De Nazareth à Bethléem : un chemin pour faire naître Jésus

De Nazareth à Bethléem : un chemin pour faire naître Jésus

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Depuis quelque temps déjà le bruit courait dans tout le pays d’Israël que l’Empereur César-Auguste avait décidé de faire un recensement de tout l’Empire pour connaître le nombre de personnes qu’il gouvernait d’un main de maître et surtout pour le recouvrement des impôts dus aux Romains. Bien sûr le gouverneur Quinrinius le savait, le roi Hérode aussi de même que toutes les autorités militaires. Et peut-être que les notables du pays en étaient plus ou moins informés.

Et puis un jour ce fut effectif. Ce recensement aurait bien lieu. Chacun selon l’ordre donné devait se rendre dans sa ville d’origine afin de se faire recenser. Il fallait donc obéir car on ne badine pas avec l’ordre venue du souverain le plus puissant de la terre. Et le mot « recensement » devait évoquer chez les Juifs un autre recensement : celui qu’avait ordonné le roi David ; mais cela avait mal fini car Dieu mécontent de cette initiative avait puni le peuple par la venue de la peste.  Alors on peut imaginer les réactions du peuple : Dieu n’a-t-il pas interdit tout recensement ? Seul Dieu peut compter les hommes puisque Lui seul en connaît le nombre ?

 Alors comme tous les autres juifs Joseph et Marie vont préparer ce voyage. Mais cela tombe bien mal : Marie est enceinte et doit accoucher dans quelques jours ! Depuis le visite de l’ange Gabriel Joseph doit travailler pour faire vivre sa nouvelle famille ! Certes il n’est pas le père de l’enfant qui va naïtre mais Dieu lui a donner mission de veiller sur la jeune Marie et sur l’enfant ! Mais quel enfant ! puisque c’est le Fils de Dieu ! Donc on se prépare pour partir à Bethléem la ville de Joseph ! Joseph va sans doute chercher un âne afin d’y installer Marie le temps du voyage. Et Marie tout en méditant toutes ses choses dans son cœur préparer la nourriture pour le voyage, quelques habits sans doute aussi et surtout elle pense qu’il faut emporter des langes si l’enfant vient à naître durant ce voyage.

 Une fois que tout est prêt pour le départ Joseph ferme l’atelier, ferme la maison derrière pour une semaine pense-t-il. Une semaine c’est court, mais une semaine c’est long c’est un manque à gagner pour un artisan. Tout cela étant fait, met les provisions sur l’âne et il y fait monter Marie avec d’infinies précautions. Car  Joseph sait déjà que le voyage ne sera pas facile : il faut parcourir quelque cent trente kilomètres et Marie en est à la dernière semaine de sa grossesse. Tous les deux se mettent en route et viennent grossir la foule qui se presse sur les routes. Peut-être vont-ils pouvoir faire la route avec des connaissances du village, des amis peut-être aussi. Il y a toute cette foule bien sûr, mais il doit bien y avoir des soldats romains afin d’éviter tout incident car les Romains savent d’expérience  qu’ils ne sont pas bien vus : en effet qui aiment un occupant étranger qui impose ses lois et toute une armée d’occupation ?

 Joseph et Marie sont sur la longue route qui va de Nazareth à Bethléem. Le voyage n’est pas aisé pour une jeune mère qui attend son premier enfant et qui doit accoucher bientôt. Alors lentement pour ne fatiguer Marie, il marche tout le jour aux côtés de l’âne qui porte les maigres bagages du couple ainsi que Marie : Joseph connaît bien son rôle de veilleur maintenant, il sait qu’il est responsable de la Mère de Dieu et de son Fils ! Ils ne sont pas riches et n’ont pas de serviteurs comme certains notables doivent bien en avoir sur le chemin ! Alors on se partage aux haltes du midi et du soir la nourriture qu’a préparée Marie en bonne ménagère qu’elle doit être. Et la nuit ils la passent tous les deux se réchauffant sous une maigre couverture sans doute.

 Ainsi passe les journées  Les jours se succèdent aux jours en suivant le pas lent de l’âne. Mais à mesure que le temps passe la fatigue se fait sentir et l’on avance moins vite. Les routes sont difficiles, les chemins ne sont pas toujours faciles à franchir. Si l’âne fatigue sous le poids de son fardeau on peut aisément penser que Joseph aussi fatigue, que Marie aussi  car le terme approche où l’enfant doit naître.

 Et quand les premières de Bethléem se font proches il doit y avoir un sentiment de soulagement : enfin arrivés ! Mais très vite une question se pose : où va-t-on loger ? S’il n’y a personne de la connaissance de Joseph – parents ou amis – peut-être y aura-t-il quand même une auberge où frapper ? Oh bien sûr une humble auberge pas cher pour le gite car ils ne peuvent pas se payer le luxe de chercher une auberge avec tout le confort ! Et on le sait bien : les aubergistes ont du flairer la bonne affaire : avec toute cette foule on peut bien faire quelque profit car les riches pour se loger pourront bien débourser quelques écus en plus ! Mais les pauvres devront se contenter de ce qu’il restera de plus ou moins convenables pour eux. 

 

©Claude-Marie T.

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Le recensement de la population du Royaume d’Israël sous le roi David

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La colère du Seigneur s’enflamma de nouveau contre Israël. Le Seigneur incita David à nuire au peuple. Il lui dit : « Va, dénombre Israël et Juda ! »

Le roi dit à Joab, le chef de l’armée, qui était près de lui : « Parcourez toutes les tribus d’Israël, de Dane à Bershéba, et faites le recensement du peuple, afin que je connaisse le chiffre de la population. »

Joab dit au roi : « Que le Seigneur ton Dieu accroisse le peuple au centuple, et que mon seigneur le roi le voie de ses yeux ! Mais pourquoi mon seigneur le roi veut-il une chose pareille ? »

Néanmoins, l’ordre du roi s’imposa à Joab et aux chefs de l’armée. Ils sortirent de chez le roi pour faire le recensement du peuple d’Israël. Ils passèrent le Jourdain et campèrent à Aroër, au sud de la ville qui est au milieu de la vallée, dans le territoire de Gad, puis partirent vers Yazèr. Ils arrivèrent en Galaad et dans le pays d’en bas à Hodshi. Ils poursuivirent jusqu’à Dane-Yaân et jusqu’aux alentours de Sidon.Ils entrèrent dans la ville forte de Tyr et dans toutes les villes des Hivvites et des Cananéens. Puis, ils partirent pour le Néguev de Juda, vers Bershéba.

Ils parcoururent ainsi tout le pays et rentrèrent à Jérusalem au bout de neuf mois et vingt jours. Joab donna au roi les chiffres du recensement : Israël comptait huit cent mille hommes capables de combattre, et Juda cinq cent mille hommes.

Mais après cela, le cœur de David lui battit d’avoir recensé le peuple, et il dit au Seigneur : « C’est un grand péché que j’ai commis ! Maintenant, Seigneur, daigne passer sur la faute de ton serviteur, car je me suis vraiment conduit comme un insensé ! »

Le lendemain matin, David se leva. Or la parole du Seigneur avait été adressée au prophète Gad, le voyant attaché à David :

« Va dire à David : Ainsi parle le Seigneur : Je vais te présenter trois châtiments ; choisis l’un d’entre eux, et je te l’infligerai. »

 Gad se rendit alors chez David et lui transmit ce message : « Préfères-tu qu’il y ait la famine dans ton pays pendant sept ans ? Ou bien fuir devant tes adversaires lancés à ta poursuite, pendant trois mois ? Ou bien la peste dans ton pays pendant trois jours ? Réfléchis donc, et vois ce que je dois répondre à celui qui m’a envoyé. »

David répondit au prophète Gad : « Je suis dans une grande angoisse… Eh bien ! tombons plutôt entre les mains du Seigneur, car sa compassion est grande, mais que je ne tombe pas entre les mains des hommes ! » Le Seigneur envoya donc la peste en Israël dès le lendemain jusqu’à la fin des trois jours. Depuis Dane jusqu’à Bershéba, il mourut soixante-dix mille hommes.

Deuxième livre de Samuel : 24, 1-16

 

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Le recensement de Quirinius et Luc 2,1-3

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Quirinius, légat de la Syrie voisine, supervise, en l’an 6, le recensement nécessaire pour le paiement des impôts aux Romains…

 

Difficultés historiques

Contre Luc, certains faits s’imposent. D’abord, l’histoire ignore tout recensement impérial général sous Auguste. Les défenseurs de l’évangéliste forcent l’interprétation des documents ou s’appuient sur des auteurs dépendant eux-mêmes de Luc. En deuxième lieu, pour un recensement, Joseph n’avait pas à se rendre à Bethléem, ni Marie à l’accompagner. L’enregistrement des biens et des personnes se faisait sur place ou au centre le plus proche et n’impliquait que le chef de famille, non son épouse. En outre, un recensement romain des terres juives n’est pas pensable au temps d’Hérode le Grand, Rome n’intervenant pas dans l’administration interne des royaumes vassaux. Or Luc 1,3 situe la naissance du Baptiste et de Jésus, rappelons-le, « aux jours du roi Hérode ». Et Josèphe présente le recensement de l’an 6 comme une nouveauté sans précédent expliquant le trouble chez des Juifs qui pouvaient se rappeler la condamnation divine du dénombrement de David (2 S 24). Enfin, contre certaines manipulations chronologiques, il n’est pas vraisemblable de supposer deux mandats de Quirinius, dont le premier en l’an 3/2 av. J.-C. correspondrait à un premier recensement aux alentours de la naissance de Jésus.

Une présentation typiquement lucanienne 

En réalité, Luc travaille sur des données historiques de manière approximative. Ce qui lui arrivera quand il évoque d’autres événements. En imputant à Auguste un recensement de « toute l’oikouménè », il généralise en « un seul » événement les recensements périodiques de l’administration impériale. Cette façon de généraliser les faits se reconnaît en Actes 11,28 : au temps de l’empereur Claude (41-54) diverses famines ont sévi à travers l’Empire. Luc en fait une famine s’étendant à « l’oikouménè ». De même, dans son évocation des agitateurs, il anticipe le soulèvement de Theudas (Ac 5,36) et celui de « l’Égyptien » (Ac 21,38). En somme, Luc sait que le recensement de Quirinius, en 6/7 apr. J.-C., correspond aux années de l’enfance de Jésus. Il justifie ainsi le voyage de Marie et de Joseph à Bethléem. Mais, plaçant la naissance de Jésus six mois après celle du Baptiste « aux jours d’Hérode », il anticipe à tort ce recensement de dix ou douze ans.

En fait fin, si Luc joue sur le souvenir du recensement, c’est en raison des débats de son temps entre Juifs et chrétiens quant au lieu de naissance du Messie, à savoir Bethléem, selon la prophétie de Mi 5,2 (cf. Mt 2,5-6 ; Jn 7,40-42).

© Claude Tassin, SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 144 (juin 2008), « Des fils d’Hérode à la 2e Guerre juive », p. 11…14.

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