EN TERRE SAINTE : SUR LES PAS DE JESUS

Sur les pas de Jésus

Sur les traces de Jésus en Terre Sainte
Visiter un pays chargé d’Histoire en suivant les pas du fondateur d’une religion aurait peu de sens si l’on ne connaissait pas sa vie et sa spiritualité. Replongeons-nous un instant dans les évangiles.
Jésus de Nazareth quitte le foyer familial vers trente ans afin de mener sa vie publique à travers la terre d’Israël. Il se rend d’abord sur les rives du Jourdain, où il est baptisé par Jean, puis il se retire dans le désert en solitaire pour se préparer à sa mission. De retour en Galilée après quarante jours, il entreprend un ministère itinérant auprès des populations rurales. Accompagné de douze apôtres qu’il a choisis, il s’adresse aux habitants avec éloquence et opère de spectaculaires guérisons miraculeuses auprès des personnes malades et handicapées. Sa renommée d’orateur et de thaumaturge se diffuse dans tout le pays et l’on vient en foule pour le rencontrer.
La théologie de Jésus s’exprime à travers des paraboles inspirées de la vie ordinaire et dotées d’un sens moral et spirituel. Il décrit la relation avec un Dieu totalement bienveillant, qui invite chaque être humain à construire sa vie sur un altruisme pacifique, l’invitant à se mettre au service de ses semblables au point de s’effacer lui-même. Aimer son prochain à l’exemple de Jésus, soutenir les personnes en difficulté, ne pas thésauriser, éviter de juger, pardonner en toutes circonstances, être confiant dans la prière : tous les efforts consentis ne seront rien devant le bénéfice réel attendu d’En-haut.

Le lac de Tibériade vu du mont Arbel.

Une importance première est accordée au souci des personnes défavorisées, que Jésus délivre de leurs maux tout en leur transmettant la « bonne nouvelle », un message d’espoir pour l’Au-delà. Pourtant il ne cache pas qu’après la mort une sélection est faite entre les âmes en fonction des actes accomplis sur Terre. Le royaume céleste est promis à ceux qui font preuve d’une grande humanité. Pour cela Jésus veut sauver toutes les consciences égarées, préconisant la conversion des pécheurs par la patience et la prière plutôt que leur condamnation. Toute prière peut être exaucée avec une foi profonde, et même les miracles sont à la portée de chacun.
Jésus se réclame du judaïsme auquel il veut cependant donner une dimension nouvelle. Tout en respectant la loi hébraïque, il la libère de la rigidité d’une pratique trop littérale. La conception d’un Dieu juste et autoritaire fait place à celle d’un Dieu d’amour et de compassion. Pourtant son interprétation de la Loi dérange les habitudes des prêtres et des docteurs, dont il fustige l’hypocrisie. Il entre peu à peu en conflit avec le pouvoir religieux du Temple, celui-ci considérant qu’il blasphème lorsqu’il déclare être le fils de Dieu.
Son enseignement se transmet oralement lors des déplacements en Terre sainte à travers la Galilée, la Judée, la Samarie et occasionnellement dans les pays limitrophes.
Bien qu’il soit impossible de reconstituer l’itinéraire exact qu’il suivit, un grand nombre de lieux qu’il traversa sont aujourd’hui assez bien identifiés. Quelques-uns sont marqués par la tradition locale ou sont sortis de terre à la suite de fouilles archéologiques.
Capharnaüm
Les écritures font en quelque sorte de Capharnaüm la seconde patrie de Jésus après Nazareth. Elles rapportent en effet que Jésus s’y rendit plusieurs fois et qu’il y résida : « Puis, quittant Nazareth, il habita Capharnaüm aux bords de la mer ». Il y accomplit plusieurs miracles, notamment les guérisons du serviteur d’un centurion, de la belle-mère de l’apôtre Pierre et d’un paralytique. Il enseigna dans la synagogue de cette ville, où il guérit également un possédé.
La ville fut identifiée en 1838 par l’archéologue américain Edouard Robinson au site désolé de Tel Hun, sur la rive nord-ouest du lac de Tibériade. Le terrain fut acheté par l’ordre des franciscains en 1894, qui y mena plusieurs campagnes de fouilles dont la plus importante fut conduite entre 1968 et 1986 par les pères Virgilio Corbo et Stanislao Loffreda.
L’occupation du site est attestée à partir du IIème siècle avant notre ère. Ce village de pêcheurs était également un poste-frontière avec la Transjordanie et comprenait un bureau de douane. La présence d’une garnison romaine est évoquée dans les évangiles, qui précisent que le centurion dont Jésus guérit le serviteur avait fait construire la synagogue de cette cité.
Une ancienne borne militaire trouvée en 1975 près des ruines de Capharnaüm porte les noms de plusieurs citoyens romains. Bien qu’en partie illisible, cette pierre atteste d’une présence romaine en ce point qui contrôlait la route principale vers Damas.
Les restes d’un antique bâtiment prestigieux se dressent encore dans la plaine, constitué de hautes colonnes de calcaire blanc et d’un seul pan de mur, qui tiennent sur une vaste terrasse dallée. Les parois et les chapiteaux des piliers sont ornés de nombreux motifs sculptés évoquant la liturgie hébraïque : un chandelier à sept branches, l’Arche d’Alliance et plusieurs espèces d’animaux. Il s’agit visiblement des restes d’une synagogue dont la construction remonte au IVème siècle de notre ère.
La structure repose sur un soubassement de basalte noir, qui contraste avec la clarté du dallage en calcaire. Sa position surélevée suggéra aux fouilleurs qu’elle pouvait dissimuler un monument plus ancien construit en dessous. C’est ce que l’équipe du père Corbo tenta de révéler à partir de 1969, en retirant une partie du dallage de la terrasse. On exhuma en effet de vieux murs d’habitations et une seconde cour qui semblait appartenir à un monument public. Il s’agissait vraisemblablement d’une autre synagogue plus ancienne. Celle-ci fut datée du Ier siècle de l’ère chrétienne, ce qui permit de l’identifier à celle que Jésus devait fréquenter lorsqu’il séjournait à Capharnaüm.
Une autre découverte d’importance majeure a été faite à une trentaine mètres au sud de la synagogue. Au milieu des ruines d’anciennes habitations, la base d’une petite église byzantine du IVème siècle furent mise au jour, curieusement disposée selon un plan en deux octogones concentriques. Sous cette structure se trouvaient les restes d’une simple habitation, qui portait les traces explicites d’un christianisme primitif. Plusieurs graffiti inscrits sur les restes des murs portent en effet les noms de Jésus et de Pierre, ainsi que les mots « Messie », « Seigneur », « Dieu », de même que des dessins de croix, de navires et de poissons.
Les moines qui ont examiné ces précieuses inscriptions ont fait un rapprochement avec le contenu d’un document littéraire susceptible de se rapporter à ce site. C’est le récit de voyage de la pèlerine Egérie (IVème siècle), qui nous apprend que : « A Capharnaüm, la maison du prince des apôtres (Pierre) est devenue une église. Les murs sont restés jusqu’aujourd’hui tels qu’ils étaient ». Il est possible que ce texte concerne la maison aux graffiti, puisqu’une église paléochrétienne de l’époque d’Egérie lui est superposée. Ces éléments menèrent à la conclusion que cette maison n’était autre que la demeure de saint Pierre, et que Jésus-Christ lui-même avait vécu dans cette habitation.
Depuis la découverte de la « maison de Pierre », les vestiges de Capharnaüm sont redevenus un lieu de pèlerinage. Juste au-dessus des fouilles a été récemment construit un bâtiment contemporain surélevé, dont le plancher partiellement vitré offre de l’intérieur une vue sur les anciens murs.

Tibériade
Sur les rives du lac auquel elle a donné son nom, la ville de Tibériade fut fondée vers l’an 26 de notre ère par le tétrarque Hérode Antipas, pour honorer l’empereur romain alors en place. Elle est citée une fois dans l’évangile de Jean (6, 23) alors que Jésus parcourt la Galilée et la région du lac. Il n’est pas précisé si Jésus s’est rendu à Tibériade. Cependant, les ruines de cette cité ont réservé aux archéologues de belles surprises.
Bien identifiée sur la rive occidentale du lac (appelé également lac de Génésareth, ou mer de Galilée), elle est entourée d’une muraille du VIème siècle d’une longueur exceptionnelle, qui escalade les pentes escarpées du mont Bérénice en incluant le sommet dans son périmètre. Ce point culminant a été fouillé en 1990 par Yizhar Hischfeld, du Département des Antiquités d’Israël, qui cherchait alors le palais de la reine Bérénice de Judée. Au lieu d’un palais, c’est en fait un important complexe ecclésiastique et une superbe basilique qui l’attendaient. L’église byzantine du VIème siècle qu’il dégagea était entourée d’une vaste cour et de nombreuses salles aux sols couverts de mosaïques. Les splendides sols multicolores représentaient des oiseaux, des plantes et des motifs géométriques. Les fouilleurs se demandaient ce qui avait pu justifier la construction d’un tel complexe en un tel lieu, lorsqu’ils constatèrent qu’il dissimulait un objet inhabituel.
Sous la base de l’autel principal de la basilique, une plaque de marbre attira l’attention des chercheurs. En la soulevant, ils virent apparaître une fosse contenant une grande pierre taillée d’une manière particulière. Longue de un mètre, sa base était grossièrement taillée en pointe et son centre était percé d’un trou biconique. A quel usage cet objet était-il destiné ? De toute évidence, cette pierre était une ancre de navire. C’est son emplacement qui est le plus surprenant. Pourquoi une ancre était-elle enterrée sous l’autel de cette église ? Si l’on sait que les chrétiens placent parfois des reliques sous leurs autels, on peut supposer que cette ancre en était une. La proximité du lac de Tibériade permet d’envisager un lien avec une barque qui servit à Jésus ou à ses proches. Cependant, si cette ancre a la forme de celles des barques du Ier siècle, sa taille est en revanche nettement supérieure ; elle correspondrait plutôt à une ancre plus ancienne de quelques siècles. L’ « église à l’ancre » n’a pas fourni davantage d’explications.

Gennésareth
Une belle opération d’archéologie de sauvetage fut réalisée à la faveur d’une forte sécheresse, qui marqua l’année 1986 et qui provoqua une baisse exceptionnelle du niveau du lac de Tibériade. Ce fut pour deux pêcheurs israéliens l’occasion de réaliser un vieux rêve.
Les frères Yuval et Moshe Lufan habitaient le village de Kibboutz Ginosar, un port de pêche implanté sur la rive nord-ouest du lac. Ils pratiquaient occasionnellement l’archéologie en amateurs dans l’espoir de découvrir quelque vestige ou épave antique. Ils arpentaient les berges semi-asséchées du lac, lorsqu’ils distinguèrent les contours d’un objet ovale ayant la forme d’une barque qui affleurait dans la boue. En grattant le sable ils virent que l’objet était fait de bois vermoulu. Petite coïncidence, l’instant de la découverte s’accompagna d’un phénomène naturel extrêmement rare : un arc-en-ciel lunaire …
L’existence de l’épave fut signalée au professeur Shelley Wachsmann, spécialiste d’archéologie sous-marine au Département des Antiquités d’Israël. L’expert l’examina et confirma qu’elle semblait très ancienne et qu’elle justifiait un sauvetage. On décida d’extraire l’objet de la boue, entreprise à la fois délicate et urgente avant la remontée des eaux. Une méthode adaptée à la situation fut définie, et l’opération fut menée promptement durant onze jours et onze nuits avec la participation active des villageois.
La méthode consista à créer d’abord une digue d’assèchement, qui permit d’évacuer manuellement la glaise entourant le navire. Puis l’épave fut conditionnée dans une enveloppe de mousse polyuréthane, remise à l’eau ainsi empaquetée et remorquée jusqu’au port de Gennésareth. Arrivé à bon port, le vieux navire fut délivré de sa mousse et plongé dans un bain chimique soigneusement contrôlé. Le traitement avait pour but de remplacer progressivement l’eau imprégnant le bois par de la cire synthétique. L’épave demeura ainsi immergée pendant une durée de sept ans. Ce processus terminé, l’objet fut empaqueté de nouveau et emporté par une grue jusqu’à son lieu de conservation définitif, c’est-à-dire dans le musée Ygal Allon de Kibboutz Ginosar créé pour l’occasion.
L’examen détaillé du navire révéla que c’était un voilier de pêche d’époque romaine. Mesurant plus de huit mètres, il fut construit avec des matériaux de réemploi fixés avec des tenons et des mortaises, et avait subi plusieurs réparations avec des bois d’essences différentes. Le lieu de sa découverte était jonché de clous et d’attaches métalliques, et la coque contenait une petite lampe à huile. Le professeur Richard Steffy, de l’Université du Texas, estima son âge, d’après les techniques employées, à une période comprise entre le Ier siècle avant et le second siècle après J.-C. Des analyses au carbone 14 complétèrent la datation en donnant une fourchette de 50 avant à 75 après J.-C.
Le navire est désormais l’une des épaves les mieux conservées de cette époque. C’est probablement un navire de ce type qu’utilisèrent Jésus et ses apôtres, ce qui a rendu cet objet célèbre sous le nom de « barque de Jésus ».
Le puits de Jacob – la Samaritaine
Tout voyageur qui se rend par voie terrestre de Judée en Galilée est obligé de traverser la région de Samarie. Si l’on remonte à l’Ancien Testament, les habitants de la Samarie étaient les héritiers de l’ancien royaume du Nord qui avait fait sécession à la mort du roi Salomon. Cette séparation avait laissé dans les esprits une forte animosité. Les Samaritains construisirent même leur propre Temple sur le mont Garizim, ce qui fut une source supplémentaire de différend. Bien que majoritairement déplacée sous la domination assyrienne, la petite communauté des Samaritains subsiste encore aujourd’hui, et a conservé sur place ses rites propres issus de leurs origines hébraïques, toujours pratiqués après trois millénaires.
Jésus traversa la Samarie à plusieurs reprises pour se rendre en Galilée. Le regard qu’il portait sur ses habitants était différent de celui des autres Juifs, comme le montre l’évangile de la femme samaritaine avec laquelle Jésus entra en conversation au bord d’un puits (Jean. 3). Celle-ci s’étonna d’abord qu’il daigne lui parler, puis réalisa sa qualité de prophète lorsqu’il devina sa vie privée. Lorsqu’elle lui demande de quelle montagne le culte devait être rendu, Jésus répondit de manière sibylline : « En esprit et en vérité ». Entendant qu’il était le messie, elle retourna hâtivement en informer les habitants de la ville.
L’évangile précise en outre que ce puits avait jadis appartenu au patriarche Jacob, et que son fils Joseph y avait été enterré au retour d’Egypte (Gn. 34 ; Js. 24, 32).
Non loin de Sichem en Samarie, il existe un « puits de Jacob » que la tradition locale rattache aux récits des deux Testaments. Les premières fouilles furent effectuées en 1893 sur le site du puits. Il est permis de rapprocher ce puits de celui de l’évangile, si l’on tient compte de plusieurs éléments. Le point d’eau semble d’abord très ancien et daterait de plusieurs siècles avant l’ère chrétienne. De plus, dans sa conversation avec Jésus la Samaritaine désigne une montagne sacrée toute proche ; or le puits de Jacob traditionnel se trouve précisément au pied du mont Garizim. La Samaritaine précise également que le puits est profond, ce qui est le cas de celui-ci qui descend à 46 mètres. Ces caractéristiques correspondent bien aux indications des textes bibliques.
L’histoire du puits de Jacob durant les siècles suivants est assez bien documentée. Au IVème siècle de notre ère, les Byzantins élevèrent au-dessus du puits une petite église grecque en forme de croix. Elle fut rasée au IXème, puis remplacée par une autre en 1150, qui se dégrada. Les moines orthodoxes grecs firent l’acquisition du site en 1860, et entamèrent une nouvelle construction qui resta inachevée. Ce n’est qu’en 2007 que fut menée à son terme la construction d’une église moderne de grandes dimensions. Si l’on descend aujourd’hui dans la crypte de ce vaste sanctuaire, on peut encore s’asseoir comme le fit le Christ sur la margelle du vénérable puits.

La montagne de la Multiplication des pains
L’un des miracles les plus célèbres semble s’être déroulé en un lieu aujourd’hui marqué par une pierre désignant l’endroit exact où il se produisit. Jésus accompagné par la foule s’était éloigné de toute habitation, et la journée était bien avancée lorsque les apôtres soulevèrent le problème du ravitaillement. La foule qui avait suivi Jésus était innombrable, au moins cinq mille personnes est-il écrit. Il prit alors les seuls cinq pains et deux poissons qu’on avait trouvés et les fit distribuer au peuple, qui en reçut en quantité plus que suffisante.
Les indications géographiques données quant au lieu du miracle sont assez floues. La multiplication des pains se serait déroulée « de l’autre côté de la mer de Galilée, de Tibériade ». Il est également précisé qu’ « Il les prit alors avec lui en direction d’une ville appelée Bethsaïde », qu’ « Ils partirent donc en barque pour gagner un lieu solitaire, isolé » et qu’ « Il y avait en cet endroit beaucoup d’herbe ». Le souvenir du lieu a été perdu au VIIème siècle, lorsque le pays fut dévasté par l’invasion perse. Sa redécouverte fut possible des siècles plus tard grâce aux écrits de la pèlerine Egérie, une voyageuse espagnole du IVème siècle. Son témoignage décrit le lieu du miracle comme un lieu verdoyant placé en bordure du lac :
« Dans ces lieux–mêmes (non loin de Capharnaüm), face à la mer de Galilée, est une terre où l’eau abonde, où pousse une végétation luxuriante, aux nombreux arbres et palmiers. A proximité se trouvent sept sources qui fournissent de l’eau en abondance. Dans ce jardin fertile Jésus nourrit cinq mille personnes avec cinq pains et deux poissons. La pierre sur laquelle le Seigneur déposa le pain devint un autel. Les nombreux pèlerins venus sur le site la brisèrent en pièces pour soigner leurs maux. »
Cette description pourrait correspondre à un lieu-dit appelé Tabgha, une vallée fertile située sur la rive nord-ouest du lac entre Capharnaüm et Magdala, et arrosée par plusieurs sources. Le nom de Tabgha est peut-être une déformation arabe du mot grec Heptapegon qui signifie « sept sources ».
Le terrain de Tabgha fut acquis en 1888 par la Deutsche Katholische Palestinamission, qui avait l’intention d’y entreprendre des fouilles. En 1932, ce furent les archéologues allemands Mader et Schneider qui s’attelèrent à cette tâche. Ils ne furent pas déçus, car les bases d’une splendide église byzantine du Vème siècle se révélèrent à eux. Le monument intégrait une magnifique mosaïque qui recouvrait tout le sol de la nef. Cette oeuvre exceptionnelle représentait un environnement fluvial et marécageux plein de bonheur, avec diverses espèces d’oiseaux et de plantes aquatiques.
Juste devant l’autel, une image devenue célèbre montre une corbeille contenant cinq pains et entourée de deux poissons. Elle a permis d’identifier le lieu : c’est l’église des pains et des poissons, que l’on a reliée au récit biblique du miracle. Sous la table du même autel se trouve l’élément le plus important, un bloc de calcaire non taillé qui émerge au milieu de la mosaïque. Si la description d’Egérie est juste, il s’agit alors de la pierre sur laquelle Jésus aurait déposé le pain au moment de sa multiplication …
Les fouilles de Tabgha révélèrent également que l’église byzantine du Vème siècle était construite sur les fondations d’un autre sanctuaire encore plus ancien, qui fut identifié comme une chapelle du IVème siècle. L’ensemble du site a été patiemment restauré, et son architecture antique même respectée, puisqu’en 1982 une église a été rebâtie sur les ruines de celle du Vème siècle, selon un plan autant que possible conforme à l’originale.

Le mont de la Transfiguration
Jésus se déplaça jusqu’à la région de Césarée de Philippe, dans le sud de la Syrie. Il gravit une haute montagne accompagné de trois de ses apôtres qui furent les témoins d’une vision surnaturelle. Devant eux son aspect physique changea soudain pour apparaître extrêmement lumineux. Deux autres personnages apparurent au cours de cette vision, identifiés aux anciens prophètes Moïse et Elie. Une voix céleste retentit et recommanda de faire confiance au Fils Bien-aimé (Mt. 17, 1 ; Mc. 9, 2).
Le nom de la montagne où se passa la Transfiguration n’est pas précisé, ce qui ne facilite pas son identification. On a longtemps situé cet épisode sur le mont Thabor, une colline haute de 600 mètres située au sud-ouest du lac de Tibériade. Cette position est défendue par certains textes anciens. Pourtant le mont Thabor est peu élevé et bien éloigné de la nordique Césarée de Philippe. La ville de Césarée de Philippe se trouve à cinquante kilomètres au nord du lac, et sur la rive est du Jourdain. De plus, le sommet du Thabor était au premier siècle occupé par un fort militaire.
En revanche, une autre montagne qui a davantage ses chances est la chaîne de l’Hermon, un massif situé encore plus au nord que Césarée et qui culmine à 2800 mètres. C’est plutôt dans ce lieu lointain et isolé que le phénomène se serait produit. Toujours est-il que la tradition a conservé le mont Thabor comme lieu supposé de l’évènement ; c’est sur le Thabor, plus facile d’accès pour les pèlerins, qu’ont été construites plusieurs églises successives dont l’actuelle basilique de la Transfiguration.
L’absence de certitude sur l’authenticité du lieu a cependant laissé de la place pour le rêve et l’imagination. Un pèlerin du Vème siècle plein d’inspiration eut un jour l’idée de concrétiser les paroles prononcées par Pierre pendant la vision : »Maître, il est heureux que nous soyons ici ; dressons donc trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Elie ». Trois sanctuaires byzantins furent par conséquent élevés sur le mont Thabor. Démolis et reconstruits plusieurs fois durant les siècles suivants, leurs restes sont aujourd’hui intégrés à l’actuelle basilique franciscaine de la Transfiguration bâtie en 1924.
Si l’on descend dans la crypte de la basilique, on peut admirer quatre magnifiques mosaïques représentant la vie du Christ. Les moines franciscains aiment à dire que par beau temps, les rayons solaires filtrent à travers les vitraux et jouent avec les couleurs des mosaïques, produisant des effets merveilleux en souvenir de la luminosité du Christ resplendissant.

Le ministère de Jésus
à Jérusalem
Jésus se rendit plusieurs fois dans la capitale judéenne ; il fit sa dernière entrée en apparaissant monté sur un âne et fut reçu triomphalement par les habitants, qui élevèrent des palmes en son honneur et disposèrent leurs manteaux sur son chemin. Il fréquenta ensuite largement le Temple d’Hérode, où il diffusa librement son enseignement, quoique ses relations avec le clergé fussent tendues. Il opéra plusieurs miracles dans la grande cité.
La piscine de Siloé
La guérison d’un aveugle de naissance se fit au contact de l’eau d’un bain public. Jésus mit de la boue sur les yeux de l’aveugle, puis l’envoya se laver dans la piscine de Siloé. A son retour l’aveugle avait acquis la vue (Jean. 9, 7).
L’ancienne piscine de Siloé n’a pas été identifiée sans erreur du premier coup. On a longtemps cru que cette piscine n’était autre que la sortie étroite et sombre du canal souterrain d’Ezéchias, à l’extrémité sud de la cité de David. Cependant une meilleure proposition fut faite en 2004.
Des travaux réalisés sur une canalisation proche de là permirent de découvrir les marches d’un très large escalier de calcaire qui descendait en pente douce vers un jardin. Des fouilles furent aussitôt menées par l’archéologue Elie Shoukron, du Bureau des Antiquités d’Israël, et par le professeur Ronny Reich, de l’université de Haïfa. Elles permirent de dégager une grande partie de l’escalier, qui devait constituer le pourtour d’une ancienne piscine. Des tessons de poterie récoltés confirmèrent que ces bains étaient en usage au Ier siècle.
Bien mieux que la sortie obscure du canal d’Ezéchias, la disposition plus spacieuse du nouveau site s’accorde avec un bain public antique. Les larges marches entourant le plan d’eau devaient permettre à un grand nombre de personnes d’y accéder. Sa proximité avec le débouché du tunnel et le quartier de Siloé permet de les identifier à coup sûr à la piscine citée dans l’évangile. Ce site archéologique a été considéré par ses découvreurs comme l’une des plus importantes trouvailles récentes en matière de vestiges bibliques

La piscine de Bézetha
Un autre récit de guérison par contact avec l’eau figure dans un passage moins connu de l’évangile de Jean, celui du paralytique et de la piscine de Bézétha, ou Béthesda (Jn. 5, 1-9). Ce point d’eau, dit l’évangéliste, était déjà un lieu où des miracles se produisaient fréquemment. L’eau de la piscine se mettait régulièrement à bouillir, sous l’action d’un ange disait-on, et dès cet instant la première personne malade qui s’y plongeait guérissait. Le paralytique ayant expliqué à Jésus qu’il y parvenait toujours trop tard, Jésus le délivra alors de son infirmité sur le champ.
La piscine de Bézétha est décrite dans le texte comme étant proche de la « porte des Brebis » et dotée de cinq portiques. C’est l’Allemand Conrad Schick qui la redécouvrit au XIXe siècle, tout près de l’église Sainte-Anne au Nord du mont du Temple.
Des fouilles menées par les Pères blancs dans les années 1950-60, révélèrent un bassin rectangulaire encadré sur ses quatre côtés par une colonnade, et séparé en deux par une cinquième [2]. L’identification du site avec la Bézétha évangélique ne fait aucun doute, soutenue également par l’âge des monnaies trouvées sur place et qui s’échelonnent entre 10 et 68 ap. J.-C. On trouva également sur place d’autres constructions de factures romaines, byzantines et médiévales. Un temple païen dédié à Esculape a suggéré que les guérisons pouvaient également être attribuées à ce dieu. La piscine de Bézétha fut l’un des rares endroits où des guérisons surnaturelles étaient signalées indépendamment des interventions de Jésus [3][4].
Le Temple d’Hérode
Comme le mentionne le Nouveau Testament, Jésus de Nazareth fréquenta plus d’une fois le Temple de Jérusalem. Parvenu dans l’enceinte du sanctuaire, il provoqua un incident en chassant les marchands d’articles de sacrifices. A l’adresse de ses disciples qui en admiraient l’architecture, Jésus annonça prophétiquement la ruine prochaine du monument (Jean. 2, 20, Marc. 13, 2).
Cette prédiction ne manquerait pas de se réaliser, car le sanctuaire fut détruit en l’an 70 par l’armée romaine lors de la grande révolte juive. Il ne reste aujourd’hui qu’une portion de son mur de soutènement, le fameux « mur des Lamentations » ou Kotel, visible de l’extérieur par sa face sud-ouest et devant lequel les Juifs du monde entier viennent se recueillir. Ce vestige symbolique du Temple hérodien est un lieu de première importance pour la communauté juive actuelle.
Les informations dont nous disposons sur ce Second Temple, également disparu, proviennent essentiellement des écrits de l’historien juif Flavius Josèphe et de la Mishna rabbinique [5]. Le sanctuaire magnifique qu’avait construit Salomon, abattu par les Babyloniens en 587 et partiellement remis en état après l’exil à Babylone, fut remplacé en l’an 19 avant notre ère par un monument entièrement neuf bâti par Hérode le Grand. Elevé à la place du premier sur la même colline du mont du Temple, il fut achevé en une quarantaine d’années
Sa construction nécessita des travaux encore plus conséquents que le premier. L’esplanade fut pratiquement doublée de surface, ce qui nécessita le creusement de la colline rocheuse au Nord et l’agrandissement du remblai au Sud. La nouvelle cour fut entourée d’un mur de soutènement cylopéen qui la maintenait sur quatre côtés. L’esplanade se divisait en plusieurs zones, d’abord le « parvis des gentils », c’est-à-dire des païens, puis une zone accessible aux seuls Juifs, elle-même compartimentée en parvis réservés aux hommes, aux femmes et aux prêtres. C’est dans ce dernier périmètre qu’était bâti le Temple proprement dit.
Les architectes d’Hérode reproduisirent plus ou moins fidèlement l’ouvrage de Salomon. Plus grand que le premier avec ses cinquante mètres de haut, cinquante mètres de long, cinquante mètres de large en façade et trente-cinq à l’arrière, il était également subdivisé intérieurement en trois salles : porche, lieu saint et lieu très saint. Ce dernier était séparé du précédent non plus par une porte mais par un rideau, et n’était plus occupé par l’Arche d’Alliance qui avait entretemps disparu.
La vaste cour extérieure communiquait avec le reste de la ville par huit portes. Celles du sud-ouest donnaient sur des escaliers d’accès supportés par des arches dont les extrémités sont encore visibles aujourd’hui, l’arche de Wilson et l’arche de Robinson. La partie sud-est du remblai est encore soutenue aujourd’hui par un réseau caché de piliers et d’arches souterrains, qui forment une vaste salle portant l’appellation impropre d’ « écuries de Salomon ».
Les recherches contemporaines menées par les archéologues israéliens se sont concentrées autour du mur de soutènement de l’esplanade des mosquées. Des fouilles conduites au Sud du mont du Temple à partir de 1968 par le professeur Benjamin Mazar, de l’Université hébraïque de Jérusalem, ont permis de dégager des ruelles antiques pavées et entourées de boutiques couvertes, des restes d’habitations et un large escalier d’accès à la face sud du mont du Temple. Quelques éléments exhumés à cette occasion semblent provenir du Temple d’Hérode. Ainsi une grande pierre taillée en angle porte une courte inscription gravée en hébreu qui signifie : « à la place des trompettes ». Mazar l’identifia avec la pierre d’angle du parapet d’où un prêtre venait rituellement sonner de la trompe. Un autre bloc porte également une inscription gravée en grec interdisant l’entrée du sanctuaire aux non-juifs. Il s’agit sans doute d’une portion du parapet qui séparait la cour des gentils des différents parvis, et qui portait des mentions d’interdiction d’accès
Un tunnel permet aujourd’hui de longer la base du mur occidental, depuis le Kotel jusqu’à l’extrémité nord de l’enceinte. Il a été creusé à la demande du rabbin Meir Yehuda Guetz, afin d’explorer les fondations enfouies du mur de soubassement. Ce travail a permis de constater que la maçonnerie était entièrement hérodienne, et laisse songeur quant à l’ampleur des moyens employés. Les blocs taillés sont des monolithes géants, polis avec soin et reliés entre eux par des attaches métalliques. Le plus volumineux de ces blocs cyclopéens ne mesure pas moins de treize mètres de long ! Ce gigantisme dans la méthode de construction est à la hauteur des ambitions hérodiennes.
Dans cette terre d’Israël occupée où le nationalisme juif et l’autoritarisme romain s’affrontaient par le biais de la question religieuse, le prophète Jésus défendait une position spirituelle à la fois monothéiste et pacifique. Toutefois sa mission de ne se limitait pas à des miracles et à des paroles éloquentes. Elle avait également un caractère sacrificiel. Le Nazaréen affirmait devoir subir une peine mortelle en réparation des fautes commises par l’Humanité. Ce processus allait s’accomplir à Jérusalem où Jésus serait condamné à périr dans d’inhumaines conditions.
Le procès de Jésus
Quelques jours avant la Pâque juive, Jésus se rendit à Jérusalem en même temps que de nombreux pélerins juifs venus célébrer la fête religieuse traditionnelle. Il y fit une entrée triomphale, monté sur un âne et salué par une population en liesse qui agitait des branchages pour l’honorer. Il était pourtant conscient qu’il allait être arrêté et condamné à mort, mais il ne chercha aucunement à éviter l’issue fatale qu’il considérait comme une nécessité théologique.
Jésus prit son dernier repas en compagnie des douze apôtres, dans l’angoisse d’un soir précédant la Pâque et la veille de son arrestation. Il institua le rite de l’Eucharistie, qui consistait à consommer du pain et du vin identifiés à son corps et à son sang.
En référence à l’Ancien Testament, le dîner pascal commémorait la libération des Hébreux retenus esclaves en Egypte. Ceux-ci avaient consommé un agneau sacrifié la veille de leur départ. Jésus renouvela le rite en s’offrant lui-même en sacrifice, le pain et le vin consommés s’assimilant à la chair et au sang de l’agneau tué. Sa démarche spirituelle s’inscrivait dans le plan divin du rachat des fautes de l’humanité par le sacrifice du Christ sur la croix.
Le Cénacle
Le dernier repas de Jésus, appelé la Cène, fut pris au premier étage d’une demeure de Jérusalem, dans une salle qui avait été réservée par les apôtres à la demande de Jésus (Mc. 14, 12-17). Pierre et Jean s’étant rendus en ville, ils suivirent « un homme portant une cruche d’eau ». Entrés à sa suite dans une habitation, ils demandèrent à réserver la salle du haut, « une grande pièce garnie de coussins ». Les apôtres y préparèrent le repas prévu pour le soir-même.
La tradition chrétienne a gardé mémoire de cette pièce, appelée le Cénacle ou encore la « chambre haute ». Elle se trouve sur la colline de Sion, à quelques mètres au sud de la muraille actuelle de la ville et de la porte de Sion. Cette pièce devait encore servir après la mort de Jésus, comme lieu de réunion et de refuge pour les apôtres et les premiers chrétiens. C’est là qu’aurait eu lieu une apparition de Jésus ressuscité, et c’est également là que se déroula la Pentecôte.
Au cours des siècles suivants, la « chambre haute » fut démolie et reconstruite. Au XIVème siècle on lui donna la forme d’une chapelle gothique à plan carré, avec une magnifique voûte en ogives. Aujourd’hui il en reste une belle pièce carrée au premier étage d’un bâtiment complexe. Le rez-de-chaussée est connu pour abriter un autre lieu saint traditionnel : le tombeau supposé du roi David, qui n’est en fait qu’un cénotaphe, ou mémorial.

L’arrestation à Gethsémané et le procès juif
Le repas terminé, Jésus et ses disciples se rendirent dans un jardin appelé Gethsémané, sur le mont des Oliviers situé à l’est de la ville, de l’autre côté de la vallée du Cédron. Jésus passa la nuit sans dormir dans l’angoisse et la prière, redoutant le sort terrible qui l’attendait. Son arrestation eut lieu en fin de nuit dans ce même jardin. Jésus fut saisi par un groupe d’hommes armés qui firent irruption dans le jardin, sous l’ordre des prêtres juifs et guidés par l’apôtre Judas, qui servit de témoin pour identifier Jésus à coup sûr.
Sur cette colline est bâtie depuis 1924 une « église de toutes les nations », à la construction de laquelle de nombreux pays ont participé. A l’intérieur de ce sanctuaire et devant l’autel est visible un large rocher plat sur lequel Jésus aurait prié et pleuré pendant les longues heures nocturnes.
A quelques mètres de là se trouve un autre lieu-symbole de la Passion : l’endroit supposé de l’arrestation. La tradition identifie ce point avec l’entrée d’une grotte, bien que les évangiles n’en fassent pas état. La vénération de cette caverne est attestée par saint Jérôme au VIème siècle. Un récit apocryphe de la Passion déclare que les moments les plus angoissés de Jésus ont été passés dans une caverne. En 1956, le site fut fouillé par les moines franciscains, qui y trouvèrent des fragments de mosaïque et d’autres vestiges remontant aux cinq premiers siècles. Parmi ceux-ci figuraient un pressoir à huile d’olive et une citerne. On comprend mieux que les évangiles aient employé le nom de Gethsémané, car il signifie effectivement « pressoir à huile ».
Jésus fut d’abord conduit au domicile du grand-prêtre Caïphe, où le conseil des prêtres (Sanhédrin) s’était réuni. Ce conseil religieux exerçait une autorité pour faire appliquer la loi juive. Il déclara que le prisonnier méritait la mort parce qu’il avait blasphémé. Cependant le clergé hébreu n’étant pas habilité à prononcer la peine capitale, Jésus fut présenté à l’autorité romaine qui seule décidait de la vie ou de la mort.
Jésus au prétoire : le procès romain
Le gouverneur romain Ponce Pilate qui siégeait dans le prétoire (le palais du prêteur), fut embarrassé par le cas de ce prisonnier qui lui semblait innocent. Apprenant que Jésus était originaire de Galilée, il le fit transférer vers le tétrarque de Galilée, Hérode Antipas, de passage à Jérusalem. Celui-ci ne voulut pas le condamner non plus et renvoya le prisonnier vers Pilate. Les prêtres et le peuple juif insistèrent alors lourdement auprès du romain pour que Jésus fût condamné à la croix. Ils arguèrent du fait que Jésus s’était déclaré « roi des Juifs », alors que le seul roi légitime était César. Pilate finit par céder sous la pression de la foule, et la sentence de mort par crucifixion fut prononcée. Il rendit son jugement depuis un tribunal séparé appelé Lithostratos, c’est-à-dire « siège de pierre ».
Une tradition répandue identifie le prétoire à la forteresse Antonia, un bastion militaire qui se dressait à l’angle nord-ouest du mont du Temple. Ce terrain est aujourd’hui occupé par le monastère des soeurs de Sion, ou couvent de l’Ecce homo, bâti au XIXème siècle sur un site où subsistent des vestiges romains. Le sous-sol du couvent contient un lieu assimilé au Lithostratos, une grande salle où subsiste aujourd’hui un dallage romain. Des graffiti gravés sur le sol figurent le « jeu du roi » que les légionnaires devaient pratiquer pour s’occuper. On reconnaît le tracé de la lettre B qui pourrait être l’initiale du mot Basileus (roi, en grec). Au niveau le plus bas subsiste la « citerne de Strouthion », un réservoir d’eau voûté qui alimentait probablement la garnison romaine. Au sous-sol toujours, une cellule de prison porte l’inscription grecque : « Prison du Christ », où Jésus aurait été enfermé et maltraité. Cependant rien de tout cela n’est attesté, car le prétoire pourrait tout aussi bien se trouver dans le palais d’Hérode le Grand implanté à l’ouest du mont du Temple.
Des informations historiques sur le gouverneur Ponce Pilate sont fournies par des auteurs anciens comme Tacite, Philon d’Alexandrie et Josèphe, ainsi que par quelques pièces de monnaie émises sous sa législature. L’existence de Pilate a également été confirmée en 1961, par une stèle trouvée dans la ville de Césarée maritime, à quatre-vingts kilomètres à l’ouest de Jérusalem. Cette cité construite sur la côte méditerranéenne avait été bâtie par le roi Hérode le Grand au service de l’occupant romain. Lorsque les archéologues italiens fouillèrent Césarée, l’équipe du docteur Antonio Frova dégagea un ancien théâtre, au milieu duquel trônait une dalle de calcaire de réemploi portant l’inscription latine suivante : « Tiberieum, Pontius Pilatus, Prefectus Iudea », c’est-à-dire : « A Tibère, Ponce Pilate, préfet de Judée ».
Il est intéressant de remarquer que l’historien Tacite donne par erreur à Pilate le titre de procurateur. La présente inscription « rétablit » Pilate dans sa fonction de préfet ; en effet le titre de préfet disparut à la fin du premier siècle, remplacé par celui de procurateur. Les évangiles, quant à eux, emploient simplement le terme de gouverneur.

Le jour du dernier repas
Si le récit de la Passion de Jésus de Nazareth est rapporté en détail, il donne en revanche assez peu d’informations permettant d’en connaître la date exacte. Les historiens qui ont essayé de la calculer se sont plongés dans de difficiles reconstitutions du calendrier. L’un des problèmes rencontrés concerne le déroulement de la semaine sainte qui précède la condamnation, car le calendrier recèle une contradiction : alors que les trois premiers évangiles font de la Cène un repas pascal (Matthieu. 26,17 ; Marc. 14,12 ; Luc. 22,7), l’évangile selon saint Jean place le dernier repas un ou plusieurs jours avant la fête de la Pâque (Jean. 13,1 ; Jean. 18,28).
D’autres incohérences ont été relevées dans le récit. Habituellement, la liturgie chrétienne célèbre le dernier repas pascal de Jésus le jeudi saint, et sa mort le lendemain vendredi saint. Le problème tient au laps de temps écoulé entre son arrestation et son exécution, délai qui peut paraître bien court pour un déroulement complet du procès. En l’espace d’une nuit, Jésus aurait été transféré chez l’ancien grand-prêtre, puis chez le nouveau, puis deux fois au prétoire où siégeait Pilate, et entretemps chez Hérode … Il faut aussi tenir compte de certaines lois et pratiques juives qui figurent dans le Talmud : interdiction pour un tribunal de siéger la nuit, interdiction de condamner à mort un prisonnier en moins de vingt-quatre heures, et interdiction de condamner à mort une veille de sabbat.
Crucifixion
L’exécution de Jésus, telle qu’elle est rapportée dans les évangiles, est précédée du récit des épreuves qui lui furent infligées. Dès la sentence prononcée Jésus fut maltraité, flagellé, coiffé par dérision d’une couronne tressée d’épines, puis dirigé vers le lieu d’exécution. Il fut contraint de porter sa croix et fit plusieurs chutes en subissant les coups des soldats. Un passant nommé Simon de Cyrène fut réquisitionné pour l’aider à porter son fardeau.
Les Ecritures désignent le lieu de la mise à mort par le mot « Golgotha », qui signifie « crâne » en hébreu et qui se trouvait à l’extérieur du rempart. On peut croire que l’itinéraire suivi correspond à l’actuelle Via dolorosa, une ruelle qui traverse d’Est en Ouest le centre ancien de Jérusalem, à partir du couvent de l’Ecce homo et jusqu’à la Basilique du Saint-Sépulcre.
Jésus fut cloué sur la croix en même temps que deux autres condamnés. Un écriteau portant la mention : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs » fut fixé au-dessus de sa tête. Une foule de témoins hostiles assista à l’affreuse agonie en l’insultant. Quelques-uns de ses proches étaient également présents, dont sa mère, l’apôtre Jean et Marie de Magdala. Les soldats récupérèrent même ses vêtements en se les partageant par tirage au sort. On lui tendit à boire une éponge imbibée de vinaigre qu’il refusa de prendre. Vers la sixième heure (environ midi) le ciel s’assombrit et demeura obscur jusqu’à la neuvième heure (trois heures de l’après-midi), moment où il mourut à l’issue de douleurs extrêmes.
Si l’on en croit les Ecritures, l’instant de sa mort s’accompagna de phénomènes extraordinaires : séisme, fissuration du sol, déchirement du rideau du Temple et résurrection des morts dans les cimetières. Le centurion s’en émut et reconnut Jésus comme le « fils de Dieu », tandis qu’un autre soldat lui perçait la poitrine d’où sortirent du sang et de l’eau. Entretemps on avait brisé les jambes des autres crucifiés pour hâter leur mort, mesure épargnée à Jésus qui avait déjà expiré (Matthieu. 27, Marc. 15, Luc. 23, Jean. 19).
Le récit de cet évènement fondateur contient des faits dont la crédibilité relève de la foi. Cependant les informations figurant dans ces textes nous ont permis de retrouver quelques éléments concrets relatifs au martyre.
Les témoignages historiques
Les plus anciens échos de la crucifixion de Jésus de Nazareth apparaissent dans la littérature antique des Ier et IIe siècles. Ce sont des écrits émanant d’historiens non chrétiens qui évoquent l’existence de Jésus-Christ et sa condamnation à mort. Le plus important d’entre eux est sans doute celui de Flavius Josèphe (37-97), qui écrivit vers 93 dans ses Antiquités judaïques :
« En ce temps-là paraît Jésus, un homme sage, si toutefois il faut l’appeler un homme, car c’était un faiseur de prodiges, un maître des gens qui recevaient avec joie la vérité. Il entraîna beaucoup de Juifs et aussi beaucoup de Grecs ; Celui-là était le Christ. Et quand Pilate, sur la dénonciation des premiers parmi nous le condamna à la croix, ceux qui l’avaient aimé précédemment ne cessèrent pas ».
Au début du IIe siècle, l’historien romain Tacite (v. 55-120 ap. J.-C.) déclare dans ses Annales (15, 44) à propos d’un incendie ayant ravagé la ville de Rome : « Néron accusa ceux que leurs abominations faisait détester et que la foule appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui fut condamné sous le principat de Tibère par le procurateur Ponce Pilate. Réprimée sur le moment, cette détestable superstition perçait de nouveau, non pas seulement en Judée mais encore à Rome ».
Un orateur syrien du IIe siècle, Lucien de Samosate (125-192), affirme également que le fondateur du christianisme a été crucifié : « Celui qui est honoré en Palestine, où il fut mis en croix pour avoir introduit ce nouveau culte parmi les hommes … Le premier législateur [des chrétiens] les a encore persuadés qu’ils sont tous frères. Dès qu’ils ont une fois changé de culte, ils renoncent aux dieux des Grecs et adorent le sophiste crucifié dont ils suivent les lois ».
Citons enfin un document judaïque, le Talmud de Babylone (Sanhédrin 43a), compilé à partir du IIIe siècle et qui indique : « La veille de Pâques, on a pendu Yéshu (Jésus). Pendant les 40 jours qui précédèrent l’exécution, un héraut allait en criant : ‘Il sera lapidé parce qu’il a pratiqué la magie, trompé et égaré Israël. Si quiconque a quelque chose à dire en sa faveur, qu’il s’avance en son nom.’ Mais on ne trouva personne qui témoignât en sa faveur et on le pendit la veille de Pâques »
La crucifixion dans l’Antiquité
En-dehors de son application au personnage de Jésus, la pratique de la crucifixion à l’époque romaine est attestée par d’autres textes anciens. Cette méthode d’exécution qui consistait à suspendre ou clouer les condamnés sur des planches de bois pour provoquer leur mort par asphyxie fut d’abord pratiquée chez les Celtes, les Perses et les Phéniciens avant d’être introduite chez les Romains. Ceux-ci l’utilisèrent parfois en masse, comme en 71 av. J.-C. lorsque six mille partisans de l’insurrection spartakiste furent crucifiés sur la Via Appia, ou lors de la révolte juive de 70 ap. J.-C. quand le général Titus fit crucifier des milliers de Juifs à Jérusalem. Considéré comme la plus cruelle des formes de mise à mort, ce supplice fut finalement interdit au IVe siècle par l’empereur Constantin.
Pendant longtemps on ne disposa pas de trace matérielle de cette pratique barbare, jusqu’à ce qu’en 1968 l’archéologue israélien Vassilios Tzaferis découvre dans une tombe de Givat ha-Mivtar, près de Jérusalem, le squelette d’un homme qui avait été crucifié. Le corps trouvé dans un sarcophage avait les chevilles traversées de part en part par un clou long de 17 centimètres. L’état des poignets montrait qu’ils avaient également été percés de clous. Le tibia gauche présentait une fracture, indiquant qu’il avait reçu le coup de grâce comme le notent les évangiles. Le talon avait éclaté, témoignant de la violence des coups portés par le bourreau.
Le nom gravé sur le cercueil précise l’identité du condamné : Yohan, fils de Hagakol. Son exécution date probablement de l’an 70, moment où Titus ordonna la crucifixion de plusieurs milliers de Juifs. Cette découverte est l’unique preuve archéologique connue de la réalité de la crucifixion en Israël.
La date de la crucifixion de Jésus
Ceux qui reconnaissent la réalité historique de la Passion de Jésus-Christ ont cependant encore à résoudre le problème de sa chronologie. En deux millénaires de chrétienté, de nombreux savants ont tenté de retrouver par le calcul la date précise de l’évènement, sans pour autant parvenir à un véritable consensus.
Les calculs se fondent d’abord sur les indices temporels fournis par les textes bibliques. Des évangiles il ressort que l’exécution a eu lieu une veille de sabbat, donc un vendredi, et que la Pâque juive tombait cette année-là un samedi. Or d’après l’Ancien Testament (Ex. 12,18), la Pâque juive se place le 14 ou le 15 du mois de Nisan (mars-avril). Par ailleurs, nous savons par des sources historiques que le gouverneur Ponce Pilate fut préfet de Judée de 26 à 36. Durant cette décennie, il se trouve seulement cinq années pour lesquelles le 14 ou le 15 de Nisan tombe un samedi. Par recoupements, les historiens retiennent fréquemment les deux dates les plus plausibles pour la crucifixion, celles du vendredi 26 mars 30 et du 3 avril 33.
Un moyen de départager ces deux possibilités se trouve peut-être dans le récit de la Passion lui-même, qui décrit la survenue de phénomènes surnaturels et spectaculaires perçus par les témoins de la scène.
Le premier élément de comparaison concerne les ténèbres qui auraient accompagné la crucifixion de Jésus. A ce propos, l’auteur chrétien Jules l’Africain (v. 160-240) cite un historien mal connu du Ier siècle, un certain Thallus : « Thallus, au troisième livre de son Histoire, explique cette obscurité par une éclipse, ce qui me parait inacceptable ! » [4].
Il est certes tentant d’attribuer à une éclipse l’obscurité signalée dans le récit. En fait une éclipse de Soleil (le Soleil masqué par la Lune) n’est pas envisageable, car la Pâque juive a toujours lieu en période de pleine Lune et les éclipses de Soleil sont alors impossibles. Seule une éclipse de Lune (la Lune dans l’ombre de la Terre) peut se produire pendant cette période, mais en aucun cas elle ne peut expliquer une telle obscurité, et certainement pas pendant trois heures.
Jules l’Africain cite également l’historien Phlégon de Tralles, qui aurait mentionné l’observation d’une éclipse anormale à cette époque : « Phlégon rapporte qu’au temps de César Tibère, pendant la pleine Lune, il y eut une éclipse totale de Soleil de la sixième à la neuvième heure »
Ce passage paraît concorder de manière surprenante avec les évangiles. Un texte comparable du même Phlégon et cité par saint Jérôme (347-420) en dit davantage : « La quatrième année de la 202ème Olympiade, une éclipse de soleil se produisit, plus importante et plus extraordinaire que toutes les précédentes. A la sixième heure, le jour se transforma en nuit noire de sorte que les étoiles furent visibles dans le ciel. Un tremblement de terre ébranla en Bithynie de nombreuses constructions dans la ville de Nicée »
Ces affirmations reprises par des auteurs chrétiens ont certes pu être influencées par le contexte religieux de leur époque ; quoi qu’il en soit, cet extrait donne un élément chronologique, car la 202ème olympiade correspond à l’an 32 ou 33 de notre ère. Ce qui n’explique pas l’origine de l’obscurité, à moins de croire à un véritable miracle au sens strict.
La Lune prend parfois une couleur rougeâtre
pendant une éclipse de Lune
Une étude publiée en 1983 dans la revue Nature par deux physiciens de l’université d’Oxford, Colin J. Humphreys et W. Graeme Waddington, reprenait la piste de l’éclipse de Lune en supposant que la Lune ait pris ce jour-là une couleur rougeâtre, comme pourrait le suggérer l’interprétation de certains textes [7]. Ces chercheurs constataient avec surprise qu’une telle éclipse avait effectivement eu lieu le 3 avril 33, l’une des deux dates déjà pressenties par ailleurs. Cette date emportait donc leur adhésion pour s’apparenter à celle de la mort du Christ. Quant à l’origine de l’obscurité, elle serait due à un phénomène de vent des sables. Cette conclusion est-elle satisfaisante ? A défaut d’un scénario plus convaincant ou plus complet, le mystère demeure.
Une solution élégante a été proposée en 1959 par une spécialiste de l’exégèse biblique et chercheur au CNRS, Annie Jaubert. Elle a publié une étude remarquable qui permet de lever la contradiction tout en étalant davantage dans le temps le récit du procès. Son travail se fonde sur une information déterminante fournie par les manuscrits de la mer Morte.
En effet les rouleaux de parchemin découverts à Qumran nous apprennent l’existence d’un deuxième calendrier hébreu utilisé au temps de Jésus. Les incohérences tombent si l’on suppose que les quatre évangélistes n’ont pas utilisé le même calendrier. Cette hypothèse met les quatre textes d’accord en proposant que la Cène se soit déroulée non pas le jeudi, mais le mardi. De ce fait, les contradictions disparaissent, les délais sont respectés et le déroulement devient plausible.
La thèse est en outre appuyée par des témoignages chrétiens très anciens, comme la Didachè des apôtres, un texte catéchétique du Ier ou du IIème siècle retrouvé en 1873 à Constantinople. Ce document semble indiquer qu’au temps de l’Eglise primitive la Cène était célébrée le mardi soir. Si Jésus prit réellement son dernier repas pascal un mardi, il aurait donc passé deux jours en captivité.
Le résultat de ce travail a emporté de nombreux suffrages chez les exégètes, y compris même au sein du Vatican. Toutefois, cette conclusion risque de perturber les habitudes de la pratique chrétienne. Faut-il pour autant remettre en question le calendrier liturgique actuel de Pâques ? Pas nécessairement : celui-ci a une vocation de célébration plutôt que de reproduction rigoureuse des faits.
Golgotha et le tombeau de Jésus-Christ
Le lieu précis où Jésus de Nazareth aurait été exécuté, appelé « Golgotha » par les évangiles, c’est-à-dire « lieu du crâne » ou « Calvaire », était d’après ces sources situé tout près de Jérusalem. Deux millénaires se sont écoulés depuis, et l’emplacement supposé du martyre du Christ attire toujours la piété des pélerins. Aujourd’hui, la recherche de sa localisation exacte relève de l’enquête archéologique.
De timides indices descriptifs figurent dans les textes eux-mêmes. Le soir de la mort de Jésus, ses proches détachèrent son corps de la croix et le déposèrent dans une tombe implantée à proximité immédiate qu’un prêtre du Temple et sympathisant, Joseph d’Arimathie, mit à sa disposition. Le Nouveau Testament précise que cette tombe était située dans un jardin, taillée dans le rocher, que c’était un tombeau neuf et qu’après l’inhumation on la referma en roulant devant son entrée une grande pierre ronde sur laquelle on pouvait s’asseoir (Matthieu. 27-28 ; Marc 15-16 ; Luc 23-24 ; Jean. 19 ; Hébreux. 13).

La basilique du Saint-Sépulcre
La plus ancienne tradition chrétienne place le tombeau de Jésus dans l’actuelle basilique du Saint-Sépulcre, construite au l’intérieur de la cité historique de Jérusalem et à l’Ouest du mont du Temple. A l’époque de l’évènement, le site se trouvait en-dehors de l’enceinte fortifiée de la ville, mais celle-ci fut agrandie en vers l’an 44, intégrant désormais le lieu saint dans le périmètre du rempart.
Le souvenir de l’emplacement de la tombe fut perdu au IIème siècle, lorsqu’à la suite de la révolte juive de 132 l’empereur romain Hadrien fit raser tous les lieux saints de Jérusalem. Dans le secteur de la future basilique, il fit élever une grande esplanade et bâtir un temple dédié à Jupiter.
En 323, l’empereur Constantin se convertit au christianisme et s’intéressa aux lieux saints chrétiens de Jérusalem. Il fit démolir le temple d’Hadrien et creuser sous l’esplanade. Selon l’évêque Eusèbe de Césarée, c’est là que la tombe de Jésus fut retrouvée, quoiqu’il ne précise pas comment elle fut identifiée. Selon d’autres sources, c’est à sainte Hélène, la mère de Constantin, que l’on doit la découverte du Sépulcre à la suite d’un rêve qui lui en révéla l’emplacement.
Constantin fit construire au-dessus de cette tombe une immense coupole, complétée par une vaste basilique. Le caveau fut entièrement dégagé de la masse de calcaire qui l’entourait, et devint un volumineux bloc rocheux isolé que l’on appela « édicule » et qui trôna prestigieusement sous la coupole.
L’histoire de la basilique de Constantin est mouvementée. En 1009, le calife arabe Al-Hakim fit entièrement démolir le monument, ainsi que le caveau lui-même qui fut littéralement pulvérisé … Au point qu’aujourd’hui il n’en reste que quelques fragments épars. La nouvelle de ce geste heurta les chrétiens d’Occident et contribua sans doute à motiver le mouvement des croisades. En 1099, les chevaliers français s’emparèrent de Jérusalem après cinq semaines de siège. Ils rebâtirent la basilique sur un plan plus modeste, celui que nous lui connaissons, et taillèrent un nouvel édicule pour remplacer le premier.
Aujourd’hui, l’un des lieux les plus saints de la Terre aux yeux des chrétiens est un monument bâti comme une sorte de labyrinthe truffé de passages dérobés et de curiosités historiques ; il mérite de ce fait une brève visite virtuelle.
Vu de l’extérieur, ses deux grandes coupoles et son clocher rapprochés lui donnent une allure compacte, enserré au milieu des constructions annexes. L’organisation de l’espace intérieur, décoré à profusion, se répartit entre plusieurs confessions chrétiennes. La nef est occupée en son centre par un vaste choeur au sol de marbre entouré d’un mur, où siègent les patriarches ortodoxes. Face à celui-ci et sur la gauche se tient un imposant cube de pierre, qui n’est autre que le massif édicule du tombeau de Jésus-Christ.
Autour du volume central de la basilique se greffent plusieurs salles annexes non dépourvues d’intérêt. L’une des chapelles latérales qui entourent l’édicule communique avec un ancien tombeau aménagé dans une antique carrière et appelé sans certitude « la tombe de Joseph d’Arimathie ». Face à l’entrée principale s’ouvre un double oratoire franciscain, ainsi qu’un long couloir en angle conduisant à une magnifique chapelle romane dite des Croisés.
Percé à l’extrémité est du monument, un large escalier descend vers une vaste salle souterraine, la chapelle Sainte-Hélène, qui possède elle-même encore deux ouvertures discrètes. L’une descend vers la citerne où la croix du Christ aurait été retrouvée, et l’autre vers une seconde cavité dénommée la chapelle Saint-Vartan.
A droite de l’entrée principale, deux escaliers étroits montent vers une double chapelle abondamment ornée d’or et d’argent et qui n’est autre que le traditionnel Calvaire. Un rocher protégé par une vitrine matérialise le point où aurait été plantée la croix.
Lorsqu’on retourne sur le parvis extérieur, on ne manquera pas d’aller explorer une autre curiosité souterraine. En traversant deux pauvres chapelles copte et éthiopienne, on atteindra une petite église copte dédiée à sainte Hélène, qui donne accès via un escalier rupestre à deux plans d’eau souterrains ; l’histoire admet qu’ils servirent de citernes au chantier de construction du premier sanctuaire.
L’importance que les pélerins accordent au Saint-Sépulcre ne prouve pas l’authenticité du lieu saint. Quels éléments pourraient l’attester ? Pour le savoir, une importante campagne de fouilles a été menée sur place à partir des années 1960, dans le cadre d’un programme interconfessionnel coordonné par le père Virgilio Corbo, du Studium Biblicum Franciscanum de Jérusalem. Après avoir retiré le dallage du sol, les fouilleurs trouvèrent des vestiges qui confirmaient l’existence d’une vaste carrière durant l’ère préchrétienne et d’un cimetière au temps de Jésus. Les tombes qui datent du Ier siècle accréditent le lien avec les évangiles de la Passion, quoique l’identification de celle de Jésus demeure incertaine.
Des recherches effectuées dans la chapelle Saint-Vartan ont cependant donné des résultats déterminants : d’autres traces de carrières, un pan de mur et surtout un antique graffiti qui représente un élégant navire marchand accompagné d’une inscription latine signifiant : « Seigneur, nous devons partir » (Domine ivimus). Or cette œuvre, datée à peu près du IIème siècle, est antérieure à l’époque byzantine ; elle prouve donc que la vénération du site est plus ancienne. Le site du Saint-Sépulcre semble dès lors compatible avec l’antique tradition.

La Tombe du Jardin
La solution précédente paraît donc solidement établie, et pourtant elle n’est pas la seule proposée. A partir du XVIIIème siècle en effet, des doutes furent émis quant à l’identification du Saint-Sépulcre au tombeau de Jésus-Christ. Les esprits sceptiques soulevaient le fait que la tombe traditionnelle se trouvait à l’intérieur du rempart de Jérusalem, alors que la crucifixion avait eu lieu en-dehors des murs. Partant de cette idée, le général britannique Charles Gordon se mit à la recherche d’un site alternatif, et prospecta en 1883 à l’extérieur du rempart. Il remarqua au Nord de la ville un escarpement rocheux percé de deux grandes cavités qui ressemblaient étrangement aux orbites d’un crâne humain. Faisant alors le rapprochement avec l’expression de « lieu du crâne » citée dans l’Ecriture, il pensa que c’était là le lieu historique de la crucifixion.
L’hypothèse de Gordon fit son chemin dans la société britannique. Un rapport de fouilles de 1867 émanant de l’archéologue suisse Conrad Schick avait d’ailleurs déjà décrit une ancienne tombe rupestre découverte à quelques mètres du rocher de Gordon. La façade de cette tombe toujours accessible portait des traces évoquant la forme d’une grande pierre circulaire, ainsi qu’une rainure dans le sol, et l’intérieur consistait en deux petites pièces rectangulaires. Ces détails paraissant compatibles avec les écritures, un nombre croissant de pélerins se rangèrent à l’avis de Gordon. Aujourd’hui intégré à un jardin magnifique, le site est tenu par des pélerins protestants qui le considèrent comme la sépulture possible de Jésus de Nazareth.
Cependant les résultats des investigations ultérieures n’allèrent pas dans ce sens. Des fouilles menées sur place par Karl Beckholt en 1904 mirent au jour divers objets, parmi lesquels des figurines de terre cuite typiques de l’âge du fer. Le professeur israélien Gabriel Barkay, de l’Université hébraïque de Jérusalem, étudia à son tour le site en 1974 et en conclut que la disposition de la tombe du jardin indiquait également le VIIème siècle av. J.-C., d’autant plus qu’elle était entourée d’un immense cimetière lui aussi daté de l’âge du fer.
Dès lors que Jésus avait été enterré dans un tombeau neuf, la tombe du jardin ne pouvait plus prétendre être la sienne. Par suite, la tombe du jardin bénéficia de moins de crédit que celle du Saint-Sépulcre.
Au-delà du problème de l’authenticité de cette sépulture, les visiteurs apprécient néanmoins son intérêt pédagogique et le fait qu’elle est restée pratiquement dans son état d’origine.

Le caveau de Talpiot
En 2007, la diffusion télévisée d’un film documentaire intitulé « Le tombeau de Jésus » fit la « une » de la presse mondiale. Il décrivait une nécropole souterraine antique découverte en 1980 dans le quartier de Talpiot, dans la banlieue sud de Jérusalem. Elle contenait une dizaine d’ossuaires datant du premier siècle, dont six portaient des noms gravés parmi lesquels on pouvait lire des expressions à consonance biblique : « Jésus fils de Joseph », « Maria », « Yosé », « Matthieu », « Mariamene e Mara » et « Juda fils de Jésus ». Le cinéaste James Cameron affirmait qu’il s’agissait sans doute là de Jésus de Nazareth et de sa famille, suggérant que Mariamene n’était autre que Marie-Madeleine son épouse, et Juda leur fils. Maria devait être sa mère, et Matthieu et Yosé ses frères.
Cette thèse défendue par l’archéologue israélien Simcha Jacobovichi s’appuyait essentiellement sur des calculs statistiques d’occurrence des prénoms et sur des analyses de l’ADN trouvé sur des fragments d’ossements.
La diffusion de ce reportage souleva une controverse passionnée et surtout beaucoup de scepticisme. Le rapprochement avec le Jésus des évangiles paraissait un peu forcé pour plusieurs raisons. En premier lieu, les prénoms trouvés sur ces ossuaires étaient très courants à l’époque, et même l’expression « Jésus fils de Joseph » a été retrouvée dans deux ou trois autres tombes. Ensuite, aucun texte biblique ne présentait Jésus-Christ comme marié et père de famille. De même, le prénom de Marie-Madeleine n’existait pas au Ier siècle, et il n’avait rien à voir avec celui de Mariamene. Enfin, l’absence de parenté entre Mariamene et Jésus, indiquée par l’ADN, ne prouvait pas qu’ils étaient mari et femme. En résumé, cette enquête pêchait par un manque de rigueur et ne remporta pas beaucoup de suffrages dans le milieu universitaire.

Conclusion
Entre les trois sites précédemment décrits, l’identification du véritable tombeau de Jésus de Nazareth n’est plus guère discutée. Une longue tradition soutient le Saint-Sépulcre, et les résultats des fouilles semblent le confirmer. La tombe du jardin paraît trop ancienne pour être celle du Christ, et le caveau de Talpiot souffre d’un lien difficile à établir avec les évangiles. Cela dit, le choix d’une conclusion dépend également du regard que l’on porte sur le récit de la mort et de la résurrection de Jésus-Christ.

sur les pas de jesus

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