MAURICE ZUNDEL (1897-1975)

MAURICE ZUNDEL

Mystique d’origine suisse, Maurice Zundel (1897-1975) fut un prêtre atypique. Souvent incompris et mis à l’écart par sa hiérarchie, il nous invite, à travers son œuvre, au dépouillement de nous-mêmes afin de nous rendre transparents à la lumière divine intérieure.
Né à Neuchâtel le 21 janvier 1897, Maurice Zundel est influencé par sa grand-mère maternelle, protestante, qui lui donnera le goût de l’Evangile et éveillera en lui un sens critique que le catholicisme étroit et fermé de l’époque ne connaît pas.
L’année de ses 15 ans, un ami protestant lui fait véritablement découvrir la Présence de Dieu et confortera définitivement sa vocation pour la prêtrise à laquelle il se destine depuis longtemps. A la même époque, il fait une rencontre mystique avec la Vierge Marie et remet dès lors toute sa vie entre ses mains.
Après avoir fréquenté l’école publique à Neuchâtel, il rejoint le collège de l’abbaye d’Einsiedeln d’où il gardera un souvenir ébloui de la liturgie et le goût du silence. Il étudie ensuite la théologie à Fribourg et y ordonné prêtre en 1919.

La découverte de la pauvreté
Nommé vicaire à Genève, il abandonne rapidement l’enseignement sec des dogmes et le système thomiste enseignés à l’université pour une vie de témoignage de l’amour divin basé sur la relation, la générosité et l’attention aux pauvres.
Influencé par la pensée de François d’Assise, la pauvreté prend une place essentielle dans sa vie: il n’aura de cesse à vivre et à appeler à la désappropriation de soi, seule voie pour répondre à l’Amour divin, seule façon d’être vraiment libre.
Jugé trop original par son évêque, il est exilé et envoyé en Italie (il obtient un doctorat en philosophie à Rome en 1927), en France et en Angleterre. En 1939, il se rend au Caire où, retenu par la guerre, il sert comme aumônier du couvent de Matarieh tout en côtoyant l’Islam et le Coran. Dès 1946, il est nommé prêtre-auxiliaire à Lausanne, où il restera jusqu’à sa mort le 10 août 1975.
En 1972, il répond favorablement à l’invitation de Paul VI (avec lequel il avait lié amitié à Paris en 1928) en prêchant une retraite de carême au Vatican; cela lui vaut sans doute d’être dès lors officiellement accepté par l’Église.
Il laisse une œuvre considérable, composée d’une vingtaine d’ouvrages, ainsi que de nombreux articles et conférences. Plusieurs ouvrages posthumes sont basés sur des enregistrements de conférences et d’homélies. Si Zundel se laisse interroger par son époque – on le constate dans les références nombreuses aux penseurs de son temps (Camus, Marx, Bachelard, Rostand ou encore Einstein) – sa réponse se situe au-delà de l’espace et du temps car elle révèle la pure et intemporelle intériorité humaine.

Bibliographie
Bernard de Boissière, France-Marie Chauvelot, Maurice Zundel, Renaissance, 2009.
Marc Donzé, Prier 15 jours avec Maurice Zundel, Nouvelle Cité, 1997.

MAURICE ZUNDEL : SA PENSEE

Maurice Zundel est à même de nous faire partager son expérience de Dieu car il place l’homme au centre de sa réflexion spirituelle. Au contact silencieux de notre intériorité, nous pouvons percevoir la présence d’une Présence susceptible de dissoudre toutes nos frontières en nous reliant au plus intime de nous-même, de l’autre, de l’univers. Le lire reste le meilleur moyen d’entrer dans sa pensée:
Qu’on soit croyant ou qu’on ne le soit pas, ce n’est pas cela qui importe, ce qui importe c’est de vivre cette prise de conscience, de vivre cet infini en soi et dans les autres.
C’est à partir de là que tout problème spirituel commence. Et l’on peut dire que la ligne de partage entre les hommes est celle-là: ceux qui ont le pressentiment d’un infini dans l’homme et ceux qui ne l’ont pas, si cela peut exister.
Il y a en moi plus grand que moi. Quiconque a fait cette expérience n’a pas besoin qu’on lui montre l’existence de Dieu. Dieu ne se démontre pas, il est la vie et dès qu’un homme est attentif à sa propre vie, il se heurte à cette présence merveilleuse, invisible. Qu’importe le nom qu’on lui donne, c’est une Présence infinie qui le dépasse infiniment et qui est plus proche à lui-même que lui-même.
Ce ne sont pas des mots! Toute la réalité humaine est là, en ce fond que seul l’amour peut atteindre, que seule la bonté éveille et que l’art se propose d’ordonner.
Comme la science aboutit à cette rencontre avec l’Esprit, de même que l’art aboutit à cette rencontre avec la Beauté, l’amour nous fait la même confidence.
Quand vous écoutez la musique, quand vous devenez musique, quand vous êtes devant un chef-d’œuvre, quand un paysage vous ravit, quand vous êtes suspendus dans l’émerveillement et dans l’admiration, alors vous vous sentez exister à plein, vous sentez que vous êtes là une présence totale, mais vous ne vous voyez qu’en cessant de vous regarder ; quand votre présence, vous ne la voyez pas en vous repliant sur vous-même, mais en vous offrant à cette beauté dont le visage est toujours inconnu et toujours reconnu.
C’est dans cette offrande de vous-même, dans cette oblation silencieuse de l’émerveillement que vous réalisez votre présence et que vous devenez pleinement vous-même. La connaissance de soi est toujours une connaissance dans l’autre et pour l’autre selon ce que Rimbaud avait déjà deviné lorsqu’il disait: « Je est un Autre ».
Voici donc une expérience où l’Autre unique, cet X que nous voyons poindre dans tous nos émerveillements, voici le moment où cet autre apparait comme quelqu’un, comme souverainement personnel.
Dieu ne se définit pas, Dieu s’expérimente quand nous décollons de nous-même.
« Dieu, c’est quand on s’émerveille ».

Maurice Zundel
Maurice Zundel, né le 21 janvier 1897 à Neuchâtel et mort le 10 août 1975 à Ouchy (Lausanne) est un prêtre et théologien catholique suisse. On a dit de lui qu’il se situe « au croisement des théologies protestante et catholique, de la philosophie existentielle et du personnalisme. »

Sa vie
Ordonné prêtre dans le diocèse de Lausanne-Genève en 1919, il passe quelques années à Rome pour y obtenir en 1927 un doctorat en théologie à l’Univerdité pontificale Saint Thomas d’Aquin Angelicum. Il s’initie aux recherches de la science, de la littérature et des arts.
Il mène ensuite une vie itinérante de conférencier qui le conduit de Suisse en France, en Palestine, en Égypte et au Liban. C’est à Paris, en 1926, qu’il fait la connaissance de l’abbé Jean-Baptiste Montini qui deviendra le pape Paul VI. Paul VI invitera Maurice Zundel à prêcher la retraite de carême au Vatican en 1972.
Écrivain, poète et conférencier, Maurice Zundel a publié une trentaine de livres. Il meurt à Ouchy (Lausanne), en 1975. Son corps repose en la Basilique Notre-Dame de l’Assomption de Neuchâtel.

Son œuvre
La pensée de Zundel est à la fois mystique, éthique.
Le mysticisme de Zundel est orienté sur la libération des déterminismes biologiques par l’intervention de l’Esprit dans l’art, la science, et surtout la religion. Pour lui, le don ou sacrifice de soi est un acte joyeux de communion et non un renoncement triste. Il affirme que l’homme ne devient une personne libre qu’en se libérant radicalement de son statut d’individu biologique. Reprenant à son compte la formule de Rimbaud « on ne naît pas libre, on le devient », il lui donne un sens philosophique et mystique porté sur l’altérité, selon lequel la liberté s’obtient par la totale désappropriation de soi sur le modèle trinitaire. C’est alors que « je est un autre » par la rencontre du « tu ». La libération est donc le passage de l’homme réel à l’homme possible, de l’individu à la personne. La personne est « l’homme possible » ou libre ; l’individu, c’est l’homme réel asservi aux déterminismes cosmiques.
La mystique de Zundel prend appui sur la méditation trinitaire du don infini de chacune des trois personnes divines en direction des deux autres. La doctrine trinitaire est ainsi la méditation d’une circulation infinie d’Amour entre les trois personnes. Enfin elle met en avant la conception d’un Dieu d’Amour, selon laquelle Dieu n’est pas un Dieu vengeur mais un Père tendre qui aime et pardonne. Ce n’est pas un pharaon ou un souverain, c’est un homme-dieu qui aime et qui souffre dans la personne du Christ.
Du point de vue éthique, Zundel fonde une « morale de la libération » rompant avec les morales de l’obligation ou du devoir. La morale de la libération n’est pas une morale de tabous ou d’interdits. Elle consiste en un dépassement de soi par le don infini de soi. Pour Zundel en effet, l’homme ne se trouve qu’en se perdant joyeusement, qu’en se désappropriant totalement de soi.

Publications
Bibliographie indicative

Aux éditions Anne Sigier :
Hymne à la joie, 1992.
Je est un autre, 1986.
Je parlerai à ton cœur (retraite aux franciscaines du Liban), 1990.
Morale et mystique, 1986. Silence, Parole de vie (retraite aux franciscaines du Liban), 1990.
Ta Parole comme une source – 85 sermons inédits (1953-1975), 1987.
Vie, mort, résurrection (retraites données en 961-1972), 1995.
Pèlerin de l’espérance, 1997.

Aux éditions du Cerf :
Croyez-vous en l’homme ?, Coll. Foi vivante, 1992.
Notre Dame de la Sagesse, Coll. Foi vivante, 1995.
La Pierre vivante, 1992.Fidélité de Dieu et grandeur de l’homme. Retraite à Timadeuc, 2009

Aux éditions Desclée :
Ouvertures sur le vrai, 1989.
Recherche de la personne, 1990.
Ton visage, ma lumière -90 sermons de Maurice Zundel (1960-1975), 1989.
Dialogue avec la vérité, 1991.

Aux éditions Saint Augustin :
Avec Dieu dans le quotidien, 1988.
Emerveillement et pauvreté (retraite aux oblates bénédictines de La Rochette), 1990.
L’Evangile intérieur, 1991. La liberté de la foi, 1992.
Quel homme et quel Dieu ? (Retraite au Vatican), 1986.
Chez Mame / Le Moustier :
Poème de la Sainte Liturgie, coll. goûtez et voyez, 1991. Sous le pseudonyme de Frère Benoît

Bibliographie
Michel Fromaget, Mort et émerveillement dans la pensée de Maurice Zundel, Lethielleux éd., 2011
Bernard de Boissière et France-Marie Chauvelot, Maurice Zundel, préface de Sylvie Germain, Paris, Presses de la Renaissance, 2009
Gustave Martelet, Maurice Zundel, un christianisme libérateur, Actes du colloque de Paris, mars 1997, éd. Anne Sigier, 2004
François Darbois, Oraison sur la vie, Anne Sigier, Quebec, 1997, 170p.
Marc Donzé. La pensée théologique de Maurice Zundel, pauvreté et libération, Paris, Cerf, 1980
Marc Donzé. L’humble présence. Maurice Zundel, inédits recueillis et commentés par Marc Donzé. éditions du Jubilé, 2008
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