BLASPHEME : ASIA BIBI

Blasphème

Asia BibiASIA

Paris, XO, 2014. 180 pages.

 

Extrait

« Je vous écris du fond de ma prison, à Sheikhupura, au Pakistan, où je vis mes derniers jours. Peut-être mes dernières heures. C’est ce que m’a dit le tribunal qui m’a condamnée à mort.
J’ai peur.
« J’ai peur pour ma vie, pour celle de mes enfants et de mon mari qui souffrent : à travers moi, c’est toute ma famille qui a été condamnée.
« Ma foi est forte, pourtant, et je prie mon Dieu miséricordieux de nous protéger. Je voudrais tant voir des sourires revenir sur leurs lèvres… Mais je sais que je ne vivrai sûrement pas assez longtemps pour voir ce jour. Les extrémistes ne nous laisseront jamais en paix.
Je n’ai jamais tué, jamais volé… Mais, pour la justice de mon pays, j’ai fait bien pire : je suis une blasphématrice. Le crime des crimes, l’outrage suprême. On m’accuse d’avoir mal parlé du Prophète. C’est une accusation qui permet de se débarrasser de ceux à qui on en veut, quelle que soient leur religion ou leur opinion.
« Je m’appelle Aasiya Noreen Bibi. Je suis une «fille de rien», comme on dit ici. Une simple paysanne d’Ittan Wali, un minuscule village du Pendjab, dans le centre du Pakistan. Et pourtant, aujourd’hui, tout le monde me connaît. Tout le monde sait qui est «Asia» Bibi.
« Mais je n’ai jamais blasphémé ! Je suis innocente ! Je souffre sans avoir commis le moindre acte criminel.
« Je veux dire au monde entier que je respecte le Prophète. Je suis chrétienne, je crois en mon Dieu, mais chacun doit être libre de croire à qui il veut.

« Depuis deux ans, je suis enfermée, privée de parole. Je voudrais enfin m’expliquer. Crier la vérité.
« Salman Taseer, le gouverneur du Pendjab, et Shahbaz Bhatti, le ministre des Minorités, sont morts parce qu’ils me soutenaient. Des fondamentalistes les ont tués. C’était terrible. Même quand on tue des animaux, on n’est pas si cruel. Je pense à leurs familles, je pleure en pensant à eux.
« Comme Salman Taseer l’a dit : «Dans le Pakistan de nos pères fondateurs, cette loi du blasphème n’existait pas.»
« Grâce à Ashiq, mon mari bien-aimé, grâce aux avocats de la Masihi Foundation qui s’occupent de moi au risque de leur vie, grâce à des personnes qui doivent pour leur sécurité demeurer inconnues, je peux vous écrire aujourd’hui, depuis la cellule où l’on m’a enterrée vivante. Pour vous demander de m’aider, de ne pas me laisser tomber.
« J’ai besoin de vous ».

 

Condamnée à mort pour un verre d’eau.
Il fait 45 °C ce jour-là, dans ce champ du Pendjab. Asia cueille des baies depuis plusieurs heures. Une récolte éprouvante, mais Asia et son mari ont cinq enfants à nourrir. Vers midi, en nage, Asia va jusqu’au puits le plus proche, prend un gobelet et boit de l’eau fraîche. Un verre, puis un autre.
C’est alors que sa voisine par jalousie, par bêtise, crie que cette eau est celle des femmes musulmanes et qu’Asia, chrétienne, la souille en s’en servant. Le ton monte… Et soudain, un mot fuse : « Blasphème ! ». Au Pakistan, c’est la mort assurée. Le sort d’Asia est scellé.

C’était le 14 juin 2009. Asia Bibi est jetée en prison. Un an après, elle est condamnée à être pendue. Depuis elle croupit dans une cellule sans fenêtre. Sa famille a dû fuir son village, menacée par les extrémistes.

Deux hommes lui sont venus en aide : le gouverneur du Pendjab et le ministre des Minorités, un musulman et un chrétien. Tous deux ont été assassinés sauvagement.
Asia Bibi nous écrit du fond de sa prison. Elle est devenue une icône pour tous ceux qui luttent, au Pakistan et dans le monde, contre toutes les violences faites au nom des religions.

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