauf auprès du vieux sénateur de Strasbourg, Auguste Scheurer-Kestner.

Un an passe. Début novembre 1897, un banquier avertit Mathieu Dreyfus qu’il a reconnu l’écriture de l’un de ses clients dans le fameux bordereau. Et ce client n’est autre que… le commandant Esterhazy.

Georges Picquart, en permission à Paris où il tente de régler une affaire de coeur avec sa maîtresse Pauline Monnier, découvre que son appartement a été perquisitionné. Il comprend que ses supérieurs le soupçonnent d’avoir informé la famille Dreyfus. Craignant pour sa carrière, il demande conseil à un ami, l’avocat Louis Leblois, sous le sceau du secret. Mais Leblois, embarrassé par le poids de ces informations, les communique au sénateur Auguste Scheurer-Kestner sans lui en révéler la source.

Le 14 novembre 1897, le sénateur Scheurer-Kestner publie dans Le Temps une lettre où il annonce des faits nouveaux et assure de l’innocence de Dreyfus, sans toutefois apporter les preuves de ses accusations. Le lendemain, Mathieu Dreyfus ne s’embarrasse pas de précautions et dénonce Esterhazy comme le véritable auteur du bordereau.

 Le patriotisme contre les principes

Dreyfus

Caricature anti-dreyfusarde

Le frère du condamné, Mathieu Dreyfus, le vice-président du Sénat, Scheurer-Kestner, et le député Joseph Reinach obtiennent enfin qu’Esterhazy soit traduit en conseil de guerre.

Le 11 janvier 1898, Esterhazy, qui a lui-même demandé à être jugé, est triomphalement acquitté par un conseil de guerre malgré les graves présomptions qui pèsent sur lui. Au procès, le colonel Henry produit opportunément son bordereau qui accable Dreyfus. 

Contre toute attente, c’est le lieutenant-colonel Georges Picquart qui fait les frais du procès. Toujours soucieux de protéger ses arrières, il s’est abstenu de révéler les résultats de son enquête et notamment l’implication du ministre de la Guerre Auguste Mercier et de l’état-major dans le trucage du procès Dreyfus. Accusé d’avoir fabriqué le « petit bleu », il est incarcéré au Mont-Valérien.

Le président du Conseil Jules Méline déclare un peu vite : « Il n’y a pas d’affaire Dreyfus ! » En fait, l’Affaire commence.

À Paris, chacun prend parti et l’Affaire prend vite un tour politique :

– Il y a d’un côté ceux qui considèrent qu’on ne transige pas avec les principes et que Dreyfus, comme tout citoyen a droit à un procès équitable ; ce sont les « dreyfusards ».

Parmi eux beaucoup de pacifistes de gauche et des chrétiens fervents comme l’écrivain Charles Péguy. Mais aussi le grand quotidien conservateur Le Figaro, qui ouvre ses colonnes dès le 16 mai 1896 à un plaidoyer d’Émile Zola intitulé « Pour les Juifs ». Le même journal publie les communiqués d’Auguste Scherer-Kestner, sénateur alsacien et dreyfusard, ainsi que de Mathieu Dreyfus. Enfin, le 25 novembre 1897, il publie une célèbre diatribe de Zola : « La vérité est en marche et rien ne l’arrêtera plus ».

– De l’autre côté, les « antidreyfusards » considèrent que l’intérêt national prime sur les droits de la personne ; en l’occurence, dans une période de crise internationale où la France n’attend qu’une occasion pour prendre sa revanche sur l’« ennemie héréditaire » (l’Allemagne), il n’est pas question de porter atteinte au moral de l’armée avec un procès en révision de Dreyfus, que celui-ci soit innocent ou pas !

L’origine israélite et bourgeoise de Dreyfus contribue à attiser les passions, l’antisémitisme venant au secours d’un patriotisme dévoyé (mais on convient avec l’historien Vincent Duclert qu’il y aurait eu une Affaire même si Dreyfus n’avait pas été juif…).

Si la capitale se passionne pour l’Affaire, la France profonde lui reste globalement indifférente malgré les efforts de Jean Jaurès, devenu dreyfusard, pour convaincre le monde ouvrier que la justice n’a pas de classe et que l’on doit défendre Dreyfus, tout bourgeois qu’il soit.

Phénomène inédit : dans les capitales européennes comme à Paris, l’opinion éclairée se passionne pour le sort de Dreyfus. C’est la première fois qu’une affaire judiciaire et politique retentit au-delà des frontières nationales. Et, à la différence des Français, notons-le, les étrangers sont massivement dreyfusards.

 

De l’Affaire à Israël

Parmi les nombreuses conséquences de l’Affaire Dreyfus en France et dans le monde, notons celle-ci : un jeune journaliste hongrois d’origine juive, Theodor Herzl, suit l’Affaire dès le premier procès de Dreyfus. Révolté par l’antisémitisme français, il en conclut à la nécessité de créer un État juif pour accueillir ses coreligionnaires et publie un livre pour les en convaincre. Israël est ainsi né de l’injustice faite à Dreyfus.

Un coup de théâtre venant de l’une des plus grandes sommités intellectuelles du pays va dégager l’horizon…

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Bibliographie

De l’abondante bibliographie sur Dreyfus, on peut retenir l’excellent et très beau livre de Jean-Denis Bredin, de l’Académie française, simplement intitulé : L’Affaire (Fayard/Julliard, 1993, 856 pages). Plus près de nous, soulignons l’intérêt des ouvrages consacrés à l’Affaire et à ses protagonistes par les historiens Vincent Duclert et Philippe Oriol. L’Affaire a aussi inspiré les cinéastes, jusqu’à Roman Polanski, en 2019, avec J’Accuse (en fait un film centré sur le lieutenant-colonel Picquart).

BIG DATA, CHRISTOPHE LABBE, CULTURE NUMERIQUE, L'homme nu : la dictature du numérique, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, MARC DUGAIN

L’homme nu : la dictature invisible du numérique

L’homme nu : la dictature invisible du numérique

Marc Dugain, Christophe Labbé

Paris, Robert Laffont, 2016. 186 pages.

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Résumé :

On les appelle les Big Datas. Google, Apple, Facebook ou Amazon, ces géants du numérique, qui aspirent à travers Internet, smartphones et objets connectés, des milliards de données sur nos vies.
Derrière cet espionnage, dont on mesure chaque jour l’ampleur, on découvre qu’il existe un pacte secret scellé par les Big Datas avec l’appareil de renseignement le plus puissant de la planète. Cet accouplement entre les agences américaines et les conglomérats du numérique, est en train d’enfanter une entité d’un genre nouveau. Une puissance mutante, ensemencée par la mondialisation, qui ambitionne ni plus ni moins de reformater l’Humanité.
La prise de contrôle de nos existences s’opère au profit d’une nouvelle oligarchie mondiale. Pour les Big data, la démocratie est obsolète, tout comme ses valeurs universelles. C’est une nouvelle dictature qui nous menace. Une Big Mother bien plus terrifiante encore que Big Brother.
Si nous laissons faire nous serons demain des  » hommes nus « , sans mémoire, programmés, sous surveillance. Il est temps d’agir.

 

ANALYSE

La révolution numérique est lancée et fonce sur ses rails à grande vitesse, et rien ne l’arrêtera avant d’avoir laissé l’homme nu, dépossédé de ses données personnelles, de sa vie privée, de sa liberté, voire de son cerveau, et tout cela en douceur, sans bruit, sans violence, sans personne pour lui barrer la route.
Mais qui pilote le train qui nous mène vers une telle catastrophe ? Il s’agit, selon les auteurs, du conglomérat qui a nom Big Data, à savoir ces géants du Net, Google, facebook, apple, Microsoft qui collationnent  tout, tout ce qu’on publie sur la toile, tout ce qu’on dit dans nos smartphones, ce qu’on écrit dans nos mails, via les objets connectés, tout, absolument toutes nos données les intéressent, notre santé, notre consommation, nos goûts, notre vie privée, nos lectures, nos manies, nos opinions bien sûr, tout, même notre vie sexuelle. Leur but, faire ni plus ni moins de nous des produits.

On ne dire que la civilisation numérique est totalement négative, au contraire, elle présente de gros espoirs, notamment en matière de santé, mais comme le soulignent les auteurs, menée comme elle l’est, elle pose tout de même de fâcheux problèmes. D’abord il y a collusion ceux qui dirigent Internet et le monde de la surveillance : ‘Internet était au départ une innovation militaire ce qui n’a donc pas échappé aux services de renseignements américains (NSA et CIA) ;  en récupérant toutes les informations à la base, ils allaient créer le plus grand réseau de renseignements mondial  en travaillant la main dans la main. Et ces derniers montent  en puissance et s’enrichissent  au point que  le président chinois en vient à dire que le patron de Google est plus important que le président des Etats Unis. Et si leur objectif, comme l’affirment les auteurs, est de détruire la démocratie car seul BigData serait le seul à résoudre les problèmes du monde, cela ne peut que nous inquiéter : un tel pouvoir aux mains de quelques-uns pour une « dictature douce » que la société sera prête à accepter dans un futur plus moins proche ou lointain …

Et puis, pris dans la frénésie connectique, beaucoup rétorquent qu’après tout « si on n’a rien à se reprocher », peut-être, mais quid de notre liberté et la place de l’individu dans une société du tout numérique, à l’horizon de 50 ans dans quelle société vivront nos enfants et nos petits enfants ? Quelle sera la part de vie privée, d’intimité qu’ils pourront conserver ? Toutes ces questions ne sont pas un problème pour les géants du numérique puisqu’ils pensent – du moins le croient-ils – agir pour un monde meilleur !
Avant qu’il ne soit trop tard lire ce livre amène à se poser la question : dans quel monde voulons-nous vivre ? Ce livre est un avertissement, une mise en garde contre ce qui pourrait arriver un jour si nous ne prenons pas conscience que notre liberté est en danger.. Mais hélas nos politiques ne s’en rendent pas compte ou sont trop vassalisés déjà, quant aux usagers encore moins, car encore une fois tout ceci se déroule de manière extrêmement insidieuse.

« Ce n’est qu’une fois que nous aurons obtenu leur attention que nous pourrons espérer conquérir leur coeur   et leur esprit » (Eric Schmidt), président exécutif du Conseil d’administration de Google, juin 2011).

Dans cette conférence, il aborde l’évolution idéologique induite par le numérique. Pour résumer, l’humanité a d’abord cru en Dieu et s’est tourné vers lui pour faire ses choix existentiels et donner un sens à sa vie. Puis est venu le temps des idéologies politiques qui a vu émerger comme grand vainqueur le libéralisme. l’humanité s’est alors constitué comme Dieu la volonté individuelle pour construire sa vie et comme but le bonheur individuel. Demain, la puissance des Big Data deviendra telle que les algorithmes et les statistiques seront bien meilleurs que nos instinct et nos émotions pour décider de nos vies, pour savoir comment trouver notre bonheur. le Nouveau Dieu et ses nouvelles tables de la Loi seront sur nos écrans d’ordinateur, ils nous diront « épouse celle ci plutôt que celle là, habite ici et non là bas, fait ce travail et non celui là, tu seras plus heureux! »

Si cet ouvrage ne présentent de pistes de réflexion pour orienter cet omniprésence inexorable du numérique vers un avenir un peu moins angoissant sa seule lecture vaut la peine d’y réfléchir et de trouver des alternatives : la décentralisation du Net par l’éclatement des données sur des serveurs privés communautaires est un sujet, l’utilisation de logiciels open-source type Lynux en est une autre, le chiffrage systématique de nos données et échanges, l’éducation des générations à venir face à l’outil numérique, etc… Comme pour beaucoup des problèmes d’envergure que l’humanité aura à résoudre (écologie par exemple) , on se rend compte que la solution réside dans une prise de conscience et une action individuelle, n’attendons pas une solution toute faite d’en haut, elle ne viendra jamais.

Ce qu’il faut faire est expliqué en trois lignes :  « L’acte de résistance sera de remettre l’humain au centre du jeu, de protéger la sensibilité, l’intuition, intelligence chaotique de survie. »  » C’est un peu court jeune homme » ( E Rostand ).

EXTRAITS

« Chaque minute, environ 300 000 tweets, 15 millions de SMS, 204 millions de mails sont envoyés à travers la planète et 2 millions de mots-clés sont tapés sur le moteur de recherche Google … Les portables et autres smartphones sont autant de tentacules grâce auxquels la pieuvre big data récupère nos données personnelles. Médias, communication, banque, énergie, automobile, santé, assurances …, aucune domaine n’échappe à ce siphonnage. L’essentiel étant fourni par les internautes eux-mêmes. Ce que nous achetons ou aimerions acheter, ce que nous allons consommer et même faire de nos journées, notre santé, notre façon de conduire, nos comportements amoureux et sexuels, nos opinions, tout est examiné. Depuis 2010, l’humanité produit autant d’informations en deux jours qu’elle ne l’a fait depuis l’invention de l’écriture il y a cinq mille trois cent ans. 98% de ces informations sont aujourd’hui consignées sous forme numérique. On assiste à une véritable mise en données du monde. Tout y passe, photos de famille, musiques, tableaux de maître, modes d’emploi, documents administratifs, films, poèmes, romans, recettes de cuisine … Une datification qui permet de paramétrer la vie humaine dans ses moindres détails.
Si 70% des données générées le sont directement par les individus connectés, ce sont des entreprises privées qui les exploitent. C’est ainsi qu’Apple, Microsoft, Google ou Facebook détiennent aujourd’hui 80% des informations personnelles numériques de l’humanité. Ce gisement constitue le nouvel or noir. Rien qu’aux États-Unis, le chiffre d’affaire mondiale de la big data – le terme n’a fait son entrée dans le dictionnaire qu’en 2008 – s’élève à 8,9 milliards de dollars. En croissance de 40% par an, il devrait dépasser les 24 milliards en 2016 »

« Dans cette fameuse « allégorie de la caverne », les surveillants sont aussi des illusionnistes qui maintiennent chacun de leurs prisonniers dans un état de passivité et de dépendance vis-à-vis d’une réalité projetée. Ce flot permanent d’images hypnotise les détenus au point de leur ôter toute envie de s’échapper, de s’évader pour devenir libres. La prophétie de Platon est en train de se réaliser. Dans le monde voulu des big data, nous sommes enchaînés, comme jamais, à des illusions.
C’est comme si l’on nous avait encapsulés dans un miroir déformant qui est aussi une glace sans tain. Le reflet de la réalité est devenu, dans nos têtes, plus important que la réalité elle-même »

« Proche est le temps où des sociétés proposeront, avant le mariage, le dossier complet du futur conjoint. On pourra ainsi tout savoir sur lui, ses habitudes de consommation et de dépenses, son rapport à l’alcool, ses préférences sexuelles réelles, sa génétique, son risque de développer un cancer ou des névroses. […] La surveillance de tout être humain sera la règle. Peu pourront y échapper, sauf à accepter de faire partie d’une nouvelle catégorie de marginaux ». (p. 11)

« Ce qui prime est donc l’hologramme de la vie. L’image du réel prend le pas sur le vécu. La mode des selfies renvoie de manière saisissante aux ombres projetées sur les parois de la caverne de Platon.
Les prisonniers des data sont comme des pigeons qui picoreraient avec une obstination presque douloureuse des miettes de temps, poussés par l’illusion de stopper la course de Cronos. Croyant vivre pleinement, ils ne sont présents nulle part. Captivés par la perfection du virtuel, nous en arrivons à presque détester le réel, sa complexité, ses défauts, son imprévisibilité faite de hasards déroutants ».

« Invité à une conférence intitulée « Silicon Valley’s Ultimate Exit », Balaji Srinivasan, étoile montant du Net et spécialiste du Bitcoin, la monnaie numérique, a expliqué en octobre 2013 que les Etats-Unis étaient devenue un géant sur le déclin, bientôt balayé par l’Histoire, et qu’il fallait créer une nation start-up.
« Quand une entreprise de technologie est dépassée, a-t-il insisté, vous n’essayez pas de la réformer de l’intérieur, vous la quittez pour créer votre propre start-up ! »

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Les auteurs

Marc Dugain (1957-…)
Marc Dugain est né au Sénégal où son père était coopérant. Il est revenu en France à l’âge de sept ans et durant son enfance, il accompagnait son grand-père à La maison des Gueules cassées de Moussy-le-Vieux, château qui avait accueilli les soldats de la Première Guerre mondiale mutilés du visage.
Il obtient ensuite son diplôme de l’Institut d’études politiques de Grenoble et travaille dans la finance avant de devenir entrepreneur florissant dans l’aéronautique.
Avant son premier roman, Marc Dugain n’avait jamais écrit, excepté un bon millier de lettres à son amie d’enfance et quasi-sœur, l’écrivain Fred Vargas.
A trente-cinq ans, il commence une carrière littéraire en racontant le destin de son grand-père maternel, « gueule cassée » de la guerre de 14-18: ce sera « La Chambre des officiers« , publié en 1999 et qui le fera connaître. Il obtiendra pas moins de 20 prix littéraires dont le prix des libraires, le prix des Deux-Magots et le prix Roger-Nimier.
Marc Dugain présida le jury du Livre Inter 2009.
Les œuvres récentes les plus remarquées de Marc Dugain sont à ce jour des romans plus étoffés, aux contextes historiques modernes, mais variés: la vie de John Edgar Hoover, chef trouble du FBI pendant quarante-huit ans dans « La Malédiction d’Edgar » (2005), ou les rouages soviétiques et la catastrophe du sous-marin Koursk sous Vladimir Poutine, « Une exécution ordinaire sous Staline » (2007), ou encore « Avenue des géants » qui raconte le destin du tueur en série américain Edmund Kemper.
Il est également chroniqueur aux Echos week-end, réalisateur et scénariste. Il a réalisé plusieurs grandes enquêtes notamment sur le naufrage du sous-marin Koursk et sur le crash du MH 370.

Christophe Labbé
Christophe Labbé est journaliste d’investigation au Point.
Spécialisé dans les questions de défense, de police et de renseignement, il est notamment co-auteur de Place Beauvau, L’espion du président et L’Homme nu.