L’homme qui aimait les chiens : roman de Leonardo Padura

L’homme qui aimait les chiens : roman

Leonardo Padura

traduit de l’espagnol (Cuba) par René Solis et Elena Zayas

Editions Métailié, 2011. (805 pages en livre de poche)

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Résumé :

En 2004, Iván, écrivain frustré, responsable d’un misérable cabinet vétérinaire de La Havane, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait sur la plage deux lévriers barzoï. Cet inconnu se présente sous le nom Jaime Lopez. “L’home qui aimait les chiens” lui fait des confidences sur Ramón Mercader, l’assassin de Trotski qu’il semble connaître intimement.
Iván reconstruit les trajectoires de Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski, et de Ramón Mercader, alias Jacques Mornard, alias Jackson, de la Révolution russe à la guerre d’Espagne, jusqu’à leur rencontre dramatique à Mexico. Sa propre vie dans Cuba en crise, qu’il raconte en parallèle, résonne alors étrangement.

A travers ce roman nous suivons l’errance de Trotsky, poursuivi par la haine de Staline,  d’abord en Turquie, puis à Paris et finalement à Mexico. Au-delà de cette errance l’on peut suivre ce que fut la vie de cet homme toujours en butte à la haine du Petit Père des Peuples, mais jamais abattu et qui poursuit envers et contre tout son idée d’une IVè Internationale fidèle aux idées de Marx et de Lénine. C’est l’occasion aussi d’entrer dans la « grande histoire » de l’époque stalinienne avec ses purges, ses procès truqués (les anciens bolcheviks sont éliminés), ses mensonges d’Etat pour asseoir le pouvoir communiste.

Faire la rencontre de Jaime Lopez c’est plonger dans la Guerre d’Espagne avec Ramon Mercader del Rio et aussi dans les liens troubles qu’entretient la Russie soviétique avec ses alliés. Aux côtés des communistes il lutte contre les troupes du général Franco pour faire triompher la République. Mais les Républicains sont divisés : entre communistes et trotskystes c’est une lutte à mort : les partisans du POUM sont éliminés sur ordre de Moscou. C’est alors que les agents du NKVD (service d’espionnage soviétique) enrôlent le jeune Ramon pour ce qui devra être la grande œuvre de sa vie : traquer les trotskystes partout où ils se trouvent et surtout assassiner le traitre : Léon Trotsky. Mettre fin à l’existence de Trostsky c’est se sacrifier pour la cause. Il endossera une nouvelle identité (celle de Jacques Mornard, citoyen belge) et une nouvelle personnalité. Ce n’est qu’une fois le crime accompli et son arrivée en URSS qu’il prendra conscience du fait qu’on lui a sciemment menti, qu’il n’a été qu’un pion entre les mains de Staline : cruelle désillusion :

« Jusqu’à la fin de sa vie, Ramon Mercader se souviendrait, que quelques secondes à peine avant de prononcer les mots qui allaient changer son existence, il avait découvert la densité malsaine du silence en pleine guerre. (…). Dans les années d’enfermement, de doute et de marginalisation auxquelles les quatre mots allaient le conduire, Ramon se lancerait souvent le défi d’imaginer ce qu’aurait été sa vie, s’il avait répondu non. Il s’efforcerait de recréer une existence parallèle, un parcours fondamentalement romanesque où il n’aurait jamais cessé de s’appeler Ramon, d’être Ramon, d’agir comme Ramon, peut-être loin de sa terre natale et de ses souvenirs comme tant d’hommes de sa génération, mais en étant toujours Ramon Mercader del Rio, dans son corps et, surtout dans son âme » (page 47).

C’est aussi l’occasion pour l’auteur d’évoquer la vie à Cuba sous la férule de Fidel Castro et du régime communiste de l’ïle. Le rêve socialiste se paie cher aussi à Cuba même si le régime y est moins sanguinaire qu’en Union soviétique. Mais là aussi c’est le règne d’une vie où tout manque : une vie décente, la nourriture mais surtout la liberté, liberté de s’exprimer sans contrainte et de pouvoir écrire dans être censuré. A Cuba, comme dans les régimes communistes le mensonge d’Etat et la peur sont le lot quotidien des citoyens à moins de pouvoir fuir en Amérique !

« Cet après-midi, quand on fermera le cercueil de mon ami, la croix du naufrage (de tous nos naufrages) et cette boite en carton, pleine de merde, de haine, de tonnes de frustration et d’une bonne dose de peur, partiront avec lui : au ciel ou vers la pourriture matérialiste de la mort. Peut-être sur une planète où les vérités importent encore. Ou pour une étoile où il n’y ait aucune raison de vivre dans la crainte et où nous puissions même nous réjouir d’éprouver de la compassion. Vers une galaxie où Ivan saura peut-être que faire d’une croix rongée par la mer et de cette histoire qui n’est pas son histoire mais qui l’est en réalité, car c’est aussi la mienne et celle de tant de gens qui n’ont pas demandé à y être, mais à laquelle nous n’avons pas pu échapper ; ils trouveront peut-être l’endroit utopique où mon ami sera, sans la moindre hésitation, ce qu’on peut bien foutre de la vérité, de la confiance et de la compassion » (page 802 et dernière page de ce ouvrage).
Dans une écriture puissante, Leonardo Padura raconte, à travers trois destins tragiques et étroitement mêlés malgré eux,  l’histoire du mensonge idéologique et de sa force de destruction sur la grande utopie révolutionnaire du XXe siècle ainsi que ses retombées actuelles sur la vie des individus, en particulier à Cuba. Un grand livre qui devrait nous guérir de toutes les idéologies à venir, de toutes les idéologies qui prétendent faire le bonheur de l’homme sans lui, malgré lui et trop souvent contre lui !
©Claude-Marie T.

Lundi 13 août 2018

QUELQUES AUTRES EXTRAITS

« Assis sur le sable, le dos appuyé au tronc d’un casuarina, j’allumai une cigarette et fermai les yeux. Dans une heure le soleil se coucherait, mais comme cela devenait habituel dans ma vie, je n’éprouvais aucune impatience et n’avais aucune expectative. Ou plutôt je n’avais presque rien : et presque sans le presque ! Tout ce qui m’intéressait à ce moment-là, c’était le plaisir de voir arriver le crépuscule, ce cadeau de l’instant fabuleux où le soleil s’approche de la mer argentée du golfe et dessine un sillage de feu à sa surface. Au mois de mars, avec la plage pratiquement déserte, la promesse de cette vision m’apportait une sorte de sérénité, un état proche de l’équilibre qui me réconfortait et me permettait de croire encore à l’existence palpable d’un petit bonheur, fait à la mesure de mes maigres ambitions ».(page 95)

« A part mes allées et venues à la plage, ce dont je me rappelle le mieux de cette période, c’est la fébrilité avec laquelle je dévorais cette volumineuse biographie du révolutionnaire nommé Leon Bronstein qui, par la même occasion me faisait découvrir ma prodigieuse ignorance des vérités (vérités?) historiques, sur les circonstances et les faits qu’avait vécus cet homme, des circonstances et des faits si russes et si lointains, à commencer par la révolution d’Octobre (je n’ai jamais très bien compris ce qui s’est passé à Petrograd ce 7 novembre, qui en réalité était le 25 octobre, et comment était tombé le palais d’Hiver qu’à la fin presque personne ne voulait défendre, ce qui entraîna automatiquement le triomphe de la Révolution et donna le pouvoir aux bolcheviks), en continuant par de tout aussi étranges luttes dynastiques entre révolutionnaires, où seul Staline semblait disposé à s’emparer du pouvoir, pour terminer avec les procès de Moscou, pratiquement passés sous silence (pour nous ils semblaient ne jamais avoir existé), où les prévenus étaient les pires accusateurs. A la fin de

tout ce défilé de manifestations de « l’âme russe » (quand on ne comprend pas quelque chose chez les Russes, on dit toujours que c’est la faute de leur âme) venait la confirmation de l’assasinat du vieux leader, gommé dans les livres soviétiques qui lui étaient consacrés, car Trotsky (peut-être parce qu’il était ukrainien et non russe) semblait plutôt être mort d’un rhume, ou mieux encore, avalé par un marécage mouvant comme un personnage d’Emilio Salgari ». (pages 336-337).

. « Il avait honte, en pensant à ce que cela signifiait pour l’idéal socialiste, de savoir qu’après l’invasion de la Pologne, Staline y imposait l’ordre soviétique avec la même fureur que Hitler exportait l’idéologie fasciste. Cette grossière application du modèle soviétique à la Pologne et à l’Ukraine occidentale entraînerait la démoralisation des ouvriers européens devant l’opportunisme politique du stalinisme. Quant aux habitants des régions envahies, victimes historiques des empires russes et germaniques, ils avaient déjà dû se demander quelle était la différence entre les deux envahisseurs, et Lev Davidovitch ne serait pas étonné de voir bientôt la plupart de ces peuples en arriver à considérer les nazis comme leurs libérateurs du joug stalinien.
Même ainsi, Lev Davidovitch était accablé par le poids de la contradiction : jusqu’à quel point était-il possible de s’opposer au stalinisme sans cesser de défendre l’URSS ? Il se tourmentait, ne discernant pas vraiment si la bureaucratie était déjà une nouvelle classe, enfantée par la Révolution ou seulement une excroissance comme il l’avait toujours pensé. Il avait besoin de se convaincre qu’il était encore possible de marquer une différence qualitative entre le fascisme et le stalinisme pour tenter de démontrer à tous les hommes sincères, anéantis par les coups bas de la bureaucratie thermidorienne, que l’URSS conservait l’essence ultime de la Révolution et que cette essence devait être défendue et préservée. Mais si, comme le disaient certains, vaincus par les évidences, la classe ouvrière avait montré dans l’expérience russe sont incapacité à se gouverner elle-même, alors il faudrait admettre que la conception marxiste de la société et du socialisme était erronée. Cette possibilité le confrontait au coeur du terrible problème : le marxisme n’était-il qu’une simple « idéologie » de plus, une sorte de fausse conscience qui menait les classes opprimées et leurs partis à croire qu’ils se battaient pour leurs propres objectifs, quand en réalité ils servaient les intérêts d’une nouvelle classe dirigeante ?… Le seul fait d’y penser lui infligeait une souffrance intense : la victoire de Staline et son régime se dresseraient comme le triomphe de la réalité sur l’espoir philosophique, comme un acte véritable de la stagnation historique. Beaucoup, dont lui, se verraient obligés de reconnaître qu’il ne fallait pas chercher les racines du stalinisme dans le retard de la Russie ni dans l’hostilité impérialiste ambiante, comme on l’avait dit, mais dans l’incapacité du prolétariat à devenir une classe gouvernante. Il faudrait admettre aussi que l’URSS n’avait été que le pays précurseur d’un nouveau système d’exploitation et que sa structure politique devait inévitablement engendrer une nouvelle dictature, parée tout au plus d’une autre rhétorique.
Mais l’exilé savait qu’il ne pouvait changer sa façon de voir le monde et de concevoir la lutte. C’est pourquoi il ne se lassera pas d’exhorter les hommes de bonne foi à demeurer aux côtés des exploités, même si l’histoire et les nécessités scientifiques semblaient être contre eux. À bas la science, à bas l’histoire ! S’il le faut, on doit les recréer ! écrivit-il : de toute façon, je resterai du côté de Spartacus, jamais des Césars, et en dépit de la science, je continue à affirmer ma confiance dans la capacité des masses travailleuses à se libérer du joug capitaliste, qui a vu ces masses en action sait que c’est possible. Les erreurs de Lénine, les miennes, celle du parti bolchevik, qui ont permis la déformation de l’utopie, ne devraient jamais être attribuées aux travailleurs. Non, jamais, il en resterait persuadé.
(Page 545-547).

« Donner à en avoir mal, ne pas faire de politique ni prétendre par cet acte à une quelconque prééminence, et encore moins pratiquer la trompeuse philosophie qui consiste à obliger les autres à accepter nos conceptions du bien et de la vérité parce qu’elles sont (croyons-nous) les seules possibles et parce que, de plus, ils doivent nous être reconnaissants de ce que nous leur avons donné même s’ils n’ont rien demandé. J’avais beau savoir que ma cosmogonie était totalement impraticable (qu’est-ce qu’on peut bien foutre de l’économie, de l’argent, de la propriété, pour que tout ça fonctionne ? Et des esprits prédestinés et des salauds de naissance ?), j’avais la satisfaction de penser qu’un jour peut-être l’être humain pourrait cultiver cette philosophie qui me semblait si élémentaire, sans avoir à supporter les douleurs d’un accouchement ni les traumatismes du « tout obligatoire » : par pur et libre choix, guidé par le besoin éthique d’être solidaires et démocratiques. Bref, tout ça c’était mon habituelle branlette mentale.
C’est pourquoi, en silence et non sans douleur, je me laissais entraîner par l’écriture, sans toutefois savoir si je me risquerais un jour à montrer le manuscrit, ou à lui chercher une plus haute destinée, car ces possibilités ne m’intéressaient guère. Ma seule conviction était que cet exercice de sauvetage d’une mémoire escamotée avait beaucoup à voir avec ma responsabilité devant la vie ou plutôt ma vie : si le destin avait fait de moi le dépositaire d’une histoire cruelle et exemplaire, mon devoir d’être humain était de la préserver, de la soustraire au raz de marée des oublis » (pages 564-565).

« Ramon se souviendrait toujours de cette fin de matinée et de ce début d’après-midi du 20 août 1940, de ces heures interminables et floues. Tout l’arsenal des trucs psychologiques qu’on lui avait appris à Malajovka s’était désamorcé dans sa tête, et la seule chose qui lui restait de son entraînement était la haine, mais plus la haine concentrée et contrôlée qu’on lui avait inculquée, non, une haine de plus en plus dispersée et difficile à maîtriser, une haine plus grande que lui-même, qui le dévorait de l’intérieur. S’il ne voulait pas devenir fou, il devait occuper son temps, et Sylvia pouvait encore lui être utile. Il se redressa, fracassa la machine à écrire contre les rochers, jeta les fragments dans le ruisseau et retourna à la voiture. »(pages 670-671)

« Je sus alors que la plupart des gens de ma génération ne sortiraient pas indemnes de ce saut de la mort sans filet : nous étions la génération des naïfs, des romantiques qui avaient tout accepté et tout justifié, les yeux tournés vers l’avenir, qui coupèrent la canne à sucre, convaincus qu’ils devaient le faire (et, bien entendu, sans être payés pour ce travail infâme) ; la génération de ceux qui partir faire la guerre à l’autre bout du monde puisque l’internationalisme prolétarien l’exigeait, sans attendre d’autre récompenses que la gratitude de l’Humanité et de l’Histoire ; la génération qui fut la cible des attaques de l’intransigeance sexuelle, religieuse, idéologique, culturelle et même alcoolique, qu’elle endura tout au plus avec un petit hochement de tête et, bien souvent, sans éprouver le ressentiment ou le désespoir qui mène à la fuite, ce désespoir qui ouvrait maintenant les yeux aux plus jeunes et les décidaient à fuir, avant même de recevoir leur premier coup de pied au cul » (pages 684)

 

Une recension parue dans le Monde des livres le 5 janvier 2011 nous fait mieux comprendre ce ouvrage qui dénonce sous forme de fiction la réalité de ce que peut être un régime totalitaire. Cet article reproduit ici à le mérite de laisser la parole à l’auteur lui-même.

« L’homme qui aimait les chiens », de Leonardo Padura : l’homme qui tua Léon Trotski

L’écrivain délaisse le polar pour un roman subtil qui suit Ramon Mercader dans son exil cubain.

Maître du polar cubain, Leonardo Padura a laissé de côté sa créature, l’enquêteur Mario Conde, pour s’attaquer à un duo autrement réfractaire, Léon Trotski et son assassin, Ramon Mercader. Le premier est assez connu depuis la biographie d’Isaac Deutscher, qui en avait fait le « prophète armé » de la révolution russe, « désarmé » ensuite par son adversaire Staline, avant de devenir un « hors-la-loi » dans une « planète sans visa ». En revanche, le meurtrier au piolet est resté un mystère en dépit de l’ouverture des archives de Moscou.

« A Cuba, il était très difficile de connaître la véritable histoire, nous disposions seulement des manuels soviétiques, dans lesquels Staline restait un grand leader, confie Leonardo Padura. En octobre 1989, au Mexique, j’ai été bouleversé par la visite de la maison fortifiée de Trotski à Coyoacan. Cela a constitué le point de départ intellectuel de mon nouveau roman. » Après la chute du mur de Berlin, l’écrivain est devenu lui-même enquêteur.

Après avoir purgé sa peine à Mexico et vécu à Moscou, Ramon Mercader a passé les dernières années de sa vie à Cuba, à la suite d’un arrangement entre les services de renseignement cubains et soviétiques. A La Havane, c’était un secret de polichinelle. « Le cinéaste Tomas Gutiérrez Alea cherchait des lévriers pour son film Les Survivants (1978), lorsqu’il aperçut un vieil Espagnol qui se promenait avec deux magnifiques chiens russes, raconte Padura. C’était Ramon Mercader, qui accompagnera ses lévriers pendant tout le tournage. Et des années plus tard, lorsque Alea aura des difficultés à se déplacer, il utilisera la canne qui avait appartenu à Mercader. »

Errance et effervescence

L’homme qui aimait les chiens alterne l’exil de Trotski et les années de formation de Mercader, la déchéance de l’homme public et la montée en puissance de l’agent de l’ombre. Comment donner une égale épaisseur à deux personnages aussi dissemblables ? Le dénouement de leur rencontre, le 21 août 1940, est connu. Le défi consistait à recréer les grands événements et la petite histoire avec une fraîcheur capable d’épater même les connaisseurs. L’errance de Trotski, de la Sibérie au Mexique, en passant par la Turquie et l’Europe, s’articule avec l’effervescence de la République espagnole, qui se précipite dans la guerre civile et jette des militants comme Mercader dans les bras de Staline.

Le roman déploie un troisième récit, celui d’un écrivain cubain en herbe, Ivan, aux prises avec l’autocensure. Sur le bord de mer de La Havane, le jeune homme et le vieux Mercader entament une conversation intermittente, sous le regard distant d’un surveillant de la sécurité de l’Etat. Difficile de voir en Ivan l’alter ego de l’auteur, car le personnage est pétrifié de peur, sans savoir que faire des sulfureuses confidences entendues. Son cheminement pathétique évoque la parabole de l’utopie sous les tropiques.

« Les trois histoires ne sont pas parallèles mais consécutives, l’une est la conséquence de l’autre », souligne Padura. Cette subtilité, qui rétablit la continuité historique au-delà du procédé narratif, est tranquillement à contre-courant de l’histoire officielle en vogue à La Havane. A entendre les Cubains, le stalinisme était un problème purement européen, qui ne les touchait guère. « Staline a fondé le seul modèle socialiste réellement existant, et à Cuba nous l’avons appliqué, sans pour autant répéter ses crimes », précise Padura.

Le romancier situe assez tôt la « trahison » de l’idéal révolutionnaire en Russie : « Dès 1918, lorsque le Parti bolchevique interdit les autres partis. Ni Lénine ni Trotski n’ont eu une vision d’avenir  Padura est plus dubitatif à propos de Cuba. La peur et l’autocensure qui rongent son personnage Ivan remontent à 1961, lorsque Fidel Castro résume ses « Paroles aux intellectuels » par un mot d’ordre ambivalent : « Dans la révolution, tout ; contre la révolution, rien. » « La peur parcourt tous les cercles littéraires et artistiques de La Havane », écrivait à l’époque l’écrivain Virgilio Piñera.

Leonardo Padura, né en 1955 à La Havane, était encore un enfant pendant ces années 1960 qu’il qualifie de « confuses, hétérodoxes, hétérogènes ». Il se souvient mieux des années 1970, la période de soviétisation à outrance, pendant laquelle les bureaucrates prétendaient enfermer les créateurs dans des « paramètres » idéologiques, esthétiques et même sexuels. « Virgilio Piñera et José Lezama Lima sont morts dans l’ostracisme, Reinaldo Arenas est mort en exil », rappelle Padura. Grâce à la crise des années 1990, sa génération a bénéficié de la possibilité de publier ou exposer à l’étranger, sans dépendre des institutions cubaines. Elle en a profité pour « ouvrir des fenêtres » et braver l’autocensure. « Les plus jeunes sont carrément hérétiques, ils ne croient pas à la rhétorique officielle. Enfants de la crise, ils n’ont rien reçu en héritage et n’ont rien à perdre »  Ils n’ont plus la peur au ventre comme Ivan.

LE MONDE DES LIVRES | 6 janvier 2011 par Paulo A. Paranagua

 

BIOGRAPHIES DES PRINCIPAUX PERSONNAGES QUE SONT LEON TROTSKY ET JAIME RAMON MERCADER DEL RIO ET CELLE DE LEON PADURA, L’AUTEUR

 

Biographie de Ramón Mercader, l’assassin de Léon Trotsky

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Jaime Ramón Mercader del Rio Hernandez (Barcelone, 7 février 1913 – La Havane, 18 octobre 1978) Espagnol engagé la Guerre d’Espagne il fut recruté par les NKVD dans le but d’assassiner Léon Trosky sur l’ordre de Staline. Il était le frère de Maria Mercader, seconde épouse   épouse du directeur Vittorio De Sica et la mère de l’acteur Christian De Sica et du muscien Manuel de Sica.

Né en Espagne, Il a passé une grande partie de sa jeunesse en France   avec sa mère Eustacia María Caridad del Río Hernández après la séparation du père catalan. Très jeune, il a adhéré aux idées communistes et va être membre du Parti communiste espagnol des années trente. Il a également été emprisonné pour des activités politiques et a été libéré de prison en 1936, quand arrive au pouvoir en 1936 un Front populaire. Pendant ce temps, sa mère est devenue u  agent de renseignement soviétique. Très tôt Ramon Mercader est recruté pour travailler pour le NKVD dont le but est d’éliminer le POUM (parti troskyste en Espagne) puis de tuer Lev Trosky (alors réfugié au Mexique) qui continuait par ses écrits à critiquer le régime soviétique.

Mercader arrive au Mexique octobre 1939, avec un faux passeport fait au nom de Jacques Mornard et ayant un l’emploi fictif d’homme d’affaires (selon ce passeport  il serait né en Téhéran et fils d’un  diplomate belge) Par le biais d’une secrétaire américaine de Trotsky, Sylvia Ageloff, qui avait délibérément courtisé en Paris et qu’il a ensuite suivi en USA et au Mexique, il a pu entrer en contact avec Trotsky, faisant semblant d’être un admirateur de ses opinions politiques. Trostky échappe (en mai 1940) à une première agression armée organisée par le célèbre peintre David Alfaro Siquieros, tendance stalinienne.

Le 20 Août 1940, Mercader blesse à mort Trotsky, en lui fendant le crâne avec un piolet dans sa résidence Coyoacán. Mercader, blessé et détenu par les autorités mexicaines, n’a jamais révélé sa véritable identité, et a été condamner à 20 ans de prison. Sa véritable identité fut révélée en 1953 mais ses liens avec le NKVD ne furent connus qu’après la dissolution de l’Union soviétique.

Le 6 mai 1960 Il a été libéré de prison après plusieurs demandes de grâce et entre en Union soviétique où il vivra jusqu’en 1974.  Il quittera l’URSS pour La Havane (à Cuba) où il a été accueilli par Fidel Castro. Son geste fut récompensé quand il reçu la médaille des « Héros de l’Union soviétique en 1963.  

Il a passé le reste de sa vie Cuba. Il est mort en octobre 1978 à la Havane d’un cancer des os et sa tombe se trouve à Moscou dans la cimetière e Kuntsevo.

 

Biographie de Léon Trosky (1879-1940).

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Léon Trotski de son vrai nom Lev Davidovitch Bronstein, était un révolutionnaire et homme politique russo-soviétique.

Militant marxiste, du Parti ouvrier social-démocrate de Russie puis, à partir de l’été 1917, bolchevik, il est plusieurs fois déporté en Sibérie ou exilé de Russie, et est notamment président du soviet de Pétrograd lors de la révolution russe de 1905. 
Principal artisan avec Lénine de la révolution d’Octobre (1917), il est le fondateur de l’Armée rouge et l’un des vainqueurs essentiels de la guerre civile russe de 1918-1921, ainsi que l’un des plus importants dirigeants du nouveau régime bolchevik. 

S’étant opposé à la bureaucratisation du régime et à Staline, ce dernier le fait chasser du gouvernement (1924) et du Parti (1927), puis l’exile en Asie centrale avant de le bannir d’URSS (1929) et de le faire traquer et assassiner par le NKVD.

À la fois orateur, théoricien, historien, mémorialiste et homme d’action, il est aussi le fondateur de la IVe Internationale (1938), et l’inspirateur commun dont se réclament toujours un certain nombre de groupes trotskistes à travers le monde.
Le rapprochement de Trotski du marxisme est probablement en partie lié à la relation qu’il lie avec la jeune marxiste Alexandra Sokolovskaia.

Trotski se marie avec elle en 1900 dans la prison de Moscou, pour éviter d’en être séparé, car il devait être envoyé en déportation en Sibérie à Oust-Kout. Ils ont deux filles.
Ne supportant plus l’enfermement devant sa tâche à accomplir, il réussit à s’évader en 1902, en laissant sa femme et ses filles derrière lui. Lev Bronstein prend alors le pseudonyme « Trotski », d’après le nom d’un gardien de la prison d’Odessa, qu’il choisit peut-être pour dissimuler ses origines juives.

En septembre 1936, il s’installe au Mexique grâce au président Lazaro Cardenas, où il est accueilli dans la « Maison bleue » des peintres Diego Rivera et Frida Kahlo. Il a une liaison passionnée avec cette dernière, qui lui dédie même un tableau : Autoportrait dédié à Léon Trotski.

Trotski est mortellement blessé le 20 août 1940 à Mexico, dans le quartier de Coyoacán, d’un coup de piolet dans l’arrière du crâne par un agent de Staline (Jacques Mornard ou Franck Jackson, de son vrai nom Ramón Mercader).
Contrairement à d’autres victimes de Staline, Léon Trotski n’a jamais été officiellement réhabilité par les autorités de l’URSS. 

 

Biographie de l’auteur : Leonardo Padura Fuentes

Œuvres principales

Cycle Les Quatre Saisons

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Leonardo Padura, né Leonardo Padura Fuentes le 9 octobre 1955 à La Havane. C’est un journaliste, scénariste et écrivain cubain, auteur d’une dizaine de romans policiers et lauréat du prix Princesse des Asturies en 2015.

 

Fils d’un commerçant devenu chauffeur de bus après la révolution cubaine,  il fait des études supérieures en littérature hispano-américaine et décroche une licence avant de rédiger une thèse sur Inca Garcilaso de la Vega. Il étudie aussi le latin à la faculté de philologie de l’Université de La Havane où il a le romancier Daniel Daniel Chavarria comme professeur.

Il entre comme journaliste à la revue culturelle Caiman Barbudo dont il sera expulsé en 1983 puis participe au supplément dominical du journal Juventud Rebelde et signe des critiques littéraires, ainsi que des articles de fond. En parallèle, et « à l’écart de tout activisme politique, il écrit des scénarios pour le cinéma » notamment pour un documentaire sur la salsa Jusqu’en 1995, il est rédacteur en chef de La Gazeta de Cuba. « Ce que je fis alors fut d’écrire mes reportages comme si j’écrivais des récits, c’est à dire, dans une langue qui ne soit pas fonctionnelle, mais conceptuelle, plus littéraire, en utilisant des structures formelles peu courantes en journalisme, en créant des personnages (y compris de fiction car j’ai moi-même réussi à interviewer un mort) et remplaçant les manques d’information par des espaces imaginaires ». Il amorce sa carrière de romancier en 1998 et devient l’auteur d’une série policière ayant pour héros le lieutenant-enquêteur Mario Conde ; « Scénariste pour le cinéma, essayiste, nouvelliste, Leonardo Padura a trouvé avec le roman noir un genre tout indiqué pour distiller une vraie réflexion sur « ce pays si chaud et hétérodoxe où il n’y a jamais rien eu de pur », selon la formule de son impayable Mario Conde – un flic hétérosexuel macho-stalinien, alcoolo et désabusé, vengeur des petits et des faibles, qui déboule en 1991 dans Passé parfait. « Leonardo nous a ouvert la porte », estime son ami le journaliste et écrivain Amir Valle, né en 1967. « Il nous a fait comprendre que nous pouvions écrire sur des questions quotidiennes taboues, avec honnêteté, sans verser dans le racolage »». Mario Conde, célibataire, d’abord au milieu de la trentaine dans les premiers romans, puis quadragénaire, évolue donc dans des récits subtilement agencés, afin de contourner la censure, où les « enquêtes criminelles sont autant de prétextes à lever le voile sur la société cubaine et ses faux-semblants4 ». Ainsi, dans Électre à La Havane (Máscaras, 1997), il rend visite à un metteur en scène homosexuel   qui lui permet de résoudre l’énigme du cadavre d’un homme portant une robe découvert dans un bois. Dans L’Automne à Cuba (1998), Mario Conde démissionne de la police et mène une enquête littéraire dans Adiós Hemingway (2001), concernant le passé de l’auteur américain Ernest Hemingway auquel il voue une grande admiration. Tous les titres de cette série policière sont traduits en France aux éditions Métailié.

Leonardo Padura vit à La Havane où il reste quasiment anonyme, car les médias, sous le contrôle de l’État, l’ignorent.

Comme scénariste, il a notamment participé à l’écriture de trois des sept segments du films à sketchs 7 jours à La Havane en 2012 et au scénario du film Retour à Ithaque, co-écrit et réalisé par Laurent Cantet en 2014.

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