Règne de Hérode le Grand et Hérode Antipas au temps de Jésus

Hérode le Grand et Hérode Antipas

 

Hérode le Grand

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Qui était Hérode ? Un grand roi ou un massacreur d’enfants ?

Qui était Hérode ? Un grand roi ou un massacreur d’enfants ? Le roi des juifs ou le collaborateur des romains ? Le portrait tracé par Matthieu correspond-il à la réalité ?

GenealogieHerodeleGrand

Jésus naît à la fin du règne d’Hérode. Celui-ci est monté sur le trône en l’an 37 avant notre ère et il est mort en – 4. En 33 ans de règne, il a marqué l’histoire d’Israël. Mais il a laissé un souvenir mitigé : on le qualifie de « Grand »… mais on lui attribue également de nombreux crimes.

Une personnalité puissante

Hérode semble être né pour régner et dominer. D’après l’historien juif Flavius Josèphe (premier siècle de notre ère), Hérode, physiquement, était un homme à la stature puissante, habile cavalier et excellent chasseur. On dit que jamais sa lance ne manquait son but.

Flavius Josèphe le décrit aussi comme un homme passionné, au caractère dur, intraitable. Par nature, la tendresse et les sentiments lui étaient inconnus. Il ne vivait que pour ses intérêts, n’hésitant pas à les défendre au prix du sang. Hérode craignait tellement de possibles rivaux qu’il fit assassiner certains de ses fils, à tel point qu’un jeu de mots ironique circulait sur Hérode : mieux valait être le “cochon” (hus en grec) d’Hérode que son “fils” (huios en grec).

Doté d’une vive intelligence, il avait compris qu’il ne pourrait se maintenir au pouvoir sans l’aide des Romains. Par conséquent, le principe dominant de sa politique a été de maintenir envers et contre tout, et surtout contre son peuple ! -une amitié indéfectible avec Rome où se rendait souvent pour rendre visite à l’empereur Agrippa… lequel vint aussi le voir à Jérusalem.

Hérode n’était pas un pantin. Il était arrivé au pouvoir grâce à son intelligence et à sa force. Il s’y est maintenu en usant tout à la fois de subtilité pour gagner la faveur des autorités religieuses juives, et de terreur en éliminant froidement les obstacles qui se présentaient.

Un historien juif, résume bien l’essentiel : « Telle fut l’histoire d’Hérode le Grand : des effusions de sang, des spoliations, des impôts écrasants, la débauche, le mépris des lois. La ruine des meilleurs éléments de civilisation, la plus accablante oppression politique, la perte des libertés, la méfiance régnant partout, l’espionnage, la flatterie et l’intrigue, et l’accroissement général de la misère, voilà ce qu’a été le règne d’Hérode. »

L’arrivée au pouvoir

La conquête du pouvoir a été pour Hérode un long chemin. Entraîné à la guerre dès sa jeunesse, il a remporté de petites victoires sur des groupes de brigands en Galilée. Cela a suffi à lui créer une réputation de guerrier redoutable. Remarqué par Rome, qui préférait exercer son pouvoir par personnage intermédiaire, il a été fait roi de Judée par le Sénat en 40 avant Jésus-Christ. Mais à Jérusalem il y avait une dynastie en place, celle des Hasmonéens. Il fallait donc qu’Hérode s’empare du trône et de la capitale. Il le fit en – 37 en éliminant le roi-prêtre Antigone. Impressionné par son efficacité et son absence de scrupules, Rome lui confie également trois autres régions : la Trachonitide, la Batanée et l’Auranitide.

Le rôle déterminant de Rome dans sa prise de pouvoir, ajouté au fait qu’Hérode était Iduméen (donc pas tout-à-fait Juif) a entraîné une forte hostilité du peuple et des chefs juifs. Les douze premières années de son règne (37 à 25) ont été une période de consolidation de son pouvoir. Sa politique de répression impitoyable a éliminé progressivement toute opposition. On rapporte ainsi qu’il a fait exécuter 45 partisans du roi et grand prêtre Antigone, dernier roi hasmonéen à régner. Au passage, il s’empare de tous leurs biens, s’assurant ainsi de revenus confortables qui lui permettent d’entreprendre de grands travaux. 

Les grands-prêtres et les scribes

Une fois écartée la dynastie hasmonéenne d’où était issus les grands-prêtres, Hérode confère ce pouvoir religieux à d’autres familles sacerdotales, moins virulentes du point de vue politique. Ces nouveaux grands-prêtres seront redevables à Hérode et deviendront ses alliés. Ils essayeront d’apaiser les critiques de Juifs qui reprochaient au roi son origine étrangère et son attitude envers la dynastie légitime. De plus, l’attirance d’Hérode pour la culture grecque n’arrangeait pas sa popularité. Dans ce contexte, les grands prêtres et les scribes l’aideront. Il n’est donc pas étonnant que, dans l’épisode de Mages, on les retrouve autours de lui.

Un grand bâtisseur

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La seconde période de son règne, de 25 à 13 avant J.-C., est marquée par une incroyable frénésie de constructions. L’empereur César Auguste ayant instauré la pax romana, dans tout l’Empire, la mode est à la construction de bâtiments en son honneur : temples, théâtres, amphithéâtres, stades…

Par goût personnel autant que pour que pour des raisons strictement politiques, Hérode se lance, lui aussi, dans de vastes projets. Il construit d’abord de nombreux temples en l’honneur de l’Empereur et, en 22, fait construire une nouvelle cité sur la côte, à laquelle il donne le nom de Césarée. Au centre de la ville, il érige évidemment un Temple dédié à César. Mais en même temps, pour se concilier la faveur du peuple juif, il restaure complètement le Temple de Jérusalem, bâti quatre cents ans plus tôt, après le retour d’exil. Voilà bien la personnalité d’Hérode, grand constructeur et habile homme politique.

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En tout cela Hérode vise toujours à préserver son prestige mais aussi sa sécurité. À Jérusalem il se construit un palais royal recouvert de marbre et d’or. Mais également une forteresse qui domine le Temple et à qui il donne le nom d’Antonia, en l’honneur de son premier soutien romain, Antoine. Une autre forteresse surgit dans le désert, près de Bethléem : l’Hérodion. Il refortifie d’anciennes places comme Massada, qui domine la Mer Morte, et Macheronte, de l’autre côté du Jourdain. Il fonde les villes de Sébaste, sur l’emplacement de l’ancienne Samarie, et Antipatris, à la mémoire de son père.

Cette frénésie de constructions révèle un trait caractéristique de la personnalité d’Hérode : il entend tout à la fois assurer la pérennité de son nom et consolider ses moyens de défense intérieure et extérieure. Hérode est un battant. Sous son règne, Israël a retrouvé les frontières telles qu’elles étaient à la grande époque de David et Salomon. D’un strict point de vue politique, le bilan d’un tel règne est loin d’être négatif.

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Une fin de règne troublée 

Malgré tous les efforts d’Hérode pour éliminer les prétentions de ses rivaux, les neuf dernières années de son règne seront marquées par des luttes de pouvoir internes. Hérode s’était marié plusieurs fois, avec des femmes d’origines différentes (juives hasmonéennes, iduméennes), et les enfants issus de ces mariages lui causant bien des soucis, il n’hésitera pas à les massacrer purement et simplement. Il fera ainsi périr trois de ses beaux-frères, trois de ses fils, dont un quelques jours seulement avant sa mort, et son épouse bien-aimée, l’Hasmonéenne Myriammé, qu’il chérissait entre toutes. Mais il ne se consolera pas de sa disparition !

 Comment faut-il appeler cet homme ? Hérode le Grand ou Hérode le Tyran ? Le deux qualificatifs ne s’opposent pas nécessairement. Il a fait de grande chose pour son peuple et a fait régner la paix. Mais à quel prix ! La communauté chrétienne en tous cas a gardé de lui le souvenir d’un homme cruel. Elle lui a opposé l’image d’un enfant venu apporter la véritable paix.

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© SBEV. Maurice Autané.

 

Hérode Antipas

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Fils d’Hérode le Grand mort en 4 av. J.-C., Hérode Antipas, nommé tétrarque de la Galilée et de la Pérée, gouverne de 4 av. J.-C. jusqu’en 39 apr. J.-C. Jean Baptiste et Jésus relèvent donc, en Galilée, de sa juridiction.

Tibériade 
Comme son père, Hérode Antipas se montre un bâtisseur. Il restaure Sepphoris, détruite par des insurgés à la mort d’Hérode le Grand. Il fonde Tibériade (entre 18 et 20) sur les rives du Lac, en l’honneur de l’empereur Tibère. La ville devient sa capitale. Selon Flavius Josèphe, le tétrarque dut pousser des gens de tout acabit à occuper le site, moyennant des franchises avantageuses : « Il savait en effet que cette fondation était contraire à la Loi et aux règles ancestrales des Juifs, puisque la construction de Tibériade se faisait sur des sépultures détruites, de surcroît nombreuses en cet endroit ; or, notre Loi déclare souillés pour sept jours (Nb 19,16) ceux qui s’installent en un tel lieu » (AJ XVIII, 38. Texte en Suppl. au C.E. 36, 1981, p. 66).
Jésus, Juif pratiquant, évoluera dans la Galilée rurale, dans un triangle de sept kilomètres de base et de trois kilomètres de hauteur, espace qui a Capharnaüm pour centre. Mais il ne fréquente pas ces villes nouvelles que le tétrarque organisait en cités (poleis) hellénistiques.
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Hérodiade 
Antipas avait épousé une princesse nabatéenne, fille du roi Arétas IV. Mais, en un imbroglio aux franges du vaudeville, il divorça pour épouser Hérodiade. Cette dernière était la fille d’Aristobule IV, frère d’Antipas. Elle était donc sa nièce ; mais, ayant épousé un autre Hérode, Philippe, elle était en même temps sa belle-sœur ! Pour les évangiles, ce sont les reproches du Baptiste contre cette liaison contraire à la Loi qui causent sa perte (Mc 6,17-20). Pour Josèphe, Antipas supprime le Baptiste parce que son message agite la population. Il a sans doute raison et les évangiles n’auront fait que sélectionner le motif moral du conflit. Et le peuple voit dans la défaite des armées d’Antipas contre Arétas IV, père de l’épouse répudiée, un châtiment divin sanctionnant le meurtre du Baptiste. La notice est d’autant plus importante que Jésus sortait sans doute des rangs de Jean et exerça d’abord une activité de baptiste (lire Jn 3,22-23).
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Exil 
Ami de Tibère (14-37), Antipas s’entremet pour négocier entre les Romains et les Parthes (vers 35). Mais son succès froisse l’orgueil de Vitellius, légat de Syrie, et ce faux pas signe sa perte. Antipas fut « un renard » (Lc 13,32), mais pas suffisamment. De toute façon, Caligula (37-41), successeur de Tibère, préfère Agrippa (Ier), fils d’Aristobule et frère d’Hérodiade, à son oncle Antipas et lui donne le titre de roi de Judée-Samarie. Jalouse et plus ambitieuse que son époux, Hérodiade pousse son mari à demander ce titre. Agrippa parvient alors à faire accuser son oncle d’entente avec les Parthes contre Rome. Antipas est exilé en Gaule à Lugdunum des Convènes (Saint-Bertrand-de-Comminges), et ses territoires sont cédés à Agrippa Ier.

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© Claude Tassin, SBEV / Éd. du Cerf, Cahier Évangile n° 144 (juin 2008), « Des fils d’Hérode à la 2e Guerre juive », p. 6-8.

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