JEAN LE BAPTISTE

JEAN BAPTISTEÉvangile selon Luc (3, 1-6)

Deuxième dimanche de l’Avent

« L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode prince de Galilée, son frère Philippe prince du pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias prince d’Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie.

Il parcourut toute la région du Jourdain ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe : A travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu. »

 

 

Nous revenons de loin

 

Oui, nous, Israël, nous étions perdus parmi les nations. Depuis la dernière déportation à Babylone, nous vivions en culture païenne. Tous nos repères, le temple, le sacerdoce, la lecture de la Loi, tout avait disparu. Peut-être parce que nous n’avions pas attaché assez d’importance, quand nous étions chez nous, à ces expressions de l’Alliance, violant le Sabbat et sacrifiant aux idoles. Au fond, nous étions privés de ce que nous avions refusé sans soupçonner que nous étions ainsi devenus des étrangers sur la terre. Mais voici que se lèvent des voix prophétiques. Jérusalem désertée verra ses enfants perdus converger vers elle depuis l’Orient et l’Occident.

De partout, car il fallait qu’Israël découvre que nulle part il n’avait sa place quand il n’honorait pas sa loi. Maintenant, au vêtement de tristesse va succéder la parure de joie. La route du retour est semée d’obstacles, mais n’allons pas croire que les franchir sera le fruit de la ténacité, de l’effort du peuple rapatrié. Notre texte nous montre au contraire Israël totalement passif, uniquement bénéficiaire de l’action de Dieu. La route du retour sera aplanie, les collines abaissées, les sentiers ombragés. Rendons-nous sensibles à l’exultation qui soulève les propos de Baruch. C’est dans la joie que l’on cheminera vers la joie. Joie des rapatriés mais aussi joie de Jérusalem. Joie des hommes mais aussi joie de Dieu

 

Retrouver le lieu de l’origine

Histoire ancienne, penseront certains, d’ailleurs très poétisée. Certes, mais ce qui nous est dit là dépasse infiniment ce que les Israélites d’alors ont vécu. On le sait, Israël, sur la scène du monde, joue pour nous, à travers sa propre histoire interprétée, symbolisée, ce qui nous concerne tous. Qui est parti loin de Dieu, qui est exilé loin de la seule terre où il pourrait vivre en vérité ? Nous tous, bien entendu, personnellement et collectivement. Lisons attentivement le Psaume 147 : nous verrons que l’auteur fait une lecture superposée de l’histoire d’Israël, de la création, de ce que nous avons tous à vivre. Il s’agit de retrouver notre patrie, le lieu de notre naissance, de notre création.

Qui dit patrie dit père, origine. Nous sommes sortis de Dieu et nous avons à retourner à Dieu. En effet notre création n’est pas achevée ; elle est le fruit d’une connivence (d’une Alliance) entre nous et notre source. Notre problème ? Nous nous coupons de notre source, victimes du mirage d’une autonomie illusoire. Exil ! Séparés de ce qui nous fait être, comment pouvons-nous encore exister ? La merveille est que, si nous pouvons nous couper mentalement de Dieu, nous ne pouvons le faire réellement car rien ne peut empêcher Dieu de rester ce qu’il est, origine. Certes nous tentons bien de tuer Dieu (la croix), mais c’est alors que Dieu nous retrouve, dans la mort que nous avons choisie et pour lui et pour nous.

 

Et Jean Baptiste ?

On l’a répété, l’évangile selon saint Luc est en réalité composé de deux évangiles successifs : d’abord celui qui concerne l’enfance de Jésus (les deux premiers chapitres), puis le récit de la « vie publique » dont nous lisons aujourd’hui l’ouverture solennelle. Ce n’est pas un hasard si l’auteur débute par la reprise du thème des ravins comblés, de la route aplanie et du nivellement des collines que nous trouvons notamment dans Isaïe et dans Baruch (1re lecture). Avec Jésus, nous nous trouvons en effet à l’heure de la libération de tous nos esclavages, à l’ouverture d’un chemin vers notre Origine dont nous ne cessons de nous détourner. Mais avec Jésus, le chemin est comme inversé : puisque nous n’avons pas réussi à revenir à notre patrie, c’est Dieu, notre Père, qui « se déplace » pour venir vers nous.

C’est l’itinéraire du Fils tel qu’il est décrit en Philippiens 2,5-11. En quelque sorte, il est venu nous chercher, ce qui ne nous économise pas la traversée des déserts et l’escalade des montagnes, mais c’est avec lui et même en lui, ce qui aplanit notre chemin. Avec le baptême (v. 3), nous sommes dans la symbolique d’une nouvelle naissance à une humanité nouvelle, au-delà de ces péchés qui sont en quelque sorte annulés. Nous quittons le monde de « Babylone », celui de Tibère, de Pilate, d’Hérode… En effet une voix imprévue s’est mise à retentir dans nos déserts pour nous inviter à nous mettre en route vers le Père.

 

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