« Tu gagneras beaucoup en quittant tout ainsi »

 

« Tu gagneras beaucoup en quittant tout ainsi » – Corneille –

 

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« Quitte-toi, mon enfant et tu me trouveras,
Prépare-toi sans choix à quoi je t’envoie,
Sans aucun propre amour, sans aucun embarras
De ce qui peut causer ta douleur ou ta joie :
Tu gagneras beaucoup en quittant tout ainsi,
Ma grâce remplira la plaie du souci
               Plus forte et mieux accompagnée ;
               Et je te la ferai sentir,
               Sitôt qu’entre mes mains ton âme résignée
               Ne voudra plus se revêtir. »

Pour arriver où ta bonté m’invite,
Pour tant de biens qu’elle m’offre à gagner,
Combien de fois me dois-je résigner ?
En quoi faut-il, Seigner, que je me quitte ?

« En tout, mon fils, en tout, et partout, et toujours
Aux points les plus petits, aux choses les plus grandes ;
Je n’en excepte rien, si tu veux mon secours,
Tout dépouillé de tout il faut que tu l’attendes
Tu ne peux autrement te donner tout à moi,
Et je ne puis non plus me donner tout à toi,
               Si tu réserves quelque chose ;
               Je veux l’âme, je veux le corps,
Sans que jamais en toi ta volonté dispose
               Ni du dedans, ni du dehors.

 (…)

« Je te l’ai dit, je te le dis encor,
Quitte, résigne-toi, déprends-toi de toi-même,
Et tu posséderas ce précieux trésor,
Ce calme intérieur qui fuit tout ce qui s’aime.
Donne-moi tout pour tout, ne forme aucun désir,
Ne redemande rien, n’envoie aucun soupir
Vers ce tout que pour moi tu quittes :
Tiens enfin ton cœur tout en moi,
Et moi qui paye enfin par delà les mérites,
Je me donnerai tout à toi.

 (…)

« Alors disparaîtront tous ces fantômes vains
Qui t’obsèdent partout de leurs folles images,
Cet inutile amas d’empressements mondains,
Ces troubles qui chez toi font de si grands ravages,
La crainte immodérée, et l’amour déréglé,
Ces infâmes tyrans de ton cœur aveugle,

               Verront leur force dissipée ;
Et leur nuit faisant place au jour,
Celle qu’ils y tenaient sera toute occupée
Par ma crainte et par mon amour. »

  

L’imitation de Jésus-Christ (livre III) par Corneille

De la pure et entière résignation de soi-même, pour obtenir la liberté des cœurs

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