Saint Jean de la Croix (1542-1591)

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Saint Jean de la Croix (1542-1591)

Vie de Jean de la Croix

Jean de la Croix est un homme d’origine pauvre, mais noble, chercheur d’absolu, capable de se laisser guider et d’entraîner les autres, ayant acquis une grande culture dans l’Église et la société du temps.

Il est de tradition, lorsque l’on parle de saint Jean de la Croix, de rappeler l’épreuve de son emprisonnement au cachot de Tolède. Enlevé le 2 décembre 1577 par des frères de l’ordre des Carmes, du monastère de l’Incarnation à Avila où il résidait comme confesseur ordinaire des religieuses, il est mis au secret dans le couvent des Carmes à Tolède. C’est là, en effet, dans le drame d’une nuit dont il ne voit pas la fin, qu’il compose ses premiers grands poèmes : en particulier, au temps de Noël, les neufs romances sur l’Incarnation et, au temps de Pâques, le Chant de l’âme et de l’Époux. Il s’évade du couvent le 17 août 1578, au lendemain de la fête de l’Assomption. Ces neufs mois d’enfermement à Tolède, terre natale de sa mère, sont pour lui temps de naissance à soi-même, temps qui lui aura permis de devenir pleinement créatif.

Fils de Gonzalo de Yepes et de Catalina Alvarez, Jean naît en 1542 à Fontiveros en Vieille Castille ; certains historiens avancent l’année 1540. Deux frères le précédent, Francisco et Luis. Gonzalo est aristocrate, Catalina issue d’humble milieu ; tous deux laissent une interrogation quant à leur véritable origine : conversos, convertis du judaïsme et maranes, d’origine musulmane. La famille vit du tissage, commerce et artisanat très communs en cette région d’élevage du mouton. Le père Gonzalo meurt en 1545, ainsi que le frère puîné Luis. Le reste de la famille connaît alors l’exclusion, l’errance et la misère.

En 1551, la famille, réduite à trois, s’installe à Medina del Campo où elle trouve du travail. Jean commence à exprimer ses multiples dons naturels : dons artistiques, il aime le beau ; dons intellectuels, il est ouvert aux choses de l’esprit ; dons religieux, il manifeste beaucoup de piété et surtout il a le sens du service d’autrui, des siens et des plus pauvres ou des malades et des souffrants. Il fréquente les écoles de la ville, celle des frères de la Doctrine, puis le collège des jésuites, et il travaille à l’hôpital à de multiples tâches.

En 1563, à vingt ans, sous le patronyme de Jean de Saint-Matthias, il prend l’habit chez les Carmes. L’Ordre marial, venu en Europe avec le retour des croisades au XIIIe siècle, vient de s’installer dans la ville. Son grand frère Francisco, qui demeurera pour toujours son confident, y fonde foyer.

Après l’année de noviciat et la profession religieuse, il part pour Salamanque au collège Saint-André des Carmes accomplir le cycle des études scolastiques. En 1567, il revient quelques jours à Medina pour célébrer sa première messe en présence de ses frères, de sa famille et des amis du couvent. Il rencontre Thérèse d’Avila (1515-1582) qui vient de fonder dans la ville un Carmel de sa Réforme et souhaite entraîner quelques frères dans sa Réforme de l’Ordre… Jean pensait alors à la Chartreuse comme lieu plus intense de contemplation, Thérèse l’en dissuade…

Un an plus tard, en 1568, il inaugure avec deux autres compagnons, dans une masure de village perdu, Duruelo, une vie de retour aux pratiques primitives de l’Ordre. Thérèse veille à la réussite de l’entreprise, engagée non sans difficulté. Très vite, Jean devient formateur de nouveaux membres. Plusieurs nouvelles fondations s’en suivent : Mancera, Pastrana. Thérèse a été envoyée par les autorités de l’Église à l’Incarnation d’Avila, le grand couvent où elle était entrée à vingt ans, pour y introduire sa Réforme. En 1572, elle y fait venir Jean à demeure, avec un autre frère déchaux, surtout pour accompagner spirituellement les moniales.

C’est du 2 décembre 1577 au 17 août 78 qu’il est alors mis au secret dans le couvent de Tolède par les religieux de l’ordre qui combattent la Réforme. Après son évasion, pour tenter d’apaiser la situation, les frères de la Réforme l’envoient à Jaén dans le sud de l’Espagne. Il accompagne aussi Thérèse dans ses dernières fondations. Il ouvre encore près de l’université de Baeza un collège carmélitain pour les jeunes étudiants de la Réforme

Catalina, sa mère, meurt en 1580. Après la mort de Thérèse en 1582, il devient prieur du couvent de Grenade… Grenade, cité où perdurent dans les architectures un ineffable des cultures juives et musulmanes, comme dans bien d’autres citées en cette Espagne du sud. Une fraternité de Déchaux y est déjà implantée à Los Martyres, face à la Sierra Nevada. Là, Jean révèle tous ses dons de maître spirituel et écrivain ; il compose d’autres poèmes et il rédige tous ses grands Écrits ; il montre aussi ses dons de supérieur de communautés de la Réforme. Toujours accompagné d’un frère laïc, à dos d’âne ordinairement, il voyage beaucoup pour encourager les nouveaux couvents de frères et de moniales. En 1589, il est élu prieur du couvent de Ségovie.

Alors qu’il a été présent au départ de la Réforme et qu’il en a assumé différentes responsabilités, sauf celle de supérieur provincial, il finit par être marginalisé de nouveau en 1591, chez les Réformés eux-mêmes. Un Chapitre général veut l’envoyer fonder au Mexique ; il se retire dans l’ermitage proche de La Peñuela, le 10 août, porteur d’une fièvre qui ne le quittera plus. Le 28 septembre, il se rend au couvent le plus proche à Ubeda, pour s’y faire soigner. Entouré des frères de la petite communauté, il meurt dans la nuit du 13 au 14 décembre 1591, après avoir demandé au Prieur de lire en guise de prière des agonisants le Cantique des cantiques qui avait chanté en lui toute sa vie.

Toute sa vie, riche de dons naturels et oblatifs, est marquée par une intense expérience spirituelle et apostolique. Il est maintenant reconnu comme le Prince des poètes. Sa poésie composée en langue castillane, dans les formes du temps, est faite de 999 vers. Ses grandes œuvres sont Les Cantiques spirituels, La Montée du Carmel et La Nuit obscure, et La vive Flamme d’amour, traités et commentaires partiels de ses poèmes. D’autres textes plus brefs permettent une connaissance approfondie de sa personne et de son message.

 

La rencontre de Jean de la Croix

Quelques portes d’entrée dans sa pensée…

Inévitablement, le chercheur de Dieu est marqué par la tradition dans laquelle il est né, par exemple la tradition catholique. Mais il y a beaucoup de chercheurs de Dieu en d’autres traditions…

Aujourd’hui, ils perçoivent le concert ouvert entre les grandes religions. Ils se laissent enchanter par la richesse extraordinaire de ces différentes traditions, de leurs promesses de béatitude et par les valeurs culturelles de leur humanisme.

Ils peuvent aussi être tentés de prendre du champ devant leurs ombres : la résurgence des fondamentalismes, les dérives du fanatisme…. Ils n’ignorent pas le foisonnement des sectes et de leurs « maîtres », et leurs confortables sécurisations.

Quelqu’un nous a parlé des Écrits de Jean de la Croix. Il y a des images fausses de Jean de la Croix : c’est difficile ! Il manque de sensibilité et il la rejette ! Ses écrits sont impersonnels !…

Même si le chemin vertueux et spirituel qu’il propose est exigeant, son humanité, sa grande sensibilité transparaissent dans ses œuvres. La connaissance la plus fondée de sa vie nous le rend proche et le peu que nous savons de lui nous invite à progresser. Jean de la Croix peut devenir le guide et l’ami de toute une vie, ce fût le cas pour Thérèse de l’Enfant-Jésus.

L’œuvre de Jean de la Croix possède bien des portes d’entrée. À titre d’exemples :

Un certain primat de la poésie dans sa vie qui n’est pas à démontrer. Nous sommes très vite enchantés par ses poèmes, la beauté de la langue castillane du 16e, sa sonorité. La poésie, souvent apophatique, peut être lue en humaniste. Elle se suffit à elle-même. Le symbole central de la « nuit » traduit de nombreuses expériences intérieures et il fascine.

La radicalité métaphysique de son raisonnement. Alors que la question du sens de la vie entraîne un regard d’attentisme sur la religion et que les pesanteurs des Églises peuvent éloigner nombre de nos contemporains, Jean de la Croix pointe vers l’essentiel et porte un jugement critique sur toutes choses et tout comportement.

La critique du fait religieux. Dans le contexte de la rencontre des religions… comment juger, comment discerner ? L’apophatisme, la rigueur et l’universalisme de sa pensée montrent la parenté des expériences religieuses dans l’humain, celle de la psychologie et de la spiritualité, la valeur de l’acte moral en société.

L’art de décrire tout ensemble la personnalité du Christ, centrale en sa vie et son œuvre, et la quête nocturne de Dieu. Nous cherchons Dieu. Nous désirons mieux nous connaître, vivre dans l’authenticité. Nous aimerions trouver le maître qui nous entraîne et nous accompagne… qui nous aide à discerner surtout spirituellement. L’universalisme de son anthropologie et de son sens de Dieu nous accueille. -, ainsi que sa lecture existentielle des Écritures saintes, sa manière abondante et circonstanciée de s’y référer. Il n’élude pas le rapport aux choses et aux personnes.

Nous poursuivons un chemin de conversion, de vie intérieure, de prière. Nous découvrons que l’expérience mystique et le chemin qui peut y mener ont quelque chose d’universel. À ce niveau de profondeur et d’intériorité, s’expérimente la rencontre de toutes les religions : celles des mystiques juifs, musulmans, hindous…une compréhension de l’incroyant, de l’athée, de l’agnostique…

La pensée qui se développe dans ses Écrits est d’une grande cohérence, limpidité, et d’un très grand réalisme. Sa sobriété, et sa maîtrise de l’expérience mystique inspirent confiance.

Reste à se procurer ses œuvres, mais surtout à se faire aider, si nécessaire, pour entrer dans sa pensée. Il existe différentes introductions et présentations.

 

Les oeuvres de Jean de la Croix

Sa personnalité (sa sensibilité, son attention à l’autre) filtre souvent à travers ses écrits. Il est attachant d’entrevoir ainsi son humanité dans les textes qui parlent de Dieu et montrent le Christ !

Sa vie et ses enseignements

Il est important de connaître sa vie, son humanité, pour ne pas faire de contresens massifs sur son enseignement.

Les biographies peuvent être marquées par leurs époques ; par exemple, au 18e siècle, elles on été surchargées de merveilleux, voire de diableries !

Les témoignages de son frère de sang Francisco, avec lequel il est demeuré intime toute sa vie, sont précieux.

L’étude critique de ses Écrits a été entreprise au début du vingtième siècle. Peu de textes sont rédigés de sa main. Il est rapporté qu’il avait un secrétaire, que des frères et des sœurs se chargeaient de recopier sa pensée et ses textes.

L’attribution des poèmes est claire, même si des doutes ont existé pour quelques-uns. L’authenticité d’Écrits et de Commentaires, du CSB en particulier, est contestée.

Depuis le 17e siècle, les traductions françaises ne manquent pas …

L’ensemble des Écrits de Jean de la Croix forme comme une cathédrale de la vie spirituelle. Pour les citer ici, des abréviations sont ordinairement employées.

Les sigles et les traductions sont repris de l’Édition :

JEAN DE LA CROIX, ŒUVRES COMPLÈTES

Traduction par Mère Marie du Saint-Sacrement, carmélite déchaussée,

Édition établie, révisée et présentée par Dominique Poirot, carme déchaux, Les Éditions du Cerf, Paris 2001

Sigles de renvoi aux œuvres de Jean de la Croix

A : Quatre avis à un religieux

CE : Censure

CO : Conseils de spiritualité

CSA et CSB : Cantique spirituel A et B

D : Degrés de perfection

L : Lettres

MC : Montée du Carmel

MONTE : Monte Carmelo

NO : Nuit obscure

PA : Paroles de lumière et d’amour

PO : Poèmes

PR : Précautions

TO : Textes officiels

VFA et VFB : Vive Flamme d’amour A et B

Les chiffres qui suivent indiquent dans l’ordre : le livre, le chapitre ou la strophe, le n° d’ordre ou le paragraphe.

Source : Carmel de France

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