« D’après une histoire vraie » de Delphine de Vigan

delphine de ViganD’après une histoire vraie

Delphine de Vigan

Paris, J.-C. Lattès, 2015

Avec « D’après une histoire vraie » (éd. JC Lattès), Delphine de Vigan voulait faire un roman à suspense, qu’on ne lâche pas. 

Delphine de Vigan est devenue célèbre avec son roman autobiographique « Rien ne s’oppose à la nuit », où elle raconte l’histoire de sa mère bipolaire « Que vas-tu faire après ça ? », c’est la question que tout le monde lui a posée. Quatre ans après elle sort un livre entre thriller psychologique et essai intime.

 L. a-t-elle existé ?

Dans son nouveau roman, sélectionné pour le Goncourt et le Renaudot (et qui vient d’obtenir le prix Goncourt des Lycéens), Delphine de Vigan raconte son quotidien d’écrivain et de mère après la publication de « Rien ne s’oppose à la nuit ». C’est dans ce cadre parfaitement réel qu’elle introduit un personnage fictif. L., une fan qui installe doucement son emprise psychologique sur elle. L. est à la fois la face noire ou névrosée de l’auteur qui l’empêche d’écrire un nouveau livre (avec ses intrusions, ses conseils et ses questions) et son antithèse (elle est toujours impeccable, très sûre d’elle).

Delphine de Vigan et L. vont s’aimer, entrer en dépendance et s’affronter. 

 L’auteur dit à propos de son livre : « Ce que je peux vous dire, c’est que L. existe sous une forme ou sous une autre. »

Cette fiction contient une part de vérité… Les nuisances incarnées par L. ont probablement existé (perte de confiance en soi, dix mille questions sur l’écriture). C’est tout l’objet du livre : brouiller les pistes même si la ligne entre fiction et autobiographie est difficile à tracer.

 Figure maternelle insécurisante

C’est de cette insécurité dont parle  Delphine de Vigan dans son premier livre « Rien ne s’oppose à la nuit » (il y a quatre ans),

« Jusque-là, Lucile avait été ma maman. Une maman différente des autres, plus belle, plus mystérieuse. Mais je prenais maintenant conscience de la distance physique qui me séparait d’elle, je la regardais avec d’autres yeux, ceux de l’école, ceux de l’Institution, ceux qui la comparaient aux autres mères, ceux qui cherchaient la douceur qui avait disparu des siens. »

 Le syndrome du nid vide

Certains éléments sont présentés comme autobiographiques dans le nouveau livre, en dehors du personnage de L., sont vrais. Dans le livre, son compagnon s’appelle François… Dans la vie aussi.

Et il est bien aussi critique littéraire comme dans le roman (L. fait d’ailleurs remarquer au personnage de Delphine de Vigan que ça doit être inhibant d’être avec quelqu’un qui fait ce métier quand on est écrivain).

L’écrivain a bien deux enfants mais ce ne sont pas des jumeaux comme dans le livre.

Dans le roman, l’écrivain aborde longuement la question du départ des enfants de la maison (l’a-t-elle vécu ou inventé ?). Elle parle de ce que la mère traverse. Un mélange de sensations, entre reconquête de soi, nostalgie et dépression.

Comme le dit un article du Monde sur le « syndrôme du nid vide » : « Il fallait bien que cela arrive un jour. Quand les enfants quittent la maison, c’est une page qui se tourne. Fini les sorties en famille, les câlins, les repas chahutés, les éclats de rire, les confidences ainsi que lles “corvées de taxis”, les sautes d’humeur et claquements de portes. »

 De « Misery » au gène BRCAI

Dans son livre, Delphine de Vigan rend hommage à Stephen King à travers des citations, au début de chacune de ses parties.

Un des extraits du roman « Misery « : un court dialogue entre un écrivain et son admiratrice psychotique qui le maintient en détention.

« – Puis-je vous demander quelque chose, Annie ?

– Bien sûr, mon cher.

– Si je vous écris cette histoire ?

– Ce roman ! Un gros et beau roman comme tous les autres, peut-être même plus gros !

Il ferma les yeux un instant puis les rouvrit.

– D’accord, si je vous écris ce roman, est-ce que vous me laisserez partir quand il sera terminé ?

Pendant quelques instants, une émotion qui trahissait son malaise s’attarda sur le visage d’Annie. Puis, elle le regarda attentivement.

– Vous parlez comme si je vous retenais prisonnier, Paul. »

  Stephen King et Delphine de Vigan font le même type de démarche :

« En plus de sa capacité à effrayer le lecteur, [King] en dit beaucoup sur l’écriture elle-même, sur sa force d’attraction profonde et élémentaire, ses déceptions et ses défis. » (Washington Post commentant le livre de Stephen King en 1987)

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