Les intellectuels et le football

Les intellectuels et le football peuvent-ils faire bon ménage ?

 

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On rencontre peu d’écrivains qui ont défendu le sport et surtout le football et les valeurs qu’il incarne. Certains écrivains ont célébré le sport comme Jean Cocteau, Jean Giraudoux ou Paul Morand qui a publié une Anthologie de la littérature équestre. Quant à Nabokov il était un amoureux du ballon rond.

 

Le football inventé à la fin du XIXe siècle par les aristocrates anglais est devenu le sport préféré des classes populaires, le rugby restant un sport jugé plus digne par les classes sociales plus aisées.

Le succès universel du football tient à la simplicité de ses règles. Si le règlement du rugby est plus complexe. Il offre à chacun le plaisir de jouer comme il le désire, où il le désire et quand il le désire. Il offre aussi le bonheur de partager un instant de fraternité, c’est le principe de la Coupe du monde.

 

Le mépris des intellectuels pour le football

En France, il y a une tradition qui suppose que les intellectuels ne s’intéressent pas aux sports, et que les sportifs ne s’intéressent pas à l’intellect. Il existe des textes d’intellectuels où l’on trouve des affirmations prétendants que l’on ne pouvait pas aimer la littérature et en même temps apprécier le football.

 

 « Le football est généralement décrit comme un moyen de rencontre entre les peuples, mais en réalité il est surtout question de haine ; haine de son propre corps, haine de l’autre, haine du féminin, haine de la pensée se retrouvent dans le football. Les auteurs tentent ici de rendre compte de cette véritable culture de la haine afin de lutter contre le matraquage idéologique véhiculé par l’industrie capitaliste sous-culturelle de masse, mais aussi par nombre d’intellectuels ayant renoncé à toute analyse critique préférant se complaire dans l’idéologie confortable du multiculturalisme footballistique, du football éducatif, démocratique… »

Dans Football : sociologie de la haine sous la direction de Camille Dal et Ronan Davis (Editions de l’Harmattan)

 

 

« Derrière le matraquage footballistique de l’espace public se profilent toujours la guerre en crampons, les haines identitaires et les nationalismes xénophobes. Et derrière les gains, transferts et avantages mirobolants des stars des pelouses, promues “ exemples pour la jeunesse ”, se cachent les salaires de misère, le chômage, l’exclusion, la précarité et l’aliénation culturelle de larges fractions de la population […]. Le football-spectacle n’est donc pas simplement un “ jeu collectif ”, mais une politique d’encadrement pulsionnel des foules, un moyen de contrôle social qui permet la résorption de l’individu dans la masse anonyme, c’est-à-dire le conformisme des automates. »

Dans Le football, une peste émotionnelle par Jean-Marie Brohm et Marc Perelman (Edition Folio Gallimard)

 

 « Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur. Le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s’abaisser à jouer au football. » (Desproges)

 

 

Albert Camus, l’exception ?

Mis à part Nabokov, Montherlant ou Camus, la plupart des écrivains préfèrent le tennis, l’équitation, ou le rugby.

Comme le roman populaire ou le roman de gare, le football est dédaigné par ceux qui veulent affirmer leur appartenance à une élite. Or, on peut aimer à la fois la littérature et le football.

« Ce que je sais de plus sûr à propos de la moralité et des obligations des hommes, c’est au sport que je le dois »,

 « J’appris tout de suite qu’une balle ne vous arrivait jamais du côté où l’on croyait. Ça m’a servi dans l’existence et surtout dans la métropole où l’on n’est pas franc du collier. »

Albert Camus dans un entretien donné au bulletin du Racing universitaire d’Alger (où il jouait comme gardien de but junior)

 

C’est par leur passion commune pour le ballon rond que Rambert devient l’ami de Gonzalès dans La Peste.  Preuve enfin que cette passion n’est pas une toquade passagère, Camus y revient dans « Pourquoi je fais du théâtre ? », écrit en 1959 :

« Vraiment le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. »

 

Bernard Pivot, supporter des Verts, et de l’équipe de France, voit une évidente relation entre l’écriture et le jeu de football :

« Certes, l’écrivain, seul devant la table de travail, choisit les mots suivant un ordre qui définit son style tandis que le footballeur, au contraire, ne peut se produire sans ses coéquipiers. On ne saurait cependant réduire un match à l’affrontement de deux équipes de onze joueurs. De même que l’on reconnaît en quelques mots le style de Stendhal ou de Le Clézio, quelques minutes suffisent pour identifier l’écriture de Zidane, Beckenbauer ou Platini. »

On peut don être écrivain, parler de littérature et aimer le football !

Si aujourd’hui on peut constater les excès provoqués au nom de l’amour de ce sport (violence dans les stades, sommes dépensées pour les salaires des joueurs, les transferts d’un club à un autre) on ne peut pas oublier que bien des clubs sont nées au sein des patronages où ce sport était une école de liberté, une école qui apprenait les valeurs de fraternité au sein d’une équipe et le respect de l’adversaire.

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