Monseigneur Oscar Romero : la dernière homélie

MGR OSCAR ROMERO

La dernière homélieweb3-oscar-romero-procession-march-el-salvador-000_was7371671-jose-cabezas-afp

 

Choisi pour sa modération comme archevêque de San-Salvador, Mgr Oscar Romero ne restera pas longtemps impassible devant une répression qui va croissant (six prêtres assassinés, des centaines de civils massacrés) : sa troisième lettre pastorale, intitulée « L’Eglise et les organisations politiques populaires » (1978), reconnaît la légitimité de ces organisations et autorise les chrétiens à y militer.

Le 23 mars 1980, devant l’horreur des tueries perpétrées par l’armée, il appelle, au cours de ce qui devait être sa dernière homélie, les soldats à la désobéissance au nom de la loi de Dieu :

… Chers frères, il serait maintenant intéressant – mais je ne voudrais pas abuser de votre temps – d’analyser la signification de ces derniers mois de gouvernement qui entendait précisément nous faire sortir de ce climat d’horreur. Si ce qu’on cherche c’est à décapiter le peuple organisé et à empêcher l’évolution que veut le peuple, on ne peut pas mieux faire. Sans racines populaires, aucun gouvernement ne peut être efficace, et encore moins quand il cherche à s’imposer par la force sanglante et dans la douleur.

Je voudrais lancer tout spécialement un appel aux membres de l’armée, et concrètement aux hommes de troupe de la Garde nationale, de la police et des casernes. Frères, vous êtes du même peuple que nous, vous tuez vos frères paysans. Devant l’ordre de tuer donné par un homme, c’est la loi de Dieu qui doit prévaloir, la loi qui dit : « Tu ne tueras point ». Un soldat n’est pas obligé d’obéir à un ordre qui va contre la loi de Dieu. Une loi immorale, personne ne doit la respecter. Il est temps de revenir à votre conscience, et d’obéir à votre conscience plutôt qu’à l’ordre du péché.

L’Eglise, qui défend les droits de Dieu, la loi de Dieu, la dignité humaine, la personne, l’Eglise ne peut se taire devant tant d’abomination. Nous voulons que le gouvernement prenne au sérieux le fait que les réformes ne servent à rien si elles sont tachées de tant de sang. Au nom de Dieu, au nom du peuple souffrant dont les lamentations montent jusqu’au ciel et sont chaque jour plus fortes, je vous en prie, je vous en supplie, je vous l’ordonne au nom de Dieu : arrêtez la répression !

 Le lendemain, lundi 24 mars 1980, vers 18h30, alors qu’il venait de terminer l’homélie pour une messe d’enterrement à la chapelle de l’hôpital de la Divine Providence, à San-Salvador, Mgr Romero s’affaissait soudain, atteint d’une balle explosive en pleine poitrine, tirée de l’extérieur, probablement d’une voiture où avait pris place un tireur muni d’un fusil à lunette.

(Oscar Romero, évêque et martyr, DIAL, 32 pages, Paris, 1980).

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