L’adoration des Mages

L’adoration des Mages

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Après la naissance de Jésus Marie et Joseph sont restés à Bethléem. Le long chemin de Nazareth à Bethléem, la naissance de l’enfant dans cette étable inconfortable et froide, la visite des bergers, sont autant d’évènements qui les ont fatigués ! Alors ils ont besoin d’un peu de repos, d’un peu de calme aussi pour se ressaisir après toutes ces péripéties. Les habitants de Bethléem sont-ils venus voir celui que les bergers sont allés annoncer ? Peut-être ! Alors ils ont dû faire face à beaucoup de visites ! Joseph a dû aussi de préoccuper de trouver dans les alentours de la cité de David un logis plus confortable pour Marie et l’enfant ; ce ne fut certes pas un palais digne d’un roi mais probablement une demeure humble et à la mesure de leurs faibles ressources ; et il fallait aussi trouver de la nourriture pour cette famille si peu ordinaire, mais Joseph en bon père de famille se devait d’y veiller !

 Et pendant ce temps-là à des milliers de kilomètres, dans l’Orient lointain, des sages qui sont des savants scrutent le ciel : ce sont des astrologues qui étudient les secrets de la création et qui sont sans doute aussi versés dans les Ecritures. Et une nuit ils voient une étoile qui n’est pas comme les autres : elle brille étrangement dans le ciel. Ils les connaissent bien les étoiles et chacune par leur nom, mais de celle là ils ne savent rien ! Alors en savants lettrés ils se plongent dans les livres et là ils trouvent une réponse : cette étoile est-il dit annonce la naissance d’un roi au pays de Judée. Ce roi est le « roi des Juifs » apprennent-ils et il vient de naître.

 Alors ceux que l’on appelle les « mages » se préparent à partir. Ils se procurent tout d’abord de riches et de précieux présents qu’ils offriront à ce jeune roi qui vient de naître. Leurs serviteurs s’occupent de préparer les chameaux avec tout ce qu’il est nécessaire pour un si long voyage : victuailles, vêtements pour les nuits dans le désert, argent aussi au cas où cela serait nécessaire.

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Leur périple sera long et ils mettront beaucoup de temps avant d’arriver à Jérusalem la capitale de la Judée. Comme l’étoile qui les a guidé jusqu’à maintenant a disparu ils vont trouver le roi Hérode afin de se renseigner ; mais celui-ci ignore tout : alors il convoque les grands prêtres et les scribes. Tous sont bouleversés et sans doute un brin inquiet de cette nouvelle qui vient bouleverser leur quotidien. Cependant, comme ils connaissent parfaitement les Ecritures, les paroles des prophètes, la réponse ne se fait pas attendre : « A Bethléem en Judée ! ».

Quand Hérode connut la réponse il convoque les mages et leur donne mission d’aller se renseigner sur cet enfant. Quand on connaît cet homme, avide de pouvoir, ne reculant devant aucun crime pour asseoir son pouvoir, on peut se douter que sa parole n’est guère rassurante. Car voilà un enfant qui pourrait bien revendiquer son trône. C’est pourquoi il leur dit : « Quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer et j’irai moi aussi me prosterner devant lui ! ». Qu’elle hypocrisie : son cœur est déjà rempli de jalousie et son esprit de projets criminels.

 Les mages quittent le palais d’Hérode. Et voici que l’étoile est là pour les guider de nouveau ! Ils se réjouirent d’une joie, ils se réjouirent d’une grande joie, ils se réjoiuirent d’une très grande joie. Leur joie est immense, elle inonde leur cœur car bientôt ils toucheront au but de leur voyage. Ils rayonnent déjà de bonheur à la pensée qu’ils verront le roi des Juifs. Dieu a mis dans le cœur de ces hommes, étrangers au peuple d’Israël, un désir qui comblera leur attente, un désir qui annonce que ce roi est pour toute la terre. Et puis l’étoile s’arrête soudain sur une maison de Bethléem.

Alors ils vont entrer dans cette maison et ils préparent les présents qu’ils ont apportés de leur Orient lointain. Marie et Joseph sont surpris de cette intrusion soudaine mais ils laissent faire : depuis que l’enfant est ils vont de surprise en surprise ; décidément Dieu vient tout bousculer dans leur vie : leur fils ne leur appartient pas, il faut qu’ils le donne au monde car Jésus est venu pour le salut de tous ; n’est-il pas Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous ».

 Alors les mages qui sont des savants, qui sont des hommes puissants et respectés dans leur pays, tombent la face contre terre, s’agenouillent devant cet enfant. Ils lui offrent ce qu’ils ont apporté : l’or, l’encens et la myrrhe. Marie et Joseph ne disent rien : ils laissent faire tout simplement ! Jésus les regarde : son regard les accueille, comme il accueille ses riches présents qui doivent apparaître bien incongrus dans cette humble demeure. Mais n’est-il pas le Fils de Dieu ?

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Ils s’apprêtent à repartir chez eux par le même chemin mais l’ange du Seigneur les avertit : ils ne doivent pas retourner chez Hérode qui nourrit de noirs desseins. Alors c’est en secret qu’ils quittent le pays en empruntant un autre chemin. Pendant ce temps Marie continue de « méditer tous ces évènements dans cœur ». Ainsi se réalise ce que l’Evangile de Jean nous dit : «Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu » (Jean 3, 9-11)

©Claude-Marie T.

 

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 Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem

et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »

En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ.

Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. »

Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »

Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Evangile selon Matthieu (2, 1-12)

 

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La tradition des rois mages

 

L’évangéliste Matthieu ne parle que de « mages venus d’Orient »…

 L’évangéliste Matthieu ne parle que de « mages venus d’Orient ». D’où viennent donc les trois rois de nos crèches de Noël ? L’imagination et la piété populaire se sont alliées pour compléter le texte biblique.

 La piété populaire ne se satisfait pas de la sobriété du texte biblique mais essaye de combler les vides du récit.

Les écrits dits Apocryphes, c’est-à-dire non retenus par l’Église, témoignent de l’imagination des premières générations chrétiennes. « Lorsque les Mages entrèrent dans la maison, dit le « PseudoMatthieu », ils trouvèrent l’enfant Jésus assis sur les genoux de Marie, ils donnèrent de très riches présents à Marie et à Joseph, mais à l’enfant lui-même ils offrirent chacun une pièce d’or; et l’un offrit en outre de l’or, le deuxième de l’encens et le troisième de la myrrhe ».

Selon l’Évangile arabe de l’Enfance, les Mages « s’informèrent de l’histoire de Joseph et Marie. Ces derniers s’étonnèrent de les voir déposer leurs couronnes devant Jésus et se prosterner devant lui sans s’assurer de qui il était. Ils leur demandèrent : « Qui êtesvous et d’où venezvous ? » Ils répondirent: « Nous sommes des Persans et nous sommes venus pour celuici ». Alors Marie prit un des langes et le leur donna; ils l’acceptèrent le plus gracieusement du monde ».

Des Mages d’Orient

«Des Mages venus d’Orient », voilà une désignation bien vague ! Le mot « mage » fait penser à magie et magicien… et, d’un certain point de vue, il y a bien quelque chose d’un peu magique dans l’aventure des Mages.

Les historiens ont pensé à des savants devins qui étaient parfois aussi des prêtres dans la Perse antique. Dans leurs interprétations les Pères de l’Église leur donnent comme origine la Chaldée et la Perse. Certains parmi les plus célèbres, comme Saint Justin et Origène, les font venir d’Arabie et cette opinion a souvent prévalu. L’art des débuts les montre en costumes perses et bonnets phrygiens, par exemple la mosaïque de SaintApollinaire à Ravenne au 6e siècle ou des sarcophages des catacombes au 4e siècle. Les écrits en font des scrutateurs du ciel. Ainsi le « Protévangile de Jacques » qui est daté du 2e siècle leur fait dire: « Nous avons vu une étoile énorme qui brillait parmi ces étoilesci et qui les éclipsait au point que les autres étoiles n’étaient plus visibles, ainsi nous avons connu qu’un roi était né pour Israël».

Des rois

Comment les Mages sont devenus des rois ? Il semble que l’on fait, très tôt, des recoupements avec d’autres pages des Écritures, dans la ligne même de ce que suggère si souvent Matthieu: « afin que s’accomplisse ce que le Seigneur avait dit ».

Deux passages, en particulier, se prêtent à des rapprochements. Dans le chapitre 60 d’Isaïe un poète chante à la gloire de Jérusalem: « Les nations vont marcher vers ta lumière, et les rois vers la clarté de ton lever…Un afflux de chameaux te couvrira, de tout jeunes chameaux de Madian et d’Eifa, tous les gens de Saba viendront, ils apporteront de l’or et de l’encens ». Cortèges somptueux et titres de rois sont associés dans ce texte. Le Psaume 72 est encore plus explicite: « Les rois de Tarsis et des îles enverront des présents, les rois de Saba et de Séva paieront le tribut, tous les rois se prosterneront devant lui ». Dés la fin du 2e siècle Tertullien rapproche ces textes de celui de Matthieu.

On ne sait pas au juste à quelle époque les Mages sont devenus des rois dans l’opinion chrétienne, mais l’art les a représentés avec des couronnes au moins à partir du 12e siècle. En témoignent, entre autres, l’illustration d’un manuscrit de Brescia et la verrière de l’Histoire de la Vierge dans la basilique de Saint Denis.

Gaspard, Melchior et Balthazar

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Combien étaient les Mages ? Nous en avons trois dans nos crèches. Mais Matthieu ne dit rien sur ce point. Les peintures murales des Catacombes en montrent parfois trois (catacombe de Priscille), parfois deux (catacombe de SaintPierre et Marcellin) parfois quatre (Catacombe de Domitille)… « L’Évangile arabe de l’Enfance » fait état de plusieurs avis sur la question: « Certains prétendent qu’ils étaient trois, comme les offrandes, d’autres qu’ils étaient douze, fils de leurs rois, et d’autres enfin qu’ils étaient dix fils de rois accompagnés d’environ mille deux cents serviteurs ». Une tradition syrienne les met aussi au nombre de Douze, successeurs des douze mages chargés depuis Adam et Seth de guetter l’apparition de l’étoile au dessus d’une caverne dite « Caverne des Trésors ». Mais, dans la majorité des représentations anciennes, ils sont trois.

D’abord Arabes ou Persans, ils sont ensuite représentés comme appartenant à trois peuples différents ou aux trois continents alors connus, l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Au 9e siècle ils ont des noms: Balthazar, Melchior et Gaspard. Balthazar a souvent les traits d’un Africain. Ils représentent maintenant toute l’humanité.

D’Asie en Europe

Que sont devenus les Mages dans la suite ? On a peu de traces. Un écrivain du 6e siècle, Théodore de Pétra, rapporte une tradition sur une caverne du désert de Juda où les Mages auraient dormi en retournant dans leur pays. Les « Actes de Thomas », au troisième siècle, racontent qu’au moment où les apôtres se sont réparti les régions à évangéliser, Thomas a été désigné par le sort pour l’Inde. C’est lui qui, selon la tradition, aurait baptisé les Mages déjà âgés, et ceux-ci auraient, à leur tour, annoncé la Bonne Nouvelle. Sainte Hélène aurait ensuite transféré leurs corps à Constantinople, d’où ils auraient été transportés à Milan. Dans cette ville trois corps furent trouvés intacts dans un monastère au 12e siècle et l’on y vit les corps des Mages. L’archevêque de Cologne fit venir solennellement ces reliques dans sa cathédrale où elles sont encore vénérées.

Dès ce moment, on leur attribue des guérisons miraculeuses, d’épileptiques en particulier. Un savant prétend écrire leur histoire… et ils n’ont cessé de hanter l’imaginaire, y compris d’explorateurs comme Christophe Colomb qui, en cherchant les Indes, avait à l’esprit d’aller sur les traces des Mages.

Le quatrième roi

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Au vingtième siècle, apparaît la figure d’un quatrième roi, étrangement proche de Jésus dans ses attitudes et ses actes. Ainsi une oeuvre de l’allemand Edgar Schaper qui puise lui-même dans une légende plus ancienne, glorifie un roitelet qui ayant vu l’étoile au fond de la Russie, se charge de trésors de son pays, les distribue en cours de route, veut soulager toutes les misères qu’il rencontre, s’offre finalement pour remplacer le fils d’une veuve comme forçat sur une galère, et n’arrive à Jérusalem que pour se trouver au pied de la croix et, là, mourir de bonheur.

En 1980, l’écrivain Michel Tournier publie un roman sur un thème semblable. Il fait de Gaspard un jeune roi africain qui cherche le véritable amour après avoir connu la déception, de Balthazar un vieux Chaldéen amoureux d’art et en quête de l’image parfaite, et de Melchior un tout jeune souverain dépossédé de son trône et perplexe quant au pouvoir. Tous trouvent une réponse en Jésus. Le quatrième roi est Taor, venu de l’Inde lointaine. Lui aussi perd tout et arrive trop tard pour voir l’enfant. Lui aussi prend la place d’un condamné, mais dans une mine de sel de la Mer Morte, et n’en sort que trente ans plus tard. Reprenant sa quête avec les forces qui lui restent, ce chercheur de nourriture idéale trouve les dernières miettes et la dernière goutte de vin de la Cène avant de rendre l’âme. Le perpétuel retardataire, venait de recevoir l’Eucharistie le premier ! Où l’on voit que l’imagination peut servir la théologie quand elle joue avec les symboles.

SBEV. Madeleine Le Saux

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 La visite des Mages. L’or, l’encens et la myrrhe

 

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Dans l’Évangile de Matthieu, les mages rendent hommage au nouveau-né et déposent de grandes richesses à ses pieds…

 Dans l’Évangile de Matthieu, les mages viennent de très loin pour rendre hommage au nouveau-né et déposer de grandes richesses à ses pieds :  « ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe » (Mt 2,11).

Pourquoi l’Évangile de Matthieu fait-il allusions à ces trois présents ? On peut penser, tout d’abord, que les mages offrent des présents à Jésus tout simplement parce que c’est la coutume des Orientaux lorsqu’il veulent rendre hommage à un grand personnage. Rien, dans les propos de Matthieu, ne permet d’affirmer que les mages aient attaché une autre importance à leurs présents.

Une évocation de la vraie nature de Jésus

Les Père de l’Église, en revanche, y verront un symbolisme très fort. L’or, métal précieux par excellence, était synonyme de beauté, de richesse et de gloire : en Jésus, il honore le roi. L’encens, en raison de sa fumée qui s’élève vers le ciel et se répand partout, était synonyme de prière et d’adoration : il manifeste la divinité de Jésus. Baume précieux produit à partir d’une résine rouge importée d’Arabie, la myrrhe était utilisée pour les parfums des noces et des ensevelissements. Mélangée à du vin, elle en augmentait la vertu euphorisante et, selon une coutume juive, ce breuvage était parfois proposé aux suppliciés pour atténuer leurs souffrances, ce qui, d’après l’Évangile de Marc, sera justement le cas de Jésus (Mc 15,23). Aussi ce parfum évoquait-il, l’humanité de Jésus destinée à la mort et à la sépulture.

Ces précieux cadeaux, pour les Pères de l’Église en tout cas, disaient donc la grandeur encore cachée de cet enfant nouveau-né. Ils étaient comme le miroir de sa vraie nature et disaient, en quelque sorte, sa véritable identité de Fils de Dieu.

Les présents et l’Ancien Testament

Cependant, les cadeaux apportés par les mages à Jésus peuvent aussi s’expliquer par référence à l’Ancien Testament. On trouve en effet, dans le livre d’Isaïe, l’oracle suivant : « Mets-toi debout… car elle arrive, ta lumière:… Les nations vont marcher vers ta lumière et les rois vers la clarté de ton lever…. Tous les gens de Saba viendront, ils apporteront de l’or et de l’encens, et se feront les messagers des louanges du Seigneur » (Is 60,1…6). Matthieu ne reprend pas textuellement cette citation, mais il procède souvent, par allusion, et ici, dans ce contexte, l’allusion est claire : Jésus est bien ce nouveau Messie attendu depuis si longtemps ! Dans cette perspective, comme le rappelle également l’allusion implicite à Isaïe, l’offrande de ces parfums, notamment l’encens et la myrrhe, reflétait les offrandes de toutes les nations à ce « roi » nouveau-né.

© SBEV. Dominique Morin

 

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La visite des Mages : un  astre à l’Orient

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La visite des mages fait partie de ces épisodes évangéliques sur lesquels l’imaginaire chrétien s’est enflammé...

 La visite des mages fait partie de ces épisodes évangéliques sur lesquels l’imaginaire chrétien s’est enflammé. Il est vrai que le récit de Matthieu s’y prête : des mages orientaux guidés par un astre mystérieux, un roi cruel face à un enfant sans défense… Le récit a des allures de conte. Mais il vaut moins par les rêves qu’il alimente que par la foi qu’il renouvelle. Lecture.

L’histoire qui nous occupe commence avec l’arrivée des mages et se conclut par leur retour. On sait qu’elle a une suite dramatique, le «massacre des innocents», mais il est impossible de l’étudier ici.

Une enquête

Ce qui forme l’unité des v. 1 à 12, c’est d’abord le voyage des mages. Un voyage en forme d’enquête qui passe par Jérusalem (v.1-8) pour aboutir à une maison de Bethléem (v.9-12). Deux endroits reliés par la même intrigue. A Jérusalem, les mages cherchent le «roi des Juifs qui vient de naître» ; ils rencontrent bien un roi, mais ce n’est pas le bon puisqu’il s’agit d’Hérode ! A Bethléem, orientés conjointement par les Écritures et par l’astre, ils s’inclinent enfin devant «l’enfant avec Marie sa mère». La question posée à Jérusalem trouve sa réponse à Bethléem.

Entre temps, Matthieu a joué d’une sorte de suspense. Le lecteur sait où est né Jésus. Il sait aussi – grâce au chapitre 1 – qu’il est de la lignée royale de David. L’intérêt de la lecture est alors d’observer comment les mages, qui ignorent tout cela et qui semblent s’égarer près du but, vont trouver le vrai roi. Or, en chemin, ils vont être aidés par Hérode (eh oui !), les Écritures… et l’astre

— Hérode. Curieux personnage ! Son titre royal est affirmé aux v. 2 et 3. D’où le trouble qui s’empare de lui et de la ville entière devant la question : «Où est le roi des Juifs ?» Il ne met en doute ni la demande des mages ni l’existence de l’astre apparu dans le ciel. Au contraire, il engage immédiatement une recherche ; en traduisant «roi des juifs» par «Messie», il montre d’ailleurs qu’il a compris, mieux que les mages, de qui il s’agissait. Ses consignes finales installent cependant comme un malaise : celui qui règne à Jérusalem irait s’incliner devant le Messie de Bethléem ? Alors pourquoi une entrevue secrète ? Certes Hérode se conduit en maître : il s’agite, commande, trame on ne sait quoi. Mais ce pouvoir paraît au fond bien fragile. Sa royauté, il ne la tient ni des Écritures, ni des astres. Suprême ironie : c’est grâce à lui que les mages vont connaître les Écritures et reprendre la route.

— Les Écritures. Les grands-prêtres et les scribes y trouvent un passage prophétique. Hérode ne discute pas. Pour lui, comme pour les anciens rois d’Israël, ce que dit un prophète est Parole de Dieu. Il donne donc l’information aux mages et ceux-ci repartent dans la bonne direction. Retenons bien ceci : sans les Écritures, les mages ne pouvaient repartir. Au sens fort, elles donnent à leur chemin une orientation décisive. Confirmée par l’astre.

— L’astre. Si les Écritures suffisaient, Hérode n’aurait pas eu besoin des mages comme éclaireurs. L’astre est nécessaire. Mais curieusement il n’est utile que pour ceux qui ont déjà su le voir et en apprécier la valeur (cf. v. 2 et 9). Quand Hérode interroge à son sujet, nous en déduisons que lui-même ne l’a pas vu. Mener les voyageurs à l’enfant de Bethléem est une action conjointe et des Écritures et du signe céleste.

Au terme de l’enquête, le signe céleste laisse place à «l’enfant avec Marie sa mère». Ceux-ci remplissent tout le regard des mages qui peuvent alors se prosterner et offrir ce qu’ils ont de plus beau.

Au terme de l’enquête, des païens, partis sur un signe ambigu, ont su trouver Dieu, au contraire des héritiers de l’histoire de l’Alliance, rois, prêtres et scribes d’Israël – qui avaient pourtant tous les éléments en main.

Et l’intérêt du récit rebondit. Il ne s’agit pas seulement d’une merveilleuse histoire à suspense. Il s’agit d’un interrogation : nous, lecteurs chrétiens, qui sommes à la croisée du monde païen et de l’héritage juif, sommes-nous capables de suivre les mages sur les chemins de la foi ?

Un astre à son lever

Partons du contraste entre ce qui se passe à Jérusalem dans la première partie du récit (v. 1-8) et ce qui se passe à Bethléem dans la deuxième partie (v.9-12). 

À Jérusalem, Hérode et toute la ville étaient «troublés» par la demande des mages ; à Bethléem, ceux-ci éprouvent «une très grande joie» devant l’astre qui les guide. A Jérusalem, le roi Hérode ne cessait de s’agiter et de parler ; à Bethléem, l’enfant ne fait rien d’autre que recevoir l’hommage des païens. D’un côté le tumulte et l’inquiétu­de, de l’autre la joie et le silence.

Dès que l’astre s’arrête, le temps est comme suspendu. Qu’est-ce que Matthieu décrit ? La vue de l’astre qui comble de joie, puis la vue de l’enfant et de sa mère qui appelle un hommage.

Et si Matthieu proposait un itinéraire à son lecteur ? Prendre la route avec les mages, quitter le tumulte de Jérusalem pour la joie de Bethléem. Quitter Hérode pour le Messie. Et s’arrêter le temps qu’il faudra.

Être croyant, ce n’est pas seulement savoir des choses sur Dieu. Les scribes et les grands prêtres savaient ce qu’il en était des rapports entre le Messie et Bethléem. Ils n’ont pas reconnu Jésus pour autant. Ils le rejetteront et le crucifieront. Dès le début de l’Évangile, le lecteur, lui, sait qui est Jésus, sa double origine, à la fois divine et royale. Il connaît le lieu de sa naissance. Mais que faire de ce savoir ? L’histoire des mages devient alors exemplaire.

À la fin de la rencontre avec Hérode, les mages en savent autant que le lecteur. Redisons-le : pour la foi, la connaissance des Écritures est une réalité incontournable. Le détour par Jérusalem était nécessaire pour que les mages païens entendent les mots du Livre de l’Alliance, même prononcés par des scribes insensibles, même murmu­rés par un Hérode hypocrite. Qu’ils n’aient pas tout compris importe moins que l’orienta­tion donnée alors à leur itinéraire.

Néanmoins, les Écritures seules ne suffisent pas. Il leur fallait retrouver ce qui les avait mis en route, «l’astre vu à l’Orient» – ou bien, selon une autre traduction possible, «l’astre à son lever». Or en lui-même un astre est ambigu. Que ne fait-on pas dire au soleil, à la lune et aux étoiles ! Matthieu est clair : dès qu’il a montré l’enfant, le signe céleste devient inutile et il n’en parle plus. Le seul astre qui reste, celui qui guide, qui précède et réjouit les hommes, c’est désormais l’enfant de Bethléem, «Emmanuel», Dieu-avec-nous.

Par un chemin où ne manquent ni les ambiguïtés, ni les errements, ni l’ignorance, les mages nous conduisent vers le seul vrai roi de l’univers.

Par un chemin où se vérifie la qualité de notre foi, Matthieu nous conduit vers celui qui a promis qu’il serait toujours avec nous (Mt 28,20) et qui, au coeur du quotidien, s’identifie avec les plus démunis (Mt 25,31s).

La violence toujours menace, celle des puissants, celle des savants. Mais, astre des astres, c’est lui Jésus qui désormais nous guide et nous réconforte. Il nous ouvre les Écritures et nous fait entendre la voix du Dieu de l’Alliance. Par lui, les Écritures nous procurent de la joie. C’est lui que nous retrouvons dans le visage de tout homme pauvre, étranger, nu, malade ou prisonnier… Qu’avons-nous à lui offrir ?

Jusqu’à la fin du monde, il est l’astre né à l’Orient.

 

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