La joie spacieuse de Jean-Louis Chrétien

 

Jean-Louis Chrétien

La Joie spacieuse. Essai sur la dilatation

Paris, Les Editions de Minuit, 2007. 272 pages.

 

La joie nous rend plus vifs dans un plus vaste monde.

Mais que peut-on écrire sur la joie aujourd’hui quand les médias nous abreuvent jusqu’à la nausée de catastrophes ? Que peut-on proposer comme chemin vers la Joie ? C’est tout l’intérêt de cet ouvrage et tout le mérite de Jean-Louis Chrétien est de faire entrer son lecteur dans le chemin de la joie, mais sans proposer comme bon nombre de livres des remèdes vers des bonheurs éphémères et factices. Comment penser cet élargissement du dehors et du dedans, et le chant neuf de ses possibles ? Il y a donc ainsi des livres que l’on découvre au hasard de rencontres ou de lectures, il y a des auteurs qui tracent leur chemin hors des sentiers battus et surtout en dehors de ce que tout le monde attend.

Tout le challenge de l’auteur a été de décrire ce que l’on découvre dans les Ecritures et que l’on appelle « dilation du cœur »., qui se produit parfois jusque dans l’épreuve ou même l’angoisse mais qui cependant fait naître une force insoupçonnée, désirée mais imprévue. L’auteur ne se tourne pas vers les philosophes mais vers les mystiques et les poètes  qui l’ont célébrée, chacun à leur manière, et qui ont su la traduire : ils ont été submergés et soulevés par cette crue de l’espace mais aussi déchirés par cette joie.

Cette étude se compose de neuf chapitres, consacrés à saint Augustin, saint Grégoire le Grand, à Henri Michaux, Thérèse d’Avila et le psaume 119, à saint François de Sales, Louis Chardon et Richard Rolle, à Bossuet, Amiel, Thomas Traherne, Walt Whitman et Paul Claudel. Au fil du texte ces auteurs  Ces chercheurs de la joie, ces explorateurs de « la joie spacieuse »se font sous la plume de l’auteur des maîtres, des guides vers un univers qui peut s’ouvrir à chacun  à chaque instant et n’importe où. Il suffit sans doute de se laisser surprendre pour que la Joie traverse nos ténèbres. La « joie spacieuse », cette « dilation du cœur »  se montre lourde de toute une histoire humaine mais surtout riche de promesse pour les temps à venir.

Si Dostoïevski dans L’Idiot a pu affirmer  « La beauté sauvera le monde» ne peut-on pas en dire autant de la Joie ?

 

 Extrait de l’introduction :

« Dès que la joie se lève, tout s’élargit. Notre respiration se fait plus ample, notre corps, l’instant d’avant replié sur lui-même, n’occupant que sa place ou son coin, tout à coup se redresse et vibre de mobilité, nous voudrions sauter, bondir, courir, danser, car nous sommes plus vifs dans un plus vaste espace, et le défilé resserré de notre gorge devient le gué du cri, du chant ou du rire déployé. Rire ou pleurer,
rire en pleurant, pleurer en riant, qu’importe !, c’est la réponse au même excès de ce qui vient. Notre visage s’ouvre et notre regard s’éclaire. Qu’est-ce qui vient ? L’a venir. Mais il n’est pas seulement projeté, calculé, anticipé, imaginé, il surgit ici et maintenant, et c’est parce que cet ici et ce maintenant ne sauraient être ponctuels que tout s’élargit.joie spacieuse
« Il y va de l’inverse de ce que décrit Schiller dans l’ultime vers de son poème Le Pèlerin : Und das Dort ist niemals hier ! («Et le là jamais n’est ici !») : dans la joie, là vient ici, là est ici, et pourtant n’y vient pas jusqu’à s’y épuiser, jusqu’à y être tout entier, et c’est pourquoi il faut croître et partir. Non pas partir pour fuir l’ici, mais pour tenir la promesse que le là, ici, a fait s’ouvrir. La joie ne forme pas un état, mais un acte et un mouvement, une inchoation vive. Cet acte est l’acte commun de l’homme et du monde, il ne peut être rabattu et mis en boîte dans la psychologie ni dans une pensée du «sujet». La joie en effet donne de l’espace, du champ et du jeu, être joyeux, c’est être au large dans le grand large du monde soudain révélé comme tel, et l’épreuve de la joie est toujours une épreuve de l’espace en crue. Espace du soi, espace du monde ? Espace intérieur, espace extérieur ? Le propre de la joie est de rendre cette distinction caduque, et d’être indivisément une épreuve de soi et une épreuve du monde. Nul ne l’a mieux dit que Baudelaire, dans ces vers du «Balcon» :

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées ! 
Que l’espace est profond ! que le cœur est puissant ! »

 

 

Présentation de l’auteur

Philosophe et poète, Jean-Louis Chrétien (né en 1952, à Paris, normalien, agrégé de philosophie, , professeur à l’université de Paris-IV) occupe une place singulière dans le paysage philosophique français contemporain. Tout à la fois phénoménologue, théologien, poète, professeur, érudit, il ne saurait toutefois être réduit à l’une de ces qualifications. « À chaque question son mode d’écriture », dit-il dans un entretien accordé à la revue Nunc, en 2005. Si parole et corps sont les deux « thèmes » qu’il n’a de cesse d’explorer dans tous les sens, à travers une œuvre dense et cependant abondante, paroles philosophique, théologique ou poétique sont pour lui des modalités irréductibles, proches et séparées, d’une même écoute.

 

Son œuvre

Loin des premiers fleuves, Paris, Éd. de la différence, 1980.

Lueur du secret, Paris, L’Herne, 1985.

L’effroi du beau, Paris, Éd. du Cerf, 1987.

L’antiphonaire de la nuit, Paris, L’Herne, 1989.

Traversées de l’imminence, Paris, L’Herne, 1989.

La Voix nue : phénoménologie de la promesse, Paris, Éd. de Minuit, 1990.

L’ inoubliable et l’inespéré, Paris, Desclée de Brouwer, 1991.

L’appel et la réponse, Paris, Éd. de Minuit, 1992.

Parmi les eaux violentes, Paris, Mercure de France, 1993.

Effractions brèves, Sens, Obsidiane, 1995.

De la fatigue, Éd. de Minuit, Paris, 1996.

Corps à corps : à l’écoute de l’œuvre d’art, Paris, Éd. de Minuit, 1997.

Entre flèche et cri, Sens, Obsidiane, 1998.

L’arche de la parole, Paris, P.U.F., 1998.

Le regard de l’amour, Paris, Desclée de Brouwer, 2000.

Joies escarpées, Sens, Obsidiane, 2001.

Marthe et Marie, Paris, Desclée de Brouwer, 2002 (avec Etienne Jollet et Guy Lafon).  

Saint Augustin et les actes de parole, Paris, P.U.F., 2002.

L’intelligence du feu : réponses humaines à une parole de Jésus, Paris, Bayard, 2003.

Promesses furtives, Paris, Éd. de Minuit, 2004.

Symbolique du corps : la tradition chrétienne du Cantique des Cantiques, Paris, P.U.F., 2005.

La joie spacieuse. Essai sur la dilatation, Paris, Éd. de Minuit, 2007.

Répondre : Figures de la réponse et de la responsabilité, Paris, P.U.F., », 2007.

Sous le regard de la Bible, Bayard Centurion, « Bible et philosophie », 2008.

Conscience et roman I : La conscience au grand jour, Paris, Éd. de Minuit, « coll. Paradoxe », 2009, 288 p.

Pour reprendre et perdre haleine – Dix brèves méditations., Paris, Bayard, 2009.

Reconnaissances philosophiques, Paris, Éd. du Cerf, 2010.

Conscience et roman II. La conscience à mi-voix, Paris, Éd. de Minuit, « coll. Paradoxe », 2011, 336 p. (Prix du Cardinal Lustiger de l’Académie française 

L’Espace intérieur, Paris, Éd. de Minuit, « coll. Paradoxe », 2014

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