Croire hier et encore aujourd’hui ?

« La sainte Eglise catholique »

9782204079525

 

Quelques phrases clairvoyantes de Benoit XVI alors qu’il était encore le cardinal Ratzinger dans son ouvrage Foi chrétienne, hier et aujourd’hui (1968) dans son chapitre  Deux questions majeures posées par l’article de foi sur le Saint-Esprit et l’Eglise (pp. 244-245).

Peut-être une grande partie des difficultés que nous éprouvons en affirmant notre foi en l’Eglise se trouve-t-elle déjà surmontés si nous prenons en considération le contexte indiqué. Essayons cependant d’exprimer ce qui nous trouble aujourd’hui sur ce point. Si nous voulons être francs, nous devons bien reconnaître que l’Eglise n’est ni sainte ni catholique. Le deuxième concile Vatican lui-même en est venu à ne plus parler simplement de l’Eglise sainte, mais de l’Eglise pécheresse ; et si l’on a critiqué ce concile à ce sujet, cela a été tout au plus pour lui reprocher d’avoir été trop timide dans son affirmation, tellement est fort aujourd’hui dans notre conscience à tous, le sentiment de la condition pécheresse de l’Eglise. Il est fort possible que joue également ici l’influence d’une théologie luthérienne du péché, et donc un présupposé « dogmatique » si supposé dogmatique. Mais ce qui rend cette « dogmatique » si convaincante, c’est sa correspondance avec notre propre expérience.  Les siècles de l’histoire de l’Eglise sont tellement remplis de défaillances humaines, que nous pouvons comprendre l’effroyable vision de Dante, voyant la prostituée babylonienne assise dans le char de l’Eglise, et que nous trouvons convenables les paroles terribles de l’évêque de Paris, Guillaume d’Auvergne (XIIIè siècle) qui disait que tout homme à la vue de la dépravation de l’Eglise, devait se sentir glacé d’horreur. « Ce n’est plus une épouse, mais un monstre effrayant, difforme et sauvage… »

De même que la sainteté, la catholicité de l’Eglise nous paraît elle aussi problématique. La tunique sans couture du Seigneur est  déchirée entre des parties adverses, l’unique Eglise est divisée en une foule d’Eglises, dont chacune a plus ou moins la prétention d’être seule dépositaire  de la vérité. Et ainsi l’Eglise est devenue aujourd’hui pour beaucoup  l’obstacle majeur de la foi. Ils n’arrivent plus à voir en elle que l’ambition humaine du pouvoir, le jeu mesquin de ceux qui, avec leur prétention d’administrer le christianisme institutionnel, semblent constituer le principal obstacle au véritable esprit du christianisme

 

 

 

La foi chrétienne hier et aujourd’hui

Joseph Ratzinger

Paris, Le Cerf, 2005. 288 pages.

La Foi chrétienne hier et aujourd’hui

 

« Pouvons-nous encore croire aujourd’hui ? Le chrétien doit se poser cette question ; il ne lui est pas permis de recourir simplement à toutes sortes de détours et de subterfuges pour donner une interprétation du christianisme qui ne choque plus. Quand, par exemple, un théologien prétend que la « résurrection des morts » signifie seulement que l’on doit travailler chaque jour, sans se lasser, à l’œuvre de l’avenir, le choc est sans doute évité. Mais sommes-nous restés honnêtes ? Disons-le franchement : un tel christianisme, évacué de toute substance par de semblabes interprétations, accuse un manque de sincérité à l’égard des problèmes de l’incroyant, dont le « peut-être pas » devrait nous troubler, comme nous souhaitons que le « peut-être » chrétien le trouble, lui. »

Dans ce commentaire du Credo, qu’ il écrivit lorsqu’il était professeur de théologie à Tübingen, Joseph Ratzinger développe une réponse claire aux questions : Comment croire aujourd’hui ? Et que faut-il croire ? Cette « Introduction au christianisme, hier, aujourd’hui, demain », titre d’origine, est considérée comme l’une des œuvres majeures de la théologie au XXe siècle. En l’an 2000, le cardinal Ratzinger lui a donné une longue et substantielle préface, qui est une excellente introduction aux grandes lignes de fonds de sa pensée théologique et philosophique. Il y évalue les orientations du livre en considérant deux événements significatifs des dernières décennies, le « soulèvement d’une nouvelle génération » en 1968 et « l’effondrement des régimes socialistes » en 1989. Le futur pape Benoît XVI concluait : « L’orientation fondamentale, je le pense, était juste. C’est pourquoi j’ose remettre, aujourd’hui encore, ce livre entre les mains du lecteur. 

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