Frère d’âme de David Diop

Frère d’âme

David Diop

Paris, Le Seuil, 2018. 176 pages.

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Le prix Goncourt des lycéens 2018 couronne David Diop

Le prix Goncourt des lycéens a été attribué jeudi 15 novembre à David Diop pour son roman « Frère d’âme » (Seuil).

Interrogeant la notion d’humanité, David Diop y relate la descente dans la folie d’un tirailleur sénégalais durant la Grande Guerre.

Alfa Ndiaye et Mademba Diop se connaissent depuis l’enfance. Là-bas, au village, ils ont grandi ensemble. Mais leur Gandiol natal, dans le nord-ouest du Sénégal, est loin désormais. Les deux hommes, à peine sortis de l’adolescence, sont plongés dans une guerre à laquelle ils ont voulu prendre part, par amour de la France.

Les deux tirailleurs sénégalais, perdus dans la boucherie de la Première Guerre mondiale, sont plus que des frères d’armes, ou de sang. Ils sont des « frères d’âme », reliés depuis la naissance par un fil invisible qu’un soldat ennemi surgi de la tranchée d’en face a soudain interrompu. Mademba est mort sous les yeux d’Alfa.

 

Venger celui qui était son « plus que frère »

Déjà auteur de poèmes, d’un essai sur la représentation de l’Africain et d’un roman qui s’inspirait aussi des déraisons nées du colonialisme européen (1), David Diop refait le voyage du Sénégal vers la France avec ce personnage saisissant de soldat déraciné qui sombre peu à peu dans la démence.

Bouleversé par l’assaut qui a coûté la vie à son ami, Alfa se glissera à la nuit tombée entre les barbelés ennemis pour tuer un soldat allemand, et rapporter dans son camp son fusil et la main – coupée – qui la tenait. Une manière de venger celui qui était son « plus que frère ». Mais à force de mains coupées, ses camarades finiront par voir en lui le spectre de la mort : « Ils ne souhaitent pas s’attirer le mauvais œil du soldat sorcier. »

Réminiscences, réelles et rêvées

« Les soldats chocolat ont commencé à chuchoter que j’étais un soldat sorcier, un démon, un dévoreur d’âmes, et les soldats toubabs ont commencé à les croire. » Ses supérieurs veulent l’évacuer. Pour cacher la folie.

 « Oui, j’ai compris, par la vérité de Dieu, que sur le champ de bataille on ne veut que la folie passagère. Des fous de rage, des fous de douleur, des fous furieux, mais temporaires. Pas de fous en continu. Dès que l’attaque est finie, on doit ranger sa rage, sa douleur et sa furie. La douleur, c’est toléré, on peut la rapporter à condition de la garder pour soi. Mais la rage et la folie, on ne doit pas les rapporter dans la tranchée. Avant d’y revenir, on doit se déshabiller de sa rage et de sa furie, on doit s’en dépouiller, sinon on ne joue plus le jeu de la guerre. »

L’évacuation d’Alfa à l’arrière du front sera l’occasion de réminiscences, réelles et rêvées, du Sénégal. La furie et la folie de la guerre lointaine percutent les souvenirs d’enfance, la perte de sa mère partie sans jamais revenir, ainsi que l’amour de la jeune Fary. L’écriture de David Diop est dense, prenante, et ses pages sont faites de larmes, de boue et de sang, portant un récit de guerre forgé par un conteur.

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