A L'ECOLE DE LA VIERGE MARIE, EGLISE CATHOLIQUE, JEAN EUDES (1601-1680), VIE CHRETIENNE, VIERGE MARIE

La vie chrétienne à l’école de la Vierge Marie selon saint Jean Eudes

A L’ECOLE DE LA VIERGE MARIE SELON SAINT JEAN EUDES

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« Nous ne devons pas séparer ce que Dieu a uni si parfaitement. Qui voit Jésus voit Marie, qui aime Jésus aime Marie. Celui-là n’est pas vraiment chrétien qui n’a pas de dévotion à la Mère de Jésus-Christ et de tous les chrétiens » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 337, Lecture 50).

« Il nous faut regarder et adorer son Fils en elle, et n’y regarder et adorer que lui. Car c’est ainsi qu’elle veut être honorée, parce que d’elle-même et par elle-même, elle n’est rien : son Fils est tout en elle » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 338, Lecture 50).

Dans la tension de ces deux citations, nous pouvons saisir le souci de saint Jean Eudes (SJE) (prêtre normand, 1601-1680) : donner une place à la Vierge Marie dans la vie et la dévotion chrétiennes, n’occulter en rien la place de Jésus-Christ.

Voilà la clé de la dévotion mariale chez Jean Eudes. Oui, Marie a une place importante, mais c’est à cause de son union à son Fils. « Elle n’est rien sans son Fils qui est tout en elle. » Cette considération doit nous interpeler dans notre pratique. Quand nous méditons le chapelet, nous ne contemplons pas la vie de Marie, mais les étapes et les mystères de la vie du Christ, dont Marie a été témoin et auxquels elle a été unie. Pour saint Jean Eudes, la dévotion mariale est contemplation de l’union indissociable du Christ et de Marie. « Son Fils Jésus est tout en elle : il est son être, il est sa vie, sa sainteté, sa gloire. Il faut le remercier et nous offrir à lui pour qu’il nous fasse participants de l’amour qu’elle lui a porté » (Œuvres Complètes, vol. I, p. 337, Lecture 50).

Nous avons donc à contempler et respecter cette union : être de Marie – être de Jésus, vie de Marie – vie de Jésus, sainteté de Marie – sainteté de Jésus, gloire de Marie – gloire de Jésus.

 

 

  1. Sources scripturaires 
    Avec Luc, nous découvrons une femme banale, une jeune fille promise. Ce qui retient notre attention, c’est son « OUI » (Luc 1,38). À partir de ce « OUI », elle est unie au Christ. Elle le porte. Comme toute mère elle le portera toujours, jusqu’à avoir son cœur transpercé d’un glaive de douleur quand ce Fils mourra. À la Visitation, qu’est-ce que reconnaît Elisabeth ? « Comment ai-je ce bonheur que la Mère de mon Sauveur vienne jusqu’à moi » (Luc 1,43). Sous l’action de l’Esprit, Elisabeth authentifie l’union de Marie qui porte Jésus.

 

2 Marie favorise le passage de son union au Christ à notre union au Christ

À la crèche, la mère et l’enfant sont très proches. Mais Marie n’est pas propriétaire du don de Dieu. Aux bergers, aux mages, elle donne son fils à contempler, à reconnaître comme signe de l’œuvre de Salut de notre Dieu. Au Temple, elle laisse Syméon, cet inconnu, prendre l’enfant et lui-même en devenir porteur. Dès la naissance de Jésus, Marie découvre qu’elle doit communier à son offrande. Marie partage son union ; elle favorise le passage de son union au Christ à notre union au Christ. Cette part sacrificielle de sa vie en union au sacrifice du Christ, Marie l’expérimente peu à peu. C’est la leçon que nous pouvons retenir du pèlerinage au Temple quand Jésus eut douze ans (Luc 2,41-50). Elle doit apprendre que c’est au Temple, au lieu même du sacrifice, que son Fils doit être, dans l’accomplissement de la mission donnée par son Père. Et Marie doit y être aussi.

C’est ainsi que nous pouvons comprendre aussi l’épisode qui nous est rapporté de la rencontre de Jésus et de sa Mère alors qu’il est sur les routes (Matthieu XII, 46-50 ; Marc III, 31-35 ; Luc VIII, 19-21). Souvent, ces passages sont interprétés comme sévères vis-à-vis de Marie quand Jésus interroge : « Qui est ma mère ? » Mais la réponse du Seigneur est bien un éloge : « Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est ma mère. » Il n’y a pas de plus beau compliment fait à la Vierge Marie dans tout l’Évangile ! C’est bien elle qui fait la volonté de Dieu. Marie est bien celle par excellence qui communie à la volonté de Dieu, comme son Fils. Dans cette union totale avec le Fils, elle a souvent dit les paroles de Gethsémani : « Non pas ma volonté Seigneur, mais la tienne » (Luc 22,42).

Et c’est à partir de ces méditations de l’union du Christ et de Marie, que saint Jean Eudes a été conduit à contempler leur intimité. Et tout naturellement, il la situe dans le Cœur.

Dans l’Évangile de Jean, au chapitre 2, nous voici à Cana. Jésus et Marie sont là, ensemble, encore et toujours. Regardons Marie. Elle se préoccupe de la situation, elle est charité pour les mariés. Et se faisant, elle ne met pas le projecteur sur elle, mais sur son Fils : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jean 2,5). SJE décrit ce mouvement : un amour qui unit Jésus et Marie, qui est ouvert sur l’amour pour tous les hommes et permet qu’ils rencontrent le Christ.

Cette dynamique culmine à la Croix. Jésus et Marie sont là, ensemble, encore et toujours. « Jésus dit à sa Mère : « Femme voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » » (Jean 19, 26-27). Tout est dit. Tout est vécu. L’amour culmine dans ce don. Jésus est donné. Marie aussi. De Mère du Christ, elle devient Mère des hommes. Son amour pour son Fils devient amour pour nous. Le Cœur de Marie, c’est le cœur de la Mère du Christ qui aime tous les hommes, avec un cœur de Mère. « Le Cœur de Marie est tout amour pour Dieu, car il n’a jamais rien aimé que Dieu seul […]. Il est tout amour, parce que la Vierge Marie a toujours aimé Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toutes ses forces. Il est tout amour parce qu’il a toujours voulu ce que Dieu voulait. […] Le Cœur de Marie est tout amour pour nous. Elle nous aime du même amour dont elle aime Dieu, car c’est Dieu qu’elle regarde et aime en nous. Et elle nous aime du même amour dont elle aime son Fils. Car elle sait qu’il est notre chef et que nous sommes ses membres » (Œuvres complètes, vol. VIII, p. 114, Lecture 53).

Voilà qui donne le vertige. Car si nous contemplons ce que Dieu a fait en Marie, nous sommes conduits à prendre conscience de ce qu’il a fait pour nous et, dans le même mouvement, à reconnaître combien nous lui en sommes redevables ! Nous pourrions fuir, nous estimer indignes de tels bienfaits. C’est à cause de ce risque qu’il y a le Carême. Il nous prépare à vivre la grandeur du don que Dieu nous fait et que nous célébrons à Pâques. Et c’est pour que nous ne fuyions pas que SJE lance cet appel : « Vous tous qui avez soif, venez boire à cette source. Hâtez-vous ! Pourquoi différez-vous d’un seul moment ? Vous craignez de faire du tort à votre Sauveur si vous vous adressez au Cœur de sa Mère ? Mais ne savez-vous pas que Marie n’est rien, n’a rien, ne peut rien que de Jésus, par Jésus et en Jésus ? Que c’est Jésus qui est tout, peut tout, et fait tout en elle ? Ne savez-vous pas que non seulement Jésus est résidant et demeurant continuellement dans le Cœur de Marie, mais qu’il est lui-même le Cœur de son Cœur, et qu’ainsi venir au Cœur de Marie, c’est venir à Jésus » (Œuvres Complètes, vol. VI, p. 148, Lecture 52).

Alors n’ayons pas peur. Comme Jean y a été invité au pied de la Croix, prenons Marie chez nous (Jean 19,27). C’est aussi l’expérience de Joseph : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, car l’enfant qu’elle porte, vient de l’Esprit Saint » (Matthieu 1,20). Nous voici dans notre troisième moment auquel nous invite saint Jean Eudes : vivre avec Marie.

 

  1. La vie chrétienne à l’école de la Vierge Marie 
    Le Cœur de Marie nous est donné pour devenir le nôtre, le siège du même amour, la force du même accueil de la volonté de Dieu, la capacité de la même offrande de notre vie. Mettons-nous à l’école de l’amour débordant de ce Cœur. « Ce Cœur admirable est l’exemplaire et le modèle de nos cœurs, et la perfection consiste à faire en sorte qu’ils soient autant d’images vives du saint Cœur de Marie » (Œuvres Complètes, vol. VIII, p. 431, Lecture 52). Saint Jean Eudes parle de Marie comme le prototype du chrétien puisque le Cœur de Marie est le modèle de notre cœur. Si nous nous référions au Cœur de Jésus seul, il paraîtrait normal qu’il soit la perfection de l’amour. Il est Dieu. Mais dans le Cœur de Marie, nous puisons le grand encouragement qu’un cœur humain puisse aimer de la sorte. Nous croisons ici toute la dynamique de la vie chrétienne prêchée par SJE. Il s’agit de « former Jésus en nous », de nous laisser configurer au Christ pour aller jusqu’à « continuer la vie de Jésus ». Voilà le programme. Impossible à remplir sans suivre l’exemple encourageant de Marie, sans être habité de l’amour de Dieu.

Notre cœur doit avoir une double orientation : aimer Dieu comme Marie à Cana qui va trouver son Fils, comme Marie du pèlerinage au Temple qui n’a de cesse de retrouver son Fils ; et aimer tous les hommes comme Marie de Cana qui se préoccupe de la situation, comme Marie de la Croix qui devient la mère de Jean, de nous tous.

À nous d’aller de l’avant dans cette lancée. Nous devons être à l’école du Cœur de Marie dont saint Jean Eudes décrit l’activité débordante : « Ô très douce et très pieuse Vierge Marie, vous qui regardez des yeux de votre bonté tant de misère et tant de misérables, dont toute la terre est remplie ; tant de pauvres, tant de veuves, tant d’orphelins, tant de malades en toutes manières, tant de captifs et de prisonniers, tant d’hommes qui sont traversés et persécutés par la malice des hommes, tant d’indéfendus qui sont opprimés par la violence de ceux qui sont au-dessus d’eux, tant de voyageurs et de pèlerins qui sont au milieu des périls, sur mer et sur terre, tant d’ouvriers évangéliques qui sont exposés à mille dangers pour sauver des âmes qui se perdent, tant d’esprits affligés, tant de cœurs angoissés, tant d’âmes travaillées de diverses tentations … » (Œuvres Complètes, vol. VII, p. 32, Lecture 57). À l’école de la Vierge Marie, c’est bien vers eux tous que nous devons orienter notre regard pour apporter, comme elle, la guérison par l’amour de son Fils.

Entendons pour nous-mêmes la réponse de Jésus : « Heureuse celle qui t’a nourri de son lait. – Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique » (Luc 11, 27-28). Vivons de cette béatitude vécue par Marie

 

 

SAINT JEAN EUDES (1601-1680)

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Jean Eudes est né le 14 novembre 1601 à Ri, près d’Argentan. Ses parents qui, pour obtenir un enfant, avaient invoqué la Vierge Marie, le lui consacrèrent dès avant sa naissance. Il passa son enfance à la campagne puis, à quatorze ans, il fut confié aux Jésuites de Caen. Adolescent, il manifestait une ténacité qui lui servira toujours, et il témoignait aussi d’une compréhension profonde de l’Evangile. Il fréquenta la Faculté de théologie de Caen (1621-1623) où il connut l’Oratoire, institut récemment fondé à Paris par Pierre de Bérulle. Jean Eudes, admis à l’Oratoire de Paris (25 mars 1623), poursuivit ses études dans les maisons de Marines et d’Aubervilliers. Il fut ordonné prêtre le 20 décembre 1625, après avoir été initié par Bérulle lui-même au mystère du Christ et de son Sacerdoce.

Les deux années suivantes furent un repos forcé, imposé par une grande fatigue. Jean Eudes fit de ce repos une longue retraite où il approfondit sa connaissance des Ecritures, des Pères et des spirituels. Il comprit de mieux en mieux que le Christ est notre Chef, que nous sommes ses membres et que nous devons vivre de sa vie. Il sera à la fois rénovateur et novateur. Rénovateur de la vie chrétienne, novateur par ses initiatives concrètes.

En 1627, son père lui écrivit que la peste ravageait la région d’Argentan où beaucoup mouraient seuls, sans sacrements. Il partit pour ce premier ministère, puis il rejoignit l’Oratoire de Caen. Dès lors, il se consacra aux missions intérieures. Durant cinquante ans, il prêcha, rappelant inlassablement la sainteté de la vie chrétienne : « Etre chrétien et être saint, c’est la même chose, c’est faire profession de Jésus-Christ. » Il insistait sur le baptême, point de départ et source de cette vie, dont recommandait de renouveler fréquemment les promesses.

Parce que Jean Eudes rencontrait souvent des prêtres médiocres ou ignorants, peu préparés à leur ministère, il se sentit appelé à préparer de meilleurs prêtres. Il rencontrait, chez ses supérieurs oratoriens un refus persistant. Il priait, réfléchissait, consultait mais attendait. Finalement, et non sans déchirement intérieur, il quitta l’Oratoire, et le 25 mars 1643, avec quelques prêtres, il commença une nouvelle communauté, la Congrégation de Jésus et Marie, dite aujourd’hui des Eudistes, qui ouvrit le séminaire de Caen. Désormais Jean Eudes travailla sur plusieurs fronts : les Missions, qu’il ne laissa jamais, et le séminaire. Cette seconde œuvre lui apparaissait primordiale, et si au cours d’une Mission il apprenait qu’il y avait besoin au séminaire, on devait, disait-il, « y courir comme au feu. »

Devenu supérieur d’une congrégation sacerdotale qu’il mit à la disposition des évêques, il fut sollicité pour fonder des séminaires en Normandie et en Bretagne. De 1643 à sa mort, il vécut un temps d’intense action pour le service de l’Eglise. Ce fut aussi des années d’épreuves. De la part de plusieurs personnes, d’anciens amis et de jansénistes, Jean Eudes rencontra toutes sortes d’oppositions. Raillé, vilipendé et calomnié, ce fut un homme à abattre. « La divine Miséricorde, écrit-il dans son Journal, m’a fait passer par un grand nombre de tribulations : c’est une des plus grandes faveurs qu’elle m’a faites. »

En 1648, Jean Eudes fit célébrer, à Autun, la première fête liturgique du Cœur de Marie. Un peu plus tard, en 1672, les communautés eudistes célébrèrent la première fête liturgique du Cœur de Jésus. L’institution de cette fête était l’aboutissement de toute une vie de prière et de service apostolique. Toute sa vie, Jean Eudes avait contemplé l’amour de Dieu. Il l’avait sans cesse découvert dans l’Écriture, médité dans les écrits des spirituels et dans sa prière ; il l’avait reconnu dans la vie, dans son ministère de prêtre.

Saint Jean Eudes mourut à Caen le 19 août 1680 et fut canonisé, le 31 mai 1925, en même temps que Jean-Marie Vianney. Dans le titre de sa canonisation, « Père, docteur et apôtre des cultes liturgiques des Cœurs de Jésus et de Marie », l’Église reconnaît l’engagement missionnaire constant de saint Jean Eudes au service de la vie chrétienne, invitant les baptisés à prendre conscience de l’union qu’ils sont invités à vivre avec le Christ pour ne faire qu’un seul cœur avec Lui et entre eux. Marie est « l’exemplaire » parfait et universel de la vie dans le Christ, elle dont le cœur ne fait qu’un avec celui de son Fils. Saint Jean Eudes demeure ainsi un des grands maîtres de l’École Française de Spiritualité au XVIIe siècle.

FILM BLAKkKLANDMAN, FILMS, SPIKE LEEE

Film BlacKkKlandman

Film BlacKkKlandman

Film de Spike Lee

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Deux critiques du film Balkkklandman qui donne l’histoire vraie d’un policier noir qui a infiltré le Klu Klu Klan au moment où les noirs d’Amérique revendique l’égalité avec les blancs avec le mouvement pour les droits civiques. Le film est surtout centré sur le mouvment des Blaks Power. C’est un film avec des moments parfois comiques mais aussi dramatiques car appuyés sur une réalté que l’on ne peut ignorer. Le film se termine avec les évènements de Charlestown. Un film d’hier et d’aujourd’hui : les braises du  racisme ne sont pas encore éteintes et pour combien de temps encore ?

 

Par l’intermédiaire d’un collègue blanc, un inspecteur noir infiltre le Ku Klux Klan. Une comédie engagée de Spike Lee, inspirée d’une histoire vraie.

La colère de Spike Lee se porte bien. Après quelques films médiocres, le réalisateur de Do the right thing et de Nola Darling n’en fait qu’à sa tête a retrouvé son mordant, son humour de sale gosse militant pour cette charge antiraciste et anti-­Donald Trump. Il faut dire que l’histoire — vraie ! — est totalement folle. A la fin des années 1970, Ron Stallworth (John David Washington, fils de Denzel, ­promis à une belle carrière) est un jeune inspecteur noir qui veut faire ses preuves dans la police de Colorado Springs. Quand, dans la presse locale, il tombe sur une petite annonce du Ku Klux Klan, son sang ne fait qu’un tour. L’organisation pour la « suprématie blanche » recrute ? Il décroche son téléphone et se fait passer pour un raciste de la pire espèce. Il ne commet qu’une erreur : se présenter sous son vrai nom !

Séduit par autant de haine, son inter­locuteur lui propose aussitôt un rendez-vous. Puisque, de toute évidence, Ron ne peut s’y rendre, son collègue Flip Zimmerman (Adam Driver) ira à sa place. Voilà donc la cellule du KKK de Colorado Springs infiltrée par un « Négro » et un Juif !… Les Mémoires de Ron Stallworth, parus en 2006, étaient déjà bourrés d’humour. Spike Lee en rajoute, s’en donne à cœur joie : il utilise la farce pour pourfendre ces bouseux bas du front qui prétendent représenter la crème de la race blanche. On jubile : voir un raciste pur jus se faire balader au bout du fil par l’incarnation même de ce qu’il honnit provoque un plaisir incommensurable. Et Spike Lee d’enfoncer le clou, non sans lourdeur par moments. Mais, à l’heure de Donald Trump, semble-t-il nous dire, la subtilité n’est pas de mise…

Peu à peu, pourtant, cette comédie ultra rythmée avance vers un grand moment dramatique où le cinéaste fait montre d’un étonnant sens du montage parallèle : d’un côté, une « messe » du Ku Klux Klan, avec baptême des ­recrues et projection de Naissance d’une nation, le film de Griffith, devant lequel les membres applaudissent à la mort des personnages noirs, comme à la corrida. De l’autre, au même ­moment, une réunion organisée par une jeune étudiante militante du Black Power où un vieil homme — incarné, superbe idée, par Harry Belafonte, le premier acteur noir à avoir lutté pour les droits civiques — fait le récit, insoutenable, du lynchage de Jesse Washington, qui, en 1916, fut émasculé, carbonisé et pendu à un arbre.

Rappeler l’horreur absolue du ­racisme. Se moquer, sans relâche, de ces Blancs suprémacistes. Mettre la musique à fond (la bande-son est ­géniale) pour noyer les affronts. Mais aussi, comme un leader du Black Power y engage son public au début du film, dire et redire la beauté des Noirs. Les exhorter à la fierté. C’est là que Spike Lee est le plus talentueux : lors de ce discours, le cinéaste cadre des ­visages dans l’auditoire. Trois femmes, ici. Deux hommes et une femme, là… ­Sublimes images d’une puissance qui vaut tous les manifestes. C’est à ces ­visages-là que l’on pense, à la fin du film, lorsque le réalisateur rappelle les manifestations d’extrême droite de Charlottesville, en 2017. Après avoir beaucoup ri face à la bêtise la plus crasse et la plus dangereuse, l’envie prend, soudain, de lever le poing.

 

Télérama

La critique par Guillemette Odicino

 

 

Tout ce qu’il faut savoir sur BlacKkKlansman, le dernier film de Spike

d’après le site : Lee http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/tout-ce-quil-faut-savoir-sur-blackkklansman-le-dernier-film-de-spike-lee/

 

Sorti fin août dernier le nouveau long-métrage du cinéaste américain retrace l’histoire d’un policier noir qui infiltre le Ku Klux Klan dans les années 1970. Voici tout ce qu’il faut savoir.

 

BlacKkKlansman est basé sur les mémoires de Ron Stallworth. En 1979, alors qu’il est affecté au département des renseignements de la police de Colorado Springs, il lance une opération pour infiltrer le Ku Klux Klan, l’organisation terroriste défendant « l’Amérique blanche » et chrétienne qui orchestre des attentats contre la population afro-américaine et d’autres minorités.

Après qu’il a vu une publicité du Ku Klux Klan dans le journal local, Ron Stallworth joint l’organisation par téléphone et se fait passer pour un homme blanc et raciste afin de rejoindre le groupe, qui accepte. Lorsqu’il doit rencontrer les membres du Klan et se rendre aux réunions, il envoie un collègue blanc équipé d’un micro à sa place.

Cependant, comme le soulève le site Quartz, le film ne suit pas l’histoire au pied de la lettre. Par exemple, le partenaire blanc de Ron Stallworth (campé par Adam Driver) n’était pas juif dans la vraie vie. Aussi, dans le film, le policier évite qu’une bombe ne tue une jeune militante noire. Dans la réalité, cet attentat à la bombe n’a pas eu lieu et donc aucun membre du KKK ne s’est fait arrêter.

Dans le livre, Stallworth soupçonne l’organisation de planifier des bombardements dans des bars gays de la ville, mais aucun attentat n’est rapporté. Le film invente également certains personnages : Patrice, la militante dont Ron tombe amoureux, et Flanders, le policier raciste qui harcèle un groupe d’étudiants noirs au début du film. Ce dernier fait sans doute écho aux violences policières qui avaient lieu à l’époque – et qui ont lieu encore aujourd’hui.

« J’ai vu le film deux fois », a déclaré le véritable Ron Stallworth, âgé aujourd’hui de 65 ans, au Washington Post. Malgré ceux qui ont critiqué la véracité historique du film, le policier retraité a déclaré que le long-métrage était « un film très puissant ».Il a ajouté : « Spike a tissé une histoire autour de mon histoire. Il a fait du bon travail en faisant se rejoindre ces deux histoires et en connectant leur contexte historique, des États confédérés d’Amérique à Charlottesville, de David Duke à Donald Trump. »

 

Une légende au casting

Au casting, on retrouve Harry Belafonte, un acteur, chanteur et militant. Dans les années 1950 et 1960, il est le premier acteur noir à lutter pour les droits civiques  et devient le confident de Martin Luther King Jr. Dans BlacKkKlansman, il joue un militant âgé qui, lors d’une conférence avec une association étudiante du Black Power, raconte le lynchage de Jesse Washington.

Pour se rapprocher au maximum des faits réels, le film s’est aidé d’un article écrit par W.E.B. Du Bois, un militant de l’époque, qui avait publié, en juillet 1916, un compte rendu des événements long de huit pages dans le journal mensuel de l’Association nationale pour la promotion des gens de couleur (NAACP), The Crisis. Slate l’a récemment repris :

« De grandes masses d’humanité se précipitaient le plus vite possible dans les rues de la ville pour être présentes sur le pont au moment où la pendaison aurait lieu, mais quand on apprit que le Nègre serait emmené sur la pelouse de la mairie, une foule d’hommes, de femmes et d’enfants s’est dirigée vers cette pelouse.

Au moment où le corps allait être brûlé, les gens voulaient montrer leur engagement et se sont mis à frapper le Nègre avec tout ce qu’ils trouvaient, certains l’ont frappé avec des pelles, des briques et des bâtons, d’autres l’ont poignardé alors qu’il était pendu. Son corps était rouge, le sang de ses nombreuses blessures avait recouvert son corps de la tête aux pieds. »

À l’occasion de la 71e édition du Festival de Cannes, où le long-métrage a remporté le Grand Prix en mai dernier, Spike Lee confiait qu’il n’était pas sûr qu’Harry Belafonte puisse figurer dans le film. « À 91 ans, il nous a fait cet honneur », a-t-il ajouté, comme le rapporte AlloCiné.

 

Spike Lee raconte l’histoire des Afro-Américains

Depuis son tout premier court-métrage, sorti en 1979, le réalisateur d’Atlanta n’a cessé de raconter l’histoire des Afro-Américains au cinéma. Alors qu’il est étudiant à la New York University, il réalise The Answer, un film qui a presque provoqué son renvoi de l’institution. Il y raconte l’histoire d’un scénariste et réalisateur noir qui veut faire un remake de The Birth of a Nation, un film de 1915 sur la naissance du Ku Klux Klan.

L’œuvre de Spike Lee vise explicitement la violence raciste (4 Little Girls, Do the Right Thing, Chi-Raq) ou met en valeur des figures emblématiques de l’histoire afro-américaine (Malcolm X, Michael Jackson’s Journey from Motown to Off the Wall). Sorti en 1994, Crooklyn, est une chronique semi-autobiographique de son enfance à Brooklyn, qui suit l’histoire d’une petite fille noire. BlacKkKlansman s’inscrit dans cette lignée revendicatrice.

 

Mais comment prononcer « BlacKkKlansman » ?

Pour son nouveau film, Spike Lee a choisi de rajouter un « k » au titre des mémoires de Ron Stallworth, Black Klansman. « BlacKkKlansman » permet ainsi d’inclure « KKK » dans le titre, le sigle du Ku Klux Klan. Mais enfin, comment prononcer le titre du film ? Aux États-Unis, Slate s’est posé la question :

« Est-ce que c’est ‘Black K. Klansman’ ? ‘Black-K-K-K-Klansman’ ? ‘Blac-K-K-K-Lansman’ ? Ou peut-être simplement ‘Black Klansman’ ? Spike Lee a tendance à l’appeler ‘le film’ dans ses interviews, mais le producteur Jordan Peele a bien prononcé le titre ».

Heureusement, un représentant de Focus Features, la boîte de production du film, a confirmé que la prononciation officielle du titre est, tout simplement, « Black Klansman ». Le K en plus ne se prononce donc pas.

http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/tout-ce-quil-faut-savoir-sur-blackkklansman-le-dernier-film-de-spike-lee/

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, PSAUME 62, PSAUMES

Le Psaume 62

PSAUME 62

lumignon-Taize

Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube : mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau.

Je t’ai contemplé au sanctuaire, j’ai vu ta force et ta gloire.

Ton amour vaut mieux que la vie : tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir, lever les mains en invoquant ton nom.

Comme par un festin je serai rassasié ; la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler.

Oui, tu es venu à mon secours : je crie de joie à l’ombre de tes ailes.

Mon âme s’attache à toi, ta main droite me soutient.

 [Mais ceux qui pourchassent mon âme, qu’ils descendent aux profondeurs de la terre,

qu’on les passe au fil de l’épée, qu’ils deviennent la pâture des loups !

 Et le roi se réjouira de son Dieu. Qui jure par lui en sera glorifié, tandis que l’homme de mensonge aura la bouche close !]

PRIERE POUR MON QUARTIER, PRIERES

Prière pour mon quartier

Prière pour mon quartier

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Seigneur, donne-moi le temps de poser mon regard 
sur les évènements et les personnes de mon quartier 
et de les voir avec Ton regard d’amour et d’attention.
Ces gens que chaque matin je croise 
sans toujours vraiment les voir 
à longueur de jours, de mois, d’années.

Donne-moi le temps de poser mon regard sur les êtres que j’aime,
mais aussi sur tous ces visages inconnus, 
qui passent devant ma maison, 
que je croise dans un escalier, 
à qui je donne un sourire, un bonjour, 
à qui je glisse un « message » dans la boîte à lettres.

Donne-moi de les regarder avec Ton regard de lumière 
quand, parfois, je ne les vois même plus, 
tant le souci de mes affaires, de mon travail, de mes fatigues,
parasite mon cœur et mon corps.

Oui, donne-moi de prendre le temps de les découvrir, 
de les apprécier, de me laisser surprendre encore et toujours 
par ceux et celles qui habitent mon quartier.

Oui, donne-moi de prendre le temps 
d’écouter leurs histoires, leurs joies et leurs peines, 
d’être un peu Ton oreille qui écoute, 
Ton visage qui éclaire, Tes mains qui réconfortent.
Apprends-moi à les porter dans mes prières 
quand, le soir, je me tourne vers Toi.

Oui, Seigneur, je vais prendre le temps de Te rencontrer 
dans mes frères et sœurs que tu me donnes de croiser 
chaque jour dans la rue.
Oui, je vais prendre le temps de Te les offrir, 
chaque dimanche, à l’eucharistie, 
pour qu’ils soient remplis de ton Esprit d’amour et de vie ! 
Amen !

 

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Paroisse Saint Jean Bosco, Paris XXème

 

EGLISE CATHOLIQUE, LITURGIE, MAURIE ZUNDEL (1877-1975), MESSE

La messe : un vrai poème ! — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

La messe est un véritable poème donné au monde par le Christ. Réflexions sur la dimension poétique du saint sacrifice.Dans son livre, Le poème de la sainte liturgie, Maurice Zundel propose une vision sacramentelle de l’univers où, par la liturgie, toutes les réalités chantent la gloire de Dieu et sont recréées dans le Verbe. En 1975,…

via La messe : un vrai poème ! — Aleteia : un regard chrétien sur l’actualité, la spiritualité et le lifestyle

PARIS (France), POEME, POEMES, TABLEAU DE PARIS A CINQ HEURES DU SOIR

Tableau de Paris à cinq heures du soir de Marc-Antoine Desaugiers

Marc-Antoine Desaugiers (1772-1827)

Tableau de Paris à cinq heures du soir
(1802)
1673
Notice.

DÉSAUGIERS, après avoir tracé la peinture de Paris à cinq heures du Matin, voulut faire un pendant à son tableau, et esquissa Paris à cinq heures du Soir. Je dis esquissa, car quel pinceau pourrait rendre complètement la physionomie de l’immense capitale, à cette heure où commencent tant de scènes dramatiques et bouffonnes, tant d’orgies et de mystères lugubres, tant de misères et de brillantes folies. Et comment circonscrire ce qui ferait le sujet d’un vaste poème, dans le cadre étroit d’une Chanson.

Si l’auteur voulait prendre le ton de la satire, il lui fallait lutter avec Boileau et avec Voltaire. Tout le monde sait par cœur cette philippique qui commence par ces vers :

Qui frappe l’air, bon Dieu, de ces lugubres cris ?
Est-ce donc pour veiller qu’on se couche à Paris ?

Ce sont les embarras de la rue que Boileau a dépeints. Les scènes d’intérieur ont été retracées de la manière la plus piquante dans la pièce de Voltaire où il fait le tableau d’un salon de son époque :

Après dîner, l’insolente Glycère
Sort pour sortir, sans avoir rien à faire.
Le Chansonnier dans une revue rapide et générale aiguise un trait, moins acéré peut être, mais d’une philosophie plus gaie et olus rieuse ; car ce qui distingue Désaugiers des faiseurs de chansons qui remplissent leurs couplets de banalités, et qui amènent tant bien que mal un refrain vulgaire, c’est qu’il pense souvent en philosophe et écrit en poète.

Le gai Désaugiers, avec son extérieur joyeux, était un homme mélancolique. Épanoui dans la société, son ame était rêveuse dans la solitude. Bouffon en apparence, boute-en-train à table, il était au fond épicurien, dans l’acception que l’on doit donner à ce mot. Epicurien à la façon de Chaulieu et de Saint-Evremond.

Désaugiers avait fait d’excellentes études, il était nourri de plusieurs modèles, et quand il s’élevait, il était à leur hauteur, autant que le lui permettait le genre auquel il avait voué sa muse. Il chante son refrain Il faut rire, ou il faut boire, comme Horace disait : Nunc est bibendum.

La Chanson de l’Epicurien est le code philosophique d’un homme dont le cœur est sensible ; et plusieurs Romances, où Désaugiers a laissé tomber ses pensées mélancoliques, respirent une grace touchante. Tant il est vrai que malgré soi, l’homme se peint toujours dans un coin de ses écrits.

Marc-Antoine Désaugiers, né à Fréjus en 1772, reçut bien jeune encore les leçons du malheur. C’est à cette école que les ames se trempent fortement ; la sienne résista aux plus rudes épreuves. Il raconte lui-même dans la préface de son premier recueil de chansons, comment la gaité le soutint dans les circonstances les plus pénibles, au milieu des horreurs de l’insurrection de Saint-Domingue, au moment où, condamné par un conseil de guerre, et les yeux déjà couverts d’un bandeau, il allait recevoir le coup fatal, lorsque par miracle il fut soustrait à la mort. Il appelle gaité ce qui était le courage de la résignation.

Il revoit sa patrie, et le goût de la poésie et du théâtre qui est si rarement la route de la fortune, l’entraîne par ces jouissances qui ne sont connues que de ceux qui aiment les lettres pour elles-mêmes. Il s’essaye dans ces petits spectacles où l’on retirait de ses pièces un gain bien léger, à cette époque où les théâtres supérieurs offraient eux-mêmes aux auteurs d’assez faibles ressources. Il voyage avec quelques amis, et leur bourse légère étant épuisée, ils se font acteurs de circonstance. Leur talent ne répondant pas à leur bonne volonté, ils fuyent la scène ingrate qui ne les nourrissait pas, et laissent jusqu’à leurs vêtements pour gages.

Mais de retour à Paris, Désaugiers parvient enfin à faire connaître son esprit, et bientôt son talent et son caractère lui assurent une position.

Dès lors, il marche de succès en succès. Sa verve s’anime, il chante, il est partout reçu, accueilli, fêté. Ses jours s’écoulent dans la joie, on l’applaudi au théâtre, on l’applaudit dans les banquets, où ses Chansons, chantées par lui, avaient un double attrait, car il les chantait aussi bien qu’il les faisait.

Le Caveau moderne nomme son président, celui qui avait hérité de l’esprit de Collé, de la gaité de Vadé, et du sel de Panard. Le Théâtre du Vaudeville choisit pour directeur l’émule des Piis et des Barré.

Mais Désaugiers n’économisait ni ses forces ni son esprit, il abrégea sa carrière en la remplissant trop. Il n’avait que cinquante-cinq ans, lorsque sa santé robuste chancela sous les rudes assauts qu’il lui faisait soutenir. Un lit de douleurs fut le dernier asyle de sa gaité. L’esprit lutta en vain contre le corps épuisé. Il fit en riant son épitaphe, et ses amis la lurent en pleurant.

Le 9 août 1827, Désaugiers ne chantait plus.

 

DU MERSAN.

 

Texte.

 

 

En tous lieux la foule
Par torrents s’écoule ;
L’un court, l’autre roule ;
Le jour baisse et fuit,
Les affaires cessent ;
Les dîners se pressent,
Les tables se dressent ;
Il est bientôt nuit.

Là, je devine
Poularde fine,
Et bécassine,
Et dindon truffé ;
Plus loin je hume
Salé, légume,
Cuits dans l’écume
D’un bœuf réchauffé.

Le sec parasite
Flaire… et trotte vite
Partout où l’invite
L’odeur d’un repas ;
Le surnuméraire
Pour vingt sous va faire
Une maigre chère
Qu’il ne paiera pas.

Plus loin qu’entends-je ?
Quel bruit étrange
Et quel mélange
De tons et de voix !
Chants de tendresse,
Cris d’allégresse,
Chorus d’ivresse
Partent à la fois.

Les repas finissent ;
Les teints refleurissent ;
Les cafés s’emplissent ;
Et trop aviné,
Un lourd gastronome
De sa chûte assomme
Le corps d’un pauvre homme
Qui n’a pas dîné.

Le moka fume,
Le punch s’allume,
L’air se parfume ;
Et de crier tous :
« Garçons, ma glace !
– Ma demi-tasse !…
– Monsieur, de grâce,
L’Empire après vous. »

Les journaux se lisent ;
Les liqueurs s’épuisent,
Les jeux s’organisent ;
Et l’habitué,
Le nez sur sa canne,
Approuve ou chicane,
Défend ou condamne
Chaque coup joué.

La Tragédie,
La Comédie,
La Parodie,
Les escamoteurs ;
Tout, jusqu’au drame
Et mélodrame,
Attend, réclame
L’or des amateurs.

Les quinquets fourmillent ;
Les lustres scintillent ;
Les magasins brillent ;
Et l’air agaçant
La jeune marchande
Provoque, affriande
Et de l’œil commande
L’emplette au passans.

Des gens sans nombre
D’un lieu plus smbre
Vont chercher l’ombre
Chère à leurs desseins.
L’époux convole,
Le fripon vole,
Et l’amant  vole
A d’autres larcins.

                       
Jeannot, Claude, Blaise,
Nicolas, Nicaise,
Tous cinq de Falaise
Récemment sortis,
Elevant la face,
Et cloués sur place,
Devant un Paillasse
S’amusent gratis.

La jeune fille,
Quittant l’aiguille,
Rejoint son drille
Au bal du Lucquet ;
Et sa grand’mère
Chez la commère,
Va coudre et faire
Son cent de piquet.

Dix heures sonnées,
Des pièces données
Trois sont condamnées
Et se laissent choir.
Les spectateurs sortent,
Se poussent, se portent…
Heureux s’ils rapportent
Et montre et mouchoir !

« Saint-Jean, la Flèche,
Qu’on se dépêche…
Notre calêche !
– Mon cabriolet ! »
Et la livrée,
Quoiqu’enivrée,
Plus altérée
Sort du cabaret.

Les carrosses viennent,
S’ouvrent et reprennent
Leurs maîtres qu’ils mènent
En se succédant ;
Et d’une voix âcre,
Le cocher de fiacre
Peste, jure et sacre
En rétrogradant.                     
Quel tintamarre !
Quelle bagarre !
Aux cris de gare
Cent fois répétés,
Vite on traverse,
On se renverse,
On se disperse
De tous les côtés.

La sœur perd son frère,
La fille son père,
Le garçon sa mère
Qui perd son mari ;
Mais un galant passe,
S’avance avec grâce,
Et s’offre à la place
De l’époux chéri.

Plus loin des belles
Fort peu rebelles,
Par ribambelles
Errant à l’écart,
Ont doux visage,
Gentil corsage…
Mais je suis sage…
D’ailleurs il est tard.

Faute de pratique,
On ferme boutique,
Quel contraste unique
Bientôt m’est offert !
Ces places courues,
Ces bruyantes rues,
Muettes et nues,
Sont un noir désert.

Une figure
De triste augure
M’approche et jure
En me regardant…
Un long qui vive ?
De loin m’arrive,
Et je m’esquive
De peur d’accident.

Par longs intervalles,
Quelques lampes pâles,
Faibles, inégales,
M’éclairent encor…
Leur feu m’abandonne
L’ombre m’environne ;
Le vent seul résonne,
Silence !… tout dort.

 

http://www.miscellanees.com/d/paris02.htm

EMILE ZOLA (1840-1902), LE REVE, LITTERATURE FRANÇAISE, LIVRES - RECENSION, ROMAN, ROMANS

Le Rêve de Emile Zola

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Le Rêve (roman)

 

Le Rêve est un roman d’Emile Zola publié en 1888, , le seizième volume de la série Les Rougon-Macquart. Zola y aborde le thème de la religion mais de façon beaucoup moins violente et polémique qu’il ne l’avait fait dans La Conquête de Plassans ou La Faute de l’Abbé Mouret. Cette fois-ci, il s’intéresse à la foi populaire et au renouveau du mysticisme dans la société française de la seconde moitié du XIXè siècle.

Résumé

L’histoire se déroule dans le Val-d’Oise, dans une ville appelée Baumont-sur-Oise (inspiré de Cambrai pour décrire cette ville). La description de Beaumont-sur-Oise est précise, avec la ville haute ancienne et la ville basse plus moderne. La ville est accessible par la gare du Nord. L’héroïne est Angélique Rougon, fille de Sidonie Rougon et d’un père inconnu (elle est née quinze mois après le décès du mari de sa mère). Dès sa naissance, elle a été placée par la sage-femme à l’Assistance publique, puis confiée à une nourrice dans la Nièvre, à une fleuriste, et enfin aux Rabier, une famille de tanneurs qui la maltraitent. Une nuit de Noël, elle décide de fuir les Rabier et est recueillie par un couple de brodeurs, les Hubert, qui l’ont découverte transie, adossée à un pilier de la cathédrale de Beaumont. Cette famille très pieuse (ils confectionnent des broderies pour les vêtements et ornements ecclésiastiques) vit dans une toute petite maison adossée à la cathédrale. Angélique, qui est devenue la pupille des Hubert, montre beaucoup d’application et de goût pour la broderie. En même temps elle lit, et découvre la Légende dorée de Jacques de Vorogine, un ouvrage qui va changer sa vie d’adolescente. Elle s’identifie aux martyres, rêve d’avoir le même destin glorieux qu’elles, guettant par la fenêtre l’apparition qui va changer sa vie.

Cette apparition se présente finalement sous la forme d’un charmant jeune homme, Félicien, peintre verrier qu’elle identifie à saint Georges descendu de son vitrail. L’amour naît en eux, mais leurs familles s’opposent à leur mariage : d’un côté, Hubertine Hubert, sa mère adoptive, qui s’est mariée malgré l’interdiction de sa mère et estime en avoir été punie par le fait qu’elle ne peut avoir d’enfant, ne veut pas d’un mariage dicté par la passion ; même chose pour le père de Félicien, Monseigneur d’Hautecœur, évêque entré dans les ordres à la suite du décès de sa femme. Finalement, voyant qu’Angélique se consume peu à peu devant cette interdiction, les deux familles consentent au mariage. Mais Angélique meurt à la sortie de l’église, après avoir donné à Félicien son premier et dernier baiser.

 

 

Les Personnages des Rougon-Macquart
POUR SERVIR À LA LECTURE ET À L’ÉTUDE DE L’ŒUVRE DE 
ÉMILE ZOLA

par C. RAMOND (1901)

 

Personnages du livre « Le rêve »

Angélique Marie (l). — Fille non reconnue de Sidonie Rougon. Père inconnu. Elle est née à Paris, le 22 janvier 1851, quinze mois après la mort du mari de Sidonie. La sage-femme Foucart l’a déposée le 23 du même mois aux Enfants-Assistés de la Seine; elle y a été inscrite sous le numéro matricule 1634 et, faute de nom, a reçu les prénoms d’Angélique Marie. Le 25 janvier, l’enfant a été confiée à la nourrice Françoise Hamelin, maman Nini, qui l’a emportée dans la Nièvre, où elle a grandi en pleine campagne, conduisant la Rousse aux prés, marchant pieds nus, sur la route plate de Soulanges. Au bout de neuf ans, le 20 juin 1860, comme il fallait lui apprendre un état, elle est passée aux mains d’une ouvrière fleuriste, Thérèse Franchomme, née Rabier, cousine par alliance de maman Nini. Thérèse est morte six mois après chez son frère, un tanneur établi à Beaumont, et Angélique Marie, affreusement traitée par les Rabier, s’est enfuie, une nuit de décembre, le lendemain de Noël, emportant comme un trésor, cachant avec un soin jaloux le seul bien qu’elle possédât, son livret d’enfant assisté ! Habillée de loques, la tête enveloppée d’un lambeau de foulard, les pieds nus dans de gros souliers d’homme, elle a passé la nuit sous la neige, adossée à un pilier de la cathédrale et serrée contre la statue de sainte Agnès, la Vierge martyre, fiancée à Jésus. Au matin, la ville est couverte d’un grand linceul blanc, toutes les Saintes du portail sont vêtues de neige immaculée, et l’enfant misérable, blanche de neige, elle aussi, raidie à croire qu’elle devient de pierre, ne se distingue plus des grandes Vierges [4.].

Les Hubert la recueillent toute froide, d’une légèreté de petit oiseau tombé du nid [9]. C’est une gamine blonde, avec des yeux couleur de violette, la face allongée, le col surtout très long, d’une élégance de lis sur des épaules tombantes [5]. Son allure est celle d’un animal qui se réveille, pris au piège; il y a en elle un orgueil impuissant, la passion d’être la plus forte [12], on la sent enragée de fierté souffrante, avec pourtant des lèvres avides de caresses [17]. Elle va, pendant une année, déconcerter les Hubert par des sautes brusques; après des journées d’application exemplaire à son nouveau métier de brodeuse, elle deviendra tout à coup molle, sournoise, et, si on la gronde, elle éclatera en mauvaises réponses; certains jours, quand on voudra la dompter, elle en arrivera à des crises de folie orgueilleuse, raidie, tapant des pieds et des mains, prête à déchirer et à mordre. Mais ces affreuses scènes se terminent toujours par le même déluge de larmes, la même exaltation de repentir, qui la jette sur le carreau, dans une telle soif de châtiment qu’il faut bien lui pardonner [25]. C’est la lutte de l’hérédité et du milieu. Hubertine lui a enseigné le renoncement et l’obéissance, qu’elle oppose à la passion et à l’orgueil. A chaque révolte, elle lui a infligé une pénitence, quelque basse besogne de cuisine qui l’enrageait d’abord et finissait par la vaincre. Ce qui inquiète encore, chez cette enfant, c’est l’élan et la violence de ses caresses, on la surprend se baisant les mains; elle s’enfièvre pour des images, des petites gravures de sainteté qu’elle collectionne; elle s’énerve, les yeux fous, les joues brûlantes.

Angélique est une Rougon, aux fougues héréditaires, et elle vit loin du monde, comme en un cloître où tout conspire à l’apaiser. A l’heure de la première communion, elle a appris le mot à mot du catéchisme dans une telle ardeur de foi qu’elle émerveillait tout le monde par la sûreté de sa mémoire. Elle adore la lecture. Le livre qui achèvera de former son âme est la Légende dorée, de Jacques de Voragine, où d’abord les vieilles images naïves l’ont ravie, et dont elle s’est accoutumée à déchiffrer le texte. La Légende l’a passionnée, avec ses Saints et ses Saintes, aux aventures merveilleuses aussi belles que des romans, les miracles qu’ils accomplissent, leurs faciles victoires sur Satan, les effroyables supplices des persécutions, subis le sourire aux lèvres, un dégoût de la chair qui aiguise la douleur d’une volupté céleste, tant d’histoires captivantes où les bêtes elles-mêmes ont leur place, le lion serviable, le loup frappé de contrition; elle ne vit plus que dans ce monde tragique et triomphant du prodige, au pays surnaturel de toutes les vertus, récompensées de toutes les joies [39]. Le livre lui a appris la charité; c’est un emportement de bonté, où elle se dépouille d’abord de ses menues affaires, commence ensuite à piller la maison et se plaît à donner sans discernement, la main ouverte. A quatorze ans, elle devient femme, et quand elle relit la Légende, ses oreilles bourdonnent, le sang bal dans les petites veines bleues de ses tempes, elle s’est prise d’une tendresse fraternelle pour les Vierges. Elisabeth de Hongrie lui devient un continuel enseignement; à chacune des révoltes de son orgueil, lorsque la violence l’emporte, elle songe à ce modèle de douceur et de simplicité [43] et la gardienne de son corps est la vierge-enfant, Sainte Agnès [45].

A quinze ans, Angélique est ainsi une adorable fille; elle a grandi sans devenir fluette, le cou et les épaules toujours d’une grâce fière, la gorge ronde, la taille souple : et gaie, et saine, une beauté rare, d’un charme infini, où fleurissent la chair innocente et l’âme chaste [46]. Elle est devenue une brodeuse remarquable, qui donne de la vie aux fleurs, de la foi aux symboles ; elle a le don du dessin, on s’extasie devant ses Vierges, comparables aux naïves figures des Primitifs, on lui confie tous les travaux de grand luxe, des merveilles lui passent par les mains. Et sa pensée s’envoie, elle vit dans l’attente d’un miracle, au point qu’ayant planté un églantier, elle croit qu’il va donner des roses. A seize ans, Angélique s’enthousiasme pour les Hautecœur , en qui elle voit les cousins de la Vierge; elle voudrait épouser un prince, un prince qu’elle n’aurait jamais aperçu, qui viendrait au jour tombant la prendre par la main et la mènerait dans un palais; il serait très beau, très riche, le plus beau, le plus riche que la terre eût jamais porté. Et elle voudrait qu’il l’aimât à la folie, afin elle-même de l’aimer comme une folle, et ils seraient très jeunes, très purs et très nobles, toujours, toujours [69]. C’est ce rêve qu’elle va poursuivre maintenant.

Le miracle naîtra de son imagination échauffée de fables, des désirs inconscients de sa puberté. Elle s’est exaltée dans la contemplation du vitrail de la chapelle Hautecœur et quand, sous le mince croissant de la lune nouvelle, elle entrevoit une ombre immobile, un homme qui, les regards levés, ne la quitte plus, il lui semble que Saint Georges est descendu de son vitrail et vient à elle. L’apparition se précise, l’homme est un peintre verrier qui fait un travail de restauration ; elle sourit, dans une absolue confiance en son rêve de royale fortune. Lorsque l’inconnu pénètre chez les Hubert, elle peut bien jouer l’indifférence, la femme qui est en elle peut obéir à un obscur atavisme, se réfugier dans la méfiance et le mensonge; Angélique, malgré ses malices d’amoureuse, ne cesse de croire à sa grande destinée, elle reste certaine que l’élu de son cœur ne saurait être que le plus beau, le plus riche, le plus noble. Et la révélation décisive, l’humble verrier devenu Félicien VII de Hautecœur, héritier d’une illustre famille, riche comme un roi, beau comme un dieu, ne parvient pas a l’étonner. Sa joie est immense, parfaite, sans souci des obstacles, qu’elle ne prévoit pas. il semble à Angélique que le mariage s’accomplira dès le lendemain, avec celle aisance des miracles de la Légende. Hubertine la bouleverse en lui montrant la dure réalité, le puissant évêque ne pouvant marier son fils à une pauvresse. Son orgueil est abattu, elle retombe à l’humilité de la grâce, elle se cloître même, sans chercher à revoir Félicien ; mais elle est certaine que les choses se réaliseront malgré tout ; elle attend un miracle, une manifestation de l’invisible. Dans son inlassable confiance, sûre que si monseigneur refuse, c’est parce qu’il ne la connaît pas, elle se présente à lui au seuil de la chapelle Hautecœur et, d’une voix pénétrante de charme, peu à peu raffermie, elle dépend sa cause, elle se confesse toute, dans un élan de naïveté, d’adoration croissante; elle dit le cantique de son amour et elle apparaît comme une décès vierges légendaires des anciens missels, avec quelque chose de frêle, d’élancé dans la passion, de passionnément, pur [227]. Au refus de l’évêque, toute espérance humaine est morte, il semble que le rêve soit à jamais aboli. Une courte révolte soulève Angélique, elle aime en désespérée, prête à fuir aveu l’amant : c’est une dernière bataille que se livrent l’hérédité et le milieu. Elle sort de ce suprême combat touchée définitivement par la grâce, mais une langueur l’épuisé, c’est un évanouissement de tout son être, une disparition lente, elle n’est plus qu’une flamme pure et très belle [254].

Et alors le miracle s’accomplit. Monseigneur a cédé. Angélique était sans connaissance, les paupières closes, les mains l’aidés, pareille aux minces et rigides figures de pierre couchées sur les tombeaux. Le : « SI DIEU DIEU VEUT, JE VEUX » des Hautecœur l’a ressuscitée. Plus rien des révoltes humaines ne vit eu elle. Désormais en état d’humilité parfaite, elle remet au cher seigneur qu’elle va épouser son livret d’élève, celte pièce administrative, cet écrou où il n’y a qu’une date suivie d’un numéro et qui est son unique parchemin. ET c’est maintenant la pleine réalisation de son rêve ; elle laisse tomber sur les misérables un fleuve de richesses, un débordement de bien-être; elle épouse la fortune, la beauté, la puissance, au delà de tout espoir et, toute blanche dans sa robe de moire ornée de dentelles et de perles, parvenue au sommet du bonheur, elle meurt en mettant un baiser sur la bouche de Félicien [309]. (Le Rêve.)

 

Hautecœur (Félicien VII de) (l). — Fils de Jean XII de Hautecœur, depuis évêque de Beaumont, et de Paule de Valençay. il a perdu sa mère en naissant. Un oncle de celle-ci, un vieil abbé, l’a recueilli, son père ne voulant pas le voir, faisant tout pour oublier son existence. On l’a élevé dans l’ignorance de sa famille, durement, comme s’il avait été un enfant pauvre. Plus tard, le père a décidé d’en faire un prêtre, mais le vieil abbé n’a pas voulu, le petit manquant tout à fait de vocation. Et le fils de Paule de Valençay n’a su la vérité que très tard, à dix-huit ans. Il a connu alors son ascendance illustre, ce long cortège de seigneurs dont les noms emplissent l’histoire et dont il est le dernier rejeton; l’obscur neveu du vieil abbé est brusquement devenu Félicien VII de Hautecœur, et ce jeune homme qui, épris d’un art manuel, devait gagner sa vie dans les vitraux d’église, a vu toute une fortune s’écrouler sur lui ; les cinq millions laissés par sa mère ont’ été décuplés par des placements en achats de terrains à Paris, ils représentent aujourd’hui cinquante millions [66]. Un des grands chagrins de l’évêque est la fougue du jeune homme, sur laquelle l’oncle lui fournit des rapports inquiétants, ce ne sera jamais qu’un passionné, un artiste. Et, craignant les sottises du cœur, il l’a fait venir près de lui, à Beaumont, réglant à l’avance un mariage pour prévenir tout danger [207].

A cette époque, Félicien Vil a vingt ans. Blond, grand et mince, il ressemble au saint Georges de la cathédrale, à un Jésus superbe, avec ses cheveux bouclés, sa barbe légère, son nez droit, un peu fort, ses yeux noirs d’une douceur hautaine. Et malgré ces yeux de bataille, il est timide; à la moindre émotion, colère ou tendresse, le sang de ses veines lui monte à la face [106]. Le fils de Jean XII de Hautecœur habite un pavillon dans le parc de l’évêché, séparé par le clos Marie de la fraîche maison des Hubert où vit Angélique. Il aime la petite brodeuse depuis un soir qu’il l’a aperçue à sa fenêtre; elle n’était alors qu’une blancheur vague ; il distinguait à peine son visage et pourtant, il la voyait, il la devinait telle qu’elle était. El comme il avait très peur, il a rôdé pendant des nuits sans trouver le courage de la rencontrer en plein jour. Plus lard, il a su qui était cette jeune fille ; c’est alors que la fièvre a commencé, grandissant à chaque rencontre ; il s’est senti très gauche la première fois, ensuite il a continué à être très maladroit en poursuivant Angélique jusque chez ses pauvres ; il a cessé d’être le maître de sa volonté, faisant des choses avec l’étonnement et la crainte de les faire, et lorsqu’il s’est présenté chez les Hubert pour la commande d’une mitre, c’est une force qui l’a poussé [159]. Longtemps il a cru qu’on ne l’aimait pas, il a erré en rase campagne, il a marché la nuit, le tourment galopant aussi vite que lui et le dévorant. Mais lorsqu’il reçoit l’aveu d’Angélique, sa jeunesse vibre dans la pensée d’aimer et d’être aimé.

Il est la passion même, la passion dont sa mère est morte, la passion qui l’a jeté à ce premier amour, éclos du mystère [197]. Angélique connaît maintenant son grand nom, il est le fier seigneur dont les Saintes lui ont annoncé la venue, mais la sage Hubertine, inaccessible aux mirages du rêve, a exigé de Félicien le serment de ne plus reparaître, tant qu’il n’aura pas l’assentiment de monseigneur [215]. Le soir même, il s’est confessé à son père, qui, le cœur déchiré par sa passion ancienne, a formellement condamné en son fils cette passion nouvelle, grosse de peines; la parole de l’évêque est d’ailleurs engagée aux Voincourt, jamais il ne la reprendra. Et Félicien s’en est allé, se sentant envahir d’une rage, dans la crainte du flot de sang dont ses joues s’empourprent, le flot de sang des Hautecœur, qui le jetterait au sacrilège d’une révolte ouverte [219].

Il s’enfièvre, il écrit à Angélique des lettres que les parents interceptent, il voudrait partir avec elle, conquérir le bonheur qu’on leur refuse, mais la pure enfant est défendue par les vierges de la Légende [269]. Celte fois, Félicien se révolte contre l’impitoyable évêque, perdant tout ménagement, parlant de sa mère ressuscitée en lui pour réclamer les droits de la passion. Enfin, devant Angélique mourante, l’évêque a fléchi ; il accomplit le miracle de la faire revivre, elle deviendra sa fille, Félicien Vil de Hautecœur sera uni, en une cérémonie pompeuse, à l’humble créature qui, pour tous parchemins, possède un livret d’enfant assisté [296].

Et Félicien achète derrière l’Evêché, rue Magloire, un ancien hôtel, qu’on installe somptueusement. Ce sont de grandes pièces, ornées d’admirables tentures, emplies des meubles les plus précieux, un salon en vieilles tapisseries, un boudoir bleu, d’une douceur de ciel matinal, une chambre à coucher surtout, un nid de soie blanche et de dentelle blanche, rien que du blanc, léger, envolé, le frisson même de la lumière [298]. Mais Angélique ne connaîtra pas cet hôtel princier, plein de bijoux et de toilettes de reine. Au sortir de la cathédrale, parmi l’encens et le chant des orgues, elle s’éteint dans un baiser et Félicien ne tient plus qu’un rien très doux, très tendre, cette robe de mariée, toute de dentelles et de perles, la poignée de plumes légères, tièdes encore, d’un oiseau [310]. (Le Rêve.)

(l) Félicien de Hautecœur, marié en 1869 a Angélique Rougon. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)

 

Rougon (Sidonie) (1). — Fille de Pierre Rougon et de Félicité Puech. Sœur d’Eugène, Pascal, Aristide et Marthe. Mère d’Angélique Marie. Elle est née en 1818 à Plassans. A vingt ans, elle a épousé un clerc d’avoué de Plassans et est allée se fixer avec lui à Paris [81]. (La Fortune des Rougon.)

Elle s’est établie rue Saint-Honoré, où elle a tenté avec son mari, un sieur Touche, le commerce des fruits du Midi. Mais les affaires n’ont pas été heureuses et, en 1850, on la retrouve veuve, pratiquant des métiers interlopes, dans une boutique avec entresol et entrée sur deux rues, faubourg Poissonnière et rue Papillon.

Petite, maigre, blafarde, doucereuse, sans âge certain [231], elle tient bien aux Rougon par cet appétit de l’argent, ce besoin de l’intrigue qui caractérise la famille. Les influences de son milieu en ont fait une sorte de femme neutre, homme d’affaires et entremetteuse à la fois [69]. La fêlure de cet esprit délié est de croire elle-même à une fantastique histoire de milliards que l’Angleterre doit rembourser, appât magique dont elle sait se servir avec habileté pour griser ses clientes. Son frère aîné Eugène Rougon, qui estime fort son intelligence, l’emploie à des besognes mystérieuses ; elle a puissamment aidé aux débuts de son frère cadet Aristide, en combinant son mariage avec Renée Béraud Du Châtel et elle continue ses bons offices au ménage, servant les intérêts du mari auprès des puissants [98], offrant des amants à la femme, dont elle abrite les passades [131], mettant son entresol à la disposition du jeune Maxime Saccard [133]. Elle juge les femmes d’un coup d’œil, comme les amateurs jugent les chevaux [132] et s’emploie, moyennant finances, à protéger toutes les turpitudes et àétouffer tous les scandales. Mielleuse et aimant l’église, Sidonie est au fond très vindicative. Pleine de colère contre Renée, qui s’est révoltée devant la grossièreté d’un de ses marchés d’amour [235], elle se charge de l’espionner et dénonce à Aristide ses amours avec Maxime [310]. Cette dernière infamie lui rapporte dix mille francs [336], qu’elle va manger à Londres, à la recherche des milliards fabuleux. (La Curée.)

Son mari mort et enterré, elle a eu une fille quinze mois après, en janvier 1851, sans savoir au juste où elle l’a prise. L’enfant, déposée sans état civil, par la sage-femme Foucart, à, l’Assistance publique, a reçu les prénoms d’Angélique Marie. Jamais le souvenir de cette enfant, née d’un hasard, n’a échauffé le cœur de la mère [50]. (Le Rêve.)

Sidonie vient à l’enterrement de son cousin le peintre Claude Lantier. Elle a toujours sa tournure louche de brocanteuse. Arrivée rue Tourlaque, elle monte, fait le tour de l’atelier, flaire cette Misère Due et redescend, la bouche dure, irritée d’une corvée inutile [477]. (L’Œuvre.)

Beaucoup plus tard, lasse de métiers louches, elle se retire, désormais d’une austérité monacale, à l’ombre d’une sorte de maison religieuse; elle est trésorière de l’Œuvre du Sacrement, pour aider au mariage des filles-mères [l29]. (Le Docteur Pascal.)

(1) Sidonie Rougon, née en 1818; épouse, en 1838, un clerc d’avoué de Plassans, qu’elle perd à Paris, en 1850 ; a d’un inconnu, en 1851, une fille qu’elle met aux Enfants Assistés. [Élection du père. Ressemblance physique avec la mère]. Courtière, entremetteuse, tous les métiers, puis austère. Vit encore à Paris, trésorière de l’Œuvre du Sacrement. (Arbre généalogique des Rougon-Macquart.)

 

 

Emile Zola (1840-1902)

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Emile Zola n’a que sept ans quand meurt son père, ingénieur vénitien. Il vit alors dans la pauvreté. Après avoir abandonné ses études scientifiques, il devient, de 1862 à 1866, chef de publicité à la librairie Hachette, ce qui lui permet de connaître les plus grands auteurs de l’époque. Emile Zola publie son premier ouvrage, « Contes à Ninon » à l’âge de vingt-quatre ans et fréquente les républicains. Puis il se lance dans une carrière de journaliste engagé. Dans ses critiques littéraires, il prône une littérature « d’analyse » s’inspirant des méthodes scientifiques. Son premier succès, le roman « Thérèse Raquin », lui vaut de nombreuses critiques de la part de la presse. 

Influencé par les études de Prosper Lucas et de Charles Letourneau sur l’hérédité et la psychologie des passions, Emile Zola entreprend une immense œuvre naturaliste, « Les Rougon-Macquart, histoire naturelle et sociale d’une famille sous le second empire », une saga constituée de romans réalistes et « scientifiques ». Ce projet l’occupera pendant un quart de siècle. Chacune des œuvres des « Rougon-Macquart », préparée par une enquête détaillée, montre l’affrontement des forces naturelles, soumises aux circonstances et à l’environnement social, qui gouvernent le destin des personnages. Et ceci quel que soit leur milieu d’origine : Paris populaire, courtisanes, capitalisme, mineurs, paysans… C’est le septième roman de la série, « L’assommoir » (1877), chef d’œuvre du roman noir qui lui apporte la célébrité. Dans « Germinal » (1885), il dépeint le monde ouvrier comme jamais il ne l’avait été auparavant et décrit le déterminisme économique comme la fatalité moderne. 

Avec toute son ardeur combattante, son courage et le poids de sa notoriété, Emile Zola s’engage dans l’affaire Dreyfus en publiant plusieurs articles dont son célèbre « J’accuse » dans le journal « L’Aurore » du 13 janvier 1898. Il est très critiqué par les nationalistes et le procès qui s’en suit l’oblige à s’exiler pendant un an en Angleterre. 

A l’issue des « Les Rougon-Macquart », il veut montrer qu’il ne sait pas uniquement peindre les tares de la société. Séduit par les idées socialistes, il souhaite proposer des remèdes sous la forme d’une vision prophétique du devenir de l’homme dans ses « Quatre Evangiles : « Fécondité », « Travail », « Vérité ». Le quatrième, « Justice », vient d’être commencé, lorsqu’il meurt « accidentellement » asphyxié dans son appartement.

Principales œuvres (Les titres suivis de * font partie des Rougon-Macquart) :

Contes à Ninon (1864)

La confession de Claude (1865)

Thérèse Raquin (1867)

Madeleine Férat (1868)

La Fortune des Rougon* (1871)

La Curée* (1872)

Le Ventre de Paris* (1873)

La Conquête de Plassans* (1874)

La Faute de l’abbé Mouret* (1875)

Son Excellence Eugène Rougon* (1876)

L’Assommoir* (1877)

Une Page d’Amour* (1878)

Le Roman Expérimental (1880)

Nana* (1880)

Pot-bouille* (1882)

Au bonheur des dames* (1883)

La Joie de Vivre* (1884)

Germinal* (1885)

L’Oeuvre* (1886)

La Terre* (1887)

Le Rêve* (1888)

La Bête humaine* (1890)

L’Argent* (1891)

La Débâcle* (1892)

Le Docteur Pascal* (1893)

Lourdes (1894)

Rome(1896)

Paris (1898)

Fécondité (1899)

Travail (1901)

Vérité (1903)

ANCIEN TESTAMENT, BIBLE, PSAUME 3, PSAUMES

Psaume 3

Psaume 3

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Chant de David. A l’occasion de sa fuite devant Absalon, son fils

Yahweh, que mes ennemis sont nombreux Quelle multitude se lève contre moi

Nombreux sont ceux qui disent à mon sujet:  » Plus de salut pour lui auprès de Dieu!  » – Séla.

Mais toi, Yahweh, tu es mon bouclier tu es ma gloire, et tu relèves ma tête.

De ma voix je crie vers Yahweh, et il me répond de sa montagne sainte. – Séla.

Je me suis couché et me suis endormi; je me suis réveillé, car Yahweh est mon soutien.

je ne crains pas devant le peuple innombrable, qui m’assiège de toutes parts.

Lève-toi, Yahweh ! Sauve-moi, mon Dieu! Car tu frappes à la joue tous mes ennemis, tu brises les dents des méchants.

A Yahweh le salut! Que ta bénédiction soit sur ton peuple! – Séla

MALADIE, PENDANT UNE MALADIE, POEME, POEMES, SOUFFRANCE, VICTOR HUGO

Pendant une maladie de Victor Hugo

Pendant une maladie

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On dit que je suis fort malade,
Ami ; j’ai déjà l’oeil terni ;
Je sens la sinistre accolade
Du squelette de l’infini.

Sitôt levé, je me recouche ;
Et je suis comme si j’avais
De la terre au fond de la bouche ;
Je trouve le souffle mauvais.

Comme une voile entrant au havre,
Je frissonne ; mes pas sont lents,
J’ai froid ; la forme du cadavre,
Morne, apparaît sous mes draps blancs.

Mes mains sont en vain réchauffées ;
Ma chair comme la neige fond ;
Je sens sur mon front des bouffées
De quelque chose de profond.

Est-ce le vent de l’ombre obscure ?
Ce vent qui sur Jésus passa !
Est-ce le grand Rien d’Épicure,
Ou le grand Tout de Spinosa ?

Les médecins s’en vont moroses ;
On parle bas autour de moi,
Et tout penche, et même les choses
Ont l’attitude de l’effroi.

Perdu ! voilà ce qu’on murmure.
Tout mon corps vacille, et je sens
Se déclouer la sombre armure
De ma raison et de mes sens.

Je vois l’immense instant suprême
Dans les ténèbres arriver.
L’astre pâle au fond du ciel blême
Dessine son vague lever.

L’heure réelle, ou décevante,
Dresse son front mystérieux.
Ne crois pas que je m’épouvante ;
J’ai toujours été curieux.

Mon âme se change en prunelle ;
Ma raison sonde Dieu voilé ;
Je tâte la porte éternelle,
Et j’essaie à la nuit ma clé.

C’est Dieu que le fossoyeur creuse ;
Mourir, c’est l’heure de savoir ;
Je dis à la mort : Vieille ouvreuse,
Je viens voir le spectacle noir.

 

Poète : Victor Hugo (1802-1885)

Recueil : Les chansons des rues et des bois (1865)

AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), EGLISE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Aix-en-Provence), PAROISSE SAINT-JEAN-DE-MALTE (Bouches-du-Rhône), PEINTURE, TABLEAUX

Tableaux : église Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Les tableaux exposés à l’église Saint-Jean-de-Malte.

 

Parmi les tableaux exposées dans l’église, la Crucifixion de Delacroix est celui qui attire le plus de visiteurs. Plusieurs vitraux se trouvent à l’intérieur. Le vitrail du chevet datant de 1854 a pour thème principal le Baptême du Christ.

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L’Annonciation et La Mort de la Vierge, André Boisson (1678). Ces tableaux avaient été commandés pour la chapelle de la Cour des comptes de l’ancien palais. Dans la même série de Boisson, deux œuvres sont aujourd’hui à la Madeleine, tandis que deux autres sont perdues.toiles_018 (2).jpgL’Annonciation

 

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La Mort de la Vierge

 

La Théologie, Michel-François Dandré-Bardon (entre 1744 et 1749). Il s’agit de l’œuvre la plus récente de Saint-Jean-de-Malte. On a longtemps cru devoir l’attribuer à Carle van Loo.

 

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La Résurrection du Christ, Louis Finson (1610). Ce tableau est la plus ancienne œuvre de Finson répertoriée en Provence. Il se trouve dans l’église Saint-Jean-de-Malte depuis le Consulat.

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Le Christ apparaissant à sainte Madeleine au jardinLe Miracle de saint Blaise et Notre-Dame de Bon-Repos, Gilles Garcin (1690). Tous trois commandés par le prieur Viany.

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Le Christ apparaissant à Marie-Madeleine

 

 

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Le Miracle de Saint Blaise

 

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Notre-Dame de Bon Repos

 

Descente de croix, André Gaudion (1612). Ce tableau proviendrait d’un couvent franciscain d’Aix.

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Saint Bruno au pied de la Vierge, Reynaud Levieux (1663), peint à l’origine pour le maître-autel de la chartreuse d’Aix.

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Descente de croix, Guillaume Martin dit Adam (1611). Cette œuvre a été acquise par Joseph-Félix Alphéran, futur prieur de Saint-Jean, qui en a fait don à l’église.

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Vierge du Carmel, Nicolas Mignard, dit Mignard d’Avignon (s. d.). Tableau venant de l’église des Grands-Carmes ; il est transféré à l’église du Saint-Esprit à la Révolution, puis à Saint-Jean.

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Le Christ en croix entre la Vierge et saint JeanLe Jugement de Salomon et La Femme adultère, Nicolas Pinson (1673). Ces tableaux étaient initialement installés dans la grande chambre du Parlement de l’ancien palais des comtes de Provence.

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Le Christ en Croix entre la Vierge et Saint Jean

 

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Le Jugement de Salomon

 

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La Femme adultère

 

L’Apothéose de saint Augustin, Michel Serre (s. d.). Ancien tableau de l’église des Augustins.

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Baptême du Christ

 

 

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Saint Roch, Bernardin de Sienne, saint Sébastien. Florence. XIVè siècle

 

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Transfiguration. N. Pegand. 2006.

 

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Notre-Dame des Calissons. XVIè siècle

 

  • Notre-Dame de Lorette (anonyme). Tableau offert par Mme Bourguignon de Fabregoules.
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Portraits des artistes ayant oeuvrés pour l’église Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Portraits d’artistes ayant oeuvrés pour embellir l’église de Saint-Jean-de-Malte

 

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Charles-Laurent Maréchal (1801-1887)

Charles-Laurent Maréchal

 

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Henri Guérin (1929-2009)

Henri Guérin

 

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Michel-François Dandré-Baron (1700-1783)

Michel-François Dandré-Bardon

 

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Louis Finson (1580-1617)

Louis Finson

 

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Nicolas Miganrd (1606-1668)

Nicolas Mignard

 

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Eugène Delacroix (1798-1863)

Eugène Delacroix

 

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Charles-André van Loo ou Carle Van Loo (1705-1765) à qui fut d’abord attribué le tableau La Théologie en faint une oeuvre de Michel-François Dandré-Bardon

Charles-André van Loo

 

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Antoine Van Dick (1599-1641)

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Le Christ en Croix d’Antoine Van Dickjean_malte_028 (1)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ântoine Van Dick

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Louis André (peintre-verrier)

Louis André était un peintre-verrier, né en 1852 et mort à Aix-en-Provence le 3 juillet 1938.

Biographie

Église Saint-Laurent de Lanuéjols (Gard) : saint Paul et saint Pierre

Il est initié à l’art par l’abbé de Bonde. Pendant la guerre de 1870, il est combattant volontaire.

Il a créé ensuite un atelier de production de vitraux à Aix-en-Provence, rue Jacques de la Roque. Ses œuvres se retrouvent dans des églises d’Aix-en-Provence et autour:

église Saint-Jean-de-Malte d’Aix-en-Provence, rose au-dessus de l’orgue (1896),

église de la Madeleine d’Aix-en-Provence,

église du Saint-Esprit d’Aix-en-Provence,

église Notre-Dame de la Seds,

église d’Arles, Tarascon, Salon-de-Provence, Saint-Rémy-de-Provence, …

dans le Gard, à l’église Saint-Laurent de Lanuéjols, en 1892.

Après la promulgation de la loi de séparation des Églises et de l’État, en 1905, Louis André ne reçoit plus de commande et doit fermer son atelier. Il est alors devenu professeur de dessin au collège catholique et à l’école des beaux-arts d’Aix-en-Provence. Il a cessé de donner son enseignement à 82 ans.

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André BOISSON (Aix, 1643 – 1733)
Originaire d’Aix-en-Provence où il naît l’année de la mort de Louis XIII, André Boisson débute véritablement sa carrière à Rome, auprès du peintre classique Reynaud Levieux avec lequel il travaille de 1667 à 1676. Ce dernier, issu d’une famille protestante, l’initie aux grandes commandes en lui faisant copier les chefs-d’œuvre  de Raphaël. Tout comme lui, après un séjour romain qui devait le marquer durablement, où la leçon des Carrache s’est assouplie dans l’exercice poussinien des grandes perspectives, il rentre en Provence à la fin des années 1670. D’ailleurs, sa première commande notable n’est-elle pas pour la chapelle de la cour des Comptes de l’ancien palais épiscopal. Là, il réalise L’Annonciation et La mort de la Vierge, aujourd’hui conservées dans l’église de la Madeleine. En 1693, il renouvelle l’exercice, mais cette fois-ci en rendant hommage au Christ supplicié dans une Transfiguration qu’on peut toujours admirer sur les murs de l’église de Saint-Jean de Malte. La redécouverte de ce tableau est importante à plus d’un titre. Tout d’abord, elle oblige à revoir certains présupposés de l’histoire de l’art dont l’un des plus tenaces est de considérer Jean Daret (1613-1668) et Pierre Puget (1620-1694) comme les seuls grands exégètes du classicisme en Provence. Cette version doit être revue au profit d’une vision plus nuancée qui s’attache à reconsidérer la place que les peintres formés à Rome et revenus à Aix ont occupée au cours de ces années-là et qu’ils ont prolongée au-delà du siècle, établissant une sorte de sage continuité annonçant la Régence. D’autre part, cette redécouverte conforte la tendance actuelle des recherches dix-septiémistes vers une réévaluation de la peinture en province, et singulièrement en Provence, à la fin du Grand Siècle. En effet, dans ce tableau, la leçon de Poussin est constante sans être ni servile ni mièvre. Si la rencontre du Christ et de la Samaritaine n’est pas le sujet sacré le plus sérieux qui soit, puisqu’il raconte avant tout l’histoire d’un homme et d’une femme au bord d’un puits, André Boisson le traite avec une humanité rare. La scène religieuse n’est qu’un prétexte à une évocation plus aimable où la douceur du Christ rencontre la candeur de cette jeune Juive qui reçoit la parabole comme un don du Ciel. Loin des mises en scènes sévères de l’atticisme parisien, André Boisson livre ici une composition pleine d’équilibre et de poésie qui consacre la pleine maturité de la peinture provençale à la fin du XVIIème siècle.

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Gilles Garcin

Gilles Garcin (Aix-en-Provence, 1647–1702) est un peintre français. Il a essentiellement travaillé pour le prieur Viany de l’église Saint-Jean-de-Malte dont il a réalisé plusieurs toiles destinées à des retables. On trouve toujours dans cette église trois de ses œuvres, toutes commandées en 1690 :

Le Christ apparaissant à sainte Madeleine au jardin,

Le Miracle de saint Blaise,

Notre-Dame de Bon-Repos.

Si la première de ces œuvres était destiné au retable du bras sud du transept de l’église, les deux suivantes furent placées sur un autel, celui de la chapelle des Viany et celui de la chapelle des porteurs de livrée.

Il réalise aussi d’autres œuvres pour d’autres édifices religieux d’Aix, comme La Vierge et saint Jean, pour la cathédrale Saint-Sauveur.

À l’instar de plusieurs peintres provençaux et notamment d’Aix, Gilles Garcin visite Rome (Italie) avec l’aide d’un mécène. Sa présence y est attestée en 1664, tout comme celle de Nicolas Pinson la même année, ou de Reynaud Levieux deux ans plus tôt. Outre Aix et Rome, il travaille également à Apt, Rians et Toulon.

 

Œuvres dans les musées

L’Annonciation, hôtel d’Agar (Cavaillon).

Pomone, Musée des Beaux-Arts, Marseille.

 

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Nicolas Pinson (1635-1681)

Nicolas Pinson, né à Valence (France) en 1635 et mort à Rome le 12 mars 1681, est un peintre, dessinateur et graveur français.

Biographie

Nicolas Pinson né à Valence en 1635 est le fils de Jean Pinson maître sculpteur, sans doute sculpteur sur bois. Sa vocation de peintre naît dans son milieu familial où il acquiert de son père les premiers rudiments il quitte très jeune le foyer familial car il arrive en 1653 à Rome où il fera l’essentiel de sa carrière. Ses maîtres romains sont les académiciens de Saint Luc. Il a pour condisciples de nombreux français dont le provençal Gilles Garcin et des italiens dont Pietro Lucatelli et Ludovico Gimignani. Il se lie avec des marchands de tableaux dont Paolo Plincene et l’arlésien Jean-louis Pilleporte ce qui lui procure une certaine réussite financière

Le 17 février 1658 il se marie avec une italienne, Laura Saludina (5-04-1622/17-11-1704) fille d’un fabricant de chapelet ; le couple n’aura pas d’enfant. Alors qu’il est au sommet de sa carrière, Nicolas Pinson se rend en 1668 à Aix-en-Provence. Son intention de revenir à Rome est certaine car il y laisse sa femme et son frère René-Charles auquel il signe une procuration pour régler ses affaires financières. Le peintre d’Aix-en-Provence Jean Daret est mort le 2 octobre de cette même année 1668 sans avoir pu honorer l’engagement pris en 1666 de décorer la Grande Chambre du Parlement au palais comtal. Nicolas Pinson réalisera une partie de cette commande dont trois tableaux se trouvent dans l’Église Saint-Jean-de-Malte d’Aix-en-Provence.

En 1675 Nicolas Pinson retourne à Rome où il peint un tableau pour une chapelle de l’église saint-Louis-des-Français. Il meurt peu après le 12 mars 1681.

Œuvres dans les collections publiques

L’Adoration des mages, musée des Beaux-Arts de Marseille

En France

Aix-en-Provence, église Saint-Jean-de-Malte : trois tableaux provenant de la grande chambre du parlement de Provence de l’ancien palais des comtes de Provence à savoir :

Le Jugement de Salomon : le roi Salomon , assis sur son trône, ordonne à un soldat de pourfendre un enfant que deux femmes prétendent être le sien. La vraie mère se désignera en arrêtant le geste du soldat.

Le Christ en croix entre la Vierge et saint Jean.

Jésus et la femme adultère : Jésus, agenouillé de profil, écrit sur le sol tandis qu’un scribe et un pharisien lui amènent une femme surprise en flagrant délit d’adultère et lui demandent s’il faut la lapider..

Avignon, musée Calvet : Repos de la sainte famille

Marseille, musée des Beaux-Arts de Marseille : L’Adoration des mages

En Italie

Rome, église Saint-Louis-des-Français : En 1672, l’abbé Elpidio Benedetti décide de financer la décoration de l’une des chapelles latérales de cette église et en confie la réalisation à une femme architecte, Plautilla Bricci qui peint également le retable représentant le roi saint Louis. Les parois latérales de cette chapelle sont chacune décorées d’un tableau signé et daté de 1680.

À droite un tableau signé Ludovico Gimignani représente saint Louis remettant la couronne d’épine à l’archevêque de Paris.

À gauche un tableau signé Nicolas Pinson représente un sujet singulier élaboré par le donateur. D’après Geneviève Michel ce tableau représenterait non pas Catherine de Médicis, mais Anne d’Autriche présentant à saint Louis le projet de la façade de l’église Saint-Louis-des-Français de Madrid. Ce tableau est le seul témoignage en Italie de l’œuvre picturale de Nicolas Pinson.

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Michel Serre

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Autoportrait de Michel Serre peignant les ravages de la peste devant l’hôtel de ville.

 Michel Serre, né à Tarragone (Espagne) le 10 janvier 1658 et mort à Marseille le 10 octobre 1733, est un peintre baroque français.

Il est connu pour ses tableaux religieux et surtout pour ses représentations de la peste à Marseille en 1720.

Sa jeunesse

Michel Serre, quatrième enfant de Jacques Serres, marchand ambulant, et de Marie Barbos est né à Tarragone le 10 janvier 1658. Orphelin très tôt, il est accueilli à la chartreuse de Scala Dei, située à une quarantaine de kilomètres de Tarragone. En 1670, il se rend en Italie où il apprend la peinture dans différents ateliers à Rome, Naples et Gênes.

En 1675, il quitte l’Italie pour s’installer définitivement à Marseille.

Ses débuts

Peu de temps après son arrivée à Marseille, il obtient une importante commande pour l’église des Dominicains, Le martyre de Saint Pierre Vérone (musée des beaux-arts de Marseille).

En 1684, il peint pour les Chartreux l’immense toile de Madeleine enlevée par des anges conservée dans le chœur de l’église des Chartreux à Marseille.

Le 1er mai1685, à Notre-Dame des Accoules, il épouse Florie Régimonde, fille de Jean Régimonde et de Jeanne Montaignon. En juin 1688, il achète un terrain à Suzanne de Marle et André Venture, puis y fait construire une grande maison dans la future rue Venture. L’emplacement exact de cette habitation n’a pu être trouvé.

Le 10 mai 1685, il obtient des échevins une lettre de citadinage et accepte de peindre pour l’hôtel de ville une toile, actuellement disparue, représentant le Christ mourant sur la croix.

Pour le récompenser de ses succès, Louis XIV le nomme peintre des galères et maître à dessiner des officiers et pilotes. Il travaille aux ouvrages de peinture des galères et enseigne aux jeunes officiers . Il exécute plusieurs portraits de chefs d’escadre, dont celui de Louis de Montolieu (musée des beaux-arts de Marseille).

Les années de maturité

Le 27 février1704, il donne procuration à sa femme pour régir ses biens et se rend à Paris. C’est là qu’il rencontre Jean-Baptiste Oudry qui devient son élève pendant quelque temps. Il se fait connaître par l’exécution de diverses toiles dont celle du Christ chassant les vendeurs du temple (Versailles, église Saint-Symphorien). Il envoie un tableau représentant Bacchus et Ariane à l’Académie de Paris qui l’admet au nombre de ses adhérents le 6 décembre1704 (musée des Beaux-Arts de Caen, œuvre détruite en 1944).

Ayant acquis une certaine fortune, il achète les charges de lieutenant du roi de la ville de Salon-de-Provence et de major de la ville de Gardanne. Louis XIV signe les lettres patentes correspondantes respectivement le 22 janvier 1712 et le 22 octobre 1712. Ses armes sont d’azur à trois serres d’aigles d’or posées l’une sur l’autre.

Il achète de nombreuses maisons de rapport et des terrains à bâtir dans les quartiers de Mazargues et de Saint-Giniez.

La peste et les années de vieillesse

Pendant la grande peste qui sévit à Marseille en 1720, Michel Serre se distingue par sa conduite. Il se révèle un homme de cœur et d’action. Il accepte la responsabilité de commissaire général de son quartier Saint-Ferréol et préside aux opérations de déblaiement du quartier. Il s’attira l’attention de l’intendant Lebret qui écrit aux échevins le 18 décembre 1721 : « Comme j’espère aller dans peu à Marseille, je verrai avec vous ce qui pourra se faire pour le tableau du sieur Serre dont je connais le mérite ».

Il distribue sa fortune pour soulager la misère des survivants. Son nom figure sur la stèle élevée en 1802 et placée actuellement au square du palais des Arts. Ayant été un très proche témoin de cette terrible épidémie, il peindra trois toiles qui sont ses œuvres majeures.

En 1726 il acquiert une chapelle qu’il dédie à Saint Jean de la Croix dans l’église des Carmes déchaussés.

Deux tableaux représentent la peste dans l’église paroissiale de La Ciotat. L’un des deux est du peintre Michel Serre. Il représente Le grand Saint Antoine, le bateau qui apporta la peste en Provence, en 1720, quittant sans secours la baie de La Ciotat.

Il meurt à Marseille le 10 octobre 1733, veuf et ruiné, mais entouré du respect de tous. Il est enseveli à la paroisse Saint-Ferréol.

Une rue du 16e arrondissement de Marseille porte son nom

Son œuvre

La virtuosité de Michel Serre lui a permis de réaliser un très grand nombre de peintures dont plusieurs ont disparu. Il a surtout peint des scènes bibliques ou de la vie de la Vierge et du Christ. Il a également exécuté des tableaux relatifs à la mythologie et des représentations historiques, ainsi que des portraits. Ses tableaux sont conservés au musée des beaux-arts de Marseille et dans des églises de Marseille et de sa région.

Tableaux religieux

Sainte Marguerite, église des Augustins de Marseille.

Musée des beaux-arts de Marseille :

La Madeleine pénitente

Éducation de la Vierge

Présentation de la Vierge au temple

La Visitation

Présentation de Jésus au temple

Jésus parmi les docteurs

Saint-Benoît ressuscite un jeune moine mort

Cycle de La Vie de Saint-François (quatorze toiles, dont deux ont disparu)

Le martyre de Saint-Pierre de Vérone, provenant de l’église des prêcheurs. Une copie a été faite par Joseph Coste qui remporte avec elle le prix d’encouragement

Le Miracle de Saint Hyacinthe

La Vierge à l’enfant, Saint-François de Sales et Sainte Jeanne de Chantal

Église des Augustins de Marseille :

Sainte Marguerite

La Vierge à l’enfant apparaissant à Saint Pierre et Saint Paul. Ce tableau se trouve à l’intérieur d’un retable placé au-dessus de l’autel dit des portefaix dans l’église des Augustins à Marseille. Ce retable est couronné par un fronton animé de putti situés de part et d’autre d’une gloire qui rayonne autour d’une tiare et des clefs qui sont le symbole de l’apôtre Pierre, premier Pape de l’Église. L’attribution de cette œuvre peinte en 1692 pour la confrérie des portefaix à Michel Serre a été remise en question par l’historienne de l’art Marie Claude Homet.

Le Repos pendant la fuite en Égypte

La Vierge à l’enfant apparaissant à Saint Pierre et Saint Paul, église des Augustins de Marseille.

Marseille, église des chartreux : Madeleine enlevée par les anges

Marseille, église Saint-Matthieu de Château Gombert :

Le Christ roi, la Vierge et Saint-Joseph, ou Le Purgatoire

L’Agonie de la Madeleine (attribution).

Franciscains devant la Vierge ou Apothéose de saint François (attribution)

Abbaye Saint-Victor de Marseille : La Vierge en prière dans l’atelier de Nazareth

Marseille, église Saint-Cannat :

La Vierge à l’enfant et le purgatoire

La Purification de la Vierge

Marseille, église des Grands Carmes : cycle de La Vie de la Vierge, six toiles classées en 1911

Apothéose de saint Roch, Marseille, église de Mazargues.

Marseille, église de Mazargues : Apothéose de saint Roch. L’église actuelle de Mazargues construite de 1849 à 1851 est dédiée à saint Roch, patron des pestiférés. Sur l’emplacement de cette église était érigée une chapelle dédiée au même saint. En effet lors de la peste de 1387 qui fit mourir le tiers de la population marseillaise, Mazargues reçut un afflux considérable de Marseillais qui fuyaient le fléau. Saint Roch fut tellement invoqué dans la vieille église que son nom y primât tous les autres. la présence dans cette église du tableau de Michel Serre représentant ce saint peut s’expliquer par le fait que l’artiste possédait une maison de campagne dans ce quartier, mais aucun document na fait explicitement mention de cette œuvre, pas même au début du xixe siècle. Ainsi l’abbé Marius Ganay précise seulement dans son livre La poétique histoire de Mazargues « derrière le maître-autel il y a une grande peinture qui représente l’apothéose de saint Roch ». Ce tableau d’un format remarquable (320 x220 cm) cintré à deux « oreilles » a été daté de la fin du xviie siècle. Sa forme particulière semble indiquer que cette œuvre devait venir s’encastrer dans le plafond d’un monument : église conventuelle ou chapelle d’hôpital. Au cours du xviiie siècle eut lieu sa transformation en toile encadrée pour orner un espace réduit par exemple un autel de chapelle ou d’église. Cette apothéose de saint Roch a fait l’objet de 2004 à 2008 d’une minutieuse restauration par le Centre Interrégional de Conservation et Restauration du Patrimoine à Marseille. Cette restauration a permis de constater que le châssis en bois résineux présentait la particularité d’être pliant suivant son axe vertical : des marques de pliage ont été constatées sur la couche picturale. L’étude des singularités du châssis indique que le tableau n’est probablement pas dans son format d’origine. Saint Roch contracta la peste au cours d’un pèlerinage qu’il fit en Italie et fut sauvé grâce à un chien qui venait le nourrir. Il est donc traditionnellement représenté revêtu du costume de pèlerin avec un bâton et une coquille cousue sur le manteau, un bubon pesteux sur la cuisse et accompagné d’un chien. Une statue placée dans la même église de Mazargues représente bien ainsi saint Roch. Or dans le tableau le saint montant au ciel ne présente pas le symptôme de la peste et n’est pas accompagné d’un chien : on peut donc supposer que le tableau représenterait en fait saint Jacques lui-même qui est le patron de l’Espagne, patrie originelle du peintre. Ce tableau fait partie des décors baroques plafonnants réalisés en Provence à la fin du xviie siècle pour des églises conventuelles ou des hôtels particuliers et dont Michel Serre a réalisé un certain nombre, aujourd’hui tous disparus.

Annonciation, saint Jean-Baptiste et saint Étienne, Marseille, église de la Pomme.

Marseille, église de la Pomme : Annonciation, saint Jean-Baptiste et saint Étienne. Ce tableau orne le chevet plat du chœur de l’église. Cette toile a été peinte au début du xviiie siècle pour orner le maître-autel de la chapelle des Comtes située traverse des Comtes à Marseille, placée alors sous le vocable de l’Annonciation. Très usé, le tableau a fait l’objet d’une restauration en 1978 pour l’exposition l’âge d’or de la peinture provençale et a été ensuite placé dans l’église de la Pomme. Michel Serre réalise ici une mise en abyme peignant un tableau dans un autre tableau : l’Annonciation est réalisée dans un cadre semblant flotter dans les airs devant saint Jean-Baptiste à gauche portant un agneau et saint Étienne à droite en habit de diacre. Les rideaux qui bordent la composition créent un élément d’illusion propre au théâtre.

Église d’Allauch (Bouches-du-Rhône) :

Mort de Saint-Joseph. Ce tableau a appartenu à Julie Pellizzone

La Fuite en Égypte

Église Saint-Jean-de-Malte d’Aix-en-Provence : Apothéose de Saint-Augustin

Église de la Madeleine d’Aix-en-Provence :

Le Christ et sainte Madeleine chez Simon le lépreux

Ex-voto offert pour la peste de 1720

Église du Beausset (Var) : Le Vœu de Mgr de Belsunce

Saint-Maximin-la-Sainte-Baume (Var), basilique Sainte-Marie Madeleine :
Michel Serre peint pour cette basilique quatre toiles de dimension à peu près identique (190 cm × 140 cm) encastrées dans les boiseries du pourtour du chœur. Elles ont été réalisées très probablement en même temps que ces boiseries c’est-à-dire entre 1689 et 1692, et sont malheureusement en mauvais état. Elles ne constituent pas à proprement parler un cycle car elles ne traitent pas d’un même sujet ; elles représentent les scènes suivantes :

L’Enfant Jésus. Ce tableau dont le cadre adopte une forme compliquée est placé au-dessus d’un grand tabernacle en bois sculpté destiné à recevoir une crèche aujourd’hui disparue. L’enfant Jésus, glorieux et triomphant, est représenté vêtu de draperies flottantes autour de lui, le fond lumineux étant peuplé d’anges. Cet ensemble aimable annonce cependant la passion.

Sainte-Anne, la Vierge et l’enfant jésus, Saint-Joseph. Ce tableau représente la Vierge assise tenant sur ses genoux l’enfant Jésus se tournant vers sainte Anne. En arrière est représenté saint Joseph.

La Vierge à l’Enfant et le purgatoire. Ce thème du purgatoire est fréquent à la fin du xviie siècle en raison du changement des mentalités qui se produit après 1660 époque où on prévoit la fin du monde pour le dernier tiers du siècle présent, le temps du nouveau Testament devant égaler celui de l’ancien. Le séjour en purgatoire devient le passage obligé après la mort d’où de nombreuses représentations de ce thème. Dans la partie inférieure du tableau est évoqué le séjour douloureux du purgatoire avec des flammes tandis que la partie supérieure représente l’entrée au ciel facilitée par la sainte Vierge. Ce tableau est à rapprocher de celui qui se trouve dans l’église Saint-Cannat à Marseille.

Saint-Thomas d’Aquin foudroyant l’hérésie. Le saint est représenté tenant dans sa main gauche l’ostensoir tandis qu’il brandit de la main droite la foudre pour terrasser l’hérésie qu’il piétine : il s’agit probablement du protestantisme car la toile a été réalisée peu de temps après la révocation de l’édit de Nantes (1685). Derrière saint Thomas d’Aquin, l’artiste a représenté un fond architectural avec à droite une niche contenant une statue représentant un personnage barbu. Le saint est représenté en pleine force de l’âge, c’est l’homme d’action qui triomphe plus par la force que par la persuasion.

Tableaux de la basilique Sainte-Marie Madeleine

L’Enfant Jésus.

Sainte Anne, la Vierge et l’enfant Jésus et saint Joseph.

La Vierge à l’enfant et le purgatoire.

 Saint Thomas d’Aquin foudroyant l’hérésie.

Vierge des grâces et purgatoire, La Ciotat, église Notre-Dame.

La Ciotat, église Notre-dame :

Vierge de grâces

Vierge de grâces et purgatoire

Sainte Marie-Magdeleine et Saint Maximin (tableau non visible)

Marseille, musée Grobet-Labadié : Notre-Dame du bon voyage

Marseille, villa Gaby Deslys : La Résurrection de Lazare

Draguignan, église Saint-Michel : Vierge donnant le scapulaire à Simon Stock

Aix-en-Provence, musée Granet : La vierge à l’enfant, moine bénédictin, Sainte félicité et Perpétue

Versailles, église Saint-Symphorien : Les Vendeurs chassés du temple

Œuvres de Michel Serre

La Fuite en Égypte, Allauch, église Saint-Sébastien.

 La Mort de saint Joseph, Allauch, église Saint-Sébastien.

 Agonie de la Madeleine, Marseille, Château-Gombert, église Saint-Matthieu.

 Le Purgatoire, Marseille, Château-Gombert, église Saint-Matthieu.

 Apothéose de l’ordre de saint François, Marseille, Château-Gombert, église Saint-Matthieu.

 Vierge des grâces, La Ciotat, église Notre-Dame.

 Apothéose de Saint-Augustin, Aix-en-Provence, église Saint-Jean-de-Malte.

 Vierge en prière dans l’atelier de Nazareth, Marseille, abbaye de Saint-Victor.

Vierge à l’enfant et le purgatoire, Marseille, église de Saint-Cannat.

Tableaux historiques

Les trois tableaux peints peu de temps après la peste de 1720 représentant les scènes de cette épidémie sont les plus connus. Ces œuvres qui eurent un très grand retentissement à leur époque, demeurent un témoignage majeur de cet évènement.

Musée des beaux-arts de Marseille :

Vue du Cours pendant la peste, Hauteur = 3,17 m × Largeur = 4,10 m

Vue de l’hôtel de ville pendant la peste, Hauteur = 3.06 × Largeur = 2,77 m

« Ces deux tableaux représentent le déplorable aspect qu’offraient alors les quais et le cours : là on voit les moribonds étendus, ayant près d’eux une cruche et un vase que quelques personnes compatissantes remplissent avec terreur d’eau et de bouillon ; le cours est jonché des cadavres de ceux qui ont cherché l’ombrage de ses arbres ou celui des toiles que les officiers municipaux y ont fait tendre : partout ce sont des scènes déchirantes d’enfants, de femmes, de vieillards expirants. »

Stendhal a apprécié ces deux tableaux : « Je viens de monter au premier étage de la Bourse (à l’époque bâtiment de l’hôtel de ville) pour les tableaux de Michel Serre. Contre mon attente, je les ai trouvés fort bons. »

Montpellier, musée Atger : La Scène de la peste de 1720 : épisode de la tourette, Hauteur = 1,25 m × Largeur = 2,10 m

Tableaux de la peste à Marseille

Vue du Cours pendant la peste de 1720, musée des beaux-arts de Marseille

 Vue de l’hôtel de ville pendant la peste de 1720, musée des beaux-arts de Marseille

Portraits

Michel Serre a peint divers portraits qui se trouvent pour la plupart dans des collections privées.

 

 

 

 

ANCIEN TESTAMENT, EVANGILE SELON SAINT JEAN, LETTRE DE SAINT CLEMENT DE ROME AUX CORINTHIENS, LIVRE D'ISAÎE, LIVRE D'ISAÏE, LIVRE D'SAÏE, NOUVEAU TESTAMENT, PSAUME 39

Dimanche 19 janvier 2020 : 2ème dimanche du Temps Ordinaire : lectures et commentaires

Dimanche 19 janvier 2020 :

2ème dimanche du Temps Ordinaire

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Commentaires de Marie-Noëlle Thabut,

1ère lecture

Psaume

2ème lecture

Evangile

 

PREMIERE LECTURE – Isaïe 49,3…6

3 Le SEIGNEUR m’a dit :
« Tu es mon serviteur, Israël,
en toi je manifesterai ma splendeur. »
5 Maintenant le SEIGNEUR parle,
lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère
pour que je sois son serviteur,
que je lui ramène Jacob,
que je lui rassemble Israël.
Oui, j’ai de la valeur aux yeux du SEIGNEUR,
c’est mon Dieu qui est ma force.
6 Et il dit :
« C’est trop peu que tu sois mon serviteur
pour relever les tribus de Jacob,
ramener les rescapés d’Israël :
je fais de toi la lumière des nations,
pour que mon salut parvienne
jusqu’aux extrémités de la terre. »

Ce passage fait partie d’un ensemble de quatre textes dans le livre du prophète Isaïe, quatre textes très particuliers que l’on appelle « Les Chants du Serviteur ». Ce sont des prédications qui datent de la période très noire de l’Exil à Babylone, au sixième siècle, des prédications adressées donc à un peuple en grande détresse qui se demande parfois si Dieu ne l’a pas oublié. Or le prophète, ici, vient dire à ses contemporains en exil « vous êtes encore le serviteur de Dieu ». Ce qui veut dire que l’Alliance n’est pas rompue, bien au contraire. Non seulement Dieu n’a pas abandonné son peuple, mais il compte encore sur lui pour une mission bien précise.
Car si, parfois, on a pu se demander qui est ce « Serviteur de Dieu » désigné par Isaïe dans les chants du serviteur, dans ce texte-ci, c’est très clair : il ne s’agit pas d’un individu particulier, il s’agit du peuple d’Israël lui-même. Je vous rappelle la première phrase du texte : « Le SEIGNEUR m’a dit : Tu es mon serviteur, Israël ». Et sa vocation est elle aussi clairement définie : « En toi je manifesterai ma splendeur ».
Or, la splendeur de Dieu (son titre de Gloire, si vous préférez), c’est son œuvre de salut ; très concrètement, ici, il s’agit du retour de l’Exil à Babylone. Indirectement donc, Isaïe ici annonce la fin prochaine de l’Exil. Effectivement, lorsque le peuple sera sauvé, libéré, il sera la preuve vivante que Dieu est sauveur ! C’est de cette manière que des sauvés peuvent devenir des sauveurs ; non pas par eux-mêmes seulement, car Dieu seul est sauveur, mais par le fait même d’être sauvé et d’en être les témoins à la face du monde !
Car, dans la mentalité de l’époque, la déchéance du peuple vaincu, déporté pouvait passer pour un échec de son Dieu, mais sa libération manifestera aux yeux du monde païen la supériorité de Dieu.
Le titre de serviteur décerné au peuple d’Israël en exil signifie donc deux choses : il est d’abord une assurance du soutien de Dieu, mais il est en même temps une lettre de mission. Israël doit continuer à croire au salut et à en témoigner à la face du monde ; car en reconnaissant à travers lui l’œuvre de Dieu, les autres reconnaîtront que Dieu est sauveur, et, à leur tour, l’accueilleront comme leur sauveur. Ainsi Dieu sera enfin connu et reconnu par tous ceux qui l’auront vu à l’œuvre pour sauver son peuple. C’est en ce sens-là qu’Israël aura manifesté la présence de Dieu. C’est le sens de l’expression : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur ».
Alors on comprend la dernière phrase de notre texte : « Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ». Une fois de plus, la Bible nous dit que le projet de Dieu est un projet de salut, de bonheur, et qu’il concerne l’humanité tout entière « jusqu’aux extrémités de la terre ».
Jusque-là, on pensait que l’œuvre de salut de Dieu passait par un individu, qu’on appelait le Messie. Et on l’imaginait comme un roi. Ici, l’attente du Messie évolue considérablement : d’une part, le Messie n’est plus un individu particulier, c’est un personnage collectif : c’est le peuple d’Israël qui est investi d’une mission au service du monde. Et d’autre part, il n’exerce plus un pouvoir royal, il se présente comme un serviteur.
Reste une question difficile. Au début du texte, c’est le SEIGNEUR qui parle et s’adresse au Serviteur. Mais, ensuite, le Serviteur lui-même prend la parole : « Le SEIGNEUR m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël ». Si le Serviteur est Israël, comment peut-on dire qu’il rassemblera Israël ?
En fait, Isaïe s’adresse à ses proches, le petit noyau des fidèles, ceux qu’on appelait le « Reste », ceux dont la foi n’a pas chancelé, malgré les années d’exil et de captivité. Ce petit « Reste » d’Israël a pour première tâche de rassembler tout Israël et de le ramener à son Dieu, c’est-à-dire de le convertir.
Mais ce n’est que la première étape de leur mission : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob », dit Isaïe qui ajoute : « Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » Car c’est précisément cette oeuvre inespérée de relèvement du peuple par quelques-uns qui sera aux yeux du monde entier un témoignage rendu au Dieu d’Israël. Pour le dire autrement, le rétablissement du peuple s’inscrit dans le projet de Dieu comme le prélude au salut de toute l’humanité.
Toutes ces belles nouvelles devaient paraître un peu irréalistes à certains ; c’est pour cela que le prophète affirme avec insistance qu’il n’a rien inventé : il n’est que le porte-parole de Dieu. Par deux fois, il précise : « Le SEIGNEUR m’a dit… Maintenant, le SEIGNEUR parle ». Et, d’autre part, il souffle à ses contemporains des paroles d’espérance : « J’ai de la valeur aux yeux du SEIGNEUR, c’est mon Dieu qui est ma force. » Ce n’est pas de l’orgueil ou de la prétention, au contraire c’est de l’humilité : la reconnaissance qu’au creux même de sa désespérance, le Serviteur n’a qu’une ressource, le soutien de Dieu lui-même.

 

PSAUME – 39 (40)

2 D’un grand espoir, j’espérais le SEIGNEUR,
Il s’est penché vers moi
4 Dans ma bouche il a mis un chant nouveau
une louange à notre Dieu.

7 Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice
tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime
8 alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

Dans le livre est écrit pour moi
9 ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
ta loi me tient aux entrailles.

10 Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
SEIGNEUR, tu le sais.
11 J’ai dit ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

« Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu ne demandais ni holocauste ni victime… » : curieuse phrase dans un psaume quand on sait que les psaumes, justement, étaient faits pour être chantés au Temple de Jérusalem au moment même où on offrait des sacrifices !1 En fait on voulait dire par là : je sais, Seigneur, que ce qui compte le plus à tes yeux, ce n’est pas le sacrifice en lui-même, c’est l’attitude du coeur qu’il représente. « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime alors j’ai dit : Voici, je viens. »
Toute la Bible est l’histoire d’un long apprentissage et, avec ce psaume 39/40, nous sommes à la phase finale de ce qu’on peut appeler la pédagogie des prophètes. Je reprends rapidement cette histoire des sacrifices en Israël : elle se développe en même temps que se développe la connaissance de Dieu. C’est logique : « sacrifier », (« sacrum facere » en latin) signifie « faire du sacré », entrer en contact ou mieux en communion avec Dieu. Tout dépend évidemment de l’idée qu’on se fait de Dieu. Donc au fur et à mesure qu’on découvre le vrai visage de Dieu, la pratique sacrificielle va changer.
Je commence par le début : Première chose à retenir : ce n’est pas Israël qui a inventé la démarche du Sacrifice ou de l’offrande : (il y en a chez les autres peuples du Moyen Orient bien avant que le peuple hébreu ne mérite le nom de peuple).
Deuxième constatation lorsqu’on s’intéresse à la pratique sacrificielle d’Israël : il y a toujours eu des offrandes et des sacrifices en Israël tout au long de l’histoire biblique. Il y a une très grande variété de sacrifices mais tous sont un moyen de communiquer avec Dieu. D’ailleurs le mot utilisé en hébreu pour dire « offrir un sacrifice » veut dire « s’approcher ».
Troisième point : les sacrifices pratiqués par le peuple élu ressemblent à ceux de leurs voisins… oui, mais à une exception près et une exception qui est colossale : la spécificité des sacrifices en Israël, c’est que les sacrifices humains sont strictement interdits. C’est une constante dans la Bible : les sacrifices humains sont de tout temps considérés comme une horreur ; Jérémie, par exemple, dit de la part de Dieu : « Cela je ne l’ai jamais demandé et je n’ai jamais eu l’idée de faire commettre une telle horreur… » (Jr 7, 31 ; 19, 6 ; 32, 35). Et dans le fameux récit du sacrifice d’Abraham, celui-ci a découvert que « sacrifier » (« faire sacré ») ne veut pas dire « tuer » ! Abraham a offert son fils, il ne l’a pas tué. Cet épisode que les juifs appellent « la ligature d’Isaac » est lu justement comme la preuve que, depuis le début de l’Alliance entre Dieu et ce peuple qu’il s’est choisi, les sacrifices humains sont strictement interdits.
Si on y réfléchit, c’est tout ce qu’il y a de plus logique ! Dieu est le Dieu de la vie : impensable que pour nous rapprocher de Lui, il faille donner la mort ! Cette interdiction des sacrifices humains sera la première insistance de la religion de l’Alliance.
On continuera à pratiquer des sacrifices, mais seulement des sacrifices d’animaux. Puis, peu à peu, on va assister au long des siècles à une véritable transformation, on pourrait dire une conversion du sacrifice. Cette conversion va porter sur deux points : sur le sens des sacrifices d’abord, sur la matière des sacrifices ensuite
– 1) sur le sens des sacrifices : dans la Bible, au fur et à mesure que l’on découvre Dieu, les sacrifices vont évoluer. En fait, on pourrait dire : « Dis-moi tes sacrifices, je te dirai quel est ton Dieu ». Notre Dieu est-il un Dieu qu’il faut apprivoiser ? Dont il faut obtenir les bonnes grâces ? Auprès duquel il faut acquérir des mérites ? Un Dieu courroucé qu’il faut apaiser ? Un Dieu qui exige des morts ? Alors nos sacrifices seront faits dans cet esprit là, ce seront des rites magiques pour acheter Dieu en quelque sorte.
Ou bien notre Dieu est-il un Dieu qui nous aime le premier… un Dieu dont le dessein n’est que bienveillant… dont la grâce est acquise d’avance, parce qu’il n’est que Grâce… le Dieu de l’Amour et de la Vie. Et alors nos sacrifices seront tout autres. Ils seront des gestes d’amour et de reconnaissance. Les rites ne seront plus des gestes magiques mais des signes de l’Alliance conclue avec Dieu.
Toute la Bible est l’histoire de ce lent apprentissage pour passer de la première image de Dieu à la seconde. C’est nous qui avons besoin d’être apprivoisés, qui avons besoin de découvrir que tout est « cadeau », qui avons besoin d’apprendre à dire simplement « Merci » (Ce que la Bible appelle le « sacrifice des lèvres »). Toute la pédagogie biblique vise à nous faire quitter la logique du « donnant-donnant », du calcul, des mérites, pour entrer dans la logique de la grâce, du don gratuit. Et notre apprentissage n’est jamais fini.
– 2) la conversion va également porter sur la matière des sacrifices : les prophètes ont joué un grand rôle dans ce lent apprentissage du peuple élu. Ils lui ont fait découvrir peu à peu le véritable sacrifice que Dieu attend : tout se passe comme si les prophètes nous disaient : « Tu veux entrer en relation avec Dieu…? Fort bien ! … à condition de ne pas te tromper de Dieu ! »
C’est peut-être une phrase du prophète Osée (au huitième siècle) qui résume le plus parfaitement cette prédication des prophètes : « C’est l’amour que je veux et non les sacrifices. » (Os 6,6). On découvre peu à peu que le véritable « sacrifice », « faire sacré » consiste non plus à tuer mais à faire vivre. Dieu est le Dieu des vivants : donner la mort ne peut pas être la meilleure façon de nous rapprocher de Lui ! Faire vivre nos frères, voilà la seule manière de nous rapprocher de Lui.
Et l’ultime étape de cette pédagogie des prophètes nous présentera l’idéal du sacrifice : c’est le service de nos frères. Nous trouvons cela dans les quatre « Chants du Serviteur » qui sont inclus dans le deuxième livre d’Isaïe. L’idéal du Serviteur qui est l’idéal du sacrifice, c’est « une vie donnée pour faire vivre ». Le psaume 39/40 résume donc admirablement la découverte biblique sur le Sacrifice : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice … Tu as ouvert mes oreilles » : depuis l’aube de l’humanité, Dieu « ouvre l’oreille » de l’homme pour entamer avec lui le dialogue de l’amour ; le psaume 39/40 reflète le long apprentissage du peuple élu pour entrer dans ce dialogue : dans l’Alliance du Sinaï, les sacrifices d’animaux symbolisaient la volonté du peuple d’appartenir à Dieu ; dans l’Alliance Nouvelle, l’appartenance est totale : le dialogue est réalisé ; offrandes et sacrifices sont « spirituels » comme dira Saint Paul ; « Tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit voici, je viens ».
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Note – Des sacrifices d’animaux ont été célébrés à Jérusalem jusqu’à la destruction définitive du Temple, en 70 après J.C.

 

DEUXIEME LECTURE – Saint Paul aux Corinthiens 1,1-3

1 Paul, appelé par la volonté de Dieu
pour être apôtre du Christ Jésus,
et Sosthène notre frère,
2 à l’Église de Dieu qui est à Corinthe,
à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus
et sont appelés à être saints
avec tous ceux qui, en tout lieu,
invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ,
leur Seigneur et le nôtre.
3 À vous, la grâce et la paix,
de la part de Dieu notre Père
et du Seigneur Jésus Christ.

Voilà un texte magnifique pour dire notre dignité de baptisés ! Il est heureux qu’il ait été choisi pour ce dimanche qui marque notre retour au temps qu’on appelle « ordinaire » dans la liturgie. Cela nous donne l’occasion de retrouver le sens de ce mot : « ordinaire » en liturgie ne veut pas dire « sans importance », cela veut dire tout simplement « dans l’ordre de l’année ». Car évidemment, ce que nous célébrons chaque dimanche n’a rien d’ordinaire au sens courant de ce mot ! Saint Paul vient ici à point nommé nous dire la grandeur de notre titre de Chrétiens.
Pour reprendre les termes de Paul, nous sommes ceux qui, en tout lieu, invoquons « le nom de notre Seigneur Jésus Christ ». « Invoquer le nom », cela veut dire « reconnaître comme Dieu ». Mais d’ailleurs, quand Paul emploie pour Jésus le mot « Seigneur », cela veut dire la même chose, car, à l’époque, le mot « Seigneur » ne s’appliquait qu’à Dieu.
Le point commun de tous les chrétiens, c’est que Jésus-Christ est vraiment pour nous le Seigneur, c’est-à-dire le maître de nos vies, le centre du monde et de l’histoire. C’est pour cela, d’ailleurs, que Paul nous appelle « le peuple saint ». Saint ne veut pas dire « parfait », cela veut dire « qui appartient à Dieu » : nous appartenons à Dieu, par le Baptême, nous avons été consacrés à Dieu : c’est pour cela que l’assemblée mérite elle aussi d’être encensée au cours de la messe.
A l’inverse, je crois que si Jésus-Christ n’est pas vraiment pour nous le Seigneur, s’il n’est pas pour nous, dans nos conversations et nos agissements, le centre du monde et de l’histoire, il faut nous interroger sur le contenu de notre foi. Vous avez remarqué, d’ailleurs, que, dans ces quelques lignes, Paul cite plusieurs fois le nom du Christ : « Moi, Paul, appelé par la volonté de Dieu, pour être Apôtre du Christ Jésus… je m’adresse à vous qui avez été sanctifiés dans le Christ Jésus … vous qui êtes le peuple saint, avec ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus-Christ… que la grâce et la paix soient avec vous de la part de Dieu notre Père et de Jésus-Christ le Seigneur ».
Autre point commun à tous les Chrétiens du monde, de quelque race, nationalité ou confession : nous sommes des « appelés » ! Je cite : « Appelé par la volonté de Dieu, je m’adresse à vous qui êtes, à Corinthe, l’Eglise de Dieu ». Paul est « apôtre du Christ Jésus », non par choix personnel mais parce qu’il a été appelé à cette mission par une volonté explicite de Dieu. On sait à quel point c’est vrai ! Paul n’a pas choisi cette mission d’apôtre du Christ, c’est Jésus lui-même qui l’a choisi sur le chemin de Damas. L’autorité de Paul lui vient de là : il a été appelé, il est en service commandé.
Et il s’adresse à « L’Eglise qui est à Corinthe ». Le mot « Eglise » à lui tout seul est aussi une référence à l’appel de Dieu : en grec, le mot « ecclesia » est de la même famille que le verbe « appeler » (Kaleo). Et comme si le mot « ecclesia » n’était pas assez clair, Paul précise « vous les fidèles qui êtes, par appel de Dieu, le peuple saint ». L’expression « L’Eglise de Dieu qui est à Corinthe » (par exemple), ou à Jérusalem ou à Paris, est devenue traditionnelle. Où que nous soyons, nous sommes les « appelés » de Dieu. Nous aussi, nous sommes en service commandé ! Nous sommes appelés à être des « serviteurs » au sens que le prophète Isaïe donne à ce mot dans la première lecture de ce dimanche « pour que le salut de Dieu parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49,6).
En même temps, Paul rappelle bien le lien qui unit la communauté de Corinthe aux autres communautés chrétiennes : « Je m’adresse à vous qui êtes, à Corinthe, l’Eglise de Dieu… vous qui êtes le peuple saint avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, leur Seigneur et le nôtre ». Il est intéressant de noter que Paul emploie le mot Eglise tout aussi bien pour désigner une communauté locale que l’Eglise dans son ensemble. Chaque communauté particulière est, par appel de Dieu, pleinement témoin de l’amour universel du Père : une Eglise locale ne se réduit donc pas à sa réalité géographique ou sociologique, elle a toujours vocation à l’universel. Voilà qui devrait élargir nos prières dites « universelles ».
L’étendue de la mission ne doit pas nous décourager pour autant : ce qui nous est demandé est à notre portée. Le Seigneur ne nous demande pas des gestes extraordinaires : il nous suffit d’être tout simplement disponibles à la volonté du Père. Vous vous rappelez les termes du psaume de ce dimanche : « Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice, tu as ouvert mes oreilles ; tu ne demandais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit : « Voici, je viens. » Nous pouvons donc faire sereinement au jour le jour notre petit possible et avoir le cœur en paix. C’est ce que nous souhaite Paul : « Que la grâce et la paix soient avec vous ». C’est vraiment le plus beau souhait que l’on puisse s’adresser les uns aux autres en cette période de vœux de début d’année !
Je remarque, au passage, qu’à plusieurs reprises, la liturgie eucharistique fait écho à cette phrase de Paul, en gestes et en paroles. Le plus marquant est évidemment le geste de paix, avec la parole qui l’accompagne : nous reprenons la phrase de Paul chaque fois que nous transmettons à notre voisin « la paix du Christ ». Et chaque fois que le prêtre nous dit « Le Seigneur soit avec vous », c’est bien dans la grâce et la paix du Christ qu’il nous invite à nous laisser immerger.
En ce début de semaine de prière pour l’Unité des Chrétiens, ce texte de Paul est particulièrement bien venu ! Il nous rappelle tout ce qui unit entre eux les Chrétiens du monde entier, à quelque confession qu’ils appartiennent.
Car le peuple chrétien, dans la variété de toutes ses sensibilités, est appelé à être dans le monde le germe de l’humanité nouvelle, celle qui sera un jour réunie dans la grâce et la paix autour de Jésus-Christ : quand viendra le dernier jour, l’humanité tout entière, ressuscitée, se lèvera « comme un seul homme », comme on dit, et cet homme aura pour nom « Jésus-Christ ».
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Compléments
Corinthe était la ville de toutes les richesses et de toutes les pauvretés : elle était le lieu de passage obligé entre deux grands ports, l’un sur la mer Adriatique, l’autre sur la mer Egée ; le canal de Corinthe, que nous connaissons aujourd’hui, n’était pas encore creusé mais une route dallée reliait les deux ports et on faisait transiter les bateaux d’un port à l’autre en les halant sur des rouleaux. Ce passage était très fréquenté parce qu’il évitait aux bateaux de faire le grand détour.
Cette situation privilégiée faisait de Corinthe une ville de passage, donc de mélanges de toute sorte ; mélanges de races, d’idées, de religions : car l’Orient et l’Occident s’y rencontraient ; on y trouvait de tout et tout y était possible dans tous les domaines ; l’expression « vivre à la Corinthienne » était passée dans le vocabulaire et ce n’était pas un compliment : elle signifiait luxe et débauche. La ville était marquée aussi par les contrastes sociaux : financiers et commerçants y réglaient leurs affaires pendant que s’affairaient les dockers et les esclaves. La richesse d’une minorité s’étalait devant la misère des autres. La parabole du riche et du pauvre Lazare pouvait résonner particulièrement bien à Corinthe.
Paul connaissait bien cette ville, il y a passé environ dix-huit mois, dans les années 50 : par sa prédication, il a peu à peu rassemblé une communauté chrétienne qui reproduisait les contrastes de la population de Corinthe. Au fur et à mesure de nos lectures dans les dimanches qui viennent, nous la découvrirons mieux.
Ce n’est peut-être pas la première fois que Saint Paul écrit aux Corinthiens : on croit savoir qu’il a déjà pris une fois la plume quand il a su qu’il y avait des difficultés dans la communauté de Corinthe. Cette fois-ci, il écrit pour répondre à des questions précises qui lui ont été posées ; nous sommes en 55 ou 56.
En tout cas, cette lettre dont nous inaugurons la lecture ce dimanche est la « première » lettre aux Corinthiens qui nous soit restée de Paul.

 

EVANGILE – selon Saint Jean 1,29-34

En ce temps-là,
29 voyant Jésus venir vers lui,
Jean le Baptiste déclara :
« Voici l’Agneau de Dieu,
qui enlève le péché du monde ;
30 c’est de lui que j’ai dit :
L’homme qui vient derrière moi
est passé devant moi,
car avant moi il était.
31 Et moi, je ne le connaissais pas ;
mais, si je suis venu baptiser dans l’eau,
c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. »
32 Alors Jean rendit ce témoignage :
« J’ai vu l’Esprit
descendre du ciel comme une colombe
et il demeura sur lui.
33 Et moi, je ne le connaissais pas,
mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit :
‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer,
celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’
34 Moi, j’ai vu, et je rends témoignage :
c’est lui le Fils de Dieu. »

La dernière formule est très solennelle : « Oui, j’ai vu et je rends ce témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. » A l’époque de Jean-Baptiste, il ne s’agissait pas encore de l’affirmation théologique au sens où nous disons aujourd’hui que Jésus est le Fils de Dieu, ou au sens de Saint Jean dans son Prologue, quand il dit « le Fils Unique, plein de grâce et de vérité » ; pour Jean-Baptiste, l’expression « Fils de Dieu » était synonyme de Messie ; l’appliquer à Jésus était donc une manière de dire que celui-ci était bien le Messie qu’on attendait, celui qui devait apporter le bonheur parfait sur la terre. Jean-Baptiste ne pouvait pas encore tout percevoir du mystère de Jésus, (la suite a prouvé qu’il s’est posé bien des questions), mais appliquer ce titre de Messie à son cousin, le fils de Marie, c’était déjà considérable !
Pourquoi ce titre de « Messie » et de fils de Dieu étaient-ils équivalents ? Parce que chaque roi, lorsqu’il prenait possession du trône de Jérusalem, recevait ces deux titres. Le rite de l’onction d’huile faisait de lui un consacré, un « messie » (le mot veut dire « frotté d’huile », tout simplement) et d’autre part, il recevait le titre de fils de Dieu, du seul fait qu’il était le roi et que, désormais, il pouvait être assuré que Dieu l’inspirait et le soutenait à tout instant.
Voilà donc Jésus désigné par Jean-Baptiste comme le Messie qu’on attendait déjà depuis quelques siècles. Evidemment, on se demande ce qui permet à Jean-Baptiste d’affirmer avec assurance que Jésus est bien le Messie d’Israël : c’est qu’il a vu de ses yeux l’Esprit Saint demeurer sur lui. Et, là encore, la formule est très solennelle : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui-là qui baptise dans l’Esprit Saint. » Le mot « demeurer » ici est important : chaque roi, le jour de son sacre, recevait l’onction d’huile, signe de l’Esprit qui l’accompagnait dans toute sa mission. De David, par exemple, on disait que l’Esprit de Dieu avait fondu sur lui à ce moment-là ; seulement voilà, les uns après les autres, les rois d’Israël avaient fait la preuve qu’ils pouvaient fort bien ne pas suivre les inspirations de l’Esprit. De Jésus au contraire, Jean-Baptiste nous dit qu’il est celui sur qui l’Esprit demeure, manière de nous dire que toute son action sera aussi celle de l’Esprit.
Le Messie, on le savait donc, serait habité, guidé en permanence par l’Esprit de Dieu et c’est lui qui devait apporter l’Esprit Saint à toute l’humanité. Le prophète Joël avait annoncé de la part de Dieu : « En ces jours-là, je répandrai mon Esprit sur toute chair » (Jl 3,1). Donc, quand Jean-Baptiste dit « Jésus est le fils de Dieu » ou « j’ai vu l’Esprit descendre et demeurer sur lui », ce sont deux manières absolument équivalentes de dire : le Messie est enfin parmi nous.
Ce mystère de Jésus, Jean-Baptiste le décrit encore d’une troisième manière, mais cette fois, totalement inattendue, ou presque : il dit « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». La majorité du peuple d’Israël attendait un Messie-roi : il régnerait à Jérusalem (ce qui supposait que les Romains ne seraient plus les maîtres), le pays serait libéré de la tutelle étrangère (l’occupation romaine), on connaîtrait enfin la sécurité, la paix, le bonheur. Mais un Messie-agneau, bien peu de gens en parlaient ! Il semble donc que Jean-Baptiste a bien deviné que Jésus serait bien le Messie qu’on attendait, mais pas du tout comme on l’attendait !
L’agneau, cela fait penser d’abord à l’agneau pascal : le rite de la Pâque chaque année, rappelait au peuple que Dieu l’avait libéré ; la nuit de la libération d’Egypte, Moïse avait fait pratiquer par le peuple le rite traditionnel, mais il avait insisté « désormais, chaque année, ce rite vous rappellera que Dieu est passé parmi vous pour vous libérer. Le sang de l’agneau signe votre libération ».
L’Agneau, cela fait penser aussi au Serviteur de Dieu dont parle le deuxième livre d’Isaïe (53) : il était comparé à un agneau innocent qui portait les péchés de la multitude.
Enfin « l’Agneau de Dieu » signifie l’Agneau donné par Dieu : là, nous sommes renvoyés à l’offrande d’Abraham : quand Isaac avait posé à son père la question « mais où est donc l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham avait répondu : « C’est Dieu qui pourvoiera à l’agneau pour l’holocauste, mon fils ».
Quand Jean-Baptiste dit que Jésus est l’agneau de Dieu, il le présente donc comme le libérateur de l’humanité (c’est l’agneau pascal) ; cet agneau est envoyé par Dieu, choisi par Dieu comme dans le récit d’Abraham ; mais en faisant référence au serviteur d’Isaïe, il laisse entendre que cette œuvre de libération de l’humanité sera accomplie par un innocent qui donne sa vie pour sauver ses frères.1
Il reste que le péché n’a pas encore disparu, que je sache ! Jean Baptiste en voyant venir Jésus le désigne comme celui « qui enlève le péché du monde ». Or depuis cette proclamation, rien apparemment n’a changé dans le monde ; les péchés de toute sorte y ont proliféré et le spectacle de notre temps ne nous fait pas espérer que les choses puissent s’arranger ! On ne peut pourtant pas mettre en doute la parole du Baptiste. Alors, que veut-il dire ? Sûrement pas la disparition pure et simple du péché sous toutes ses formes, comme par un coup de baguette magique ; sinon où serait notre liberté ?
En quoi pouvons-nous dire que Jésus est réellement le Messie, le libérateur de l’humanité ? La vérité, c’est que le péché n’est plus une fatalité : le Christ nous apporte la possibilité de nous libérer de son engrenage. Si nous restons greffés résolument sur lui dans toutes les circonstances de notre vie, si nous nous laissons en permanence guider par l’Esprit Saint dans lequel nous sommes plongés depuis notre Baptême, nous pouvons découvrir en nous cette liberté nouvelle. Nous pouvons vivre comme lui l’amour, la gratuité, le pardon.
Par ailleurs, la référence au serviteur d’Isaïe nous donne la clé du mystère : Isaïe avait deviné que l’œuvre du salut de l’humanité ne serait pas l’œuvre d’un homme solitaire mais d’un peuple ; les Chrétiens du monde entier forment ce peuple que saint Paul appelle le « Corps du Christ » qui grandit d’heure en heure si nous laissons l’Esprit de Dieu agir en nous.
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Note
1 – Le livre de l’Apocalypse reprend cette image de l’Agneau immolé, vainqueur du mal : cf Ap 5,6.12.
Compléments
– L’Esprit, c’est l’Esprit d’amour : désormais, en Jésus, l’humanité est délivrée du soupçon et de la haine : Jésus inaugure donc l’humanité nouvelle. Depuis le Jardin d’Eden, Dieu propose à l’homme d’entrer avec lui dans un dialogue d’amour : Adam refuse, soupçonne, conteste. Jésus-Christ au contraire est tourné vers le Père dans l’attitude du dialogue parfait, sans ombre ; comme dit Saint Jean dans le Prologue, il est « tourné vers Dieu » (pros ton theon). Il est le OUI de l’humanité à Dieu. Jésus est donc bien celui en qui s’accomplit le dessein de Dieu : en lui, homme, toute l’humanité entre dans la communion trinitaire.
– Désormais Jean-Baptiste peut s’effacer : comme Syméon, lors de la présentation de Jésus au Temple avait dit « désormais tu peux laisser ton serviteur s’en aller dans la paix, car mes yeux ont vu ton salut que tu as préparé à la face de tous les peuples »… Jean-Baptiste dit quelque chose d’analogue : « Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi » ; Jean-Baptiste était venu préparer la venue du Messie, maintenant, il lui laisse la place.
– Lien avec le Psaume : Jean-Baptiste nous montre ici le véritable agneau préparé par Dieu : désormais les sacrifices sanglants sont abolis comme l’avait dit le psaume 39/40 : « Tu ne voulais ni holocauste ni victime, alors j’ai dit « voici, je viens » : c’est la disponibilité, la confiance du Fils (ce que Saint Paul appellera son « obéissance ») qui efface les péchés des hommes : la disponibilité et non le sacrifice sanglant.

AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), AMBROISE-THOMAS ROUX-ALPHERAN (1776-1858), LES RUES D'AIX, RUE D'ITALIE (Aix-en-Provence), UNE HISTOIRE DE LA RUE D'ITALIE (Aix-en-Provence)

Une histoire de la Rue d’Italie (Aix-en-Provence)

La Rue d’Italie à Aix-en-Provence

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La rue d’Italie est une rue à sens unique, située entre les quartiers historiques Mazarin et Villeneuve d’Aix-en-Provence, dans les Bouches-du-Rhône, en France.

Origine du nom

La rue fut nommée en l’honneur des campagnes victorieuses de l’Empereur Napoléon Bonaparte en Italie.

Historique

La rue d’Italie peut s’enorgueillir d’être la plus ancienne de la ville (et une des plus vieilles rues urbaines de France). En effet, ce fut la première voie d’accès créée par prolongement de la Voie Aurélienne, au moment de la création de la colonie d’Aquae-Sextiae par le Général romain Sextius Calvinus, au iie siècle avant notre ère.

Au haut Moyen Âge, elle prit le nom de « chemin de Saint-Maximin ». Puis, l’église des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem se trouvant sur son tracé (l’actuelle église Saint-Jean de Malte), elle s’appela « chemin de Saint-Jean ».

Dès le xve siècle, le lieu étant un passage important entre l’extérieur et l’intérieur de la ville, plusieurs auberges s’y trouvaient, dont : l’Auberge de Saint-Jean, l’Auberge Saint-Eloy ou encore l’Auberge du Grand Hiver. Dans une de ces auberges fut arrêté, en 1582, le Capitaine Anselme d’Avignon, accusé de trahison envers le roi Henri III. L’accusé fut transféré à la prison du Château d’If de Marseille puis y fut étranglé par un forçat turc qu’on avait fait pénétrer dans la prison pour achever la funeste commande.

Après le passage de Charles Quint en 1540 (qui tenta sans succès de prendre la ville), on fit démolir un manoir attenant à l’église Saint-Jean (ou Maison du prieur) pour y ériger des défenses. On fortifia également la tour Nord de l’église afin de renforcer le contrôle de ce passage. Plus tard, en 1671 un prieuré y fut construit par un dénommé prieur Viany, en lieu et place du mur défensif; prieuré qui devint, en 1838, le célèbre Musée Granet.

À l’agrandissement de 1646 (qui vit notamment le Cours Mirabeau se percer) le chemin devint la « rue de la Porte Saint-Jean ».

Bâtiments remarquables et lieux de mémoire

Les immeubles des no 23 à 33 ont été bâtis sur l’emplacement d’un ancien Hôpital de la communauté de Saint-Jean de Jérusalem et de l’église N-D de la Pitié, construits au Moyen Âge.

GL_L3185

Oratoire_rue_d'Italie_et_clocher_de_l'église_Saint-Jean-de-Malte,_Aix-en-Provence,_France

Oratoire rue d’Italie et clocher de l’église Saint-Jean de Malte

 Personnalités liées à la rue d’Italie

Le célèbre sculpteur Joseph Marius Ramus naquit dans la partie nord de cette rue. Le comte de Forbin, directeur des musées royaux, disait à son sujet: « Marseille a son illustre Puget, nous pensons avoir le nôtre dans ce jeune homme, s’il veut se donner de la peine ! »

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Les Rues d’Aix – Rue d’Italie

Les Rues d’Aix
ou recherches historiques sur l’ancienne capitale de Provence
par Roux-Alpheran en 2 tomes 1848 et 1851

 

CETTE rue, l’une des plus populeuses et des plus passagères de la ville, est bâtie sur l’Emplacement qu’occupait anciennement le chemin public conduisant à Saint-Maximin et à Toulon. On l’appela d’abord la rue Saint-Jean et quelquefois de la Porte-Saint-Jean. Après les glorieuses campagnes des armées françaises en Italie, sous le commandement de Bonaparte, en 1796 et années suivantes, on lui donna le nom de rue d’Italie, pour éterniser le souvenir des exploits du jeune héros.
Avant qu’elle n’eût été renfermée dans la ville, il existait là un faubourg où se trouvaient plusieurs hôtelleries, soit à la droite, soit à la gauche du chemin, telles que celles de Saint-Eloy, du Grand-Hiver et autres. C’est dans l’une d’elles que fut constitué prisonnier, en 1582, le capitaine Anselme, d’Avignon, suspecté de haute trahison envers le roi Henri III.
Anselme s’était distingué au siège de La Rochelle en 1573, et le roi lui avait confié le commandement de son infanterie dans le marquisat de Saluces, sous le maréchal de Bellegarde. Celui-ci ayant voulu se rendre indépendant de l’autorité royale dans ce marquisat, mourut empoisonné en 1579, et Anselme qui l’avait aidé dans sa conspiration s’enfuit précipitamment à Avignon. Ce n’est point ici le lieu de parler de cette téméraire entreprise de Bellegarde, sur laquelle le savant M. Secousse, de l’académie des inscriptions et belles-lettres, a publié un mémoire historique et critique curieux et intéressant. 1
Anselme continua dans sa retraite, de donner quelques ombrages au roi. On l’accusa de s’être lié sourdement avec les mécontents qui étaient fort nombreux en Provence et d’avoir voulu autrefois livrer Avignon au maréchal de Bellegarde ; ayant résolu de se disculper de ce soupçon, il fit demander par le chevalier de Crillon, au grand-prieur de France Henri d’Angoulême, gouverneur de Provence, un sauf-conduit pour venir le voir aux cabannes de Berre, où le grand-prieur se trouvait en ce moment. Celui-ci répondit qu’il se rendrait le jeudi suivant à Salon où Anselme pourrait venir en toute sûreté. Ce même jour jeudi, le prince reçut une lettre du roi qui lui donnait ordre de se défaire de cet homme turbulent et dangereux ; aussi, ayant attendu vainement le coupable tout le jour, il partit le lendemain pour Marseille, paraissant ainsi ne pas manquer à sa parole. Anselme ne le trouvant plus à Salon, courut après lui, et passant à Aix, il fut arrêté par le colonel Alphonse Ornano, assisté du viguier et des consuls. On le fit partir sur le champ pour le Château-d’If, près de Marseille, où un nommé le Picard, valet de chambre du grand-prieur, conduisit un forçat turc qui, sans autre forme de procès, étrangla le malheureux prisonnier. On jeta son corps par la fenêtre en publiant qu’il avait voulu s’évader et tout fut fini. 2
Cette cruelle exécution excita néanmoins bien des murmures, et le roi, pour les faire cesser, adressa des lettres-patentes au parlement, datées du mois de décembre 1582, et enregistrées le 10 janvier suivant, par lesquelles il imposa silence au procureur-général et à tous autres, à ce sujet. Si M. Secousse et son continuateur avaient connu cette pièce, ils l’auraient sans doute publiée. La voici telle que nous l’avons copiée sur les registres du parlement, déposés au greffe de la Cour royale de cette ville. 3 Nous en conservons l’orthographe qui nous paraît celle du greffier qui l’a transcrite, plutôt que l’orthographe de la chancellerie de France.
 » HENRY, par la grace de Dieu, roy de France et de Pollongne, comte de Prouvence, Forcalquier et terres adjacentes, à tous présents et avenir sallut. Aulcunes très nécessaires et très importantes occasions que nous réservons à nous-mêmes pour le bien de nostre estat et particulièrement qui concernoyent la conservation et seureté de nostre pays de Prouvence et des villes et places d’icelluy, nous ont raisonnablement meus à commander et enjoindre très expressément à nostre très cher et très amé cousin 4 le grand-prieur de France, gouverneur et nostre lieutenant-général en nostre pays de Prouvence, se saisir de la personne du feu capitaine Anselme, lequel accompaigné de très grande ingratitude et meschancetté, au lieu de recognoistre nostre singulière faveur et bénignité de laquelle nous avoist pleu user en son droict, obliant ses actes pernitieux et trahisons notoires et qui ont tant apporté tant de dommaiges à nostre estat, s’estoyt plongé de plus en telles meschancettés comme il nous est deubement et clairement appareu qu’il perséveroyt obstinément et estoyt sur le point et éxécution de ses dernières trahisons et dessaings très pernitieux et intollerables, de manière qu’il a esté plus que nécessaire et avons commandé de le faire arrester et chastier promptement ainssins qu’il a esté de naguieres en nostre Chasteau-d’If-lez-Marseille dont nous avons contentement ; et combien que telle action sou appreuvée de nous et tous gens de biens et ne soyt aulcunement besoing que nous rendions aultre tesmoignaige en cest endroict, néantmoings a ce qu’il n’y ayt aulcung doubte de nostre dernière intention et qu’ores et à l’advenir elle soyt de plus en plus notoyre à ung chascung, avons dict et disons par ces présentes que la prinse et éxécution dudit capitaine Anselme a esté faicte comme dict est de nostre très exprès commandement et ordonnance, déclairant que nostre dict cousin le grand-prieur et lieutenant-général, le sieur Alphonse d’Ornano, colonnel des Corses, le viguier et consuls d’Aix, et tous ceulx qui soubs luy s’en sont entremis, ont le tout faict en obeyssance et exécution de nostre dict très estroyt commandement et ne pouvoient ny debvoyent aultrement faire sur peyne de nostre rigoureuse indignation, à l’occasion de quoy nous les avons ores et pour l’advenir entant que besoing seroyt quittés et deschargés à pur et à plain, quittons et deschargeons par ces présentes signées de nostre main de tout ce que leur pourroit estre… au contraire pour le faict dessus dict circonstances et dépendances ; imposant silence perpétuel tant à nostre procureur-général que tous aultres, comme pour faict d’estat dont le commandement et éxécution est émané de nostre personne pour le bien d’icelle et de nostre dict estat, sans que aulcun autre en puisse ne doibve entrer en cognoyssance. Sy donnons en mandement, etc. Donné à Paris, au mois de décembre, l’an de grâce mil cinq cent quatre-vingt et deux et de nostre règne le neufviesme. Signé HENRY, et sur le reply, par le roi, comte de Prouvence, de Neufville, et scellées du grand sceau de cire verte à lacs pendants de soye verte et rouge. « 

Nous avons dit en parlant de la rue du Louvre, qu’au coin à droite en entrant dans ladite rue et par conséquent à gauche de celle d’Italie, existait autrefois la chapelle de Notre-Dame des Anges, démolie en 1750.
Elle avait été donnée aux Pères Servites en 1515, avec quelques terres comprises actuellement en forme de triangle, entre les deux rues que nous venons de nommer et celle du Roi. Lorsque l’empereur Charles-Quint vint en Provence en 1536, à la tête de l’armée qui devait, disait-il, conquérir la France, le couvent que les Servites avaient construit fut abattu ainsi que leur chapelle de Notre-Dame des Anges comme pouvant servir de fortifications à l’ennemi, et après la retraite de l’empereur, la ville voulant dédommager les religieux de l’établissement qu’elle leur avait enlevé pour sa sûreté, leur remit l’ancien hôpital Saint-Antoine, situé dans l’intérieur de la cité. 5 La chapelle seule de Notre-Dame des Anges fut rebâtie peu après cette époque pour subsister encore pendant environ deux siècles.
Les habitations voisines de cette chapelle ayant considérablement augmenté après la cessation des troubles de la Ligue, il fut question, en 1615, de renfermer ce faubourg dans la ville, ainsi que l’église de Saint-Jean ; mais plusieurs oppositions ayant eu lieu, notamment de la part d’Anne de Naberat , prieur de Saint-Jean, 6 ce projet demeura sans exécution et ne fut repris que trente ans plus tard, lors du neuvième agrandissement qui nous occupe, et nous poursuivrons la revue de la rue d’Italie telle qu’elle existe depuis cet agrandissement.

Vers le centre de sa ligne orientale et presque en face de l’entrée de la rue Cardinale, est une petite maison à deux croisées de façade seulement, portant le n° 33, à jamais recommandable par la naissance d’un saint confesseur de la foi de Jésus-Christ, qui y vit le jour le 20 octobre 1740.
Jean-François-Xavier Roux, duquel nous allons parler, était fils de Jean-Michel Roux, maréchal-ferrant, et de Marie-Thérèse Tassy ou Taxis, car ce dernier nom est écrit indifféremment d’une ou d’autre manière dans les actes de cette famille. Destiné de bonne heure à l’état ecclésiastique, il fit sa profession religieuse dans le couvent des Augustins réformés de cette ville, qui occupaient, avant la révolution, l’ancien ermitage de Saint-Pierre, situé à quelques cents pas hors la porte Saint-Jean, au midi du bâtiment des casernes. C’est alors qu’il prit le nom de Père Régis, en l’honneur du Saint auquel il avait une grande dévotion. Après avoir été supérieur de son couvent, il fut élu provincial de son ordre et il en exerçait les fonctions au moment de la révolution. S’étant refusé à prêter le serment prescrit par la constitution civile du clergé, décrétée par l’assemblée nationale constituante, et tous les ordres religieux ayant été supprimés, le P. Régis se retira à Lyon où il espérait se mettre à couvert des persécutions qui le menaçaient dans sa patrie. Après le siége mémorable que cette ville soutint contre les républicains, en 1793, il fut rencontré dans les rues de Lyon par un jeune homme d’Aix dont il connaissait les parents et à qui il avait fait faire sa première communion quelques années auparavant. Ne pouvant se flatter de n’en être pas reconnu malgré son changement de costume, il l’aborda amicalement et s’étant informé de sa santé et de celle de toute sa famille, il lui offrit les secours pécuniaires dont il pouvait avoir besoin.
Loin d’être touché de l’accueil cordial qui lui était fait, le malheureux jeune homme, égaré par la fièvre révolutionnaire qui faisait alors délirer la plupart des têtes, courut aussitôt dénoncer le P. Régis comme prêtre réfractaire et le jour même le saint, ecclésiastique fût emprisonné.
Quelques amis que son caractère doux et honnête lui avait fait à Lyon, s’intéressèrent à son sort et parvinrent à obtenir de la commission révolutionnaire qui envoyait chaque jour tant d’innocentes victimes à la mort, que le P. Régis serait relâché si, lors de son interrogatoire qu’on promettait de ne pas pousser bien loin, il voulait répondre qu’il n’était pas prêtre et qu’il ne l’avait jamais été. Les amis vinrent dans sa prison lui faire part de cet expédient qui seul pouvait le sauver mais il se refusa courageusement à de pareilles offres, déclarant que jamais il ne renierait la foi de Jésus-Christ, et qu’il préférait la mort à la damnation éternelle.
En effet, ayant été traduit devant le tribunal, le dimanche 15 décembre 1793, et le président lui ayant demandé quelle était sa profession, il répondit d’une voix ferme qu’il était prêtre, se bornant à établir sa défense sur ce que les lois ne punissaient de mort que les prêtres qui, ayant refusé le serment et étant sortis de France, y seraient rentrés. Tout fut inutile ; il fut condamné et le lendemain sa tête tomba sous le fer des bourreaux. 7
Ramené dans les prisons après sa condamnation, il avait écrit à son frère, avocat à Aix, 8 la lettre qu’on va lire et que nous avons copiée sur l’original que sa famille conserve religieusement. Ce frère qui n’est mort qu’en 1820, était alors fugitif comme la plupart des honnêtes gens qu’on n’avait pas emprisonnés; c’est pourquoi la lettre porte l’adresse de la dame Passot, leur sœur.

 » Mon cher, je préfère donner la nouvelle glorieuse de ma mort prochaine, à vous, mon bon ami, qu’à tout autre, et je préfère vous l’annoncer moi-même que si vous l’appreniez par tout autre. Oui, mon cher, ce ne sera pas une mort pour moi, mais un commencement de vie, et j’espère que Dieu acceptera mon sacrifice, sacrifice que je fais bien généreusement. C’est uniquement pour n’avoir point prêté de serment, ni le premier, ni le second, que je suis condamné, contre les loîx même existantes, puisque la peine de mort n’étoit prononcée que contre les fonctionnaires publics qui étant sortis du royaume y rentreroient, et que la peine de la déportation étoit infligée à ceux qui refuseroient le second. Je n’ai pas porté les armes ni ne me suis point troublé dans la ville rebelle pendant tout le temps du siége. Je me suis bien défendu. J’ai cité les décrets, on n’a rien voulu entendre. Nous nous trouvons cinq prêtres condamnés dans cette fournée et j’espère avec impatience le jour de demain pour consommer mon sacrifice. Je vous exhorte, mon cher, par l’amitié que vous avez pour moi, et en même temps toute la famille, de vous réjouir et non de vous attrister de ma mort. Elle m’honnore et vous honnorera tous. Adorons les décrets de la divine providence. Je serois au désespoir d’avoir mérité la mort par mon imprudence. Je n’ai rien à me reprocher. C’est ici pour moi un baptême de sang. Il achèvera, je l’espère, d’expier mes fautes et mes pêchés. Je vous promets que je ne vous oublierai point devant Dieu, tous tant que vous êtes. Je vous dis donc les derniers adieux, à vous, à toute la famille et à tous mes amis. Bon soir, je vous embrasse.
Ville-Affranchie, 25 frimaire an II de la Rép. franç.
J’espère qu’on vous fera passer l’argent qui me reste. Il est en bonne main.  »
Sur l’adresse, il est écrit de la même main du P. Régis :
 » A la citoyenne Passot, rue des Cordeliers à Aix, département des Bouches-du-Rhône.  »
On voit encore sur l’adresse le timbre de la poste.
On sait que lorsque Lyon fut pris par l’armée républicaine, la Convention nationale décréta que cette ville porterait désormais le nom de Ville-Affranchie, puis celui de Commune-Affranchie. On sait aussi que, suivant le calendrier républicain, le 25 frimaire de l’an II correspondait au 15 décembre 1793. Le P. Régis, en adoptant cette dénomination de Ville-Affranchie et la date de frimaire, avait en vue de ne point compromettre sa sœur, dans le cas où sa lettre étant décachetée à la poste, les mots de décembre et de Lyon auraient suffi pour faire emprisonner, comme suspecte, la personne à qui elle était adressée, peut-être même pour la faire envoyer à la mort ; car à cette époque de la terreur, la prison ou l’échafaud ne tenaient pas plus qu’à cela.

En avançant sur la même ligne, vers la porte Saint-Jean ou d’Italie, en face de la rue Longue-Saint-Jean, est située la maison où est né, le 19 juin 1805, Joseph-Marius Ramus, habile statuaire, qui, jeune encore, jouit à Paris d’une réputation justement méritée. Feu M. le comte de Forbin, son compatriote, directeur des Musées Royaux sous la restauration, disait de lui, il y a plus de vingt ans :  » Marseille a son illustre Puget nous pourrons avoir le nôtre dans ce jeune homme, s’ il veut se donner de la peine.  » M. Ramus est l’auteur des deux belles statues en marbre de MM. Portalis et Siméon inaugurées au mois de novembre dernier en avant du Palais de Justice d’Aix, et dont l’exécution ne peut qu’ajouter à la réputation de cet artiste. Il était présent à la cérémonie, au milieu de tous les descendants actuellement vivants de ces illustres Provençaux, venus expressément de Paris pour y assister.

En 1651, le marquis d’Aiguebonne de la maison d’Urre, fut envoyé par le roi pour commander en Provence en absence du comte d’Alais, gouverneur, qui avait été rappelé à la cour à la suite des troubles du Semestre. Le comte de Carces, Jean II de Pontevès, était alors grand-sénéchal et lieutenant de roi en Provence ; mais il avait été mandé également à la cour et il se trouvait suspendu de ses fonctions. Jaloux de la commission donnée au marquis d’Aiguebonne et craignant pour sa propre autorité, il part en poste sans prendre congé du roi et arrive à Aix avant le marquis qui avait fixé sa résidence à la Tour-d’Aigues. Celui-ci veut enfin faire son entrée solennelle à Aix, ce qui donne lieu à des contestations et à des négociations dont le parlement se mêla et dont on peut lire les détails dans Papon 9 et quelques autres historiens du pays. Cependant le marquis se détermine à entrer dans Aix le 6 novembre, entouré de ses gardes. Arrivé à la porte de la ville, des cris se font entendre : arrête ! arrête ! et l’un des gardes est étendu par terre d’un coup de fusil. Ne se voyant pas en force suffisante, il se retire alors et va coucher à Roquevaire. Le gouvernement était trop faible à cette époque et l’affaire en resta là, la commission du marquis d’Aiguebonne ayant été révoquée au mois d’août de l’année suivante.

Lorsque le maréchal de Villars fit sa première entrée à Aix le 22 mars 1716, comme gouverneur de Provence, les consuls et assesseur, précédés de la compagnie des marchands, tous à cheval, allèrent à sa rencontre jusqu’à l’extrémité du territoire, et le parlement envoya au-devant de lui une députation composée de six de ses membres aussi à cheval et en robes noires, escortée par une cavalcade de plus de cent gentilshommes et par les cinq compagnie des arts et métiers, laquelle s’arrêta à la chapelle de Saint-Laurent, maintenant détruite et qui était située un peu au delà du couvent des Minimes, sur la route d’Avignon. Là le maréchal descendit de carrosse, les députés du parlement et les consuls mirent pied à terre et après quelques compliments de part et d’autre, tous ayant repris leurs places, le cortège vint entrer par la porte Saint-Jean où les consuls et assesseur étant de nouveau descendus de cheval, offrirent au gouverneur les clefs de la ville et le dais qu’il refusa. On alla, de là, directement à Saint-Sauveur, et après les prières d’usage, le maréchal se rendit à l’hôtel d’Eguilles où son logement avait été préparé. Le parlement en corps vint l’y voir aussitôt, escorté par la maréchaussée et fut reçu à la grande porte cochère par le capitaine des gardes et sur le seuil de la porte de l’hôtel par le gouverneur lui-même. Tous étant entrés dans l’appartement de celui-ci ; le premier président le harangua au nom de la cour, à quoi il répondit fort obligeamment et reconduisit ensuite la compagnie jusqu’en dehors de la porte de la rue. Le 26 du même mois, il rendit la visite au parlement rassemblé au palais où il fut reçu sur le perron par des commissaires de la cour. Entré dans la grand’chambre avec les consuls et assesseur et son capitaine des gardes, il prit la place du doyen et fit son compliment à la compagnie. Le premier président ayant répondu, il fit observer aux membres qui étaient les plus proches de lui, qu’au parlement de Paris, lorsqu’un duc et pair entrait, les autres ducs et pairs se levaient, ce qu’on n’avait pas fait à son arrivée. –  » Oui, lui dit-on ; mais les ducs et pairs se lèvent seuls et par courtoisie ; tandis que les présidents et les conseillers ne se lèvent pas.  » Il en convint et son observation n’eut pas de suite.10
La cour des comptes, aides et finances étant allée aussi le complimenter. –  » Vous avez vu beaucoup de choses, monsieur le doyen, dit le maréchal à Philippe de Meyronnet, conseiller depuis 1656. – Jamais rien d’aussi grand que vous, monseigneur, répondit celui-ci.  » La tradition porte également que dans sa première harangue au maréchal, l’assesseur d’Aix l’ayant comparé au grand Vendôme son prédécesseur au gouvernement de Provence, et ayant rappelé que celui-ci avait refusé le présent de vingt mille livres que les Etats du pays lui avaient offert lors de sa première entrée, le nouveau gouverneur lui répondit: –  » Ah ! monsieur, que parlez-vous de M. de Vendôme ! vous savez bien que c’était un homme inimitable.  » Aussi reçut-il, eu temps et lieu, le présent d’usage.

Sur la ligne occidentale de la même rue d’Italie, se termine le chœur de l’église Saint-Jean, masqué en partie, il est vrai, par une chétive maison qui fait face à la rue du Roi. Au-dessous, en arrivant par la porte de la ville, est une autre maison assez vaste, attenante à la sacristie de l’église et qu’on a coupée en deux parties inégales occupées aujourd’hui, l’une et l’autre, par des artisans.
C’était là l’ancien manoir des prieurs et des prêtres de Saint-Jean, avant que le prieur Viany eût fait construire, en 1671, la belle maison prieuriale qui leur a servi de demeure jusqu’à la révolution, dans la rue Cardinale.
Cette ancienne maison dont nous parlons, 11 avait été rebâtie, vers 1540, par le prieur Valentin Dubois, après l’irruption de l’empereur Charles-Quint en Provence, lors de laquelle la demeure des prieurs et le bourg Saint-Jean avaient été démolis. Elle était bordée au levant par le grand chemin et avait la vue de l’autre côté sur l’enclos de Saint-Jean, qui se terminait au midi vers le rempart actuel et au couchant vers la rue du Cheval-Blanc ou de la Monnaie, d’où il contournait dans la rue du Bœuf pour venir rejoindre le cimetière situé au nord de l’église.
La reine Marie de Médicis, fille du grand duc de Toscane, étant venue en France en 1600, pour épouser Henri IV, débarqua le 3 novembre à Marseille, où des fêtes magnifiques lui furent données, accompagnées de transports de joie inimaginables. 12 Hélas ! C’est ainsi qu’en 1816, débarqua et fut accueillie dans la même ville, comme à Aix et sur tout son passage jusqu’à Paris, l’infortunée duchesse de Berri, dont l’époux, plus malheureux encore, devait tomber, comme Henri IV, sous le poignard d’un assassin… Après quelque séjour à Marseille, la reine se mit en route et partit, le 16 du même mois, pour Aix, où l’attendaient de nouvelles fêtes et de nouvelles acclamations. Le mauvais état des chemins ne lui permit d’arriver que bien avant dans la nuit et elle vint descendre à la maison prieuriale de Saint-Jean, où elle coucha, ainsi que le connétable Henri de Montmorency et le chancelier de France, Pompone de Bellièvre, que le roi avait envoyés pour la recevoir.

La partie de cette ligne occidentale comprise entre la rue du Bœuf et la place des Carmélites, formait la majeure portion du faubourg Saint-Jean lorsqu’on fit le dessein d’enfermer celui-ci dans la ville en 1615. C’est là que demeuraient, à cette époque, notamment les Saurat, les d’Yse et les Maurel ou Morel qui, avons-nous dit plus haut, avaient fait construire à leurs dépens, le pont en pierre en dehors de l’ancienne porte Saint-Jean, qu’on appela de leur nom le Pont-Moreau.
Cette famille descendait d’un Pierre Maurel, médecin de Charles III d’Anjou, dernier comte de Provence de sa race, à qui ce prince légua ses livres de médecine par son testament du 10 décembre 1481, veille de sa mort. Les descendants de ce Pierre, ayant acquis des biens considérables dans le commerce et fait de très bonnes alliances, s’étaient divisés, vers le milieu du XVIIe siècle, en plusieurs branches toutes éteintes depuis lors et dont les principales avaient possédé huit ou dix terres nobles telles que Pontevès, Sainte-Catherine, Volonne, le Chaffaud, Mons, Valbonnette, Calissane et autres. Ces diverses branches avaient fourni un grand nombre de magistrats aux cours souveraines du pays, et celle qui était connue plus particulièrement sous le nom de Maurel ou Morel-Villeneuve de Mons, avait conservé, jusqu’après le milieu du XVIIIe siècle, la maison dont nous parlons, dans laquelle avaient vu le jour trois évêques distingués par leur mérite et leur piété :
Joseph de Maurel du Chaffaud, né le 17 octobre 1658; d’abord chanoine de Saint-Sauveur et conseiller-clerc au parlement, puis nommé évêque de Saint-Paul-Trois-Châteaux en 1715, sacré le 26 août à Saint-Saveur, en présence du parlement qui assista en corps à cette cérémonie. Ce prélat mourut à Aix, le 17 mars 1717, d’une maladie pour laquelle on lui avait ordonné de venir respirer l’air natal et qu’il avait contractée dans une mission générale qu’il donnait dans son diocèse pour le salut des fidèles confiés à ses soins.
Joseph-Rolin de Morel de Mons petit-neveu du précédent, né le 20 avril 1715, nommé, le 16 septembre 1738, à l’évêché de Viviers, lorsque François-Raynaud de Villeneufve, 13 son parent, fut transféré de ce siége à celui de Montpellier. Il était alors à peine âgé de vingt-quatre ans, ce qui prouve qu’il dut sa nomination autant à ses vertus personnelles qu’au souvenir de celles de son grand-oncle. Ses infirmités l’ayant contraint de se démettre de son évêché en 1778, il se retira à Avignon où il mourut en 1783.
Etienne-Martin-Balthazar-Parfait-André de Morel de Mons, neveu du précédent, né le 18 avril 1755, était chanoine de Saint-Sauveur avant la révolution et fut désigné comme évêque de Troyes à l’époque du Concordat conclu avec le Saint-Siége en 1802 ; puis nommé, en 1804, à l’évêché de Digne qu’il refusa. Nommé peu après évêque de Mende, il fut sacré le 21 avril 1805, et transféré de là à l’archevêché d’Avignon en 1821. Le roi Charles X le créa pair de France, mais il jouit peu de temps de cette faveur, étant mort à Avignon le 6 octobre 1830, de la douleur que lui causa la nouvelle révolution qui avait éclaté au mois de juillet précédent. C’était un homme de beaucoup d’esprit et d’un caractère très enjoué. Nous avons dit ailleurs 14 que son frère aîné, ancien avocat-général au parlement, et lui, furent les derniers mâles de cette famille.
Leur père étant allé habiter l’hôtel que sa femme possédait sur le Cours, vendit cette maison, située dans la rue d’Italie, à Joachim-Félix Pin, dernier trésorier-général des Etats de Provence qui, après l’avoir habitée honorablement pendant longues années, y est mort en 1805, et dont les descendants l’occupent encore. 15
Antoine d’Yse, procureur au siége d’Aix, habitait, dans le faubourg Saint-Jean durant les troubles de la Ligue, l’une des maisons qui suivent celle des Maurel en avançant vers la place des Carmélites. Il écrivit des mémoires fort curieux, dit-on, sur ce qui s’était passé de son temps à Aix ; mais ces mémoires, demeurés manuscrits, ont disparu, à l’exception de quelques fragments que Pierre Louvet a insérés dans son Histoire des troubles de Provence. Quoique le mauvais état de sa fortune l’eût contraint d’exercer un office de procureur, 16 il n’en appartenait pas moins à une très noble et très ancienne famille, qui possédait les terres de Monaco et de la Turbie dès le XIIIe siècle. Elle passa, à cette époque, à Naples, à la suite de Charles 1er d’Anjou, comte de Provence, qui allait faire la conquête de ce royaume, et elle revint ensuite à Marseille où elle tenait un rang honorable sous le roi René. Au commencement du XVIe siècle, deux frères, Thomas et Alonce d’Yse, firent deux branches. Celle de Thomas vint dès lors s’établir à Aix, où elle fut ensuite rétablie dans sa noblesse 17 et où elle s’est éteinte environ deux cent cinquante ans plus tard, en 1778 ; et celle d’Alonce alla s’établir en Dauphiné où elle a possédé diverses seigneuries telles que celles de Vaumeil, de Rosans, de Saléon et autres. Elle a fourni aussi plusieurs conseillers au parlement de Grenoble, un archevêque de Vienne et autres personnages de distinction. Nous ignorons si cette branche est éteinte, mais nous savons qu’il existait à Malte, lors de la prise de cette île par Bonaparte en 1798, un vieux chevalier d’Yse de Rosans, Dauphinois, qui, lorsqu’on lui demandait son avis sur les affaires du temps et sur l’issue qu’elles devaient avoir, avait coutume de répondre avec assez de bon sens : – Eh! Messieurs ; nous n’avons pas su prévoir hier ce qui est arrivé aujourd’hui ; comment voulez-vous dire ce qui arrivera demain ou plus tard ?

La rue d’Italie est terminée, d’un côté, par la porte de la ville dite de Saint-Jean, et de l’autre par la place des Carmélites. Nous ajouterons ici quelques mots à ce que nous avons dit plus haut en parlant de cette place. Au mois de novembre 1685, l’assemblée générale des communautés de la province tenue à Lambesc, délibéra de demander au roi la permission d’ériger dans la ville d’Aix, capitale de la Provence, une statue équestre et en marbre de Sa Majesté, au lieu et de la manière qu’il plairait au monarque lui-même de l’ordonner, comme un témoignage de l’amour de ses peuples pour sa personne. Louis XIV ayant agréé cet hommage, les consuls et assesseur d’Aix, en qualité de procureurs du pays, appelèrent auprès d’eux, au mois de janvier suivant, deux célèbres artistes : Pierre Puget, de Marseille, et Pierre Mignard, d’Avignon, auxquels ils demandèrent leur avis et des plans pour l’érection de ce monument. Ceux-ci indiquèrent le Cours comme le lieu le plus propre, et leur projet fut envoyé à Paris pour être soumis à Jules-Hardouin Mansart, architecte et surintendant des bâtiments du roi, qui y fit quelques changements, notamment celui de placer la statue non point au lieu où se voit aujourd’hui celle du bon roi René où existait déjà une fontaine, mais sur la place même des Carmélites, qu’on aurait à peu près doublée d’étendue en abattant l’île de maisons où est situé l’hôtel du Poët et qui fait face à une partie des allées du Cours. Ce plan, plus grandiose que l’autre, fut adopté par l’assemblée des communautés au mois de novembre 1686, qui ajouta à sa première délibération que la statue équestre du roi au lieu d’être faite en marbre serait coulée en bronze. L’exécution en fut confiée l’année suivante, conformément aux intentions du roi et moyennant le prix de 90,000 livres, à l’habile sculpteur hollandais, Vander Bogaert, dit Desjardins, qui venait d’ajouter à sa réputation par le monument de la place des Victoires à Paris, érigé aux dépens du maréchal de La Feuillade. L’ouvrage devait être terminé dans trois ans ; mais les charges qui pesaient sur la province augmentant successivement, le roi consentit lui-même à en renvoyer l’exécution à un temps meilleur et il n’en coûta au pays que 27,250 livres payées à Desjardins, pour les premiers travaux et les avances qu’il avait faits.
C’étaient les Adhémar de Monteil de Grignan qui avaient proposé cette dépense, plus jaloux de faire leur cour au roi que des intérêts de la caisse du pays. L’un était lieutenant de roi en Provence, un autre archevêque d’Arles, et un troisième coadjuteur de celui-ci. Ils étaient tout puissants et avaient en vue d’augmenter encore leur crédit à la Cour. Heureusement le monarque tint peu, à ce qu’il parait, à cette flagornerie d’une province qu’il écrasait bien assez par ses demandes de dons gratuits, d’entretien de troupes, etc. Peut-être aussi fut-il informé de l’état d’épuisement où les finances de la Provence se trouvaient à cette époque. Dans ce dernier cas, il est à regretter de ne pas connaître le nom du citoyen vertueux qui ne craignit pas de lui dire la vérité.

 

1 Paris, 1764, 1 vol. in-12, auquel le marquis de Cambis-Velleron, d’ Avignon, a fait des additions très importantes concernant l’histoire de Provence pendant le XVIe siècle, Paris, 1767, autre vol. in-12. Retour

2 Voyez les Mémoires manuscrits de Maurillan, déjà cités dans notre 1er vol., pag. 504, note 1Retour

Registre des Lettres-Royaux, de 1583 à 1587, fol. 22 et suiv. Retour

4 Le grand- prieur était frère naturel du roi qui ne lui donnait que le titre de cousin, eu égard à sa qualité de gouverneur de Provence. Retour

5 Voyez notre 1er vol., pag. 212Retour

6 Registre intitulé: Vita de Naberat, manuscrit in-fol. de 169 feuillets, en notre pouvoir, en entier de la main de ce prieur, et par lui clôturé et signé, à Aix, le 19 novembre 1619 ; fol. 111, 113, 119, etc. Retour

7 Dans le Dictionnaire des individus envoyés à la mort judiciairement, pendant la révolution, par L. Prudhomme, Paris, an IV, tom . II, pag..365, on lit que Roux (Jean-François-Xavier), âgé de cinquante-trois ans, prêtre réfractaire, condamné à mort, le 26 frimaire an II, par la commission révolutionnaire de Lyon, était natif de Duerne, près d’Yzeron (dans le Lyonnais). C’est une erreur. Mais à qui l’attribuer ? à Prudhomme ou à la commission révolutionnaire ? On sait que ces tribunaux attachaient peu d’importance aux menus détails de leurs jugements. Leur grande affaire était de condamner et de condamner promptement le plus d’individus qu’ils pouvaient. La date du 26 frimaire est également erronée, puisque la lettre écrite par le Père Régis après son arrêt de mort porte la date du 25. Retour

8 Jean-Joseph Roux, né en 1737, a publié des observations polémiques sur le premier des opuscules de M. Dubreuil, etc., intitulé : Observations sur quelques coutumes et usages de Provence, recueillis par Jean de Bomy. -Aix, Mouret, 1817, in-4° de plus de 600 pages. Retour

Hist. gén. de Provence, tom. IV, pag. 539 et suiv. ;-H. Bouche, Histoire de Provence, tom. II, pag. 971; – de Haitze, Hist. d’Aix, msste, livre XIX, § 41 ; etc. Retour

10 Procès-verbal des commissaires du parlement, en original en notre pouvoir. Retour

11 M. Pellegrin, ancien avoué, à qui elle appartient aujourd’hui, nous a témoigné plusieurs fois son regret d’avoir fait détruire les sculptures qui en ornaient la porte d’entrée, pour la refaire à la moderne. Ces sculptures portaient en effet le cachet de l’architecture de la première moitié du XVIe siècle. Retour

12 On lit dans le journal manuscrit de Foulque Sobolis, procureur au siège d’Aix, le passage suivant :  » Le dimanche 29 octobre (1600) matin, environ une heure après minuit, le grand logis de M. des Pennes, qui était au chemin allant à Marseille est tout tombé hormis les murailles-maîtresses, et a tué gens et bestes, environ vingt-cinq ou trente, tant gens de qualité que muletiers, et n’est échappé que Maurel, sergent, fort blessé ; Olivier, mort et autres. La cause est advenue par le moyen de la tempeste et foudre qu’est tombée du ciel audit logis. Lesdits gens allaient à Marseille à la venue de la reyne.  » On couchait alors en route, lorsqu’on allait d’Aix à Marseille. Dans le dernier siècle, on dînait à mi-chemin, et l’on arrivait le soir. Maintenant on va en deux ou trois heures de temps. Bientôt on ira en quelques minutes, grâce aux chemins de fer et à la vapeur. Retour

13 Voyez notre 1er vol., pag. 262Retour

14 Voyez ci-dessus, pag. 178Retour

15 Parmi les fils de feu M. Joachim-Félix Pin, nous comptions deux de nos meilleurs amis que nous eûmes le malheur de perdre en la même année 1843 à peu de mois d’intervalle l’un de l’autre : Joachim-Xavier-Blaise, dernier conseiller reçu à la cour des comptes de Provence, avant la révolution, et Bruno-Félix-Jacques. Nous parlerons plus bas de leur sœur morte en 1829, étant prieure du monastère royal du Temple à Paris. Retour

16 Les procureurs étaient, avant la révolution, ce qu’on nomme aujourd’hui les avoués. – En face de cette ancienne maison des d’Yse, est né, deux cents ans plus tard, à la fin d’octobre 1783, l’un des plus étonnants funambules qui aient paru en France et même en Europe, dans les vingt premières années de ce siècle : Gabriel Ravel dit l’incomparable, auquel les célèbres danseurs de Paris, Vestris et Duport, adjugèrent le prix, vers 1806, sur Forioso qui passait alors pour le premier talent en ce genre. Retour

17 Nous possédons dans nos recueils l’original sur parchemin des lettres-patentes de relief de noblesse, accordées, le 21 janvier 1676, en faveur de Marc-Antoine d’Yse, enregistrées aux archives du roi, à Aix, suivant l’arrêt de la cour des comptes du 30 juin 1677. Retour

 

Caprice de l’histoire : l’église Saint-Jean-de-Malte se trouve pour ainsi dire au centre de deux rues qui portent des noms que tout oppose : la rue d’Italie en l’honneur de Bonapartate à son retour d’Italie (celui-là même qui enleva les cloches de l’église pour en fabriquer des canons) et la rue Cardinal en l’honneur  du cardinal Mazarin qui fut archevêque d’Aix.

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CENTENAIRE DU NAUFRAGE DU PAQUEBOT AFRIQUE, HISTOIRE MARITIME, NAUFRAGE EN MER, PAQUEBOT AFRIQUE

Centenaire du naufrage du paquebot Afrique

Le naufrage du paquebot Afrique, il y a cent ans

Paquebot Afrique, le centenaire d’un naufrage oublié

Paquebot Afrique, le centenaire d’un naufrage oublié

 

Des cérémonies sont organisées aux Sables-d’Olonne samedi 11 et dimanche 12 janvier pour rendre hommage aux 568 victimes, dont 178 tirailleurs sénégalais, d’une tragédie maritime survenue en 1920 au large des côtes vendéennes.

C’est un grand-père dont elle a toujours entendu parler, mais qu’elle n’a jamais connu. Chaque 1er novembre, enfant, Anne-Marie Cattelain Le Dû allait se recueillir sur sa tombe à Paimpol (Côtes-d’Armor). Ce week-end, la septuagénaire parisienne ira participer à une série de cérémonies aux Sables-d’Olonne (Vendée) où il sera beaucoup question de cet aïeul breton disparu en mer il y a 100 ans. « Cela reste une histoire de famille très douloureuse, confie-t-elle. Moi qui en aie pourtant fait mon métier, je n’ai jamais réussi à écrire à ce sujet. J’y mets trop d’affect. »

Cette ancienne journaliste au Pèlerin est la petite-fille d’Antoine Le Dû, qui commandait le paquebot « Afrique » en 1920. Parti le 9 janvier de Bordeaux en direction de Dakar avec 602 passagers et membres d’équipage à bord, le bateau de 119 mètres de long a sombré trois jours plus tard au large des Sables-d’Olonne, à la suite d’avaries qui l’ont rendu ingouvernable avec l’arrivée d’une tempête. Jusqu’au bout, l’officier est resté son poste. « Plus que de la fierté, je ressens du respect et de l’admiration pour lui », reprend sa descendante.

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Un drame occulté par le Titanic

Seules 34 personnes ont survécu à la tragédie. « Cela fait 568 victimes, c’est le drame le plus meurtrier de l’histoire maritime française concernant un navire civil », rappelle Roland Mornet, ex-capitaine d’un navire océanographique à la retraite, qui a publié un ouvrage sur ce naufrage en 2006 (1). « Malheureusement, il a été oublié », ajoute-t-il.

À peine 14 mois après l’armistice, en pleine campagne pour les élections présidentielles de 1920, ces morts pesaient peu face au souvenir de la boucherie de la Première guerre mondiale. Les 1 500 décès de la catastrophe du Titanic, survenue huit ans plus tôt, ont aussi contribué à pousser l’« Afrique » et ses passagers dans l’oubli. Le paquebot transportait vers les colonies des fonctionnaires, des commerçants, des femmes et des enfants, ainsi qu’une vingtaine de missionnaires membres de la Congrégation du Saint-Esprit, dont Mgr Hyacinthe-Joseph Jalabert, préfet apostolique du Sénégal. Il abritait aussi dans ces flancs 192 tirailleurs sénégalais de retour de la Grande Guerre ; 178 ont péri.

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Depuis 2016, l’association bordelaise Mémoires et Partages milite pour que ces soldats rentrant sur leur sol natal soient considérés comme morts pour la France et qu’un hommage officiel leur soit rendu. « Mourir dans une tranchée ou en revenant d’une tranchée, c’est pareil, plaide Karfo Sara Diallo, le fondateur et directeur de cette structure associative. Malheureusement, notre demande est au point mort. »

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Une cérémonie interreligieuse à Bordeaux

Pour marquer ces 100 ans, Mémoires et Partages a organisé jeudi 9 janvier une cérémonie interreligieuse dans la cité girondine, quai des Chartrons, là où le paquebot a appareillé la dernière fois. Jusqu’au 16 janvier, elle propose aussi une exposition consacrée à ces combattants africains morts en mer au musée Mer Marine de Bordeaux. Tous leurs noms y figurent, avec 17 panneaux explicatifs pour resituer ce pan d’histoire dans le contexte de l’époque.

Aux Sables-d’Olonne, samedi 11 janvier, le programme commencera par une conférence donnée par Roland Mornet, qui était déjà à l’origine de l’installation d’une stèle commémorative en 2006 dans la ville portuaire. Après une messe, les descendants des victimes se retrouveront dimanche sur le site de ce monument. Anne-Marie Cattelain Le Dû y attend 75 membres de sa famille. « Je vais rencontrer des petits-cousins que je ne connais même pas », relève-t-elle.

À une quarantaine de kilomètres de là, l’épave de l’« Afrique » gît toujours par 47 mètres de fond. Le lieu est prisé par les plongeurs. L’un d’entre eux a offert une photo du navire rongé par l’océan et par les années à la petite-fille du commandant Le Dû. « Quand je la regarde, cela me fait toujours très mal », glisse-t-elle. Contrairement à bien d’autres, le corps de l’officier a été rendu par la mer et a pu être identifié. Le 1er novembre, ses descendants se retrouveront à nouveau devant sa tombe.

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* « La tragédie du paquebot Afrique », aux éditions La Geste. L’ouvrage vient d’être republié en format de poche (360 pages, 13,90 €)

https://www.la-croix.com/France/Paquebot-Afrique-centenaire-dun-naufrage-oublie-2020-01-11-1201071069

Le naufrage du paquebot Afrique

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