LA GENESE (chapitre 1 et 2)

LE LIVRE DE LA GENESE
La Genèse, n’est pas qu’une belle histoire. Sa lecture peut toucher au plus profond de nous-mêmes…

On peut lire la Genèse comme une belle histoire, sans se soucier de son ancrage historique et de ses références parfois bien éloignées de celles du monde contemporain. Mais la Genèse, comme tous les livres bibliques, n’est pas qu’une belle histoire. Sa lecture peut toucher au plus profond de nous-mêmes, modifier notre regard sur Dieu, l’être humain et la création. Cet impact est multiplié lorsque la lecture se fait à plusieurs. Vous en doutez ? Essayer… Voici deux plaquettes toutes simples pour tenter l’aventure.

Lire le livre de la Genèse
Chapitres 1 à 25
De la création à Abraham

Lire le livre de la Genèse
Chapitres 26 à 50
De Jacob à Joseph

Le livre de la Genèse est la porte d’entrée de la Bible. Il donne accès au grand projet de Dieu pour les hommes. Nul autre livre de la première alliance n’a autant marqué l’imaginaire juif et chrétien. Aucun autre n’a laissé autant de traces dans notre civilisation occidentale. Les histoires d’Adam et Ève, de Caïn et Abel, du Déluge, de la tour de Babel, d’Abraham sont universellement connues. Enseignées au catéchisme, sculptées dans les pierres des cathédrales, reproduites sur les vitraux et les peintures des musées, reprises par les écrivains et les poètes de tous les temps, ces histoires bibliques font partie du trésor de l’humanité.

Un formidable malentendu

Ces histoires alimentent en même temps un formidable malentendu. Au lieu d’être respectées dans leur sens premier, qui est religieux, elles sont sommées de se prononcer sur des sujets qui ne les intéressent nullement. Alors qu’elles nous parlent de Dieu, de son amour pour les hommes, de sa volonté d’en faire des êtres libres et responsables de leurs actes, de son alliance avec un peuple afin d’en faire un signe pour la multitude des hommes, certains voudraient en faire un manuel de sciences naturelles. Pratiquant une lecture fondamentaliste, ils ne tiennent aucun compte du genre littéraire des textes. Comme dit le document de la Commission Biblique Pontificale L’interprétation de la Bible dans l’Église, le fondamentalisme » historicise ce qui n’avait pas de prétention à l’historicité car il considère comme historique tout ce qui est rapporté ou raconté avec des verbes à un temps passé, sans la nécessaire attention à la possibilité d’un sens symbolique ou figuratif « .

Une lecture attentive

Une lecture attentive du texte devrait pourtant suffire à nous mettre à l’abri de ce type d’interprétation fautive. Il n’y a qu’à relever les difficultés ou les contradictions apparentes du texte. On constate que celles-ci n’obscurcissent pas le texte mais mettent au contraire le lecteur sur la bonne piste. À titre d’exemple, voici quelques questions que le lecteur est amené à se poser : Comment la lumière et l’obscurité peuvent-elle alterner sur terre dès le premier jour alors que le soleil n’est créé que le quatrième jour ? Avec quelles cordes vocales et en quelle langue le serpent parle-t-il ? Avec quels habitants de la terre Caïn construit-il une ville ? Comment une inondation peut-elle recouvrir les plus hauts sommets de la terre (Everest) de plus de quinze coudées ? etc. Ces questions, à l’évidence, n’attendent pas une réponse de type scientifique. Elles soulignent le genre littéraire du texte qui, loin d’être un tissu d’inepties, est au contraire une puissante réflexion sur Dieu et ses relations avec l’humanité, le tout formulé dans un récit qui s’apparente aux récits mythologiques. Il en va de même de l’histoire d’Abraham. Rédigée plus de 13 siècles après les évènements qu’elle est censée rapportée, elle n’a qu’un lointain rapport avec un récit historique tel que nous l’entendons aujourd’hui. Elle nous communique par contre la foi de l’auteur, au moment où il écrit le texte.

Contenu

Le livre comporte deux grandes parties, facilement identifiables : les origines (Genèse 1 à 11) et les patriarches (Genèse 12 à 50).
Dans la première partie se trouvent les textes les plus connus : le poème des sept jours de la création, Adam et Ève, Caïn et Abel, le déluge, la tour de Babel. Des généalogies assurent la transition d’un épisode à l’autre. Ils dessinent un grand arbre dont les ramifications s’étendent sur le Moyen-Orient, seule contrée connue par le narrateur biblique. Cette première partie s’achève avec l’apparition sur un point de la ramure de l’arbre généalogique d’Abram, fils de Tèrah. La deuxième partie du livre raconte l’histoire d’Abram (devenu Abraham) et de sa descendance, Isaac, Jacob et ses enfants.

La première plaquette propose de lire la première partie et la moitié de la seconde partie consacrée à Abraham. La deuxième plaquette reprend la deuxième partie au mariage d’Isaac et se termine à la mort de Jacob au milieu de ses fils en Egypte.

Auteur

Comme beaucoup de livres anciens, la Genèse n’a pas d’auteur connu ni d’auteur unique. Son élaboration s’est faite sur plusieurs siècles, depuis la période de David-Salomon (- 1000 av. J.-C. environ) jusqu’à l’époque d’Esdras, après le retour d’exil (- 400 av. J.-C. environ). Chargé par les Perses d’organiser le pays, Esdras fait rédiger la Loi, le Pentateuque. À partir de textes d’origines et de tendances différentes, une équipe de prêtres et de laïcs rédigent la Genèse. Ils sont soucieux de tirer les leçons du passé et plus particulièrement du désastre de la prise de Jérusalem et de l’exil. En racontant les origines et l’histoire des patriarches, les prêtres mettent en valeur l’importance du culte, de la circoncision, du respect du sabbat. Les scribes et les gens liés au prophétisme insistent sur le lien entre la foi et la vie. À coup de compromis entre les différentes tendances, le texte de la Genèse aboutit à sa rédaction finale. Voilà, très rapidement résumée, l’hypothèse la plus probable sur la composition de ce livre, écrit en hébreu, et dont nous lisons la traduction œcuménique (T.O.B.) dans ce fascicule.

Chapitre 1

Versets 1-2 – Au commencement, Dieu organise le tohu-bohu, le chaos primitif au-dessus duquel flotte une réalité mystérieuse, le souffle de Dieu.

3-5 -Dieu organise par sa parole. Pour lui, dire et faire c’est la même chose. Il organise le monde en séparant les éléments. Il contemple et apprécie son œuvre, puis il la nomme.

6-8 – Il fait une coupole qui sépare les eaux d’en haut de celles d’en bas. Les premières peuvent tomber du ciel sous forme de pluie bienfaisante ou d’orages dévastateurs, les secondes forment les sources, mais aussi la mer et les eaux de l’abîme. Dieu ne porte aucune appréciation sur son travail du deuxième jour.

9-13 – La séparation suivante permet à la terre sèche d’apparaître. Dieu lui délègue le pouvoir de se couvrir de végétation : celle dont la semence n’est pas apparente, celle qui porte des grains et les arbres qui ont des fruits. Au cours de cette journée, Dieu porte une double appréciation positive sur son œuvre.

14-19 – Alors qu’il avait créé la lumière le premier jour, Dieu ne fait les luminaires qu’au quatrième jour. Les deux luminaires principaux ont un rôle utilitaire, ils sont appelés à présider le jour et la nuit, et pourtant ils ne sont pas nommés. Les étoiles sont nommées. Les astres ne sont pas des divinités, ce sont de simples créatures que Dieu met au service des hommes.

20-23 – Dieu peuple l’espace aquatique et l’espace aérien d’animaux, organisés en espèces. Un élément nouveau apparaît : la bénédiction de Dieu. Les poissons et les oiseaux sont appelés à remplir leurs espaces réciproques.

24-25 – Le sixième jour, Dieu crée les animaux terrestres. Bien que Dieu porte une appréciation positive sur eux, il ne les bénit pas.

26-28 – Avant la création d’un adam Dieu indique son projet. Il met en valeur la dignité de la nouvelle créature ainsi que la vocation de l’humanité qui consiste à soumettre les animaux. À la différence des animaux, l’humanité n’est pas constituée en espèces, mais différenciée en deux modes : mâle et femelle. Voulue par Dieu, la sexualité permet à l’humanité d’être à l’image de Dieu et de continuer son œuvre créatrice.

29-31 – La domination de l’humanité sur les animaux est non-violente. L’humanité ne peut s’approprier la vie d’un animal. Les animaux eux-mêmes sont appelés à respecter la loi de la non-violence. Dieu porte un regard positif sur son œuvre.

Chapitre 2

1-4a – Dieu achève la création en bénissant le sabbat, jour sacré entre tous.

Commencer
Animer

Commencer par lire le texte (Genèse 1,1 – 2,4) lentement et à haute voix.

L’observer

Le poème décrit le passage du tohu-bohu primordial à un monde ordonné et paisible. Observez la manière dont le poème est structuré. Entre les deux versets d’introduction et le verset de conclusion, tout se passe en sept jours. Relevez la répétition de l’expression  « Dieu dit ». Combien de fois cette expression revient-elle ? Observez ensuite chaque jour de la semaine
• Premier jour. Soulignez les verbes.
• Deuxième jour. Quels sont les verbes du premier jour qui reviennent ? Quel est le verbe nouveau ? À quoi sert le firmament ?
• Troisième jour. Combien y a-t-il de paroles de Dieu ? Quel est l’élément nouveau qui apparaît par deux fois ? Dieu ne porte pas d’appréciation positive sur les deux premiers jours. Dans la mentalité biblique, la ténèbre et les eaux des abîmes sont des symboles du mal. Ils ne peuvent pas être qualifiés de bons.
• Quatrième jour. Remarquez que la lumière existe indépendamment des luminaires. À quoi servent les deux grands luminaires ? À la différence des étoiles, pourquoi ne sont-ils pas nommés par leur nom ?
• Cinquième jour. Avec la création d’être animés apparaissent deux éléments nouveau : les espèces et la bénédiction. La première implique une diversité. La deuxième est liée à la fécondité.
• Sixième jour. Création des animaux terrestres et des humains. Pourquoi les premiers ne sont-ils pas bénis ? À l’image de qui les humains sont-ils créés ? Pour faire quoi ? Sont-ils constitués en espèces, comme les animaux ? Quelle est la nourriture des humains et des animaux ?
• Septième jour. En quoi se distingue-t-il des autres jours ?

Le méditer

– Ce poème est-il un texte scientifique ou un texte religieux ? A quoi s’intéresse-t-il le plus : au comment ou au pourquoi de la création ?
– Notez l’importance de la Parole. Dieu crée par sa Parole. Dieu dit… et cela fut. Notez également l’importance de la lumière, créée avant toutes choses, indépendamment des astres. Faites le lien avec le prologue de l’évangile de Jean (et plus particulièrement Jean 1,1.9).
– Dieu bénit les êtres animés des espaces aquatiques et aériens afin qu’ils soient féconds et remplissent l’espace qui leur est assignés. Mais pourquoi ne bénit-il pas les animaux terrestres ? Cela semble surprenant, mais c’est conforme à la logique du récit. Ils ne doivent pas dominer les humains qui peuplent la même terre ferme. Dieu veut un monde organisé et maîtrisé par l’homme. Celui-ci domine les animaux, mais d’une domination douce, non-violente. Il n’est pas autorisé à les tuer pour les manger. Les êtres humains ne sont pas créés en espèces, à l’image des animaux, mais à l’image de Dieu, sous la double modalité d’hommes et de femmes.
– Le septième jour est un jour béni entre tous. Il est destiné au repos et à la louange de Dieu. Le travail n’est donc pas le but ultime de l’homme.

Pourquoi y a-t-il deux récits de la Création ?

Avez-vous déjà réfléchi sur la création selon Genèse 1 face à la création selon Genèse 2 ? Laquelle est la vraie création selon vous ? La 1ère, spirituelle, parfaite où l’homme est à l’image de Dieu ? ou la seconde où l’homme est charnel, mortel, périssable et mauvais ?

La Bible parle magnifiquement de l’homme, mais les femmes et les hommes de la Bible sont comme nous, du même bois… ou de la même argile. Et s’il fallait ne pas choisir entre ces deux magnifiques récits de la Bible, comme l’être humain assume dans la complexité que nous connaissons tous, l’image de Dieu que nous portons ?

Grandes ouvertures

Les deux récits bibliques du début de la Genèse (Gn 1 et Gn 2) sont deux textes primitivement indépendants. La Bible s’ouvre sur un récit en sept jours qui représente comme une grande liturgie de la création (Gn 1). Il existe dans la Bible tout un courant, qui remonte en particulier au temps de l’Exil (587-538 av. JC), et qui affectionne le chiffre sept, dont il fait le chiffre de Dieu. Ainsi, dire que le monde est créé en sept jours, c’est dire qu’il est tout entier oeuvre de Dieu. De même ceux qui font le tour de Jéricho avant d’entrer dans la ville au livre de Josué, sonnent la trompette pendant sept jours. Cette entrée extraordinaire dans la ville, qui leur ouvre la terre promise, est ainsi intégralement l’oeuvre de Dieu. C’est ce que chantent ces textes.

Au moment où Israël perdit tout : sa terre, son roi, et même peut-être Dieu, puisque le temple était parti en fumée, le chiffre sept, le chiffre du sabbat, marquait le temps comme cet espace qui assure l’homme dans la présence de Dieu, au moment où toute trace de Dieu et de sa promesse semblaient perdues. Epoque aussi où la circoncision marqua la chair de l’homme comme signe d’appartenance. La frontière perdue sur la terre était ainsi comme gravée sur l’homme lui-même, et comme signe d’appartenance à Dieu.

Ainsi le sabbat, c’est cela : le septième jour qui ponctue l’oeuvre de Dieu. Et dans cette immense fresque, l’homme est effectivement au centre de la création, il en est le coeur (cf. le Psaume 8), image de Dieu, créé homme et femme et ainsi ensemble image de Dieu.

D’argile et de souffle

Le second récit est plus ancien, et il a une poésie plus concrète. Peut-être date-t-il du 10 ou 9ème siècle av. JC. Il place l’homme en Eden, entre quatre fleuves quasi-mythiques qui ressembleraient bien à une géographie très humaine et réelle. On dit en langage un peu technique qu’il est très anthropomorphique : il parle de Dieu sous des traits très humains (anthropos en grec).

Dire que la femme est tirée de la côte de l’homme dit la proximité et la ressemblance étroite en l’homme et la femme : « celle-ci est l’os de mes os, la chair de ma chair » s’écrie Adam, dont le nom signifie seulement « argile » ou « glaise ». Il s’appelle ainsi parce que Dieu l’a modelé à partir du sol.

Voilà l’homme, façonné d’argile mais insufflé du souffle de Dieu. Comme on se sent proche du pays des hommes dans ce texte. Il faut à peine décoder les images : notre friabilité et notre beauté y éclatent aux yeux. Et nous relisons ces textes à l’infini, justement en raison de leur discrétion et de leur beauté.

Refuser de choisir !

Surprenant ! En général on dit : « il faut choisir ». Ici, peut-être ne faut-il pas choisir, mais se reconnaître dans l’un et l’autre texte. Pleinement image de Dieu, sans ombre aucune, l’homme est aussi ou se sait pétri d’argile, divinement insufflée de Dieu.
Qu’on lise l’un ou l’autre texte, c’est le même chant de Dieu qui semble marquer l’homme, comme sa nature profonde : l’homme est fragile, mais dans cette fragilité il porte la trace, la présence même de Dieu.
Il faut relire ces textes, s’en étonner, s’en émerveiller. Et devenir de ces êtres qui défendront dès lors toute vie menacée, toute vie défigurée, toute existence marquée de fragilité. Qui se portent, comme le dit la règle de vie des religieux de l’Assomption en un paragraphe décisif, là où Dieu est menacé dans l’homme et l’homme menacé comme image de Dieu.

Un trésor porté dans des vases d’argile

Paul parle en ces termes de l’Evangile porté par le disciple ou l’apôtre, exposé aux vents violents de l’histoire (2 Corinthiens 4,7). C’est ainsi qu’est porté l’évangile depuis deux mille ans, par des femmes et des hommes pauvres et lumineux, comme nous le sommes nous-mêmes. Et cela représente un véritable geyser d’espérance, inépuisable !
Comme Jésus, prenant les traits du « serviteur souffrant » chanté par Isaïe (Is 53), est allé au plus loin de la défiguration, pour porter jusqu’à ce point extrême la guérison de l’homme, désormais ouvert au petit jour de Dieu.
genèse

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