Bakhita de Véronique Olmi

Bakhita 

Véronique Olmi

Paris, Albin Michel, 2017. 455 pages.

 

bakita

C’est un roman noir, noir comme la peau ‘ébène de Bakhita ; mais un roman qui progressivement va vers la pleine lumière : roman noir et lumineux tout à la fois. Le livre de Véronique Olmi sur Bakhita, la religieuse soudanaise canonisée par Jean-Paul II, est bien plus qu’un roman. C’est l’histoire à la fois dramatique et pourtant pleine de vie et d’espérance d’une esclave au XIXè siècle.

Bakhita (sans soute née au alentour des années 1869)  est enlevée à l’âge de sept par des négriers musulmans pour être vendue comme esclave. La jeune fille qui a oublié son nom de naissance est nommée par dérision Bakhita (qui signifie « la chanceuse »). Il lui faudra bien de la chance en effet pour survivre à tout !

La jeune soudanaise enchaînée avec des centaines d’autres esclaves connaîtra les longues marches dans le désert, la faim, la soif, le dénuement…. Mais pardessus tout elle connaîtra le pire : vendue à divers maîtres parce qu’elle est jeune et belle elle sera traitée d’une manière où elle aurait pu perdre toute son humanité. Les humiliations de toutes sortes, les mauvais traitements marqueront son corps et son esprit pour toujours mais elle ne perdra jamais ce désir de vivre, cet espoir de retrouver un jour les siens. Au milieu de tout cela elle trouvera l’amitié avec une autre jeune esclave et elle ne perdra jamais sa dignité d’être humain.

Sa chance elle la rencontrera en 1883 quand elle sera vendue au Consul italien au Soudan  Bakhita  a 14 ans et sa vie change alors radicalement : «Le nouveau maître était assez bon et il se prit d’affection pour moi. Je n’eus plus de réprimandes, de coups, de châtiments, de sorte que, devant tout cela, j’hésitais encore à croire à tant de paix et de tranquillité ». C’est ainsi qu’elle va rentrer en Italie  Elle n’est pas encore juridiquement libre mais elle est traitée comme un être humain. Quelque temps plus tard elle entrera au couvent ses religieuses « canossiennes » de la ville de Venise où elle décidera de rester. Il faudra pourtant un procès pour qu’elle déclarée « libre » (novembre 1889).

C’est là que Bakhita va apprendre les rudiments de la foi chrétienne

« Les Sœurs firent mon instruction avec beaucoup de patience, dit-elle, et me firent connaître ce Dieu que tout enfant je sentais dans mon cœur sans savoir qui il était. Voyant le soleil, la lune et les étoiles, je me disais en moi-même : qui donc est le maître de ces belles choses ? Et j’éprouvais une grande envie de le voir, de le connaître et de lui rendre mes hommages ».

Elle sera baptisée et confirmée en 1890 par le cardinal-archevêque de Venise : « Ici, je suis devenue fille de Dieu ». Elle s’appellera désormais Joséphine Bakhita. Trois ans après, elle demanda à devenir religieuse  à 24 ans. La Sœur Supérieure, lui dit : « Ni la couleur de la peau, ni la position sociale ne sont des obstacles pour devenir sœur ». Le 7 décembre 1893  Bakhita rejoignit le couvent des Sœurs de la Charité à l’institut de catéchuménat de Venise et elle prononcera ses premiers vœux en 1896.

C’est donc une toute nouvelle vie qu’elle commence, une nouvelle vie où va donner toute sa pleine mesure. . Aimée de tous tant elle rayonnait de bonté, on lui donne le surnom de « Petite Mère Noire » (« Madre Moretta« ). Elle disait : «Soyez bons, aimez le Seigneur, priez pour ceux qui ne le connaissent pas. Voyez comme est grande la grâce de connaître Dieu. ».

Cette bonté elle l’exercera dans le pardon à ses négriers qui auraient pu la briser totalement : « Je n’ai jamais détesté personne. Qui sait, peut-être qu’ils ne se rendaient pas compte du mal qu’ils faisaient ?».

Et quand on lui demandait ce qu’elle pensait de ses bourreaux elle répondait :

« Si je rencontrais ces négriers qui m’ont enlevée et ceux-là qui m’ont torturée, je m’agenouillerais pour leur baiser les mains, car si cela ne fût pas arrivé je ne serais pas maintenant chrétienne et religieuse ».

« Les pauvres, peut-être ne savaient-ils pas qu’ils me faisaient si mal : eux ils étaient les maîtres, et moi j’étais leur esclave. De même que nous sommes habitués à faire le bien, ainsi les négriers faisaient cela, par habitude, non par méchanceté ».

Pendant la Seconde Guerre mondiale alors que les bombes tombent sur le convent elle témoigne encore de cette foi en la vie :  « La Sainte Vierge m’a protégée, même quand je ne la connaissais pas. Même au fond du découragement et de la tristesse, quand j’étais esclave, je n’ai jamais désespéré, parce que je sentais en moi une force mystérieuse qui me soutenait. Je n’en suis pas morte, parce que le Bon Dieu m’avait destinée à des « choses meilleures ». Et je connus finalement ce Dieu que je sentais dans mon cœur depuis que j’étais petite, sans savoir qui c’était ».

 La « Madre Moretta » comme le dit l’auteur devra par obéissance raconter sa vie à une journaliste qui publiera cette « Histoire merveilleuse ». Célèbre malgré elle, elle devra encore témoigner dans l’obéissance dans les instituts religieux et parfois auprès de personnalités. L’ancienne esclave, la religieuse à la peau noire est à la fois objet d’admiration et de curiosité.

C’est le 8 février 1947 après une longue maladie que Bakhita va quitter ce monde avec le souvenir douloureux des chaines qui martyrisaient son jeune corps : « Lâchez mes chaînes, elles me font mal ».

La petite soudanaise, l’ancienne esclave devenue religieuse fera l’objet d’un véritable culte après sa mort. Béatifiée le 17 mai 1992  elle a été canonisée par Jean-Paul II le 1er octobre 2000.

Le pape dira à cette occasion : « Cette sainte fille d’Afrique, montre qu’elle est véritablement une enfant de Dieu : l’amour et le pardon de Dieu sont des réalités tangibles qui transforment sa vie de façon extraordinaire ».

 

Véronique Olmi a su grâce à son écriture fluide et lumineuse faire revivre celle qui fut Bakhita « la chanceuse » puis la  « Madre Moretta »  C’est un témoignage de vie mais aussi un témoignage sur ce qu’était l’esclavage au XIXè siècle dans cette partie de l’Afrique. Dans ce livre il y a Bakhita mais il y a aussi l’Afrique avec ses paysages, ses richesses et ses drames aussi.

 

Nota Bene : les citations proviennent de diverses sources que l’auteur n’a pas toujours reprises intégralement pour ne pas alourdir le texte. On les retrouve sur le site Wikipédia ou dans l’ Histoire merveilleuse »

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