Le titre de chanoine du Latran

Pourquoi Macron devient-il chanoine de la basilique de Latran ?

Mardi 26 juin, le président Emmanuel Macrmesse-Saint-Jean-Latran-Francois-2013_0_729_480

Mardi 26 juin, le président Emmanuel Macron est à Rome où il doit prendre possession de son titre de chanoine honoraire de la basilique du Latran, la cathédrale du pape.

1/Pourquoi Saint-Jean du Latran est-elle la cathédrale du pape ?

Après sa victoire du pont Milvius contre Maxence (312), l’empereur Constantin fait don à l’Église d’un vaste domaine, situé sur la partie orientale du Caelius, qui avait autrefois appartenu à la famille des Laterani. Le pape Sylvestre Ier y fait construire une vaste basilique, consacrée au Saint-Sauveur en 324, qui devient la cathédrale de l’évêque de Rome (le Vatican n’est, à l’époque, « que » le tombeau de saint Pierre).

Au VIe siècle, la basilique est appelée Saint-Jean, du nom du baptistère construit à ses côtés, tandis que le magnifique palais attenant devient le centre politique et administratif de la communauté chrétienne de Rome, comme du gouvernement central de l’Église. Néanmoins, à partir du XIIIe siècle, les papes préfèrent résider près de Saint-Pierre, le quartier du Vatican étant plus facilement défendable derrière sa muraille. Au XIVe siècle, à leur retour d’Avignon, ils s’y installeront définitivement, le palais du Latran étant trop délabré – « un amas de ruines et de décombres dont la vue arracherait des soupirs à des cœurs même de pierre », écrira Pétrarque.

 
« Mère et tête de toutes les églises de la ville et du monde », la « basilique du Sauveur et des saints Jean Baptiste et Jean l’Évangéliste au Latran » demeure toutefois la cathédrale des papes qui s’emploient à la restaurer.

Au XVIe siècle, à la demande de Sixte V, Domenico Fontana reconstruit le palais sur le modèle du palais Farnèse tandis que, au siècle suivant, Borromini restaure complètement la basilique, prévoyant notamment les niches de la nef où, au XVIIe siècle, seront installées les statues des Apôtres. À la fin du XIXsiècle, Léon XIII fait restaurer le chœur et l’abside tandis qu’en 1962 Jean XXIII réinstalle dans le palais l’administration du diocèse de Rome.

 

2/ Quels sont les liens du Latran avec la France ?

Dès le Moyen Âge, Carolingiens puis Capétiens s’attachèrent à développer leurs liens avec la cathédrale du pape. Ainsi, vers 1370, quand Urbain V engage une série de restaurations, le roi Charles V offre le splendide ciborium, l’espèce de baldaquin installé au-dessus de l’autel et qui contient, dans un reliquaire d’argent, les têtes de Pierre et Paul. Les armes de France y sont toujours visibles au fronton. Mais c’est surtout Louis XI qui, à la fin du XVe siècle, va combler de bienfaits le clergé du Latran, concédant à son chapitre d’importants revenus en Guyenne et dans le Languedoc, dont l’abbaye de Clairac (Lot-et-Garonne).

Henri IV, dans ses négociations avec la papauté pour faire reconnaître son passage au catholicisme et la légitimité de ses droits au trône, va s’appuyer sur cette tradition francophile : le chapitre l’aidera à contrer les intrigues de l’Espagne pour convaincre le pape de sa bonne foi.

 

3/ Pourquoi le président français en est-il chanoine ?

En remerciement de ses bons offices, Henri IV confirme les droits du chapitre du Latran sur l’abbaye de Clairac. Le chapitre lui érige alors une statue de bronze dans le portique de la basilique et lui donne le titre de chanoine honoraire de la basilique. La France s’insérait ainsi dans la géopolitique romaine aux côtés des autres puissances de l’époque : l’empereur germanique était chanoine de Saint-Pierre, le roi d’Espagne chanoine de Sainte-Marie-Majeure tandis que, avant la Réforme, les rois d’Angleterre avaient été chanoines de Saint-Paul-hors-les-murs.

Les chefs d’État français ont hérité de cet honneur fait aux rois de France, qui ne ménagèrent jamais leurs libéralités pour le chapitre (la chapelle à côté de la sacristie renferme ainsi le magnifique monument érigé par les chanoines pour remercier Louis XV de ses dons).

Après la Révolution, le titre sera un peu négligé, mais les liens avec la France ne seront toutefois jamais rompus : lors de la République romaine de 1849, le drapeau français sera hissé sur la basilique en signe de protection et les clés du trésor conservées à l’ambassade et, en 1863, la France veillera à ce que les biens du chapitre en Italie ne soient pas saisis. En 1932, le chapitre célèbre un service funèbre solennel après l’assassinat du président Doumer.

Il faut toutefois attendre René Coty pour que, en 1957, un président français vienne officiellement au Latran prendre possession de son titre. Ses successeurs Charles de Gaulle, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy firent de même, tandis que Georges Pompidou, François Mitterrand et François Hollande acceptèrent le titre sans en prendre possession. En outre, une messe « pour la prospérité de la nation française » est célébrée dans la basilique chaque 13 décembre, jour anniversaire de la naissance d’Henri IV. Interrompue à la Révolution, cette tradition a été rétablie par Napoléon III, puis en 1926 grâce à Mgr Gaston Vanneufville, un prêtre lillois et chanoine du Latran (et correspondant de La Croix à Rome).

 

4/ À quoi sert ce titre ?

En lui-même, le titre de « premier et unique chanoine honoraire de l’archibasilique du Latran » n’accorde aucun droit à son titulaire, pas même, contrairement à une légende tenace, celui d’entrer à cheval dans l’église.

Mais cet honneur fait à la France à travers son chef d’État demeure un instrument de « diplomatie douce ». Dans un monde du Vatican où les symboles demeurent extrêmement importants, ce privilège, accordé dans la cathédrale même du pape, signe la singularité et l’importance de la France auprès de l’acteur diplomatique et moral majeur que demeure le Saint-Siège.

Même si, depuis le Concile, les papes ont tenu à réserver le chapitre du Latran aux prêtres du diocèse de Rome (l’archiprêtre de la basilique est d’ailleurs le vicaire du pape pour le diocèse de Rome), un Français en demeure membre : le titulaire actuel, Mgr Louis Duval-Arnould, prêtre du diocèse de Paris, porte ainsi dans le chapitre le titre de « préfet pour l’abbaye de Clairac », même si celle-ci n’existe plus depuis la Révolution.

 

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pourquoi-Emmanuel-Macron-devient-chanoine-basilique-Latran-2018-06-22-1200949405?from_univers=lacroix

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