Je suis la Servante du Seigneur de Adrienne von Speyr

je suis la servante du seigneurLa servante du seigneur : Contemplations mariales D’Adrienne von Speyr Traduit de l’allemand par Julien de Vulpillières.

Éditions Johannes-Verlag, association Saint-Jean, 2014. 242 p.

 « Pareille à une gerbe liée en son milieu, qui se déploie à ses extrémités, la vie de Marie se résume en son oui ; à partir de lui, sa vie reçoit son sens et sa figure, elle se déploie en arrière et en avant. Ce oui central et unique est en même temps celui qui l’accompagne à chaque instant de son existence, éclaire chaque tournant de sa vie, confère à chaque situation son sens plénier et donne à Marie dans toutes les circonstances la grâce toujours neuve de comprendre. A chaque souffle, à chaque mouvement, à chaque prière de la Mère du Seigneur, le oui donne son sens plénier. Car la nature du oui, c’est de lier celui qui le prononce en lui, laissant la pleine liberté de le réaliser à sa façon. Celui qui le prononce remplit son oui de sa personnalité, il lui donne son poids et sa coloration unique, mais lui-même est tout autant modelé, libéré et réalisé par son oui. Toute liberté s’épanouit dans l’abandon de soi et le renoncement à une existence sans lien. Et de cette liberté liée naît toute fécondité. » (premier paragraphe qui introduit le livre d’Adrienne von Speyr).

 Ces quelques lignes introduisent la première des vingt-trois méditations mariales rassemblées dans ce volume et où est la Adrienne von Speyr nous invite à contempler les mystères de la vie de Marie et à comprendre plus profondément ce qu’ils révèlent de la vie de l’Église et de chacun de ses membres.  

 Ce petit livre d’Adrienne von Speyr qui reprend comme titre la réponse de Marie à l’ange Gabriel lors de l’Annonciation (Luc, 1, 38) : « Je suis la servante du Seigneur » est une longue méditation sur les « oui » de la Vierge Marie en suivant les scènes des Evangiles : de l’Annonciation à l’Assomption. En suivant la vie de Marie on met également ses pas dans ceux de Jésus. Le double « oui » de Marie – celui de l’Annonciation, celui au pied de la croix – nous fait entrer dans le mystère du dessein de Dieu pour le salut de l’humanité. Contempler Marie qui accompagne son Fils dans vie terrestre comme dans sa gloire après la Résurrection c’est inviter chacun à prononcer ce « oui » dans la foi car qui il va au-delà de notre simple compréhension humaine.

Cependant ce livre va également au-delà car il est également une réflexion à partir du couple de Marie et de Joseph sur la vocation de chacun dans le mariage. L’auteur anticipe également l’institution de la vie monastique puisque que Marie a vécu – selon Adrienne von Speyr – cet état après la mort de Jésus dans la maison de Jean. Ceci peut se comprendre à la lumière de la vie de l’auteur qui fut une femme mariée puis veuve et qui fonda avec le théologien Hans Urs von Balthasar l’Institut Saint-Jean.

 Mais on peut être déconcerté par certains titres donnés à Marie, comme celui de corédemptrice, un titre qui n’est pas un dogme. On peut également douter de certaines affirmations : la place que tient Marie dans l’institution de l’Eucharistie au moment de la Cène , le fait que Jésus soit apparu à Marie après sa Résurrection (ce qui n’est jamais mentionné dans les Evangiles) La figure de Marie peut apparaître trop « lointaine » , trop « idéale » et on peut lui préférer ce qu’en disait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus (paroles recueillies par Mère Agnès de Jésus le 21 août 1897 – CJ 21.8.3) :

« Que j’aurais donc bien voulu être prêtre pour prêcher sur la Sainte Vierge ! Une seule fois m’aurait suffi pour dire tout ce que je pense à ce sujet.

J’aurais d’abord fait comprendre à quel point on connaît peu sa vie.

Il ne faudrait pas dire des choses invraisemblables ou qu’on ne sait pas ; par exemple que, toute petite, à trois ans, la Sainte Vierge est allée au Temple s’offrir à Dieu avec des sentiments brûlants d’amour et tout à fait extraordinaires ; tandis qu’elle y est peut-être allée tout simplement pour obéir à ses parents.

Pourquoi dire encore, à propos des paroles prophétiques du vieillard Siméon, que la Sainte Vierge, à partir de ce moment-là a eu constamment devant les yeux la passion de Jésus ? « Un glaive de douleur transpercera votre âme » avait dit le vieillard. Ce n’était donc pas pour le présent, vous voyez bien, ma petite Mère ; c’était une prédiction générale pour l’avenir.

Pour qu’un sermon sur la Ste Vierge me plaise et me fasse du bien, il faut que je voie sa vie réelle, pas sa vie supposée ; et je suis sûre que sa vie réelle devait être toute simple. On la montre inabordable, il faudrait la montrer imitable, faire ressortir ses vertus, dire qu’elle vivait de foi comme nous, en donner des preuves par l’Évangile où nous lisons : « Ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » Et cette autre, non moins mystérieuse : « Ses parents étaient dans l’admiration de ce qu’on disait de lui. » Cette admiration suppose un certain étonnement, ne trouvez-vous pas, ma petite Mère ?

On sait bien que la Sainte Vierge est la Reine du Ciel et de la terre, mais elle est plus Mère que reine, et il ne faut pas dire à cause de ses prérogatives qu’elle éclipse la gloire de tous les saints, comme le soleil à son lever fait disparaître les étoiles. Mon Dieu ! que cela est étrange ! Une Mère qui fait disparaître la gloire de ses enfants ! Moi je pense tout le contraire, je crois qu’elle augmentera de beaucoup la splendeur des élus.

C’est bien de parler de ses prérogatives, mais il ne faut pas dire que cela, et si, dans un sermon, on est obligé du commencement à la fin de s’exclamer et de faire Ah ! ah ! on en a assez ! Qui sait si quelque âme n’irait pas même jusqu’à sentir alors un certain éloignement pour une créature tellement supérieure et ne se dirait pas : « Si c’est cela, autant aller briller comme on pourra dans un petit coin ! »

Ce que la Sainte Vierge a de plus que nous, c’est qu’elle ne pouvait pas pécher, qu’elle était exempte de la tache originelle, mais d’autre part, elle a eu bien moins de chance que nous, puisqu’elle n’a pas eu de Sainte Vierge à aimer ; et c’est une telle douceur de plus pour nous, et une telle douceur de moins pour elle !

Enfin j’ai dit dans mon Cantique : « Pourquoi je t’aime, ô Marie ! » tout ce que je prêcherais sur elle.

O Marie, si j’étais la Reine du Ciel et que vous soyez Thérèse, je voudrais être Thérèse afin que vous soyez la Reine du Ciel!!!

8 septembre 1897 (Thérèse écrivit ces lignes, les dernières de sa vie, au dos d’une image de la Sainte Vierge, le 8 septembre 1897, septième anniversaire de sa profession, cinq semaines avant sa mort.)

 Au-delà de certaines réserves, (tout en tenant compte que la première édition date de 1948 juste avant la proclamation du dogme de l’Assomption en 1950 par Pie XII) il n’en demeure pas moins que ce livre sur Marie peut nous aider à mieux entrer dans les différents mystères de la vie de Jésus à l’écoute de Sa Parole en se mettant à l’école de Marie.

 

L’auteur : Adrienne von Speyr

Née en 1902 à La Chaux de Fonds, en Suisse, médecin et mère de famille, Adrienne von Speyr est appelée à une connaissance de Dieu toute particulière. Grande mystique du XXe, elle avait reçu les stigmates de la Passion.

 Fille d’un médecin protestant, médecin elle-même, mariée, mère de famille, elle se convertit au catholicisme en 1940, à la suite de sa rencontre avec le P. Hans Urs von Balthasar, théologien catholique suisse, créé cardinal en 1988 par Jean-Paul II.

Avec ce dernier, en 27 ans de collaboration, elle fonde un institut séculier et publie une oeuvre théologique considérable (environ soixante volumes) d’une grande richesse spirituelle et biblique. De sa conversion à sa mort, elle n’aura de cesse de découvrir Dieu.

Toute petite, elle a une vision de la Vierge et d’un ange qui l’instruit des choses de Dieu. Sa conversion est le point de départ d’une vie spirituelle remplie de grâces, de visions, de révélations, de souffrances offertes (elle reçoit les stigmates en 1942) qu’elle confie à son directeur spirituel le jésuite Hans Urs von Balthasar… Cette vie mystique lui apporta une remarquable connaissance de Dieu.

L’œuvre d’Adrienne est d’une parfaite sobriété, mais aussi d’une grande beauté. Elle est l’auteur de nombreux commentaires scripturaires, exposés théologiques ou spirituels que les éditions Johannes Verlag rééditent depuis quelques années. Le merveilleux n’abonde pas dans son œuvre. Selon les mots de Jean-Paul II , directement « initiée » par le ciel, Adrienne parle sous « l’action mystérieuse et impressionnante du Seigneur » Malade, épuisée, elle mène dès 1954 une vie recluse de prière, de souffrance et de silence. Elle meurt à Bâle en 1967. 

 

 

 

 

 

 

 

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