LE PAPE PIE X (1835-1914)

PieXPie X

 

Pie X (en latin Pius X, en italien Pio X), né Giuseppe Melchiorre Sarto à Riese en Vénétie (alors dans le royaume de Lombardie-Vénétie, maintenant Riese Pie X, dans la province de Trévise, en Italie) le 2 juin 1835, mort le 20 août 1914 à Rome, pape du 4 août 1903 à sa mort. Il a été béatifié le 3 juin 1951, puis canonisé le 29 mai 1954 : il est donc saint Pie X pour les catholiques.

Sa fête liturgique est alors fixée au 3 septembre, puis au 21 août, dans le nouveau calendrier.

 

Itinéraire pastoral

Né dans une famille de condition modeste — son père Giovanni Battista Sarto (1792-1852) est facteur rural et appariteur de Riese et sa mère Margherita Sanson (1813-1894), couturière —, il reçoit la tonsure en 1850 et entre au séminaire de Padoue[a 1] où ses supérieurs le chargent de diriger le chant des séminaristes[a 2]. En bénéficiant de son talent musical, il est nommé maître de chapelle et y organise une schola[a 3]. Il est ordonné prêtre en 1858.

Il devient vicaire de la paroisse de Tombolo[a 3] à laquelle il crée une petite école du chant grégorien de sorte que tous les fidèles puissent prendre part au chant de la messe.

La Vénétie devient italienne en 1866.

L’abbé Sarto est nommé archiprêtre de Salzano en 1867, ensuite chanoine de la cathédrale de Trévise en 1875. Parallèlement, il devient directeur spirituel du séminaire du diocèse.

En 1882, lors du congrès européen d’Arezzo pour la musique sacrée, en tant que chancelier de l’évêché et directeur spirituel du grand séminaire, il soutient les moines de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes en faveur de la restauration du chant grégorien, alors que le pape Léon XIII défend toujours le chant néo-médicéen, issu de celui qui a été publié à Rome de 1614 à 1615.

En 1884, il est consacré évêque de Mantoue.

Il effectue deux visites pastorales et organise un synode diocésain, avant de devenir Patriarche de Venise en 1893 et de recevoir la barrette de cardinal-prêtre (pour la paroisse de San Bernardo alle Terme) lors d’un consistoire secret en juin 1893. Le gouvernement italien refuse d’abord son exequatur, sous prétexte que sa nomination a été le fait du gouvernement austro-hongrois. Sarto doit attendre 18 mois avant de recevoir son nouveau diocèse.

Il publie à Venise le 1er mai 1895, la Lettre pastorale sur le chant d’Église, en présentant des principes généraux pour l’organisation et la réalisation de la prière commune, chantée et liturgique

 

Élection

À la mort de Léon XIII, son successeur considéré le plus probable est son secrétaire d’État le cardinal Mariano Rampolla del Tindaro, qui totalise 29 voix lors du premier scrutin mais l’Autriche-Hongrie use de son droit d’exclusive à l’encontre dudit cardinal.

Le cardinal Sarto est élu le 4 août par 50 voix contre 10 à Rampolla, et prend le nom de Pie X, en souvenir des papes du XIXe siècle qui « [avaient] courageusement lutté contre les sectes et les erreurs pullulantes ». Il est intronisé le 9 août. Un de ses premiers actes est d’interdire l’exclusive, pratique qui avait empêché Rampolla d’être élu.

 Pontificat

 Le nouveau pape a pour particularité de n’avoir aucune expérience diplomatique, ni véritable formation universitaire. Il compense toutefois ces handicaps en s’entourant de gens compétents, comme le cardinal Rafael Merry del Val, âgé de 38 ans, polyglotte et directeur de l’Académie des nobles ecclésiastiques, dont Pie X fait son secrétaire d’État.

Pie X, issu d’un milieu populaire, tente de rester accessible et fait aménager un appartement particulier dans le palais des papes, pour préserver sa vie privée marquée par la personnalité de ses sœurs.

 Conservateur et réformateur

Le nouveau pape s’écarte de la conception conciliatrice de son prédécesseur, et affiche tout de suite une politique conservatrice. En matière administrative, il se montre pourtant réformateur : il confie à Mgr Gasparri une refonte du droit canonique, qui aboutit en 1917 à la promulgation d’un Code de droit canonique.

Il publie le Catéchisme de la Doctrine chrétienne (qui est appelé aujourd’hui Catéchisme de saint Pie X), ainsi que les Premiers éléments de la Doctrine chrétienne (ou Petit catéchisme de S. Pie X). Ce Catéchisme a fait l’objet d’un éloge pontifical public de Benoît XVI lors de l’Audience générale du 18 août 2010 

Sur le plan financier, il réunit les revenus du Denier de Saint-Pierre et ceux du patrimoine du Vatican puis fait acheter de nouveaux bâtiments. Il réforme l’organisation de la Curie romaine par la constitution Sapienti consilio du 29 juin 1908, supprimant des dicastères devenus inutiles et en concentrant les prérogatives des différents organes.

Avec le décret « Quam Singulari » du 8 août 1910, Pie X demande que les enfants fassent leur première communion dès l’âge de 7 ans, ce qui aboutit en pratique à une inversion de l’ordre traditionnel des sacrements, en plaçant la communion avant la confirmation[3]. Rite de passage important du début de l’adolescence, l’ancienne première communion qui se célébrait vers douze ans est alors maintenue en France en se transformant en cérémonie de profession de foi ou « communion solennelle ».

 Antimodernisme

Le modernisme est à l’époque une tendance théologique considérée par les courants intransigeants, dominant les autorités catholiques d’alors, comme déviante et menant à l’hérésie. S’appuyant sur une nouvelle lecture de la Bible, les modernistes acceptent l’idée d’une évolution dynamique de la doctrine de l’Église par opposition à un ensemble de dogmes fixes.

Dans la constitution apostolique Lamentabili sane exitu (1907), Pie X condamne formellement 65 propositions dites « modernistes », rappelées dans l’encyclique Pascendi. Celle-ci rejette notamment les thèses d’Alfred Loisy.

Le résumé de la position antimoderniste est donné dans le motu proprio Sacrorum antistitum de 1910, encore appelé serment antimoderniste que chaque prêtre est tenu de prononcer jusqu’à sa suppression en 1967 et en 1914 sont publiées 24 thèses soutenant le thomisme. Quarante ecclésiastiques refusent de prêter serment.

Parallèlement, Pie X encourage personnellement la constitution du réseau dit La Sapinière créé par Mgr Umberto Benigni et destiné à lutter contre les catholiques soupçonnés de modernisme, dans une organisation que l’historien Yves-Marie Hilaire décrit comme un système de « combisme ecclésiastique ».

 La « question française »

Il fait face à la loi française de séparation de l’Église et de l’État, votée par le parlement le 9 décembre 1905, et qui s’inscrit dans le prolongement de la politique anticléricale menée par le précédent gouvernement d’Émile Combes, qui a ordonné la dissolution des congrégations religieuses et l’expulsion des religieux réguliers : enseignants, personnel des hospices, etc. (pendant de longues années, les religieux congréganistes désireux d’enseigner devront porter la soutane du clergé séculier).

Pie X se montre moins conciliant et plus dogmatique que son prédécesseur, Léon XIII.

Bien que la majorité des évêques français conseille de se plier à la loi, Pie X interdit toute collaboration par l’encyclique Vehementer nos (11 février 1906), l’allocution consistoriale Gravissimum (21 février), et l’encyclique Gravissimo Officii Munere (10 août), que Mgr Louis Duchesne baptise malicieusement « Digitus in oculo » (« doigt dans l’œil »). Le pape affirme alors que la « loi […], en brisant violemment les liens séculaires par lesquels [la] nation [française] était unie au siège apostolique, crée à l’Église catholique, en France, une situation indigne d’elle et lamentable à jamais » .

Cette opposition du pape à la loi française a pour conséquence de compromettre la création des associations cultuelles, prévues par la loi, et de faire transférer les biens immobiliers de l’Église au profit de l’État. Ce n’est qu’en 1923 que la situation est débloquée par la création des associations diocésaines.

En 1911, le concordat portugais prend pareillement fin.

 

Dernières années

Dans l’encyclique Lacrimabili Statu du 7 juin 1912[6], Pie X s’élève contre le sort réservé aux Indiens d’Amérique du Sud et appelle les archevêques et évêques à agir en leur faveur, dénonçant les massacres, l’esclavage et les autres traitements indignes auxquels étaient soumises les populations indigènes, y compris par des catholiques, comme l’avait déjà dénoncé son prédécesseur Benoît XIV en 1741 mais sans grand effet.

Pie X est bouleversé lorsque éclate la Première Guerre mondiale, mais la question se pose de savoir s’il a tenté de la prévenir et si son entourage l’y encourageait. Même si, selon une anecdote encore acceptée par Y.-M. Hilaire mais mise en doute par plusieurs historiens, y compris des catholiques, le pape refuse sa bénédiction aux armées austro-hongroises, disant « Je ne bénis que la paix », Rafael Merry del Val, toujours secrétaire d’État, ne tente rien, dans le même temps, pour dissuader l’Autriche-Hongrie d’entrer en guerre contre la Serbie. En tout état de cause, l’influence papale reste faible face à la montée des nationalismes et l’attitude du Saint-Siège semble incohérente.

Pie X est affecté par une bronchite et, tourmenté par les hostilités qu’il semble avoir pressenties et qui enflamment l’Europe, meurt le 20 août 1914 (à 79 ans), causant une grande émotion chez les fidèles, auprès desquels il est populaire.

 La canonisation

 Après sa mort, la dévotion envers Pie X ne cesse pas. Sa cause est ouverte le 24 février 1923 et on érige à Saint-Pierre de Rome un monument en sa mémoire pour le vingtième anniversaire de son accession au pontificat. Devant l’afflux des pèlerins venus prier sur sa tombe dans la crypte de la basilique Saint-Pierre, on fait sceller une croix de métal sur le sol de la basilique, afin que les pèlerins puissent s’agenouiller juste au-dessus de son tombeau. Des messes y sont dites jusqu’à l’avant-guerre.

Le 19 août 1939, Pie XII prononce un discours à sa mémoire et le 12 février 1943, en pleine guerre, « l’héroïcité de ses vertus » est proclamée. Peu après il est déclaré « serviteur de Dieu ».

C’est alors que la Sacrée Congrégation des Rites ouvre le procès de béatification examinant en particulier deux miracles. En premier lieu, celui intervenu auprès de Marie-Françoise Deperras, religieuse qui, d’après les Acta Apostolicae Sedis, était atteinte d’un cancer des os dont elle aurait été guérie en décembre 1928 et en second lieu celui d’une Sœur Benedetta de Maria, de Boves (Italie), qui aurait été guérie d’un cancer de l’abdomen en 1938

Ces deux miracles sont officiellement approuvés par Pie XII, le 11 février 1951 et aboutissent à la lettre de béatification de Pie X le 4 mars suivant. La cérémonie en elle-même a lieu le 3 juin 1951 en la basilique Saint-Pierre en présence de 23 cardinaux, de centaines d’archevêques et d’évêques et d’une foule de 100 000 pèlerins. Pie XII parle alors de Pie X comme du « pape de l’Eucharistie », en référence à l’accès de la communion aux jeunes enfants facilité par le nouveau bienheureux.

La fête de Saint Pie X est célébrée le 21 août dans le nouveau calendrier liturgique. Il est fêté le 3 septembre dans l’ancien calendrier. Dans les paroisses de la FSSPX, sa fête est une fête de 1ère classe.

Le 17 février 1952 son corps est transféré de la crypte à son emplacement actuel sous l’autel de la chapelle de la Présentation, à l’intérieur de la basilique, dans un sarcophage de bronze ajouré par un vitrage.

Le 29 mai 1954, deux miracles sont reconnus par l’Église catholique, en premier lieu celui qui aurait permis la guérison d’un avocat italien  d’un abcès pulmonaire, et l’autre celui qui aurait permis la guérison d’une religieuse affectée d’un virus du système nerveux. La messe de canonisation célébrée par Pie XII est suivie par une foule de 800 000 fidèles.

Pie X est le premier pape depuis le XVIe siècle à être canonisé, le dernier ayant été en 1712 Pie V qui avait régné de 1566 à 1572.

En plus d’être considéré comme le pape de l’Eucharistie, Pie X est celui qui a autorisé la communion eucharistique de façon quotidienne.

 Dans le domaine de la liturgie

Avec sa profonde connaissance du chant grégorien et de sa restauration, Pie X achève la plus importante centralisation de la liturgie de l’Église romaine depuis l’époque de Charlemagne], par la publication des livres en latin pour l’Église universelle, à la place des liturgies locales. Désormais, l’Église catholique va célébrer ses offices de la même manière, jusqu’au IIe concile du Vatican.

Aussitôt élu, Pie X expédie son Motu proprio « Inter pastoralis officii sollicitudes » le 22 novembre 1903, fête de Sainte Cécile, patronne de la musique. Dans ce motu proprio, il précise ses instructions concernant la musique sacrée de l’Église romaine.

Le 25 avril 1904, le pape annonçe la création d’une édition officielle du chant pour l’Église universelle, à la base du chant grégorien scientifiquement restauré. Pour la publication de cette Édition Vaticane, il crée une commission pontificale composée des musicologues de toute l’Europe, présidée par Dom Joseph Pothier, abbé bénédictin de Saint-Wandrille. Comme la commission à Rome ne peut pas accéder directement aux matériaux, un grand nombre de photographies des manuscrits anciens auprès de l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, Pie X doit renoncer à ce projet, mais demande à Dom Pothier de publier les livres de chant sans délai, d’après les éditions bénédictines de Solesmes.

La première publication est achevée en 1908, il s’agit de la nouvelle édition vaticane du gaduel :

L’antiphonaire, quant à lui, parait en 1912 :

Le pape Pie X est également le fondateur de l’Institut pontifical de musique sacrée à Rome, en 1910[18]. La fondation de cet établissement avait été proposée par Dom Angelo de Santi, le théologien et musicologue de Léon XIII et vieil ami de Pie X, qui est donc nommé le premier directeur de l’institut.

 Pie X dans la littérature

En 1913, Apollinaire, exprimant la lassitude de l’antiquité gréco-romaine et lui opposant le christianisme, qui « seul en Europe n’est pas antique », écrit dans son poème Zone un éloge paradoxal du pape qui avait condamné le modernisme :

« L’Européen le plus moderne c’est vous pape Pie X. »

 

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