EDMONDE CHARLES-ROUX (1920-2106)

L’auteur d' »Oublier Palerme », qui a longtemps présidé l’Académie Goncourt, est morte à 95 ans. Sa vie fut une épopée.

 Comme Simone de Beauvoir, dont elle avait le port altier, le chignon strict, le collier de perles et le profil de médaille, Edmonde Charles-Roux était une grande bourgeoise qui avait épousé la gauche.

Son Sartre à elle, ce fut Gaston Defferre, le maire de Marseille et ministre de l’intérieur de François Mitterrand, dont l’ancienne patronne de «Vogue» devint, en 1973, la troisième femme.

Dans la cité phocéenne comme place Beauvau, l’auteur d’un «Guide du savoir-vivre» ajouta alors de l’aristocratisme au socialisme et du panache au progressisme. Celle qui présida, avec la même autorité, la Société des amis de «L’Humanité» et l’Académie Goncourt, donna son amitié au communiste Louis Aragon et au conservateur François Nourissier.

 Tout au long de sa vie et de son œuvre, la biographe de la grande couturière Coco Chanel, mais aussi de la nomade du désert algérien Isabelle Eberhardt, n’a cessé, en effet, d’allier les contraires. C’était une irrégulière en tailleur, qui portait avantageusement la lavallière et la Croix de guerre.

Fille de François Charles-Roux, conseiller à l’ambassade de France à Rome (née en 1920 à Neuilly, elle grandit sous les lustres du palais Farnèse) et membre de l’Institut de France, Edmonde avait 20 ans lorsqu’elle servit, comme infirmière ambulancière, dans un régiment de la Légion étrangère et fut blessée à Verdun – ensevelie sous des décombres lors d’un bombardement, elle fut sauvée par des soldats italiens.

Affectée, en 1944, à la 1ère armée en Provence, attachée au cabinet du général de Lattre de Tassigny, créatrice du service social de la 5e division blindée, où son gros livre de chevet était «Guerre et paix», elle se flattait moins d’avoir été décorée, à la Libération, de la Légion d’honneur que d’avoir été élevée au grade de «vivandière d’honneur».

Après quoi, elle quitta aussitôt les défilés de troupes pour les défilés de mode et troqua l’uniforme du RMLE (Régiment de marche de la Légion étrangère) contre la marinière Chanel. Brièvement courriériste à «Elle», elle devint pendant quinze ans la rédactrice-en-chef légendaire de «Vogue», où, mariant ses deux passions: la haute-couture et la grande littérature, elle fit s’y côtoyer Christian Dior et Violette Leduc, Yves Saint Laurent et François-Régis Bastide, Emanuel Ungaro et Elsa Triolet, avant d’être licenciée, en 1966, par la direction américaine du magazine pour avoir mis un mannequin noir, Donyale Luna, à la Une.

Etrangement, Edmonde Charles-Roux, dont la vie fut une épopée, refusa toujours, au nom d’une pudeur et d’un devoir de réserve dont elle avait hérité, de rédiger ses Mémoires. D’ailleurs, elle écrivit peu.

Si l’on excepte «les Rois maudits», de Maurice Druon, dont elle fut le nègre, elle publia deux romans essentiels, «Oublier Palerme», prix Goncourt 1966, porté à l’écran par Francesco Rosi, qui fut son «Guépard», et «Elle, Adrienne» (1971), où elle portraiturait l’aristocratie décadente de la Mitteleuropa et qu’Aragon salua dans «les Lettres françaises» en le plaçant à la hauteur de «la Chartreuse de Parme» et des «Misérables», ainsi que les passionnantes biographies de Don Juan d’Autriche, Coco Chanel ou Isabelle Eberhardt. Des destins paradoxaux et lumineux.

 Edmonde Charles-Roux, biographie 

Née le 7 avril 1920 à Neuilly-sur-Seine, fille de diplomate, Edmonde Charles-Roux a grandi à Prague, puis Rome. C’est là qu’elle découvre l’Italie, qu’on retrouve notamment dans son premier roman « Oublier Palerme » (prix Goncourt 1966).

Dans l’intervalle, elle a été infirmière pendant la Deuxième Guerre mondiale, a rejoint le cabinet du général de Lattre de Tassigny en 1944, a fait ses débuts comme journaliste à « Elle », est devenue rédactrice en chef de l’édition française de « Vogue » en 1950, a fait le « nègre » pour « les Rois maudits » de Maurice Druon, a signé un « Guide du savoir-vivre » en 1965, s’est fait licencier de « Vogue » en 1966 pour avoir voulu imposer une mannequin noire en couverture et cultivé des amitiés trop à gauche au goût de ses patrons américains. 

Son prix Goncourt 1966 est suivi de plusieurs livres, parmi lesquels « Elle, Adrienne » (1971), roman qui évoque une couturière excentrique ressemblant à Chanel, et des essais, souvent biographiques, comme « L’Irrégulière ou Mon itinéraire Chanel » (1974), « Amour de la Provence » (1978), « le Temps Chanel » (1979) et « Un désir d’Orient » (1989). 

Entrée à l’Académie Goncourt en 1983, elle la préside de 2002 à 2014 avant de céder la place à Bernard Pivot, puis de se retirer pour des raisons de santé.

Edmonde Charles-Roux, qui avait encore épousé le maire de Marseille Gaston Defferre en 1973, « est morte mercredi 20 janvier au soir à Marseille, entourée de son petit neveu Marcantonio del Drago.

charles-roux.jpgŒuvres

Oublier Palerme, Grasset, nouvelle, 1966 – prix Goncourt

Elle, Adrienne, Grasset, 1971, roman

L’Irrégulière ou mon itinéraire Chanel, Grasset, 1974, biographie

Stèle pour un bâtard, Grasset, 1980, roman

Une enfance sicilienne, Grasset, 1981, roman

Un désir d’Orient, vol. I, biographie d’Isabelle Eberhardt, Grasset, 1989

Nomade j’étais, vol. II, Grasset, 1995

L’Homme de Marseille, Grasset, 2003, album photographique

Isabelle du désert, volume combinant « Un désir d’Orient » et « Nomade, j’étais », Grasset, 2003

Le Temps Chanel, La Martinière / Grasset, 1979, album photographique

 

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