Les âmes errantes de Tobie Nathan

Les âmes errantes

Tobie Nathanâmes errantes

Paris, L’Iconaclaste, 2017. 247 pages

 

 

C’est un essai qui pose un regard inhabituel sur la question des jeunes radicalisés Fondée sur une expérience clinique Tobie Nathan s’est intéressé au vécu de ces jeunes en leur laissant la parole pour comprendre ce qui les poussait à choisir un tel engagement.

En septembre 2014, l’État confie à Tobie Nathan le suivi d’une cinquantaine de jeunes gens en voie de radicalisation. Un an et demi plus tard, il rend un rapport, mais veut poursuivre la réflexion. Pour lui ce livre est nécessaire : car médias, hommes politiques se trompent dans leur analyse ; trop de clichés sont colportés, trop d’idéologies brandies, trop de fausses réponses apportées. Qu’on pense à l’échec des centres dits de « déradicalisation ». Ou au célèbre « Expliquer, c’est déjà excuser » de Manuel Valls.

Ayant quarante ans  auprès des migrants et après trois ans de consultations avec les jeunes radicalisés force est de constater que peu d’intellectuels ont pu les approcher aussi intimement. Il en dresse des portraits ciselés, touchants, empathiques qui font le tour de vies où quelque chose de fondamental a manqué : une émigration qui a coupé les migrants de leurs origines, une intégration qui les laisse sans racines pour se construire, et des parents absents ou qui ne comprennent. Tobie Nathan a mis à profit l’expérience de sa propre vie (lui-même étant un émigré) pour sonder ces âmes errantes et baliser pour elles un «éventuel chemin de retour». Mais plus  il les approche «en frère». Lui, le Juif, le migrant, l’enfant des cités, le révolté de Mai 68, se retrouve dans cette jeunesse d’aujourd’hui, engagée, combative, sûre de ses idéaux,  de sa place dans l’Histoire et surtout  de sa  conviction qu’elle est en train de « faire l’Histoire ».

A travers son livre Tobie Nathan donne à voir un jeu de miroirs entre radicaux d’hier (ceux de Mai 68 qui voulaient faire la Révolution et changer le monde) et d’aujourd’hui qui veulent sauver le monde : « Je leur ressemble », dit-il.

Si certaines affirmations de l’auteur sont justes (le manque de racines, la coupure brutale parfois avec leur culture et une intégration mal vécue…) on peut peut-être regretter que l’auteur ne prenne pas plus de recul par rapport à sa propre expérience, à sa propre histoire même si elle peut expliquer sur bien des points la dérive où ses jeunes sont embarqués. Il faut aussi noter que l’auteur met – et non sans raison – à mal la notion « d’un vivre ensemble », une notion  qui ne supporte pas les différences, une notion où l’altérité est si absente que l’on en vient à vouloir construire un monde où chacun ressemble à tout le monde.

En tout cas un livre qui peut réfléchir sur un phénomène que personne ne semble comprendre. Un regard qui peut surprendre mais qui apporte une réflexion neuve.

 

Biographie de Tobie Nathan

 Né en Égypte, au Caire, en 1948 il fait ses études en France et obtient un doctorat en psychologie (1976) puis un doctorat ès lettres et sciences humaines (1983). Il devient ensuite successivement assistant, puis maître-assistant à l’Université de Paris XIII, et depuis 1986, professeur de psychologie clinique et pathologique à l’Université de Paris VIII.

Tobie Nathan s’est intéressé à la psychanalyse, puis aux psychothérapies et à l’ethnopsychiatrie. Toujours concerné par les liens entre psychopathologie, pratiques cliniques et environnement social, il a également une pratique d’expertise – il est expert près la Cour d’appel de Paris. Il a créé la première consultation d’ethnopsychiatrie en France, en 1979, dans le service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent de l’Hôpital Avicenne (Bobigny), alors dirigé par le professeur Serge Lebovici, psychanalyste et pédopsychiatre – consultation dont les principes ont été adoptés par de nombreuses consultations en France et à l’étranger (Québec, Italie, Belgique, Suisse, Brésil, Israël, Tahiti, Réunion).

Il a fondé en 1993 le Centre Georges-Devereux, centre universitaire d’aide psychologique aux familles migrantes, au sein de l’UFR « Psychologie, pratiques cliniques et sociales » de l’Université de Paris VIII – centre qu’il a dirigé de 1993 à 1999. Ce centre est en France le premier lieu universitaire de clinique psychologique au sein d’une UFR ou d’un département de psychologie. Il regroupe, sur le campus de l’université à Saint-Denis, dans un même espace une clinique spécifique, des recherches universitaires en psychopathologie et en psychothérapie et la formation des étudiants de troisième cycle.
Sous l’égide de Georges Devereux, il a fondé, en 1978 la première revue francophone d’ethnopsychiatrie – Ethnopsychiatrica qui a paru de 1978 à 1981. Puis il a fondé en 1983 La Nouvelle Revue d’ethnopsychiatrie qui a livré 36 numéros de 1983 à 1998 – aux éditions de la Pensée sauvage, à Grenoble. Depuis février 2000, il dirige une nouvelle revue, Ethnopsy / Les mondes contemporains de la guérison, aux Empêcheurs de penser en rond, Le Seuil, Paris.

De 1996 à 2000, il a dirigé l’UFR de « Psychologie, pratiques cliniques et sociales » de l’Université de Paris VIII, et de 2000 à 2003, l’Institut d’enseignement à distance (IED) de l’Université de Paris VIII.
De février 2003 à août 2004, il a dirigé la Délégation de l’Agence universitaire de la francophonie pour l’Afrique des Grands Lacs, à Bujumbura (Burundi). Depuis septembre 2004, il est Conseiller de coopération et d’action culturelle près l’Ambassade de France en Israël à Tel-Aviv.

Il est aussi romancier et a publié cinq romans et, en collaboration, une pièce de théâtre.

(source wikipédia)

 

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