EVANGILE DE SAINT MARC (12, 38-44)

TEXTES DU DIMANCHE 8 NOVEMBRE 2015
1ere lecture : « Avec sa farine la veuve fit une petite galette et l’apporta à Élie » (1 R 17, 10-16)
Psaume145
R/ Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur !
2e lecture : « Le Christ s’est offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude » (He 9, 24-28)
Évangile : « Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres » (Mc 12, 38-44)

Les autres nous font exister

Pauvre d’entre les pauvres, la veuve qui donne tout ce qu’elle a est une figure de Dieu !

Le personnage de la veuve est souvent évoqué dans la Bible. Il représente la solitude affective, mais plus encore l’être humain sans défense, à la merci de tous, et aussi sans ressources. « La veuve et l’orphelin » sont pratiquement sans droit et dépendent donc de la bonne volonté de leurs voisins. Or voici qu’Élie, dans notre première lecture, vient trouver une veuve non pour lui donner, mais pour lui demander. Cette femme n’a que des mauvaises cartes : pas de mari, un enfant à charge. Et tout cela en temps de famine. Si le prophète demande à la veuve de le nourrir en premier en prenant sur le peu qui lui reste, ce n’est pas par égoïsme. C’est pour que cette femme cesse de compter sur ses réserves et en vienne à se fier totalement à la parole qui vient de Dieu. « N’aie pas peur », lui dit-il. Elle doit cesser d’envisager la mort, de croire en la mort qui doit suivre la consommation de ses dernières réserves, pour ouvrir les yeux du côté de la vie. Une vie qui vient d’ailleurs. La veuve de Sarepta suit le même itinéraire. Toujours le même message : donner sa vie pour la sauver, même si se « donner » prend d’abord le visage d’une perte de soi. C’est de cela que nous ne devons pas avoir peur. Donner de soi-même pour faire vivre d’autres personnes peut servir de définition au processus de la génération. Le « schéma » en est le même. L’existence de l’humanité est à ce prix. Au fond, si chacun avait tout ce qu’il lui faut, si nous n’étions pas obligés de compter sur d’autres pour vivre, l’échange, le partage, l’amour ne seraient plus les constituants nécessaires de l’humanité.

Celui qui donne est celui qui gagne
Le besoin de l’autre, celui auquel on donne et celui qui nous donne, signifie notre relation à Dieu. Dieu est amour. Là où l’amour n’existe pas, Dieu est absent, ce qui signifie qu’il n’y a plus de place que pour la mort En effet rien n’existe que par la présence de Dieu. Un monde qui serait juxtaposition d’individus autonomes ne serait pas image de Dieu ; donc ne serait pas. C’est par le passage aux autres que tous ensemble nous sommes expression du Père, du Fils, de l’Esprit. Dieu est union, et nous avons à nous faire union. Ce qui est fondamental, ce n’est pas le besoin de celui auquel nous donnons, besoin qui n’est pas toujours évident, c’est le besoin que nous avons de donner pour simplement exister. Relisons notre évangile : les scribes dont il est question au verset 38, ceux qui étalent au grand jour leur richesse matérielle et spirituelle, émargent-ils au budget alimenté par le tronc de la salle du trésor ? Sans doute, puisque Jésus dit qu’ils dévorent les biens des veuves. Dans ce cas, c’est à ces riches que la veuve va donner « tout ce qu’elle a pour vivre ». Or, c’est elle qui est gagnante : donnant sa vie, elle la sauve, alors que ceux qui la lui prennent (verset 40) la perdent, ce qui est signifié ici par l’annonce de la condamnation. Mais n’oublions pas que le Christ prendra sur lui cette condamnation qui devrait empêcher le riche d’entrer dans le Royaume (versets 23-27 de ce même chapitre 10).

La veuve habitée par Dieu qui se donne
Quand Jésus dit que la veuve de Sarepta a donné tout ce qu’elle avait pour vivre, il ne faut probablement pas prendre cette formule au sens strictement matériel. Il vient d’ailleurs de dire que cette femme a pris « sur son indigence », par opposition au « superflu ». Même s’il ne lui reste « qu’une poignée de farine et un peu d’huile » (1re lecture), elle a renoncé à sa sécurité économique ; elle a mis sa survie en danger. Pour cela, il a fallu qu’elle entende, d’une façon ou d’une autre, le « n’aie pas peur » de la première lecture. Elle est donc entrée dans l’aire de la foi : elle a en quelque sorte changé d’univers. Nouvelle naissance pour une vie à l’abri de la perspective de la mort. La voici désormais en dépendance vitale d’une générosité extérieure à elle-même. Générosité des autres par laquelle passe et se révèle la générosité divine, la seule qui nous libère de la mort. Mais qui a donné sa vie sans rien réserver ? Qui s’est dépouillé de ses vêtements, de son honneur, de sa vie ? Contrairement au grand prêtre qui venait offrir un sang étranger, qui a donné son propre sang ? Les scribes construisent leur notoriété, leur prestige, sur les biens des veuves. Le Christ entre dans le déshonneur en épousant notre misère. Le fait que la veuve de Sarepta donne tout ce qu’elle a pour vivre montre que le Christ est à l’œuvre secrètement, depuis le commencement du monde, dans le don de soi effectué par une multitude d’hommes et de femmes. Par la croix du Christ nous est révélée la plénitude de l’amour de Dieu déjà figuré en ses créatures.

Apparences et réalité
Sous une apparence anecdotique, c’est une question de vie ou de mort qui est posée dans l’évangile de ce dimanche.

La veuve de Sarepta est à première vue une pauvre femme, condamnée à mourir de faim avec son fils. Élie est un voyageur démuni qui demande l’aumône ; les scribes sont des notables prestigieux qui se situent au-delà de toute appréciation, de tout jugement à leur égard. Quant aux deux piécettes versées par la pauvre veuve, elles sont ridicules par rapport aux frais du Temple. Tel est le monde des apparences. On se prononce sur ce qui est important et sur ce qui ne l’est pas, sur ce qui a de la valeur et sur ce qui n’en a pas. Or, quelle importance a la brebis perdue par rapport à l’ensemble du troupeau ? Un pour cent, ce n’est pas beaucoup ! Et pourtant c’est celle-là qui s’avère la plus précieuse aux yeux de Dieu et qui lui donne le plus de joie quand elle est retrouvée. Spontanément, nous vivons dans l’univers des apparences. En un premier temps c’est normal car, comme le mot l’indique, c’est bien l’apparence qui saute aux yeux en premier lieu. Comme le trésor, la réalité est souvent enfouie sous terre et ne se découvre qu’au prix d’une fouille laborieuse. Même des gestes, paroles, actions qui semblent exprimer un amour indiscutable cachent un désir de posséder ou d’être approuvé par ceux qui en sont témoins. Même les acteurs peuvent s’y tromper : la veuve de Sarepta ne sait pas qu’elle possède un trésor, que le mendiant qui demande du pain est justement celui qui a le pouvoir de lui en donner.

Question de vie ou de mort
L’évangile nous dit que les scribes – et tous ceux qui leur ressemblent – qui ont l’air de donner (du savoir, du discernement etc.) sont en réalité ceux qui prennent, en particulier ce que possèdent les veuves, c’est-à-dire ceux et celles qui n’ont personne pour les défendre. On sait qu’avec l’enfant et l’infirme, ces personnages sont des figures du besoin. Laissons de côté le système social et les manoeuvres juridiques que ces exactions impliquent. Remarquons que dans certains cas, prendre les biens revient à prendre la vie. N’est-ce pas ce que semble faire Élie dans la première lecture ? Donnant leurs maigres ressources au prophète, la veuve et l’enfant n’ont plus qu’à mourir. C’est également le cas de la veuve de l’évangile puisque, dit Jésus, « elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre ». Et puisque nous parlons d’apparences et de réalité, comprenons bien que sous l’apparence anecdotique de ce passage d’évangile, ce sont des questions de vie ou de mort qui sont posées. En fin de compte, la mort et le mortel pourront nous apparaître sous le masque de la vie et du vivre ; la vie pourra revêtir le visage de la mort. Cependant, si le récit de la première lecture finit bien, puisque la vie triomphe, celui de l’obole de la veuve (notre évangile) ne conclut pas : le texte ne dit pas comment cela se termine. Il y a là, comme nous allons le voir, une vérité qui nous concerne.

Le don total de l’être
Nous pouvons projeter le conflit apparence-réalité sur ce qui se passe à la croix. Voici le juste qui apparaît sous les traits d’un malfaiteur, la puissance qui prend le masque de la faiblesse et, en fin de compte, la vie faisant irruption dans l’humanité avec le visage de la mort. Ne parlons pas trop vite de Résurrection car si la crucifixion a été visible, constatable, attestée par l’un ou l’autre auteur païen, personne n’a vu Jésus se relever du tombeau. La Résurrection nous rejoint par l’audition, non par la vue. Impossible, dans le cadre de ce commentaire, de s’expliquer sur les récits d’apparition, sur leur genre littéraire, leurs significations. Pour nous la Résurrection est de l’ordre du croire sans voir. En d’autres termes, nous n’avons devant les yeux que les apparences de la Passion du Christ. C’est pourquoi Paul dit que c’est seulement en espérance que nous sommes sauvés (Romains 8,24). Si Marc ne nous dit rien de ce qui arrive à la veuve qui a tout donné, c’est pour nous faire comprendre que nous en sommes là. Nous avons à croire que la vie nous rejoint à travers tout ce qui nous arrive, malgré les apparences contraires. Allons plus loin : il ne s’agit pas seulement de supporter, il s’agit, comme pour les veuves de nos lectures, de donner et, finalement, de se donner. C’est bien ce que fait le Christ à la Passion. Mais attention : ce n’est pas parce qu’elle est souffrance et mort que la Passion donne la vie, c’est parce qu’elle est don de soi, don d’amour.

souce : Croire.comveuve2

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