Le catholicisme au Vietnam

 

Catholicisme au Viêt Nam

cathedrale-saint-joseph

Le catholicisme est présent au Viêt Nam depuis le xviie siècle. Selon le Catholic Hierarchy Catalog, 5 658 000 de catholiques vivent au Viêt Nam, soit 6,87 % de la population. L’Eglise catholique  est une union d’églises locales, ou diocèses, en étroite communion avec « l’Église universelle » et le pape. Le catholicisme au Viêt Nam est donc représenté par l’ensemble des vingt-six diocèses, répartis en trois provinces ecclésiastiques. Il existe en outre, comme dans la plupart des pays où l’Église catholique est présente, une instance de concertation entre les évêques des différents diocèses vietnamiens : la conférence des évêques   catholiques du Viêt Nam.

 

Histoire

 Les débuts

Des missionnaires jésuites, français ou portugais, parcourent la région au xviie siècle, dont le jésuite français, Alexandre de Rhodes. Celui-ci ouvre une église à Hanoï en 1627. En 1645, les chrétiens en Cochinchine et au Tonkin sont déjà au nombre de 190 000, nombre restant stable, jusqu’à la fin du xviiie siècle. C’est en 1644 qu’est exécuté le premier martyr du Viêt Nam (en Cochinchine), André de Phû-Yên. En 1824, l’empereur Minh Mang,   surnommé le « Néron annamite » et successeur de son demi-frère qui fut baptisé, inaugure une période de persécution atteignant son paroxysme en 1835 avec le martyre du Père Marchand.

L’Église catholique au Viêt Nam a été implantée d’un point de vue institutionnel, à l’époque de l’Empire d’Annam, , par des prêtres de la Société des Missions étrangères de Paris, depuis Mgr Pallu, au Tonkin, au xviiie siècle. La Société a poursuivi son œuvre avant et pendant la période de colonisation en Cochinchine, dans le Tonkin, et en Annam, devenant l’Indochine française, jusqu’au milieu du xxe siècle. Les principales cathédrales du pays ont été construites par les Français. D’autres congrégations, comme les dominicains espagnols, évangélisent également le pays. Le sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Vang, devient symbole de la résistance religieuse, pendant les différentes vagues de persécution du xixe siècle (sous l’empereur Tu Duc notamment) et celles du xxe siècle (sous le régime vietminh).

  

Avant les Français au xixe siècle

Tandis que les missions commerciales européennes se multiplient en Extrême-Orient, l’empereur Minh Mang se refuse à ouvrir son pays au commerce et interdit le christianisme diffusé en marge depuis deux siècles. En 1825, l’empereur déclare que « la religion perverse des Européens corrompt le cœur des hommes. » La persécution est déclenchée après la mort du maréchal Lê Van Duyêt, gouverneur du Gia Dinh, et protecteur des chrétiens. L’édit impérial date du 6 janvier 1833. Les premiers à être condamnés sont un prêtre tonkinois, Pierre Tuy, et un missionnaire français, Isidore Gagelin. Joseph Marchand est condamné au supplice des cent plaies en 1835. De 1833 à 1838, nombre de missionnaires dominicains  espagnols et français des Missions étrangères de Paris sont exécutés par torture. Thiêu-Tri libère en 1845 certains missionnaires (comme Mgr Lefèbvre) sous la menace d’une flotille française, mais la persécution recommence en 1847. Des populations entières de villageois fuient d’une région à l’autre.

L’empereur Tu Duc en particulier refuse toute ouverture de l’Empire d’Annam pourtant conseillée par certains de ses mandarins à l’instar des Chinois qui avaient ouvert cinq ports de commerce à la suite de la guerre de l’Opium. Enfermé dans son palais de la Cité Interdite de Hué, il signe une suite de décrets qui condamne à mort tous les chrétiens. En 1856, le navire français Le Catinat bombarde Tourane, puis c’est l’échec de la mission française de Charles de Montigny à la cour de Hué. Prenant prétexte de l’ampleur des persécutions (en fait ses raisons de défense des droits de l’Homme – comme on dirait aujourd’hui – masquent des intérêts commerciaux des puissances européennes), Napoléon III fait envoyer un corps expéditionnaire de trois mille hommes, ce qui aboutit à la prise de Tourane (aujourd’hui Da-Nang) par Rigault de Genouilly le 1er septembre 1858, puis au protectorat français. La liberté de culte des chrétiens est en principe garantie désormais.

  

Sous la période française

Tandis que la Cochinchine voit se développer les missions des Missions étrangères de Paris qui ouvrent le chemin à des congrégations enseignantes et hospitalières: Sœurs-de-Saint—Paul-de-Chartres, Filles de la Charité, Frères des écoles chrétiennes, , etc. La seconde expédition du Tonkin de 1882-1884, lancée par Jules Ferry, entraîne une vague de persécution en 1885 dans le nord qui frappe des dizaines de milliers de chrétiens. Cependant à partir de 1880, les lois laïques s’appliquent à la colonie et la métropole n’envoie plus de subventions, ni pour les écoles, ni pour les hôpitaux. C’est aux congrégations d’assurer entièrement par elles-mêmes leur subsistance. La Cochinchine, l’Annam et le Tonkin (auxquels s’ajoutent le futur Laos et le Cambodge) forment les trois provinces du protectorat à l’intérieur de l’Indochine française les plus actives du point de vue des missions et de leurs œuvres sociales. Elles sont divisées en plusieurs vicariats apostoliques, avec un évêque à Saïgon (cathédrale Notre-Dame-de-Saïgon), à Hué (cathédrale Saint-Joseph-de-Hanoï),, à Bac*Ninh, à Quy-Nhon, etc. et plusieurs préfectures apostoliques. .

En 1885, le nombre des chrétiens se chiffre à 540 000 pour 300 prêtres vietnamiens et 176 missionnaires français (en majorité des Missions étrangères de Paris) ou espagnols. Plusieurs congrégations enseignantes ou contemplatives viennent y fonder de nouvelles maisons (trappistes, bénédictins, carmélites, franciscains et franciscaines, etc.) Des congrégations autochtones se développent (Amantes de la Croix).

En 1924, les vicariats et les préfectures apostoliques prennent le nom de leur siège: ainsi par exemple le vicariat apostolique de Cochinchine occidentale devient vicariat apostolique de Saïgon, ou celui du Tonkin méridional, devient celui de Bac-Ninh.

En 1929, un père missionnaire français, Jean Cassaigne4, entreprend de soigner les lépreux et d’installer un village de lépreux, à Djiring (actuellement Di Linh), qui devient à la fois une léproserie et un centre rayonnant d’évangélisation des « montagnards » et de scolarisation des enfants. Il a dû pour cela apprendre leur langue – le Koho- et créer des outils (dictionnaire, livre de catéchisme, entre autres) qui ont contribué à l’essor du catholicisme dans cette région.

Il y a en 1945 une majorité de prêtres vietnamiens, 1 400, pour 330 prêtres missionnaires missionnaires européens, pour une population d’1 800 000 catholiques sur près de vingt millions d’habitants dont 40 000 Français coloniaux. Cinq mille religieuses sont vietnamiennes et près de 400 européennes.

  

Après 1945

Le premier évêque vietnamien a été Jean-Baptite-Ngguên- Ba-Tong, , consacré en 1933. Pie XI souhaite une indigénisation massive de la hiérarchie, mais elle n’a surtout lieu qu’après l’indépendance. Les Japonais suppriment le protectorat français en mars 1945. Hô-Chi-Minh s’empare du nord du pays quelques mois plus tard, descendant de plus en plus vers le sud. En 1946, les Français envoient des troupes. C’est la guerre d’Indochine qui a lieu jusqu’en 1954 avec la chute de Dien-Bien-Phu.

Le nord du pays entre dans une période de persécution qui dure une trentaine d’années.

Après les accords de Genève du 21 juillet 1954, 800 000 Vietnamiens du Nord fuient vers le Sud-Viêt-Nam dont 600 000 catholiques. Il ne reste plus que 400 000 catholiques au Nord. Tous les prêtres du Nord sont incarcérés ou interdits de ministère (soit 375 prêtres), sauf trois prêtres. Les missionnaires étrangers sont expulsés ou se réfugient au Sud. Le 30 novembre 1955, le dernier évêque français de Saïgon, Jean Cassaigne participe à la consécration du premier évêque vietnamien de Saïgon, Mgr Simon-Hoa Nguyen-Van-Hien.

Les vicariats apostoliques sont supprimés en novembre 1960 et érigés en diocèse par Jean XXIII. . La guerre du Vietnam   avec les Américains commence avec une intensité de plus en plus importante pour se terminer avec la chute Saïgon en 1975. C’est l’époque des boat-people : un grand nombre d’entre eux fuit aux Etats-Unis, au Canada, en Australie  ou dans certains pays d’Europe, parmi eux, de nombreux catholiques.

Après l’invasion du Sud-Viêt-Nam par le Vietminh, tous les séminaires sont fermés en 1975. Un premier séminaire ouvre en 1986, contrôlé par le gouvernement, ne permettant l’entrée de nouveaux séminaristes qu’une fois tous les six ans sur autorisation des autorités locales.

 

Situation actuelle

Statistiques

 

Le 16 septembre 2007, pour le cinquième anniversaire de la mort du cardinal Nguyễn Văn Thuận, l’Église catholique a commencé sa procédure de béatification. Les catholiques au Viêt Nam en ont reçu positivement la nouvelle.

En décembre 2007, des milliers des catholiques sont allés en cortège à l’ancienne nonciature apostolique à Hanoï, confisquée par le gouvernement communiste en 1959, et y ont prié deux fois pour une restitution à l’Église. Le gouvernement du Viêt Nam en a fait une bibliothèque publique et aménagé un petit parc en février 2008.

En 2009, la CIA estimait que 6,6% de la population vietnamienne était catholique.

En 2011, l’Église du Viêt Nam compte 1 500 séminaristes dans sept grands séminaires et 80 000 jeunes laïcs engagés dans la catéchèse.

 

 Répression et engagement politique

Mgr François-Xavier-Nguyên-Van-Thuân,, emprisonné de 1975 à 1988, a été nommé cardinal en 2001.

Le Vietnam est un pays communiste, et le catholicisme est vu comme une idéologie occidentale. Comme une grande partie des minorités ethnique est chrétienne, c’est une source de soupçon supplémentaire pour la police.

Thaddée-Nguyên-Van-Ly est un prisonnier de conscience, selon Amnesty Internatioal.

Le journal italien La Stampa constatait qu’en 2015 les relations entre le Vatican et le Viêt Nam s’étaient améliorées.

  

Organisation

Les catholiques sont répartis en 26 diocèses, dont 3 sont des archidiocèses. Les Archidiocèses sont :

Archidiocèse d’Hanoï

Archidiocèse de Hué

Archidiocèse d’Hô-Chi-Minh*Ville (anciennement Saigon)

Il y a en outre 23 autres diocèses.

 

Bibliogaphie

Elisabeth-Dufourcq. Les aventurières de Dieu, Paris, Perrin, 2de édition 2009, p. 289[

Alain Ruscio, Viet Nam: l’histoire, la terre, les hommes, Paris, L’Harmattan, 1989, p. 101

 Louis et Madeleine Raillon, Jean Cassaigne, la lèpre et Dieu, éditions Saint Paul, 2015.

Pierre Brocheux. Histoire du Vietnam contemporain, Fayard, 2011

Alain Ruscio. Viet Nam: l’histoire, la terre, les hommes, Paris, L’Harmattan, 1989, p. 103

Léon-Xavier Girod (missionnaire catholique français, mort en 1924), Dix Ans de Haut-Tonkin, édité chez Mame, & fils en 1899

 

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