JOSEPH FOUCHE (1759-1820)

Fouché. Les silences de la pieuvre

Emmanuel de Waresquiel

Paris, Fayard/Taillandier,  2014. 882 pages

Lire Fouché, de Emmanuel Waresqueil est un véritable régal car l’historien sait aussi être un véritable écrivain.

Car Fouché reste est l’un des hommes les plus haïs de l’histoire de France et la plupart de ses biographes le résument à sa « légende noire » Mais celui qui fut élève des oratoriens, révolutionnaire. en 1789 avant de rejeter son éducation religieuse , régicide, apôtre fervent de la Terreur (à Nantes puis surtout à Lyon il démontra comment la cruauté peut devenir légale quand la politique l’érige en vertu et en dogme), tombeur de son ancien ami et allié Robespierre, partisan de Bonaparte puis ministre de Napoléon, traître, arriviste, conspirateur, cultivant l’art du secret se révèle plus complexe que sa légende.

 

Fidèle à ses convictions républicaines jusque dans ses trahisons

Toutes les biographies qui lui furent consacrées le dépeignent sous les traits les plus noirs même si ils sont obligés de reconnaître qu’il inventa la police sous sa forme moderne. Emmanuel de Waresquiel ne tente pas cacher ses pires défauts mais il cherche à soulever le masque pour rencontrer l’homme. Mais il cherche à comprendre et donne à voir les sentiments qui l’animent..

Dans sa préface Il raconte dit comment se fait l’histoire : l’histoire se fait parfois en rencontrant le hasard, en découvrant des documents jusque là inconnus du public. C’est ainsi qu’il a pu nous faire découvrir ce que les autres biographes qui l’avaient précédés ignoraient. Sa biographie n’épargne pas certes Fouché qui inspirait la crainte, qui fut détesté, subi par ceux qu’il servait, et qui n’éprouva aucun remords de ses actions passés. Le personnage a d’ailleurs inspiré des romanciers comme Honoré de Balzac ou Alexandre Dumas qui en firent le symbole de l’homme de l’ombre.

La seule passion de cet homme, passé maître dans l’art du renseignement et de la dissimulation fut de tout connaître de la vie de ses concitoyens jusqu’aux pensées les plus intimes. Il resta fidèle à ses convictions républicaines. Derrière le « mitrailleur de Lyon », les coups tordus, les manigances et un visage impassible (même dans les épreuves) se cache aussi un être sensible aimât ses enfants plus que tout. Le génie de Fouché fut de parvenir à entrer dans l’intimité des parents de ses anciennes victimes qui à leur tour le trahirent lors de la seconde Restauration (en 1815 Louis XVIII revenu sur le trône après les Cents Jours).

Derrière la personne de Fouché Waresquiel convoque également les principaux acteurs de cette période de l’histoire de France qui va de 1789 à la Terreur, de la Terreur au Consulat et de l’Empire au retour des Bourbons en 1815. C’est aussi le portrait de toute une société qui a tenté de survivre aux milieux des tragédies de cette époque, de tous ceux qui voulaient se faire une place dans cette nouvelle France. Dans un monde où rien n’est sûr on croise dans un même salon d’anciens régicides et des royalistes, des nobles de l’Ancien Régime et des nobles de l’Empire, et bien entendu des espions de toutes sortes.

Derrière le destin de celui qu’il nomme la « pieuvre » l’auteur nous fait le portrait d’une France qui est à la fois lointaine et proche de nous tant les passions ne sont pas éteintes encore aujourd’hui. L’histoire de cette période nous apprend que rien ne fut tout noir ou tout blanc comme dans d’autres périodes de notre roman national.

La carrière de Fouché

Plus encore que Talleyrand peut-être, Joseph Fouché (1759-1820) demeure la plus grande énigme de cette époque fascinante qu’ont été la Révolution, l’Empire et la Restauration. Tour à tour religieux, girondin, montagnard, « mitrailleur de Lyon », ministre de la Police durant le Consulat et l’Empire, président du Conseil après Waterloo, ministre de Louis XVIII, duc d’Otrante, Fouché fascine et révulse à la fois. De Balzac à Jean-Claude Brisville, de Chateaubriand à Stefan Zweig, Fouché est un personnage pour les romanciers et dramaturges. Sans compter les historiens, qui s’interrogent encore sur sa personnalité et ses actes. La « Pieuvre » n’a-t-elle pas passé sa vie à brouiller les pistes et à manipuler les hommes ? Pour comprendre cette personnalité trouble et maléfique, Emmanuel de Waresquiel a traqué la vérité dans d’innombrables documents originaux que nul n’avait vus avant lui. De Stockholm à Londres, des archives notariales aux bribes de papiers encore disponibles sur le ministère de la Police, ce sont des centaines de pièces qui sont dévoilées et interprétées. Historien  de l’Empire et de la Restauration, l’auteur s’emploie avec beaucoup de  talent littéraire à faire parler l’ensemble de ces documents et à cerner ainsifouche-les-silences-de-la-pieuvre,M169390son personnage. Fruit de huit années de travail, cette étourdissante biographie se lit comme un roman au long cours.

 

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s