LE BOUC EMISSAIRE CHEZ RENE GIRARD

LE BOUC EMISSAIRE

GIRARD, René. – La violence et le sacré. – Paris, B. Grasset, 1972. 455 pages

LA VIOLENCE ET LE SACREDans La Violence et le Sacré, René Girard montre comment le sacrifice d’un animal permet d’apaiser symboliquement les pulsions agressives : par ce subterfuge (l’animal est substitué à la « cible » humain), les membres de la communauté sont préservés du déferlement d’une violence qui menace la société.
Dans les cérémonies religieuses, le sacrifice est destiné soit à tester le dévouement des croyants soit à calmer la colère de(s) dieu(x). Or le sacrifice est une affaire humaine, et c’est ainsi que le comprend René Girard : le sacrifice apaise les pulsions agressives des hommes.

Dans La violence et le sacré (1972) René Girard revient sur les rites sacrificiels et notamment les sacrifices humains et se demande ce qui a pu frapper assez les hommes pour justifier le meurtre d’un des leurs non pas dans un geste brutal et irréfléchi, mais dans un désir de vie conscient, créateur de formes culturelles et qui se transmet de génération en génération dans des formes de rite codifiées.
Ce qui menace le plus dangereusement toute société, c’est la violence réciproque (le cercle des violences privées qui engendrent vengeances et contre-vengeances). Le rite sacrificiel serait la répétition d’un premier lynchage spontané qui a ramené l’ordre au sein d’une communauté. Dans ce lynchage, la violence de tous contre tous trouve sa solution et son terme dans la violence de tous contre un. Autour de la victime sacrifiée se reforme l’unanimité de la collectivité apaisée par cet exutoire. Il se produit ainsi une solidarité dans le crime.
Le rite sacrificiel est donc une violence ponctuelle et légale dont la fonction est d’opérer une catharsis des pulsions agressives sur une victime qui se montre indifférente au sort de la communauté parce que marginale.
René Girard précise les conditions sociales qui « prédisposent » un individu à servir de bouc émissaire à la vindicte populaire.

Ce peut être :
un prisonnier de guerre
un esclave
un enfant difforme
un roi parce qu’il échappe à la société par le haut
ou un mendiant parce qu’il échappe à la société par le bas

R. Girard nous apprend que la cité d’Athènes entretenait elle-même quelques malheureux qu‘elle sacrifiait quand les tensions sociales renaissaient (lors d’une calamité collective – épidémie, famine, invasion – pour satisfaire la colère des dieux.

On peut voir que dans la Bile – d’après la tradition du Lévitique – le bouc émissaire est promené au milieu de toute la communauté. Il est censé porter sur lui toutes les tares et toutes les souillures du peuple. Son sacrifice expulsera le mal hors de la communauté. Dans cette liturgie, le sacrifice du bouc- émissaire pour calmer la colère des dieux, c’est en réalité les pulsions agressives des hommes qui sont ainsi canalisées. René Girard considère le sacrifice comme une affaire purement humaine Cela le conduit à donner une réinterprétation de l’histoire d’Œdipe.
Œdipe est un cas parmi d’autres de bouc émissaire. « Une idole fracassée » : l’étranger libérateur de Thèbes subit un revirement de la part de son peuple lorsque la peste s’abat sur la ville. Il est victime d’une mystification : des rumeurs courent sur son compte (le parricide, l’inceste) mais qui vont servir de prétexte pour exposer le roi à la vindicte populaire.
Pour René Girard, chaque fois que se reproduit le mythe, nous devenons les complices d’un lynchage collectif…

Il établit un parallèle entre Job et Œdipe, tous deux victimes du même type de mystification collective ; c’est pour admirer dans le personnage de Job l’homme qui reste fidèle à sa vérité de victime et met en défaut la mythologie officielle qu’il faut chercher à le culpabiliser. Œdipe, lui, se soumet au verdict de la foule et transforme par le fait même le délire de persécution en vérité. C’est l’occasion pour René Girard de revenir sur les pratiques policières et surtout sur tous les subterfuges afin d’ obtenir des aveux spontanés : l’adhésion de l’accusé au processus qui l‘élimine remplace la preuve de sa culpabilité.
La religion chrétienne a intégré cette notion de bouc émissaire :Jésus en se désignant comme l’Agneau de Dieu et mourant sur une Croix expie les péchés du monde. Mais pour la religion chrétienne le sacrifice est consommé une fois pour toute et il n’y a pas lieu de le renouveler.

Pour Réné Girard cette volonté de produire des victimes consentantes caractérise autant les systèmes totalitaires modernes que les procédures judiciaires des inquisiteurs de l’âge classique.

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