Sainte Marthe et Sainte Marie-Madeine dans La Légende dorée de Jacques de Vorogine

SAINTE MARTHE ET SAINTE MARIE-MADELEINE D’APRES JACQUES DE VEROGINE

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SAINTE MARTHE

 

[L’interprétation du nomme saincte Marthe. Marthe peut estre dicte ainsi côme sacrifiant ou amaigrissant: elle sacrifia à Ihùcrist quant elle le hostella : et luy administra le pain et le vin de quoy luy-mesme sacrifia son sainct corps : amaigrissant, car elle amaigrit son corps par penitence si dîme il s’ensuit après] *.

Marthe, qui donna l’hospitalité à J.-C., descendait de race royale et avait pour père Syrus et pour mère Eucharie. Son père fut gouverneur de Syrie et de beaucoup de pays, situés le long de la mer. Marthe possédait avec sa sœur , et du chef de sa mère, trois châteaux, savoir Magdalon, Béthanie et une partie de la ville de Jérusalem. On ne trouve nulle part. qu’elle se soit mariée, ni qu’elle ait eu commerce avec aucun homme. Or, cette noble hôtelière servait le Seigneur et voulait que sa sœur  le servît aussi ; car il lui semblait que ce n’était pas même trop du monde tout entier pour le service d’un hôte si grand. Après l’ascension du Seigneur, quand les apôtres se furent dispersés, elle et son frère Lazare, sa sœur  Marie-Magdeleine, ainsi que saint Maximin qui les avait baptisés et auquel elles avaient été confiées par l’Esprit-Saint, avec beaucoup d’autres encore, furent mis par les infidèles sur un navire dont on- enleva les rames, les voiles et les gouvernails, ainsi que toute espèce d’aliment. Sous la direction de Dieu, ils arrivèrent

* Consulter les Monuments de l’apostolat de sainte Madeleine et de sainte Marthe , par M. Faillon et le Bréviaire romain.

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à Marseille. De là ils allèrent au territoire d’Aix où ils convertirent tout le peuple à la foi. Or, sainte Marthe était très éloquente et gracieuse pour tous. Il y avait, à cette époque;- sur les rives du Rhône, dans un bois entre Arles et Avignon, un dragon, moitié animal, moitié poisson, plus épais qu’un bœuf , plus long qu’un cheval, avec des dents semblables à des épées et grosses comme des cornes, qui était armé de chaque côté de deux boucliers; il se cachait dans le fleuve d’où il ôtait la vie à tous les passants et submergeait les navires. Or, il était venu par mer de la Galatic d’Asie, avait été engendré par Léviathan, serpent très féroce qui’ vit dans. l’eau, et d’un animal nommé Onachum, qui naît dans la Galatie : contre ceux qui le poursuivent, il jette, à la distance d’un arpent, sa fiente comme un dard et tout ce qu’il touche, il le brille comme si c’était du feu. A la prière des peuples, Marthe alla dans le bois et l’y trouva mangeant un homme. Elle jeta sur lui de l’eau bénite et lui montra une croix. A l’instant le monstre dompté resta tranquille comme un agneau. Sainte Marthe le lia avec sa ceinture et incontinent il fut tué par le peuple à coups de lames et de pierres. Or, les habitants du pays appelaient ce dragon Tarasque et en souvenir de cet évènement ce lieu s’appelle encore Tarascon,au lieu de Nerluc, qui signifie lieu noir, parce qu’il se trouvait là des bois sombres et couverts. Ce fut en cet endroit que sainte Marthe, avec l’autorisation de son maître Maximin et de sa sœur , se fixa désormais et se livra sans relâche à la prière et aux jeunes. Plus tard après avoir rassemblé un grand nombre de sœurs , elle bâtit (309) une basilique en l’honneur de la bienheureuse vierge Marie. Elle y mena une vie assez dure, s’abstenant d’aliments gras, d’œufs , de fromage et de vin, ne mangeant qu’une fois par jour. Cent fois le jour et autant de fois la nuit, elle fléchissait les genoux.

Elle prêchait un jour auprès d’Avignon, entré la ville et le fleuve du Rhône, et un jeune homme se trouvait de l’autre côté du fleuve, jaloux d’entendre ses paroles, mais dépourvu de barque pour passer, il se dépouilla de ses vêtements et se jeta à la nage ; tout à coup il est emporté par la force du courant et se noie aussitôt. Son corps fut à peiné retrouvé, deux jours après ; on l’apporta aux pieds de sainte Marthe pour qu’elle le ressuscitât. Elle se prosterna seule, les bras étendus en forme de croix sur la terre et, fit cette prière : « O Adonay, Seigneur J.-C., qui avez autrefois ressuscité mon frère Lazare, votre ami, mon cher hôte, ayez égard à la foi de ceux qui  m’entourent et ressuscitez cet enfant. » Elle, prit, parla main ce jeune homme qui se leva aussitôt et reçut le saint baptême. Eusèbe rapporte au VIIe livre de son Histoire ecclésiastique *, que l’Hémorrhoïsse, après avoir, été guérie, fit élever dans sa cour ou son verger, une statue à la ressemblance de J.-C., avec une robe et sa frange, comme elle l’avait- vu, et elle avait pour cette tarage une grande vénération. Or, les herbes croissant aux pieds de la statue et qui n’étaient bonnes à rien auparavant, dès lors qu’elles atteignaient à la frange,

* Il revient sur ce récit dans son commentaire sur saint Luc, mais sans prétendre que c’est Marthe. – Cf. Nicéphore Callixte, Iib. X, XXX.

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acquéraient une telle vertu que beaucoup d’infirmes qui en faisaient usage étaient guéris. Cette Hémorrhoïsse que le Seigneur guérit; saint Ambroise dit * que ce fut sainte Marthe, Saint Jérôme de son côté rapporte, et l’Histoire tripartite confirme**, que Julien l’apostat fit enlever la statue élevée par l’Hémorrhoïsse et, y substitua la sienne; mais la foudre la brisa.

Or, le Seigneur révéla un an d’avance à sainte Marthe le moment de sa mort : et pendant toute cette année, la fièvre ne la quitta point. Huit jours avant son trépas, elle entendit les chœurs  des anges qui portaient l’âme de sa sœur  au ciel. Elle rassembla de suite `sa communauté de frères et de sœurs  : « Mes compagnons et très doux élèves, leur dit-elle, je vous en prie, réjouissez-vous avec moi, parce que je vois les chœurs  des anges portant en triomphe l’âme de ma sœur  au trône qui lui a été promis. O très belle et bien-aimée sœur  ! vis avec ton maître et mon hôte dans la demeure bienheureuse! » Et aussitôt sainte Marthe, pressentant sa mort prochaine, avertit ses gens d’allumer des flambeaux autour d’elle et de veiller jusqu’à son trépas. Au milieu de la nuit qui précéda le jour de sa mort, ceux qui la veillaient s’étant laissé appesantir par le sommeil, un vent violent s’éleva et éteignit toutes les lumières, et la sainte qui vit une foule d’esprits malins, prononça cette prière : « O Dieu, mon père, mon hôte chéri, mes séducteurs se sont rassemblés pour me dévorer ; ils tiennent écrites à la main

* Sermon XLVI.

** Lib. VI, c. XLI.

les méchancetés que j’ai commises : mon Dieu, ne vous éloignez pas de moi, mais venez à mon aide. » Et voilà qu’elle vit sa soeur venir à elle; elle tenait à la main une torche avec laquelle elle alluma les flambeaux et les lampes : et tandis qu’elles s’appelaient chacune par leur nom, voici que J.-C. vint et dit : Venez, hôtesse chérie, et où je suis, vous y serez avec moi. Vous  m’avez reçu dans votre maison, et moi je vous recevrai dans mon paradis ; ceux qui vous invoqueront, je les exaucerai par amour pour vous. » L’heure de sa mort approchant, elle se fit transporter dehors, afin de pouvoir regarder le ciel ; et elle ordonna qu’on la posât par terre sur de la cendre; ensuite qu’on lui tînt une croix devant elle : et elle fit cette prière : « Mon cher hôte, gardez votre pauvre petite servante ; et comme vous avez daigné demeurer avec moi, recevez-moi de même dans votre céleste demeure. » Elle se fit ensuite lire la Passion selon saint Luc, et quand on fut arrivé à ces mots : « Mon père, je remets mon âme entre vos mains », elle rendit l’esprit. Le jour suivant qui était un dimanche, comme on célébrait les laudes auprès de son: corps, vers l’heure de tierce, Notre-Seigneur apparut à saint Front qui célébrait la messe à Périgueux, et qui, après l’épître, s’était endormi sur sa chaire: « Mon cher Front, lui dit-il, si vous voulez accomplir ce que vous avez autrefois promis à notre hôtesse, levez-vous vite et suivez-moi. » Saint Front ayant obéi à cet ordre, ils vinrent ensemble en un instant à Tarascon où ils chantèrent des psaumes autour du corps de sainte Marthe et firent tout l’office, les autres leur répondant; (312) ensuite ils placèrent de leurs mains son corps dans le tombeau. Mais à Périgueux, quand on eut terminé ce qui était à chanter, le diacre qui devait lire l’évangile, ayant éveillé l’évêque en lui demandant la bénédiction, celui-ci répondit à moitié endormi : « Mes frères, pourquoi me réveillez-vous? Notre-Seigneur J.-C.  m’a conduit où était le corps de Marthe, son hôtesse, et nous lui avons donné la sépulture: envoyez-y vite des messagers pour nous rapporter notre anneau d’or et nos gants gris que j’ai ôtés afin de pouvoir ensevelir le corps; je les ai remis au sacriste et les ai laissés par oubli, car vous  m’avez éveillé si vite! » On envoya donc des messagers qui trouvèrent tout ainsi que l’évêque avait dit; ils rapportèrent l’anneau et un seul gant, car le sacriste retint l’autre comme preuve de ce qui s’était passé. Saint Front ajouta encore : « Comme nous sortions de l’église après l’inhumation, un frère de ce lieu, qui était habile dans les lettres, nous suivit pour demander au Seigneur de quel nom il l’appellerait. Le Seigneur ne lui répondit rien, mais il lui montra un livre qu’il tenait tout ouvert. à la main, dans lequel rien autre chose n’était écrit que ce verset : « La mémoire de mon- hôtesse qui a été pleine de justice sera éternelle; elle n’aura pas à craindre d’entendre des paroles mauvaises au dernier jour (Ps. III). » Le frère, qui parcourut chaque feuillet du livre, y trouva ces mots écrits à chaque page. Or, comme il s’opérait beaucoup de miracles au tombeau de sainte Marthe, Clovis, roi des Francs, qui s’était fait chrétien et qui avait été baptisé par saint Remy, souffrait d’un grand mal de reins; il vint donc au tombeau de la sainte et (313) y obtint une entière guérison. C’est pourquoi il dota ce lieu, auquel il donna une terre d’un espace de trois milles à prendre autour sur chacune des rives du Rhône, avec les métairies et les châteaux, en affranchissant le tout. Or, Manille, sa servante, écrivit sa vie; ensuite elle alla dans l’Esclavonie où, après avoir prêché l’évangile, elle mourut en paix dix ans après le décès de sainte Marthe.

 

SAINTE MARIE-MAGDELEINE *

Marie signifie mer amère, ou illuminatrice, ou illuminée. Ces trois significations font comprendre les trois excellentes parts qu’elle a choisies, savoir : la part de la pénitence, de la contemplation intérieure et de la gloire céleste. C’est de ces trois parts que le Seigneur a dit : « Marie a choisi une excellente part qui ne lui sera pas enlevée. » La première part ne lui sera pas enlevée à cause de la fin qu’elle se proposait d’acquérir, la béatitude; ni la seconde à cause de la continuité, parce que la contemplation de la vie est continuée par la contemplation de la patrie : ni la troisième en raison de son éternité. En tant donc qu’elle a choisi l’excellente part de pénitence, elle est appelée mer amère, parce qu’elle y eut beaucoup d’amertumes : ce qui est clair par l’abondance des larmes qu’elle répandit et avec lesquelles elle lava les pieds du Seigneur. En tant qu’elle a choisi l’excellente part de la gloire céleste, elle reçoit le nom d’illuminatrice, parce qu’elle y a reçu avec avidité ce qu’elle a dans la suite rendu avec abondance : elle y a reçu la lumière avec laquelle elle a plus tard éclairé les autres. En tant qu’elle a choisi l’excellente part de la gloire céleste, elle est nommée illuminée, parce qu’elle est maintenant illuminée dans son esprit par la lumière de la parfaite connaissance, et que, dans son corps, elle sera illuminée de clarté. Madeleine veut dire restant coupable (manens rea) ou bien encore munie, invaincue, magnifique, qualités qui indiquent ce qu’elle fut avant, pendant, et après sa conversion.

* Raban, Maur, Bréviaires de: Provence.

Avant sa conversion en. effet, elle restait coupable et engagée a la damnation éternelle; pendant sa conversion, elle était munie et invaincue, parce qu’elle était armée de pénitence; elle se munit donc excellemment de toutes les armes de la pénitence ; car autant elle a eu de délectation, autant elle en a fait l’objet de ses holocaustes. Après sa conversion elle fut magnifique par la surabondance de grâces, car où avait abondé le péché, là a surabondé la grâce *.

Marie, surnommée Magdeleine, du château de Magdalon, naquit des parents les plus illustres, puisqu’ils descendaient de la race royale. Son père se nommait Syrus et sa mère Eucharie. Marie possédait en commun avec Lazare, son frère et Marthe, sa sueur, le château de Magdalon, situé à deux milles de Génézareth, Béthanie qui est proche de Jérusalem, et une grande partie de Jérusalem. Ils se partagèrent cependant leurs biens de cette manière : Marie eut Magdalon d’où elle fut appelée Magdeleine, Lazare retint ce qui se trouvait à Jérusalem, et Marie posséda Béthanie. Mais comme Magdeleine recherchait out ce qui peut flatter les sens, et que Lazare avait son temps employé au service militaire, Marthe, qui était pleine de prudence, gouvernait avec soin les intérêts de sa sueur et ceux de son frère; en outre elle fournissait le nécessaire

* Pour la vie de sainte Marie-Magdeleine, consulter les Monuments de l’apostolat, par M. Faillon, prêtre de Saint-Sulpice. Celte publication extraordinaire confirme les faits de la légende, à l’exception du pèlerinage du prince à Rome et à Jérusalem avec saint Pierre. Toutefois, M. Faillon ne parait rejeter ce fait qu’en s’appuyant sur l’impossibilité où le prince aurait pu d’être reconnu par saint Pierre à la croix qu’il portait sur l’épaule. Ce qui ne paraît pas rigoureux.

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aux soldats, à ses serviteurs, et aux pauvres. Toutefois ils vendirent tous leurs biens après l’ascension de J.-C. et en apportent le prix aux apôtres. Comme donc Magdeleine regorgeait de richesses et que la volupté est la compagne accoutumée de nombreuses possessions, plus elle brillait par ses richesses et sa beauté, plus elle salissait son corps par la volupté; aussi perdit-elle son nom propre pour ne plus porter que celui de pécheresse. Comme J.-C. prêchait çà et là, inspirée par la volonté divine, et ayant entendu dire que J.-C. dînait chez Simon le lépreux, Magdeleine y alla avec empressement, et n’osant pas, en sa qualité de pécheresse, se mêler avec les justes, elle resta aux pieds du Seigneur, qu’elle lava de ses larmes, essuya avec ses cheveux et parfuma d’une essence précieuse : car les habitants du pays, en raison de l’extrême chaleur du soleil, usaient de parfums et de bains. Comme Simon le pharisien pensait à part soi que si J.-C. était un prophète, il ne se laisserait pas toucher par une pécheresse, le Seigneur le reprit de son orgueilleuse justice et remit à cette femme tous ses péchés. C’est à cette Marie-Magdeleine que le Seigneur accorda tant de bienfaits et donna de si grandes marques d’affection. Il chassa d’elle sept démons, il l’embrasa entièrement d’amour pour lui; il en fit son amie de préférence; il était son hôte; c’était elle qui; dans ses courses, pourvoyait à ses besoins, et en toute occasion il prenait sa défense. Il la disculpa auprès dit pharisien qui la disait immonde, auprès de sa soeur qui la traitait de paresseuse, auprès de Judits qui l’appelait prodigue. En voyant ses larmes, (245) il ne put retenir les siennes. Par son amour, elle obtint que son frère, mort depuis trois jours, fût ressuscité ; ce fut à son amitié que Marthe, sa sœur , dut d’être délivrée d’un flux de sang, dont elle était affligée depuis sept ans; à ses mérites Martille, servante, de sa sœur , dut d’avoir l’honneur de proférer ce mot si doux qu’elle dit en s’écriant : « Bienheureux le sein qui vous a porté. » D’après saint Ambroise, en effet, c’est de Marthe et de sa servante qu’il est question en cet endroit. C’est elle, dis-je, qui lava les pieds du Seigneur de ses larmes, qui les essuya avec ses cheveux, qui les parfuma d’essence, qui, le temps de la grâce arrivé, fit tout d’abord une pénitence exemplaire, qui choisit la meilleure part, qui se tenant assise aux, pieds du Seigneur écouta sa parole, et lui parfuma la tête, qui était auprès de la croix lors de la passion, qui prépara des aromates dans l’intention d’embaumer son corps, qui ne quitta pas le sépulcre quand les disciples se retirèrent ; ce fut à elle la première que J.-C. apparut lors de sa résurrection, et if la fit l’apôtre des apôtres.

Après l’ascension du Seigneur, c’est-à-dire quatorze ans après la passion, les Juifs ayant massacré depuis longtemps déjà saint Étienne et ayant chassé les autres disciples de leur pays, ces derniers se retirèrent dans les régions habitées par les gentils, pour y semer la parole de Dieu. Il y avait pour lors avec les apôtres saint Maximin, l’un des 72 disciples, auquel Marie-Magdeleine avait été spécialement recommandée par saint Pierre. Au moment de cette dispersion, saint Maximin, Marie-Magdeleine, Lazare, son (246) frère, Marthe, sa soeur, et Manille, suivante de Marthe, et enfin le bienheureux Cédonius, l’aveugle-né guéri  par le Seigneur, furent mis par les infidèles sur un vaisseau tous ensemble avec plusieurs autres chrétiens encore; et abandonnés sur la mer sans aucun pilote afin qu’ils fussent engloutis en même temps. Dieu permit qu’ils abordassent à Marseille. N’ayant trouvé la personne qui voulût les recevoir, ils restaient sous le portique d’un temple élevé à la divinité du pays. Or, comme sainte Marie-Magdeleine voyait le peuple accourir pour sacrifier aux dieux, elle se leva avec un visage tranquille, le regard serein, et par des discours fort adroits, elle le détournait du culte des idoles et lui prêchait sans cesse J.-C. Tous étaient dans l’admiration pour ses manières fort distinguées, pour sa facilité à parler, et pour le charme de son éloquence. Ce n’était pas merveille si une bouche qui avait embrassé avec autant de piété et de tendresse les pieds du Sauveur, eût conservé mieux que les autres le parfum de la parole de Dieu.

Alors arriva un prince du pays avec son épouse qui venait sacrifier aux idoles pour obtenir un enfant. Magdeleine, en leur annonçant J.-C., les dissuada d’offrir des sacrifices. Quelques jours s’étant écoulés, Magdeleine, se montra dans une vision à cette dame et lui dit: « Pourquoi, vous qui vivez dans l’abondance, laissez-vous les saints. de Dieu mourir de faim et de froid? » Elle finit par la menacer que si elle ne persuadait pas à son mari de venir au secours de la misère des saints, elle encourrait la colère du Dieu tout puissant. Toutefois la princesse n’eut pas la force de (247) découvrir sa vision à son mari. La nuit suivante Magdeleine lui apparut et lui dit la même chose; mais cette femme négligea encore d’en faire part à son. époux. Une troisième fois, au milieu du silence de la nuit, Marie apparut à l’un et à l’autre ; elle frémissait et le feu de sa colère jetait une lumière qui aurait fait croire que toute la maison était eu flammes. « Dors-tu, tyran, dit-elle ? membre de Satan qui est ton père, tu reposes avec cette vipère, ta femme, qui n’a pas voulu te faire connaître ce que je lui ai dit

Te reposes-tu, ennemi de la croix de J.-C. ? Quand ton estomac est rempli d’aliments de toutes sortes, tu laisses périr de faim et de soif les saints de Dieu. Tu es couché dans un palais; autour de toi ce ne sont que tentures de soie, et tu les vois désolés et sans asile, et tu passes outre. Non, cela ne finira pas de cette sorte : et ce ne sera pas impunément que tu auras différé de leur faire du bien. » Elle dit et se retira. — A son réveil la femme, haletante et effrayée, dit  à son mari troublé comme elle : «Mon seigneur, avez-vous eu le même songe que moi? » « Oui, répondit-il, et je ne puis  m’empêcher d’admirer et de craindre. Qu’avons-nous donc à faire? » « Il vaut mieux pour nous, reprit la femme, nous conformer à ce qu’elle dit, plutôt que d’encourir la colère de son Dieu dont elle nous menace. » Ils reçurent donc les saints chez eux, et leur fournirent le nécessaire.

Or, un jour que Marie-Magdeleine prêchait, le prince dont on vient de parler lui dit: « Penses-tu pouvoir justifier la foi que tu prêches ? » « Oui, reprit-elle, je suis prête à la défendre; elle est confirmée par les (248) miracles quotidiens et la prédication de mon maître  saint Pierre, qui préside à Rome. Le prince et son épouse lui dirent : « Nous voilà disposés à obtempérer à tous tes dires, si tu nous obtiens un fils du Dieu que tu prêches. » « Alors, dit Magdeleine, ce ne sera pas moi qui serai un obstacle. » Et la bienheureuse pria pour eux le Seigneur qu’il leur daignât accorder un fils. Le Seigneur exauça ses prières et la dame conçut.. Alors son mari voulut partir pour aller trouver saint Pierre, afin de s’assurer si ce qu’avait annoncé Magdeleine touchant J.-C. était réellement la vérité. Sa femme lui dit: « Quoi ! mon seigneur, pensez-vous partir sans moi ? Point du tout ; si vous partez, je partirai, si vous venez, je viendrai, si vous restez, je resterai. » Son mari lui dit: « Il n’en sera pas ainsi, ma dame ; car vous êtes enceinte et sur la mer on court des dangers sans nombre ; vous pourriez donc, facilement être exposée; vous resterez en repos à la maison et vous veillerez sur nos possessions. » Elle n’en persista pas moins, et obstinée comme l’est une personne de son sexe, elle se jeta avec larmes aux pieds de son mari qui obtempéra enfin à sa demande. Alors Marie mit le signe de la croix sur leurs épaules de crainte: que l’antique ennemi ne leur nuisit en route. Ils chargèrent un vaisseau de tout ce qui leur était nécessaire, et après avoir laissé le reste à la garde de Marie-Madgdeleine, ils partirent. Ils n’avaient voyagé qu’un jour et une nuit quand la mer commença à s’enfler, le vent à gronder, de sorte que tous les passagers et principalement la dame enceinte et débile, ballottés ainsi par les vagues, furent en proie aux plus graves inquiétudes; les douleurs de l’enfantement saisirent la femme tout à coup, et au milieu de ses souffrances et de la violence de la tempête, elle mit un enfant au monde et expira. Or, le petit nouveau-né palpitait éprouvant. le besoin de se nourrir du lait de sa mère qu’il semblait chercher en poussant des vagissements pitoyables. Hélas! quelle douleur! En recevant la vie, cet enfant avait donné la mort à sa mère, il ne lui restait plus qu’à mourir lui-même puisqu’il n’y avait personne pour lui administrer la nourriture nécessaire à sa conservation. Que fera le pèlerin envoyant sa femme morte, et son, fils qui, par ses cris plaintifs, exprimait le désir de prendre le sein? Il se lamentait beaucoup en disant: « Hélas ! malheureux! que feras-tu ? Tu as souhaité un fils et tu as perdu la mère qui lui donnait la vie. » Les matelots criaient : « Qu’on jette ce corps à la mer, avant que nous ne soyons engloutis en même temps que lui, car tant qu’il sera avec nous, cette tempête ne cessera pas.» Et comme ils avaient pris le cadavre pour le jeter à la mer: « Un instant, dit le pèlerin, un instant: si vous ne voulez pas attendre ni pour la mère ni pour moi, ayez pitié au moins de ce petit enfant qui crie; attendez un instant, peut-être que la mère a seulement perdu connaissance dans sa douleur et qu’elle vit encore.» Et voici que non loin du vaisseau apparut une colline ; à cette vue, il pensa qu’il n’y avait rien de mieux à faire que d’y transporter le corps de la mère et l’enfant plutôt que de les jeter en pâture, aux bêtes marines. Ce fut par prières et par argent qu’il parvint à obtenir des matelots d’aborder. Et comme le rocher (250) était si dur qu’il ne- put creuser une fosse, il plaça le corps enveloppé d’un manteau dans un endroit des plus écartés de la montagne et déposant son fils contre son sein, il dit : « O Marie-Magdeleine ; c’est pour mon plus grand malheur que tu as abordé à Marseille ! Pourquoi, faut-il que j’aie eu le malheur d’entreprendre ce voyage d’après tes avis? As-tu demandé à Dieu que ma femme conçût afin qu’elle pérît ? Car voici qu’elle a conçu et, en devenant mère, elle subit la mort; son fruit est né et il faut qu’il meure, puisqu’il n’y a personne pour le nourrir. Voici ce que j’ai obtenu par ta prière, je t’ai confié tous mes biens, je les confie à ton Dieu. Si tu as quelque pouvoir, souviens-toi de l’âme de la mère et à ta prière que ton Dieu ait pitié de l’enfant et ne le laisse pas périr. » Il enveloppa alors dans son manteau le corps de sa femme et de son fils et remonta sur le vaisseau.

Quand il fut arrivé chez saint Pierre, celui-ci vint à sa rencontre, et en voyant le signe de la croix attaché sur ses épaules il lui demanda qui il était et doit il venait. Le pèlerin lui raconta tout ce qui s’était passé. — Pierre lui dit: « La paix soit avec vous,. vous avez bien fait de venir et vous avez été bien inspiré de croire. Ne vous tourmentez pas si votre femme dort, et si son enfant repose avec elle ; car le Seigneur a le pouvoir de donner à qui il veut, de reprendre ce qu’il a donné, de rendre ce qui a été enlevé, et de changer votre douleur en joie. »  Or, saint Pierre le conduisit lui-même à Jérusalem et lui montra chacun des endroits où J.-C. avait prêché, et avait fait des miracles, comme aussi le lieu où il avait souffert, et celui d’où (251) il était monté aux cieux. Après avoir été instruit avec soin dans la foi par saint Pierre, il remonta sur un vaisseau après deux ans révolus, dans l’intention. de regagner sa patrie. Dieu permet que„ dans le trajet, ils passassent auprès de la colline où avait été déposé le corps de sa femme avec le nouveau-né, et par prière et par argent il obtint d’y débarquer. Or, le petit enfant, qui avait été gardé sain et sauf par sainte Marie-Magdeleine, venait souvent sur le rivage, et comme tous les enfants, il avait coutume de se jouer avec des coquillages et dès cailloux. En abordant, le pèlerin vit donc un petit enfant qui s’amusait, comme on le fait à son âge, avec des pierres; il ne se lassait pas, d’admirer jusqu’à ce qu’il descendît de la nacelle. En l’apercevant, l’enfant, qui n’avait jamais vu de semblable chose, eut peur, courut comme il avait coutume de le faire au sein de sa mère sous le manteau de laquelle il se cacha. Or, le pèlerin; pour mieux s’assurer de ce qui se passait, s’approcha de cet endroit et y trouva un très bel enfant qui prenait le sein de sa mère. Il l’accueillit dans ses bras. « O bienheureuse Marie-Magdeleine, dit-il, quel bonheur pour moi ! comme tout me réussirait, si ma femme vivait et pouvait retourner avec moi dans notre patrie ! Je sais, oui, je sais, et je crois sans aucun doute que vous qui  m’avez donné un enfant et qui l’avez nourri sur rocher pendant deux ans, vous pourriez, par vos prières, rendre à sa mère la santé dont elle a joui auparavant. » A ces mots, la femme respira et dit comme si elle se réveillait: « Votre mérite est grand, bienheureuse Marie-Magdeleine, vous êtes glorieuse, vous qui, dans les (252) douleurs de l’enfantement, avez rempli pour moi l’office de sage-femme, et qui en toute circonstance  m’avez rendu les bons soins d’une servante. » En entendant ces paroles, le pèlerin fut plein d’admiration. « Vivez-vous, dit-il, ma chère épouse? » « Oui, répondit-elle, je vis ; je viens d’accomplir le pèlerinage que vous avez fait vous-même. C’est saint Pierre qui vous a conduit à Jérusalem et qui vous a montré tous les lieux où J.-C. a souffert, est mort et a été enseveli, et beaucoup d’autres encore; moi, c’est avec sainte Marie-Magdeleine pour compagne et pour guide que j’ai vu chacun de ces lieux avec vous; j’en ai confié le souvenir à ma mémoire. » Alors elle énuméra tous les endroits où J.-C. a souffert, raconta les miracles qui avaient eu son mari pour témoin, sans la moindre hésitation. Le pèlerin joyeux prit la mère et l’enfant s’embarqua et peu après ils abordèrent à Marseille, où, étant entrés, ils trouvèrent sainte Marie-Magdeleine annonçant la parole de Dieu avec ses disciples. Ils se jetèrent à ses pieds en pleurant, lui racontèrent tout ce qui leur était arrivé, et reçurent le saint baptême des mains du bienheureux Maximin. Alors ils détruisirent dans Marseille tous les temples des idoles, et élevèrent des églises en l’honneur de J.-C., ensuite ils choisirent à l’unanimité le bienheureux Lazare pour évêque de la cité. Enfin conduits par l’inspiration de Dieu, ils vinrent à Aix dont ils convertirent la population à la foi de J.-C. en faisant beaucoup de miracles et où le bienheureux Maximin fut de son côté, ordonné évêque.

Cependant la bienheureuse Marie-Magdeleine, qui (253) aspirait ardemment se livrer à la contemplation dés choses supérieures, se retira dans un désert affreux où elle resta inconnue l’espace de trente ans, dans un endroit préparé par les mains des anges. Or, dans ce lieu, il n’y avait aucune ressource, ni cours d’eau, ni arbres, ni herbe, afin qu’il restât évident que notre Rédempteur avait disposé de la rassasier; non pas de nourritures terrestres, mais seulement des mets du ciel. Or, chaque jour, à l’instant des sept heures canoniales; elle était enlevée par les anges au ciel et elle y entendait, même des oreilles du corps, les concerts charmants des chœurs célestes. Il en résultait que, rassasiée chaque jour à cette table succulente, et ramenée par les mêmes anges aux lieux qu’elle habitait, elle n’éprouvait pas le moindre besoin d’user d’aliments corporels. Un prêtre, qui désirait mener une vie solitaire, plaça sa cellule dans un endroit voisin de douze stades de celle de Marie-Magdeleine. Un jour donc, le Seigneur ouvrit les yeux de ce prêtre qui put voir clairement comment les anges descendaient dans le lieu où demeurait la bienheureuse Marie, la soulevaient dans les airs et la rapportaient une heure après dans le même lieu, en chantant les louanges du Seigneur. Alors le prêtre, voulant s’assurer de la réalité de cette vision; après s’être recommandé parla prière à son créateur, se dirigea avec dévotion et courage vers cet endroit . il n’en était éloigné que d’un jet e pierre, quand, ses jambes commencèrent à fléchir, une crainte violente le saisit et lui ôta la respiration : s’il revenait en. arrière, ses jambes et ses pieds reprenaient des forces pour marcher, mais s’il rebroussait chemin pour tenter de (254) s’approcher du lieu en question, autant de fois la lassitude s’emparait de son corps, et son esprit s’engourdissait. L’homme de Dieu comprit donc qu’il y avait là un secret du ciel auquel l’esprit humain ne pouvait atteindre. Après avoir invoqué le nom du Sauveur il s’écria : « Je t’adjure par le Seigneur, que si tu es . un homme ou. bien une créature raisonnable habitant cette, caverne, tu me répondes et tu me dises la vérité. « Et quand il eut répété, ces mots par trois fois, la  bienheureuse Marie-Magdeleine lui répondit : «Approchez plus près, et vous pourrez connaître la vérité de tout ce que votre âme désire. » Quand il se fut approché tout tremblant jusqu’au milieu de la voie à parcourir, elle lui dit : « Vous souvenez-vous qu’il est question, dans l’Évangile, de Marie, cette fameuse pécheresse, qui lava de ses larmes les pieds du Sauveur, et les essuya de ses cheveux, ensuite mérita le pardon de ses fautes? » Le prêtre lui répondit : « Je  m’en. souviens; et depuis plus de trente ans la sainte église croit et confesse ce fait.» — « C’est moi, dit-elle, qui suis cette femme. J’ai demeuré inconnue aux hommes l’espace de trente ans, et comme il vous a été accordé de le voir hier, chaque jour, je suis enlevée au ciel par les mains des anges, et j’ai eu le bonheur d’entendre des oreilles du corps les admirables concerts des chœurs  célestes, sept fois par chaque jour. Or, puisqu’il  m’a été révélé par le Seigneur que je dois sortir de ce monde, allez trouver le bienheureux Maximin, et dites-lui que, le jour de Pâques prochain, à l’heure qu’il a coutume de se lever pour aller à matines, il entre seul dans son oratoire et qu’il  m’y (255) trouvera transportée par le ministère des anges. » Le prêtre entendait sa voix, comme on aurait dit de celle d’un ange, mais il ne voyait personne. Il se hâta donc d’aller trouver saint Maximin, et lui raconta tous ces détails. Saint Maximin, rempli d’une grande: joie, rendit alors au Sauveur d’immenses actions de grâce, et au jour et à l’heure qu’il lui avait été dit, en entrant dans son oratoire, il voit la bienheureuse Marie-Magdeleine debout dans le chœur , au milieu des anges qui l’avaient amenée. Elle était de deux coudées au-dessus de terre, debout au milieu des anges et priant Dieu, les mains étendues. Or, comme le bienheureux Maximin tremblait d’approcher auprès d’elle, Marie dit en se tournant vers lui : « Approchez plus près ; ne fuyez pas votre fille, mon père. » En s’approchant, selon qu’on le lit dans les livres de saint Maximin lui-même, il vit que le visage de la sainte rayonnait de telle sorte par les continuelles et longues communications avec les anges, que les rayons du soleil étaient moins éblouissants que sa face. Maximin convoqua tout le clergé et le prêtre dont il vient d’être parlé. Marie-Magdeleine reçut le corps et le sang du Seigneur des mains de l’évêque, avec une grande abondance de larmes. S’étant ensuite prosternée devant la base de l’autel, sa très sainte âme passa au Seigneur après qu’elle fut sortie de son corps, une odeur si suave se répandit dans le lieu même, que pendant près de sept jours, ceux qui entraient dans l’oratoire la ressentaient. Le bienheureux Maximin embauma le très saint corps avec différents aromates, l’ensevelit, et ordonna qu’on l’ensevelit lui-même auprès d’elle après sa mort.

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Hégésippe, ou bien Joseph, selon d’autres, est assez d’accord avec cette histoire. Il dit, en effet, dans son traité, que Marie-Magdeleine, après l’ascension du Seigneur, poussée par son amour envers J.-C. et par l’ennui qu’elle en avait, ne voulait plus jamais voir face d’homme; mais  que dans la suite elle vint au territoire d’Aix, s’en alla dans un désert où elle resta: inconnue l’espace de trente ans, et, d’après son récit chaque jour, elle était transportée dans le ciel pour les sept heures canoniales. Il ajoute cependant qu’un prêtre, étant venu chez elle, la trouva enfermée dans sa cellule. Il lui donna un vêtement sur la demande qu’elle lui en fit. Elle s’en revêtit, alla avec le prêtre à l’église où après avoir reçu la communion, elle éleva, les mains pour prier et mourut en paix vis-à-vis l’autel. — Du temps de Charlemagne, c’est-à-dire, l’an du Seigneur 769, Gyrard, duc de Bourgogne, ne pouvant avoir de fils de son épouse, faisait de grandes largesses aux pauvres, et construisait beaucoup d’églises et de monastères. Ayant donc fait bâtir l’abbaye de Vézelay, il envoya, de concert avec l’abbé de ce monastère, un moine avec une suite convenable, à la ville d’Aix, pour en rapporter, s’il était possible, les reliques de sainte Marie-Madeleine. Ce moine arrivé à Aix trouva la ville ruinée de fond en comble par les païens; le hasard, lui fit découvrir un sépulcre dont les sculptures en marbre lui prouvèrent que le corps de sainte Marie-Magdeleine était renfermé dans l’intérieur; en effet l’histoire de la sainte était sculptée avec un art merveilleux sur le tombeau. Une nuit donc le moine le brisa, prit les reliques et les emporta (257) à son hôtel. Or, cette nuit-là même, la bienheureuse Marie-Magdeleine apparut à ce moine et lui dit de n’avoir aucune crainte mais d’achever l’œuvre  qu’il avait entreprise.

A son retour, il était éloigné d’une demi-lieue de son monastère, quand il devint absolument impossible de remuer les reliques, jusqu’à l’arrivée de l’abbé avec les moines qui les reçurent en procession avec grand honneur. Un soldat qui avait l’habitude de venir chaque année en pèlerinage au corps de la bienheureuse Marie-Magdeleine, fut tué dans aine bataille. On l’avait mis dans le cercueil et ses parents en pleurs se plaignaient avec confiance à sainte Magdeleine de ce qu’elle avait laissé mourir, sans qu’il eût eu le temps de se confesser et de faire pénitence, un homme qui lui avait été si dévot. Tout à coup, à la stupéfaction générale,  celui qui était mort ressuscita, demanda un prêtre, et après s’être dévotement confessé et avoir reçu le viatique, il mourut en paix aussitôt. — Un navire sur lequel se trouvaient beaucoup d’hommes et de femmes fit naufrage. Mais une femme enceinte, se voyant en danger de périr dans la mer, invoquait, autant qu’il était en son pouvoir, sainte Magdeleine, et faisait vœu que si, grâce à ses mérites elle échappait au naufrage et mettait un fils au monde, elle le dédierait à son monastère. A l’instant, une femme d’un aspect et d’un port vénérable lui apparut,  la prit par le menton, et la conduisit saine et sauveur le rivage; quand tous les autres périssaient *. Peu de temps après, elle mit au

* Vincent de B., Hist., l. XXIV, c. XXXV.

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monde un fils, et accomplit fidèlement son vœu . — Il y en a qui disent que Marie-Magdeleine était fiancée à saint Jean l’évangéliste, et qu’il allait l’épouser quand J.-C. l’appela au moment de ses noces. Indignée de ce que le Seigneur lui avait enlevé son fiancé, Magdeleine s’en alla et se livra tout à fait à la volupté. Mais parce qu’il n’était pas convenable que la vocation de Jean fût pour Magdeleine une occasion de se damner, le Seigneur, dans sa miséricorde, la. convertit à la pénitence; et en l’arrachant aux plaisirs des sens, il la combla des joies spirituelles qui se trouvent dans l’amour de Dieu. Quelques-uns prétendent que si N.-S. admit saint Jean dans une intimité plus grande que les autres, ce fut parce qu’il l’arracha à l’amour de Magdeleine. Mais ce sont choses fausses et frivoles; car frère Albert, dans le prologue sur l’Evangile de saint Jean, pose en fait que cette fiancée dont saint Jean fut séparé au moment de ses noces par la vocation de J.-C., resta vierge, et s’attacha parla suite à la sainte Vierge Marie, mère de J.-C. et qu’enfin elle mourut saintement. — Un homme privé de la vue venait au monastère de Vézelay visiter le corps de sainte, Marie-Magdeleine, quand son conducteur lui dit qu’il commençait à apercevoir l’église. Alors l’aveugle s’écria à haute voix: « O sainte Marie-Magdeleine ! que ne puis-je avoir le bonheur, de voir une fois votre église ! » et à l’instant ses yeux furent ouverts. — Un homme avait écrit ses péchés sur: une feuille qu’il posa sous la nappe de l’autel de sainte Marie-Magdeleine, en la priant de lui en obtenir la rémission. Peu de temps après il reprit sa feuille et (259) tous les péchés en avaient été effacés. — Un homme détenu en, prison pour de l’argent qu’on exigeait de lui invoquait à son secours sainte Marie-Magdeleine; et voici qu’une nuit lui apparut une femme d’une beauté remarquable qui, brisant ses chaînes et lui ouvrant la porte, lui commanda de fuir. Ce prisonnier se voyant délivré s’enfuit aussitôt *. — Un clerc de Flandre, nommé Etienne, était tombé dans de si grands crimes, en s’adonnant à toutes les scélératesses, qu’il ne voulait pas plus entendre parler des choses qui regardent le salut. qu’il ne les pratiquait. Cependant il avait une grande dévotion en sainte Marie-Magdeleine ; il jeûnait ses vigiles et honorait le jour de, sa fête. Une fois qu’il visitait soit tombeau; sainte Marie-Magdeleine lui apparut; alors qu’il n’était ni tout à fait endormi, ni tout à fait éveillé; elle avait la figure d’une belle femme; ses veux étaient tristes, et elle était soutenue a droite et, à gauche par deux anges : alors elle lui dit: « Je t’en prie, Etienne, pourquoi te livres-tu à des actions indignes de moi ? Pourquoi n’es-tu pas touché des paroles pressantes que je t’adresse, de ma propre bouche? dès l’instant que tu as eu de la dévotion pour moi, j’ai toujours prié d’une manière pressante le Seigneur pour toi. Allons, courage, repens-toi, car je ne t’abandonnerai pas que tu ne sois réconcilié avec Dieu. » Et il se sentit inondé de tant de grâces que, renonçant au inonde, il entra en religion et mena une vie très parfaite. A sa mort, on vit sainte Marie-Magdeleine apparaître avec des anges auprès de son cercueil, et porter au ciel, avec des cantiques, son âme sous la forme d’une colombe **.

 

* Vincent de B., Hist., 1. XXIV, c. XXXV, ms. de la Bible, Bibliothèque nationale, n° 5296.

** Denys le Chartr., Sermon IV, de sainte Marie-Magdeleine.

 

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