2084 : La fin du monde

2084 : La fin du monde

Boualem Sansal

Paris, Gallimard, 2015. 273 pages.

 

 

Recension de l’ouvrage

 « La religion fait peut-être aimer Dieu mais rien n’est plus fort qu’elle pour faire détester l’homme et haïr l’humanité »

 « C’est une œuvre de pure invention, le monde de Bigaye que je décris dans ses pages n’existe pas et n’a aucune raison d’exister à l’avenir, tout comme le monde de Big Brother imaginé par maître Orwell, et si merveilleusement conté dans son livre blanc, 1984, n’existait pas en son temps, n’existe pas dans le nôtre et n’a réellement aucune raison d’exister dans le futur. Dormez tranquilles, bonnes gens, tout est parfaitement faux et le reste est sous contrôle »

 

L’écrivain algérien engagé qui avait déjà publié en 1999 Le Serment des Barbares pour décrire la corruption du pouvoir militaire en place dans son pays, un pouvoir allié à l’islamisme qu’il compare au nazisme dans Le Village de l’Allemand (2008), ou dans Gouverner au nom d’Allah (2010) récidive ici dans ce roman 2084 (publié en 2015). Il explique ainsi son combat contre toute forme de totalitarisme : « Je me suis mis à écrire comme on enfile une tenue de combat. »

 Au fil de la lecture de ce roman qui fait penser à 1984 de George Orwell on comprend que la cible de ce roman est encore une fois l’islamisme qui veut imposer un empire théocratique. On voit  comment cette religion soumet son peuple : par la terreur en mettant en scène  des exécutions de masse, par le contrôle de la pensée et des faits et gestes de la population grâce à une police religieuse. En même temps ce pouvoir réécrit l’histoire à sa convenance et efface toute trace du passé. Dans ce pays imaginaire, l’Abistan, qui se veut un pays sans frontière, tous sont contraints sous peine de mort à obéir aveuglément au dieu Yölah et à son « délégué » sur terre Abi. Les habitants sont maintenus dans l’ignorance par l’emploi d’une langue aussi pauvre que possible, sont soumis à un abrutissement des séances de longues prières, des fêtes religieuses obligatoires, des pèlerinages et une pression maintenue par la guerre menée contre un ennemi imaginaire.

 La machine si bien huilée se grippe quand le héros Ati découvre le mot « liberté ». En commençant à douter, à remettre en cause l’existence de ce dieu, il sait qu’il se met en danger. Et pourtant il va tout tenter pour découvrir la vérité sur son monde, pour pénétrer le monde des « renégats » vivant à l’écart dans un ghetto et surtout sans religion, mais surtout quand un archéologue découvre un village inconnu qui remet en cause tout ce qui avait été affirmé jusque-là. En même temps son chemin lui fait découvrir une autre réalité : en pénétrant dans le palais où siège le gouvernement il s’aperçoit que les hauts dignitaires n’ont pas la foi qu’ils veulent il imposer et que se jouent en ce lieu des luttes de pouvoir.

 Il ya une question qui court tout au long de ce roman et qui obsède Ati : la frontière. Ce monde fermé sur lui-même a-t-il une frontière ? Qu’est-ce qui existe derrière cette frontière qui est censée ne pas exister ? Existe-t-il un autre monde au-delà de cette frontière ?

 Le style de l’auteur et la construction du roman surprennent tout d’abord d’autant plus que Boualem Sansal ne s’attache guère à la psychologie ou au sort final de ses différents personnages : c’est la description de ce monde totalitaire qu’il s’attache surtout à nous montrer et qui l’intéresse plus que l’intrigue en elle-même. Les personnages ne sont là que pour donner à voir.

 C’est dans un récit qui s’inscrit dans la continuité de celui de Georges Orwell que l’auteur nous avertit des dangers que constituent les dérives d’un radicalisme religieux tout en soulignant son hypocrisie et qui menacent nos démocraties. Au final ce conte sombre et où tout espoir est absent se révèle être un pamphlet !

 

la-fin-du-monde Biographie de l’auteur

Boualem Sansal, né le 15 octobre 1949 à Theniet El Had, petit village des monts de l’Ouarsenis, est un écrivain algérien francophone, principalement romancier mais aussi essayiste, censuré dans son pays d’origine à cause de sa position très critique envers le pouvoir en place. Il habite néanmoins toujours en Algérie, considérant que son pays a besoin des artistes pour ouvrir la voie à la paix et à la démocratie. Il est en revanche très reconnu en France et en Allemagne, pays dans lesquels ses romans se vendent particulièrement bien, et où il a reçu de nombreux prix.

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