L’EGLISE RECONNAIT LA LIBERTE DE CONSCIENCE

L’Église catholique fête 50 ans de liberté religieuse

« Dignitatis humanae » en six mots

Ce texte reconnaît la place de la conscience individuelle dans l’appropriation de la vérité enseignée par l’Église.

QUE DIT LA DÉCLARATION « DIGNITATIS HUMANAE »?

« La vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même, qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance ». Approuvée le 7 décembre 1965, la veille de la clôture du Concile Vatican II, par 2 308 voix contre 70, la déclaration Dignitatis humanae proclame solennellement que« la personne humaine a droit à la liberté religieuse. »L’homme doit être « exempt de toute contrainte », de telle sorte que, « en matière religieuse », il ne soit pas « forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir (…) selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres ».

C’est « en vertu de leur dignité », « parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre », que les hommes doivent disposer de « la liberté psychologique » et de « l’exemption de toute contrainte » en matière religieuse (n° 2). Une liberté qui s’applique même à l’intérieur de la communauté ecclésiale, comme en témoigne cette formule (n°3): « La vérité doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale. »

COMMENT L’ÉGLISE EN EST-ELLE ARRIVÉE LÀ?

Lorsque s’ouvre le concile Vatican II, une cinquantaine de pays font déjà référence à la liberté de religion dans leur Constitution. En 1948, l’Assemblée générale des Nations unies l’a également mentionnée dans sa Déclaration universelle des droits de l’homme.

« Pourtant, cette décision était loin d’être évidente au vu de l’enseignement des papes », relève le jésuite Dominique Gonnet (1). Dans son Syllabus de 1864 – Recueil renfermant les principales erreurs de notre temps – Pie IX n’avait-il pas classé comme telle l’opinion selon laquelle « il n’est plus utile que la religion catholique soit considérée comme l’unique religion de l’État »?

La déclaration Dignitatis humanae elle-même le reconnaît : « La Révélation n’affirme pas explicitement le droit » à la liberté religieuse. Ce qui n’empêche pas les pères conciliaires de trouver des correspondances entre leur argumentation – dignité de tout homme, distinction entre l’ordre du religieux et celui du politique – et l’Évangile, dont ils citent des passages.

« Loin du ’sola scriptura’, le Concile entre dans un rapport plus dialectique avec l’Écriture, en recherchant plutôt une convergence avec elle », note le P. Luc Forestier, oratorien. Directeur de l’Institut d’études religieuses à l’Institut catholique de Paris, ce spécialiste de la liberté religieuse constate d’ailleurs de profondes résonances entre cette déclaration et des Constitutions du concile comme Dei Verbum, mais aussi Gaudium et Spes. À ses yeux, cette affirmation, par l’Église, de la liberté religieuse pour tout homme est l’une de ces « aide(s) que l’Église reçoit du monde d’aujourd’hui mentionnée au paragraphe 44 ».

Au passage, la déclaration Dignitatis humanae reconnaît d’ailleurs qu’il y a « eu parfois dans la vie du peuple de Dieu (…) des manières d’agir moins conformes » ou « même contraires à l’esprit évangélique »…

– QUELS ENSEIGNEMENTS POUR AUJOURD’HUI ?

Finalement, alors qu’elles étaient censées avoir moins d’« autorité » que les constitutions et les décrets conciliaires, les deux déclarations (Dignitatis humanae, sur la liberté religieuse, etNostra aetate, sur les relations de l’Église avec les religions non-chrétiennes) ont eu « des effets considérables pour la réception de Vatican II », estime Luc Forestier, qui y voit même « des clés pour comprendre les autres textes ».

Avec cette déclaration, l’Église catholique ne revendique plus une position dominante vis-à-vis de l’État, ni son intervention pour protéger ses intérêts. Cette avancée déterminante dans la manière de situer l’Église dans la société, et donc dans la communauté internationale, aura permis, quelques semaines plus tôt, le 4 octobre 1965, au pape Paul VI de prononcer un discours à l’ONU… Elle permettra quelques années plus tard au Saint-Siège d’être associé à la rédaction des accords d’Helsinki signés en 1975.

Cette affirmation du Concile d’une liberté religieuse « pour toutes les religions » résonne de manière très forte aujourd’hui, dans un monde marqué par les discriminations et les persécutions religieuses de toutes sortes, comme un appel lancé aux catholiques à agir et à s’engager. Y compris en France. « Dans un contexte de raidissement autour de la laïcité, nous devrions, nous catholiques, être les fers de lance pour permettre à tous les croyants de pratiquer leur culte, avance le P. Forestier. Y compris pour les musulmans, et même si nous ne sommes pas d’accord avec eux ».

« Dignitatis humanae » en six mots

Pour mieux comprendre « Dignitatis humanae », la déclaration du concile Vatican II sur la liberté religieuse, votée en 1965 sous la présidence de Paul VI, petit lexique en forme de décryptage

VÉRITÉ

Dignitatishumanae formule pour la première fois un compromis entre la nécessaire protection de la vérité – « cette unique vraie religion, nous croyons qu’elle subsiste dans l’Église catholique et apostolique » (préambule) – et la liberté de conscience. L’objectif est clair : tous les hommes sont « par leur nature même et par obligation morale » tenus de« chercher la vérité », et, « dès qu’ils la connaissent », de« régler toute leur vie selon ses exigences ». Mais « la vérité ne s’impose que par la force de la vérité elle-même qui pénètre l’esprit avec autant de douceur que de puissance »(§1). 

Autrement dit, et comme le résume Rik Torfs, « la vérité existe donc, et il faut y adhérer, mais aucune contrainte ne peut être exercée ». Ou si contrainte il y a – l’homme « doit » chercher – elle ne se situe qu’au plan moral et non juridique. « L’enseignement ou l’éducation », mais aussi « l’échange et le dialogue » sont quelques-uns des moyens proposés par l’Église pour y accéder (n° 3).

DIGNITÉ

« La dignité de la personne humaine est, en notre temps, l’objet d’une conscience toujours plus vive ; toujours plus nombreux sont ceux qui revendiquent pour l’homme la possibilité d’agir en vertu de ses propres options et en toute libre responsabilité. » C’est par ces mots – qui lui donnent son nom – que s’ouvre la déclaration Dignitatis humanae. Cette dignité de la personne humaine, rappelle la seconde partie du texte sur la Révélation, découle de sa création par Dieu (n° 9). Elle implique, pour l’homme, la possibilité de « se conduire selon son propre jugement et jouir de sa liberté ». Autrement dit, « en vertu de leur dignité », les hommes sont « doués de raison et de volonté libre et, par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle » (n° 2).

LIBERTÉ

« Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres » (n° 2). « La réponse de foi donnée par l’homme à Dieu doit être libre » (n° 10). 

La définition que donne Dignitatis humanae de la liberté religieuse est donc « essentiellement de nature négative : il s’agit de l’immunité de toute contrainte », relève le canoniste Rik Torfs, professeur à Louvain ( Revue de droit canonique, Tome 52, Strasbourg 2002). Elle est à la fois individuelle et collective (liberté des « familles » et des « communautés religieuses »).

La question, dont ont âprement débattu les évêques au concile, était de savoir si cette liberté était un simple droit « positif » que les gouvernements doivent accorder aux citoyens, ou bien un droit propre de la personne humaine, fondé sur sa dignité. Cette seconde conception a prévalu :« Ce n’est donc pas sur une disposition subjective de la personne, mais sur sa nature même, qu’est fondé le droit à la liberté religieuse » (§2). 

Par conséquent, les athées n’en sont pas exclus. Au passage, Dignitatis humanae reconnaît également la liberté du fidèle « de chercher la vérité en matière religieuse », soit sa liberté à l’intérieur de l’Église. 

CONSCIENCE/LOI DIVINE

La liberté proclamée par Dignitatis humanae est double : liberté de ne pas agir contre sa conscience, et liberté de pouvoir agir selon sa conscience (n° 2). Mais qu’est-ce que la conscience ? C’est le lieu où s’exprime la loi divine, répondent deux textes fondamentaux du concile Vatican II. « C’est par sa conscience que l’homme perçoit et reconnaît les injonctions de la loi divine, c’est elle qu’il est tenu de suivre fidèlement en toutes ses activités, pour parvenir à sa fin qui est Dieu », souligne d’abord Dignitatis humanae (n° 3). 

La constitution Gaudium et spes est plus précise encore : « Au fond de sa conscience, l’homme découvre la présence d’une loi qu’il ne s’est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d’obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d’aimer et d’accomplir le bien et d’éviter le mal, au moment opportun résonne dans l’intimité de son cœur : “Fais ceci, évite cela”. » (n° 16). 

Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle donc l’obligation qu’ont les fidèles de « former» leur conscience : au moyen de la Parole de Dieu, des « dons de l’Esprit Saint », ou encore du« témoignage ou des conseils d’autrui ».

ORDRE PUBLIC

L’ordre public est la seule limite reconnue par Dignitatis humanae à la liberté religieuse. Dans son paragraphe 7, intitulé « Limites de la liberté religieuse », elle reconnaît à la société civile « le droit de se protéger contre les abus qui pourraient naître sous prétexte de liberté religieuse » et donc « au pouvoir civil (…) d’assurer cette protection ». 

Encore faut-il que soient « justes » les « exigences de l’ordre public (n° 2, 3 et 4) ! Le pouvoir civil ne doit donc pas agir « arbitrairement et en favorisant injustement l’une des parties, mais selon des normes juridiques conformes à l’ordre moral objectif, qui sont requises par l’efficace sauvegarde des droits de tous les citoyens et l’harmonisation pacifique de ces droits, et par un souci adéquat de cette authentique paix publique qui consiste dans une vie vécue en commun sur la base d’une vraie justice, ainsi que par la protection due à la moralité publique ».

Le principe, conclut donc Dignitatis humanae, est celui « de la pleine liberté dans la société », la restriction devant rester l’exception (n° 7).

BIEN COMMUN

C’est au nom du « bien commun » que l’Église catholique défend – entre autres – le droit à la liberté religieuse. Ce bien commun de la société que Dignitatis humanae définit (n° 6) comme « l’ensemble des conditions de vie sociale permettant à l’homme de parvenir plus pleinement et plus aisément à sa propre perfection ». 

Une définition très proche de celle posée par Gaudium et spes (n° 26), à ce détail près que cette dernière inclut la possibilité pour des « groupes » d’atteindre leur perfection. Le bien commun étant de la responsabilité de tous les membres d’une société, « le soin de veiller au droit à la liberté religieuse incombe tant aux citoyens qu’aux groupes sociaux, aux pouvoirs civils, à l’Église et aux autres communautés religieuses, de la manière propre à chacun, en fonction de ses devoirs envers le bien commun ».amities4

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