Les prophètes annoncent la venue du Messie

Les prophètes et l’annonce du Messie

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QUI SONT LES PROPHETES ?

Avec l’avènement de la Royauté (vers 1030 av. J.C.) commence pour Israël une période prospère. Le peuple est tenté d’adopter la manière de vivre et parfois les cultes des peuples païens qui les environnent. Il oublie son alliance avec Dieu.

Alors des hommes inspirés par Dieu se lèvent pour parler en son nom : les prophètes. Leur mission consiste à :

– rappeler les promesses de Dieu

– donner le sens des évènements qui arrivent

– inviter le peuple à la conversion

– annoncer la venue prochaine d’un Libérateur

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Amos 

Douxième des « petits prophètes », auteur du Livre d’Amos. A l’origine, Amos est berger dans la région de Judée aux environs de Jérusalem. Il prophétise entre – 783 et – 743. Il dénonce les riches et les puissants qui écrasent le faible et le pauvre ainsi que l’hypocrite dévot ou l’idolâtre affiché.

Contre les fraudeurs et les exploiteurs (Am. 8, 4-7)

Écoutez ceci, vous qui écrasez le pauvre pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix, et fausser les balances. Nous pourrons acheter le malheureux pour un peu d’argent, le pauvre pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté d’Israël : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits.

Amos, dans ce texte dénonce l’appât du gain qui a deux conséquences :

la religion et ses préceptes passent au second plan et deviennent même une gêne pour les négociants (pendant la fête de la nouvelle lune appelée aussi Néoménie, le commerce devait cesser ainsi que pendant le sabbat hebdomadaire qui durait du vendredi soir au matin de notre actuel dimanche).

on cherche à frauder et à exploiter le pauvre en augmentant démesurément les prix.

Amos se fait le porte-parole de Dieu qui dénonce ces méfaits et annonce un châtiment :

Annonce du châtiment (Am. 8, 9-10)

Parole du Seigneur Dieu : Quand arrivera mon Jour, je ferai disparaître le soleil en plein midi, en plein jour, j’obscurcirai la lumière sur la terre. Je changerai vos fêtes en deuil, tous vos chants en lamentations ; je vous obligerai tous à mettre un vêtement de pénitence, à vous raser la tête. Je mettrai ce pays en deuil comme pour un fils unique, et, dans la suite des jours, il connaîtra l’amertume. Voici venir des jours, déclare le Seigneur Dieu, où j’enverrai la famine sur la terre ; ce ne sera pas une faim de pain ni une soif d’eau, mais la faim et la soif d’entendre les paroles du Seigneur.

 

Les châtiments sont :

– l’obscurité

– le deuil

– la faim

Les deux premiers châtiments rappellent certains fléaux de l’Egypte. Mais leur sens est probablement symbolique. L’obscurité, c’est l’ignorance et l’incompréhension. Le deuil, c’est la mort spirituelle, conséquence du péché. A cette époque la famine et les catastrophes naturelles sont souvent comprises comme des châtiments divins. Mais ici, Amos précise qu’il ne s’agira pas d’un manque de nourriture, mais de la Parole de Dieu. Dieu menace de déserté son peuple, de ne plus lui adresser la parole par ses prophètes. Le pire châtiment pour Israël est bien celui-là : que Dieu l’abandonne. C’est la Parole de Dieu qui éclaire la vie d’Israël, sans elle, c’est l’obscurité. Ne plus s’adresser à quelqu’un, l’ignorer, c’est le tuer de manière symbolique, comme s’il n’existait plus. C’est peut-être ce deuil-là dont parle le second châtiment.

En fait, le péché d’Israël est spirituel et son châtiment sera spirituel.

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Osée 

Il prophétise à la même époque qu’Amos. Le drame personnel qu’il a vécu avec la femme qu’il aimait mais qui lui était infidèle et à laquelle il pardonnait à chaque fois devient dans ses oracles un symbole du drame de Dieu et d’Israël : Dieu est comme le mari trompé par son épouse infidèle mais qu’il reprend auprès de lui chaque fois parce qu’il l’aime.

Le message est clair, si Israël regrette ses fautes et revient à son Seigneur, celui-ci lui pardonnera et le reprendra auprès de lui.

L’amour méconnu de Dieu pour Israël (Os. 11, 1, 3-4, 8-9)

J’ai aimé Israël dès son enfance, et, pour le faire sortir d’Égypte, j’ai appelé mon fils (…) C’est moi qui lui apprenais à marcher, en le soutenant de mes bras, et il n’a pas compris que je venais à son secours. Je le guidais avec humanité, par des liens de tendresse ; je le traitais comme un nourrisson qu’on soulève tout contre sa joue ; je me penchais vers lui pour le faire manger. Mais ils ont refusé de revenir à moi : vais-je les livrer au châtiment? (…) Non ! Mon cœur se retourne contre moi, et le regret me consume. Je n’agirai pas selon l’ardeur de ma colère, je ne détruirai plus Israël, car je suis Dieu, et non pas homme : au milieu de vous je suis le Dieu saint, et je ne viens pas pour exterminer.

Dieu s’adresse à Israël et affirme son amour pour lui en rappelant tout ce qu’il a fait pour lui :

il l’a libéré d’Egypte

il lui a appris à marcher, c’est à dire de se gouverner et de devenir un peuple

il l’a secouru (victoires contre le ennemis), il lui a donner la manne dans le désert

Tous ces faits doivent être compris par Israël comme des signes de la tendresse et de l’amour de Dieu.

Israël aurait mérité d’être châtier pour n’avoir pas répondu à cette amour et pour avoir été infidèle.

Malgré cela, l’amour de Dieu l’emporte sur sa justice.

Avec Osée, c’est une conception toute nouvelle de Dieu qui est révélée, celle d’un Dieu d’amour qui annonce la révélation en Jésus-Christ.

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 Isaïe 

Il commence à prêcher vers 740 donc juste après des prophètes comme Osée et Amos. Pourtant, dans la Bible, son livre  se trouve avant les leurs à cause de sa grande importance. Il prophétise pendant une période trouble marquée par la menace Assyrienne. Le Livre d’Isaïe traite essentiellement de l’exil à Babylone et du retour de déportation. Il revient sur des évènements passés pour tenter d’en donner le sens. Il annonce une restauration de la royauté en Israël et l’avènement futur d’un Messie, c’est à dire d’un chef ayant reçu l’onction royal.

La délivrance Is. 9, 1-6

01 Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.

02 Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.

03 Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madian.

04 Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.

05 Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : «Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix».

06 Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

Les ténèbres dont Isaïe parle peuvent être comprises comme la longue période de trouble qui a suivi le schisme d’israël et qui fut marquée par la déportation à Babylone et la destruction du temple.

Isaïe annonce une grande lumière, c’est à dire un grand espoir. Cet événement mystérieux est source de joie.

Le joug qui pesait sur le peuple, c’est l’oppression que ses ennemis font subir à Israël.

Isaïe compare son époque avec la période de l’esclavage en Egypte (chefs de corvée).

Il laisse entendre que Dieu, de nouveau, va libérer son peuple.

Un enfant nous est né : Isaïe annonce l’avènement d’un chef, une sorte de nouveau Moïse qui libérera son peuple. Il parle au présent d’évènements qui doivent survenir dans l’avenir, comme si, dans la foi, la délivrance était déjà acquise.

Ce chef, reçoit un nom qui indique qu’il a reçu son autorité de Dieu lui-même.

Il s’agit d’un nouveau David, c’est à dire d’un roi (David est pour Israël le prototype du roi, le modèle).

Et tout ceci arrive à cause de l’amour de Dieu.

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En résumé… 

Amos dénonce et annonce le châtiment.

Osée révèle un Dieu d’amour qui pardonne malgré le péché d’Israël.

Isaïe annonce la fin de l’épreuve et l’avènement d’un Messie.

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L’ANNONCE DU MESSIE 

Messie (Christ en grec) est un mot hébreu qui désigne « celui qui a reçu l’onction ». Il s’agit de l’onction d’huile qui instituait un individu comme roi. David fut marqué par une onction d’huile par le prophète Samuel.

Le messianisme juif : l’annonce du libérateur

Moïse avait reçu la promesse que Dieu enverrait un chef qui serait aussi un prophète, tout comme lui.

Dt. 18, 18

Je ferai se lever au milieu de leurs frères un prophète comme toi ; je mettrai dans sa bouche mes paroles, et il leur dira tout ce que je lui prescrirai.

Durant la période de la déportation à Babylone, vers 600 avant J. C., les prophètes rappellent aux fils d’Israël dispersés et emmenés en déportation que Dieu est plus fort que le mal qui les atteint et qu’il enverra un Messie, c’est à dire un roi victorieux. A cause de cette promesse, le peuple juif à les yeux fixés sur l’avenir.

Mais, à quoi ressemblera ce Messie libérateur ? Sera-il un roi puissant qui règnera à la manière des rois de ce monde ? Les prophètes tentent de répondre…

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Prophétie de Zacharie (Za. 9, 9-10)

Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne,un âne tout jeune. Ce roi fera disparaître d’Éphraïm les chars de guerre,et de Jérusalem les chevaux de combat ; il brisera l’arc de guerre,et il proclamera la paix aux nations. Sa domination s’étendra d’une mer à l’autre, et de l’Euphrate à l’autre bout du pays.

Zacharie prophétise un roi, certes victorieux, mais humble et non pas orgueilleux. L’âne qu’il monte, au contraire du cheval, est un symbole de cette humilité.

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Prophétie de Daniel (Dn. 7, 13-14)

Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et toutes les langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

Le prophète Daniel, quant à lui, précise que « sa domination sera éternelle ». Or, Dieu seul est éternel. Le fait de conférer au Messie à venir un attribut de Dieu le rend encore plus mystérieuse son identité.

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Un mystérieux serviteur 

Le prophète Isaïe, dans une prophétie célèbre, annonce un tout autre genre de Messie :

 

Le serviteur souffrant (Is. 52, 13-15 ; 53, 1… 11)

13 Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté !

14 La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’aspect d’un fils d’Adam.

15 Et voici qu’il consacrera une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce qu’on ne leur avait jamais dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.

(…)

01 Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? A qui la puissance du Seigneur a-t-elle été ainsi révélée ?

(…)

03 Il était méprisé, abandonné de tous, homme de douleurs, familier de la souffrance, semblable au lépreux dont on se détourne ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien.

04 Pourtant, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était châtié, frappé par Dieu, humilié.

05 Or, c’est à cause de nos fautes qu’il a été transpercé, c’est par nos péchés qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous obtient la paix est tombé sur lui, et c’est par ses blessures que nous sommes guéris.

06 Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

07 Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche.

08 Arrêté, puis jugé, il a été supprimé (…) Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à cause des péchés de son peuple.

09 On l’a enterré avec les mécréants, son tombeau est avec ceux des enrichis ; et pourtant il n’a jamais commis l’injustice, ni proféré le mensonge.

10 Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. Mais, s’il fait de sa vie un sacrifice d’expiation, il verra sa descendance, il prolongera ses jours : par lui s’accomplira la volonté du Seigneur.

11 A cause de ses souffrances, il verra la lumière, il sera comblé. Parce qu’il a connu la souffrance, le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs péchés.

Le Messie qu’Isaïe annonce, est un serviteur souffrant. Il sera, au contraire des rois de ce monde, un homme méprisé et injustement condamné. Il subira le châtiment qu’il n’avait pas mérité. Sa victoire sera donc une victoire morale et non pas politique : il acceptera de souffrir et même de mourir pour les autres.

Les conséquences de son sacrifice seront :

– la prolongation de ses jours (alors qu’il a été mis à mort)

– une descendance

– la justification des multitudes (il sauvera de nombreux hommes)

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Le messianisme chrétien 

Depuis le roi David, les Juifs attendaient un messie royal libérateur d’Israël, qui apporterait justice et paix aux hommes. Jésus le Christ a assumé toute l’espérance juive en transformant radicalement, par sa mort et sa Résurrection, le sens de l’attente messianique. Explication.

Que signifie le mot messie ?

Le mot « messie », dérivé de l’adjectif hébreu « mashiah » ou araméen « meshiha », signifie « oint » (d’huile). Le mot Christ, transcrit du grec « christos », a exactement le même sens. L’huile est réputée tout pénétrer, même la pierre. Dans l’Ancien Testament, l’onction d’huile est le signe de la pénétration de l’Esprit du Seigneur investissant un personnage, le consacrant pour une mission. 

Le rite s’applique par excellence au roi, « Oint du Seigneur ». Saül, David, Salomon et ceux de leurs descendants qui accèdent au pouvoir reçoivent cette onction. Même le roi perse Cyrus est appelé messie car il sert le dessein de Dieu sur le peuple élu (Is 45, 1). 

Parmi les prophètes Élisée a été oint par Élie (1 R 19, 16) et chez Isaïe (Is 61, 1-2) c’est le Seigneur qui donne l’onction par son Esprit. Quant au Grand Prêtre, il ne recevra l’onction spéciale qu’après l’Exil à Babylone : en l’absence de roi, il devient alors chef de la communauté et assume certaines prérogatives royales.

Qu’espéraient les Juifs ?

La prophétie de Nathan au roi David a fixé l’espérance d’Israël sur la dynastie davidique : « C’est lui qui bâtira une Maison pour mon Nom et j’établirai à jamais son trône royal. Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils » (1). Chaque roi issu de la lignée de David est alors le messie par qui Dieu veut accomplir son dessein (2).

Mais au VIe  siècle av. J.-C., la chute de Jérusalem, l’Exil à Babylone, la captivité du roi messie détenu par les païens plongent les Juifs dans le désarroi et les forcent à changer de regard. Malgré les espoirs de restauration suscités un temps par Zorobabel, descendant de David, le peuple juif n’aura plus de messie royal à sa tête.

Entre-temps les prophètes, critiquant les infidélités de certains rois, avaient commencé à réorienter l’espérance d’Israël vers un Roi futur. C’est à partir de leurs promesses que le « messianisme royal » se développe après l’Exil. Les psaumes royaux sont réinterprétés pour chanter non plus l’Oint présent, mais l’Oint futur, sa gloire à venir, ses luttes, ses victoires…

On relit le chapitre 11 d’Isaïe, la prophétie sur la « souche de Jessé » (père de David), qui annonce l’avènement idyllique d’un descendant de David sur qui reposera l’Esprit du Seigneur, et dont la venue s’accompagnera d’une harmonie universelle, à jamais établie. Israël attend désormais les « temps messianiques ».

 

Comment s’exprime l’attente messianique à l’époque du Nouveau Testament ?

Au premier siècle av. J.-C., l’attente d’un Messie (devenu un nom propre), descendant de David, est très vive chez les Juifs. Mais elle revêt des formes très diverses. La plupart du temps, le Messie attendu est placé sur le même plan que les anciens rois d’Israël. Son rôle est conçu sous un angle au moins autant politique que religieux. Les Juifs espèrent une restauration temporelle et la libération de l’occupant romain, installé depuis 63 avant J.-C.

L’espérance est aussi géographique : au temps du Messie, les Israélites dispersés dans le monde devraient être réunis dans leur pays et Jérusalem rassembler les nations (Za 14, 1-9). Dans les cercles esséniens (Qumrân), marqués par l’influence des prêtres, on attend la venue de deux Messies : un Messie prêtre, le plus important, et un Messie roi, chargé des tâches temporelles.

L’eschatologie juive (annonce des temps derniers) fait aussi la part belle à la venue du Royaume de Dieu. Elle évoque un personnage attendu sous les traits tantôt du Serviteur de Yahweh (serviteur souffrant d’Isaïe), tantôt du Fils de l’Homme venu sur les nuées du ciel (Dn 7, 13)… L’attente du Messie est donc multiforme à l’époque de Jésus.

En quoi Jésus est-il le Messie ?

Bouleversés par les premiers actes de la vie publique de Jésus, ses disciples et même les foules s’interrogent : n’est-ce pas le Messie ? N’est-il pas le Fils de David ? Jésus se laisse appeler Fils de David, mais ne se donne pas à lui-même le titre de Messie. Il ne le refuse pas mais il interdit plusieurs fois à ses interlocuteurs de le citer. 

Dès le récit de son baptême, il est dit que l’Esprit Saint descend sur lui et qu’une voix céleste le nomme « Fils bien aimé », ce qui pour des oreilles juives signifie son intronisation messianique. L’onction de l’Esprit est mentionnée à la synagogue de Nazareth (Lc 4, 16-21) où Jésus lit et s’approprie la prophétie d’Isaïe sur la bonne nouvelle annoncée aux pauvres (Is 61). De la crèche au crucifiement, Isaïe, mais aussi Jérémie, Michée, Zacharie, Malachie sont cités par les évangélistes pour attester que Jésus réalise les Écritures et inaugure le Règne de Dieu promis par les prophètes. 

Ses disciples, notamment Pierre, le reconnaissent ouvertement comme le Messie (Mc 8, 29). Avec l’entrée triomphale à Jérusalem le jour des Palmes, puis les discours dans le Temple, l’identité messianique de Jésus ne fait plus de doute. Il la reconnaît devant le grand prêtre et sa confession de « Fils de l’Homme siégeant à la droite du Tout Puissant » entraînera sa condamnation (Mc 14, 62).

 

Comment a-t-il transformé l’attente messianique ?

Si Jésus est bien pour les chrétiens le Messie annoncé par les prophètes, il a largement purifié la conception messianique de ses disciples. Ceci explique son attitude réservée, au début de sa vie publique, à l’égard des titres de Messie et de Roi que voulaient lui attribuer les foules.

Jésus inaugure un concept nouveau de Royaume, à l’opposé des royautés temporelles : « Mon royaume n’est pas de ce monde » répond-il à Pilate au cours de son procès (Jn 18, 36-37). « Jésus, par son annonce et, avec tout ce qu’il a accompli, avait inauguré un règne non politique du Messie (…). Mais cette séparation entre politique et foi, entre peuple de Dieu et politique, appartenant à l’essence de son message, n’était possible, en définitive, qu’à travers la croix. C’est seulement à travers la perte vraiment absolue de tout pouvoir extérieur, à travers le dépouillement radical de la croix (…) qu’apparaît la nouvelle manière par laquelle Dieu domine dans le monde », écrit Benoît XVI (3). 

Le destin du Messie rejoint celui du Serviteur souffrant d’Isaïe, le Fils de l’Homme n’entre dans sa gloire que par le sacrifice de sa vie. Un monde nouveau commence dans lequel humiliation et exaltation s’entremêlent. « Tout au long de l’histoire les hommes regardent le visage déformé de Jésus et reconnaissent précisément en lui la gloire de Dieu.»

 

 

(1) La prophétie de Nathan (2 S 7, 9-16) sera lue le 24 décembre à la messe du jour. 

(2) cf. le Vocabulaire de Théologie Biblique, article « Messie », Éd. du Cerf.

(3) Benoît XVI, Jésus de Nazareth 2e partie, Éd. du Rocher 2011.

 

https://www.la-croix.com/Religion/Spiritualite/Le-Messie-_NP_-2011-12-23-750361

 

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