BIBLE, EVANGILE SELON SAINT JEAN, JEAN (1er siècle ; apôtre), LIVRE DE L'APOCALYPSE, NOUVEAU TESTAMENT, SAINT JEAN "L'APÔTRE QUE JESUS AIMAIT"

Saint Jean « l’apôtre que Jésus aimait »

Qui est Saint Jean l’Evangéliste ?

after-barbieri-giovanni-france-saint-jean-l-evangeliste-1891358

 

La personne :

Son père s’appelle Zébédée. Sa mère est Marie Salomé et il a pour frère un autre apôtre : Jacques le Majeur.

On l’appelle Jean l’Apôtre ou Jean l’Évangéliste ou Jean le Théologien pour le distinguer de Jean le Baptiste, précurseur et prophète de Jésus.

Comme André, il était disciple de Jean le Baptiste jusqu’au moment où celui-ci leur désigna Jésus par ces termes : « Voici l’agneau de Dieu ». Quittant Jean le Baptiste, après le Baptême et la venue de l’Esprit Saint sous la forme d’une colombe, et lorsque Jésus vint vers lui, il abandonna tout sur-le-champ, pour le suivre avec son frère Jacques.

Souvent appelé « le bien-aimé du Seigneur », ou celui que Jésus aimait, Jean est considéré comme l’apôtre préféré du Christ. De nombreuses représentations de la Cène nous le montrent au côté de Jésus. En effet dans l’évangile que l’on attribue à Saint Jean, il rapporte avec beaucoup de précisions les paroles prononcées par Jésus au cours de la Cène (Discours de la Cène, chapitres 14 à 17), et en particulier l’envoi de l’Esprit Saint ou Paraclet par le Père.

Jean fut l’un des trois apôtres (avec Pierre et Jacques) à monter sur la montagne du Thabor, pour assister à la Transfiguration, où ils ont contemplé la divinité du Verbe resplendissante dans le corps de Jésus, lorsque le Père disait: « Celui-ci est mon fils bien-aimé, en qui j’ai mis toute ma complaisance : écoutez-le » .

Lorsque Jésus fut arrêté par les soldats romains, il le suivit jusque dans la cour du Grand-Prêtre, et assista à la crucifixion et à son agonie à Gethsémani. Des écrits plus tardifs nous disent aussi que le Christ en croix, avant de rendre l’âme, donne pour mission à Jean de veiller sur sa mère, la Vierge Marie. Il l’accueillit chez lui et fut le dernier à rester à Jérusalem pour la servir.

Après la Résurrection, il semble que Jean soit allé en Samarie prêcher avec Pierre. Fuyant les persécutions des Romains, il quitta la Palestine, et se réfugie à Éphèse ou il réalise des miracles et baptise de nombreuses personnes.

L’empereur Domitien l’envoie en exil sur l’île de Patmos, où il aurait écrit l’Apocalypse.

Après la mort de Domitien en l’an 96, l’empereur Nerva permit à Jean de revenir à Éphèse, au grand regret des habitants de Patmos qu’il avait convertis en très grand nombre.

Puis la tradition le fait vivre pendant de longues années à Éphèse, ville où il compose ses trois Épîtres et le quatrième Évangile ou Évangile selon Jean (dont la plus ancienne trace est le Papyrus P52), en l’an 97.

Il serait mort à Éphèse en l’an 101, à l’âge de 98 ans. Il serait enterré à Selçuk, près d’Éphèse, où il existait une basilique Saint-Jean aujourd’hui en ruine.

 

L’Evangile selon Saint Jean

Les trois premiers évangiles dits synoptiques présentent énormément de points communs et pourraient être disposés en parallèle. L’évangile de Jean rédigé plus tardivement (fin du Ier siècle ??). Dans notre tradition, Saint Jean est l’auteur même de cet Evangile.

Quelques éléments :

Ni le nom de l’auteur, ni celui de l’apôtre Jean, un des principaux disciples dans les évangiles synoptiques et dans les actes des apôtres, n’apparaissent dans l’évangile selon Jean.
Techniquement, l’évangile de Jean ne contient pas de paraboles et mentionne bien moins d’évènements de la vie de Jésus, ce qui le place en complément par rapport aux Evangiles de Luc et Marc entre autres.

Plan :

1,1-18 : Prologue

1,19 – 12,50 : Le “livre des Signes”

-** 1,19 – 2,11 : Début de la révélation de Jésus à ses disciples
-** 2,12 – 4 : Du premier au second miracle de Cana (Noces de Cana, eau changée en vin ; purification du Temple de Jérusalem ; Nicodème ; la Samaritaine ; guérison du fils d’un fonctionnaire)
-** 5 – 10 : Remplacement des jeûnes de l’Ancien Testament -*** 5 : Jésus renouvelle le commandement du repos du sabbat
-*** 6 : Jésus remplace la manne de l’Exode par le Pain de Vie
-*** 7 – 10,21 : la source d’Eau vive et la Lumière du monde remplacent les cérémonies (eau et lumière) de la fête des Tabernacles
-*** 10,22-42 : Jésus est consacré à la place de l’autel du Temple de Jérusalem
-*** 11 – 12 : Résurrection de Lazare et fin du ministère public de Jésus (condamnation à mort par le Sanhédrin ; onction à Béthanie ; entrée à Jérusalem)

13 – 20 : Le “livre de la Gloire”

-** 13 – 17 : Dernière Cène et dernier discours de Jésus
-*** 13 : Repas, lavement des pieds, trahison de Judas, début du discours (commandement de l’amour ; trahison de Pierre)
-*** 14-17 : Dernier discours de Jésus
-**** 14 : départ de Jésus, demeure divine, envoi du “Défenseur” (Paraclet)
-**** 15-16 : vigne et sarments, haine du monde, témoignage du Paraclet
-**** 17 : prière sacerdotale
-*** 18 – 19 : Passion et mort (arrestation, interrogatoire devant le grand prêtre et reniement de Pierre, procès devant Pilate, crucifixion et mort, sépulture)
-*** 20,1-29 : Résurrection (deux scènes au tombeau, deux au Cénacle)

20,30-31 : Conclusion de l’évangile

21 : Épilogue (apparitions de Jésus ressuscité en Galilée ; seconde conclusion)

 

LE LIVRE DE L’APOCALYPSE

 Qu’est-ce que ce livre nous dit ?

L’Apocalypse est un livre de réconfort et d’espérance pour les croyants. Il permet de tenir bon dans les moments d’épreuves en faisant confiance à Jésus-Christ. Il dépeint Jésus sous un jour différent que l’on trouve dans les autres textes du Nouveau Testament : Jésus a vaincu le mal en triomphant de la mort, il le vaincra de façon définitive lors de la venue de la nouvelle Jérusalem. L’Apocalypse a été une source pour beaucoup d’auteurs et d’artistes et aussi pour le cinéma.

Avec son langage codé, il a été une grille de décodage pour les œuvres artistiques, littéraires ou des œuvres liées au spectacle.

Qui est l’auteur de l’Apocalypse ?

Cette révélation a été écrite par un certain Jean (que l’on assimile à l’Evangéliste Jean) et qui a lui-même souffert pour sa foi. Il écrit de l’Île de Patmos (Turquie actuelle) sans doute à la fin du Ier siècle.

 Qui sont les sept Eglises ?

Pergame

Smyrne

Ephèse

Thyatire

Sardes

Philadelphie

Laodicée

 Comment lire ce livre au contenu mystérieux ?

A la fin du Ier siècle de notre ère les temps sont difficiles pur les chrétiens. L’Empire romain, sous l’empereur Dioclétien, persécutent les chrétiens qui souffrent et se désespèrent : quand Jésus viendra-t-il établir son règne de justice et de paix ?

Au cours d’une vision Jean reçoit un message d’espérance et de consolation pour les sept églises d’Asie : il faut rester ferme dans la foi car l’ »Agneau de Dieu » a déjà vaincu Satan par sa résurrection. Si le diable peut encore agir, Dieu manifestera sa puissance en détruisant les forces du mal lors du Jugement. Les Eglises sont appelées à ne pas renier leur foi, à rester ferme dans la prière, à ne pas céder à la séduction des idoles. Souffrant aujourd’hui à cause du Christ, demain elles règneront avec Lui car le jour est proche.

Quel est le genre de l’Apocalypse ?

Le mot « Apocalypse » ne signifie ni la fin des temps, n’annonce aucune catastrophe ; il est « révélation » : révélation de la victoire de Dieu sur toutes les puissances infernales. Dans une période de crise, ce livre est appelé à redonner confiance aux chrétiens en leur promettant un avenir meilleur. Le vocabulaire utilisé peut paraître obscur lorsque que l’on méconnaît le genre de l’Ancien Testament et la littérature juive de l’époque au temps des premières communautés chrétiennes.

Le plan de l’Apocalypse

  1. 1-8 : Introduction et salutations
  2. 1, 9-3.32 : Première vision et lettres au sept Eglises
  3. 4-5 : Visions du Trône de Dieu et de la gloire de l’Agneau.
  4. 6-11 : Visions des sept sceaux jusqu’aux sept trompettes
  5. 12 : Vision de la femme, de l’enfant et du dragon.
  6. 13-18 : Visions concernant le jugement final.
  7. 19-20 : Vision du triomphe du Christ.
  8. 21-22 : Visions de la nouvelle création.

 

 ************************************************************************************

  

SAINT JEAN, APÔTRE ET ÉVANGÉLISTE

D’APRES L’ŒUVRE DE JACQUES DE VOROGINE

 

93

Jean veut dire grâce de Dieu, ou en qui est la grâce, ou auquel la grâce a été donnée, ou auquel un don a été fait de la part de Dieu. De là quatre privilèges de saint Jean. Le premier fut l’amitié particulière de J.-C. En effet, le Sauveur aima saint Jean plus que les autres apôtres et lui donna de plus grandes marques d’affection et de familiarité. Il veut donc dire grâce. de Dieu parce qu’il fut gracieux à Dieu. Il paraît même qu’il a été aimé plus que Pierre. Mais il y a amour de cœur  et démonstration de cet amour. On trouve deux sortes de démonstrations d’amour : l’une qui consiste dans la démonstration de la familiarité, et l’autre dans les bienfaits accordés. Il aima Jean et Pierre également. Mais quant à l’amour de démonstration, il aima mieux saint Jean, et quant aux bienfaits donnés, il préféra Pierre. Le second privilège est la parole de la chair; en effet, saint Jean a été choisi vierge par le Seigneur ; alors en lui est la grâce, c’est-à-dire la grâce de la pureté virginale, puisqu’il voulait se marier quand J.-C. l’appela *. Le troisième privilège, c’est la révélation des mystères: en effet, il lui a été donné de connaître beaucoup de mystères, par exemple, ce qui concerne la divinité du Verbe et la fin du monde. Le quatrième privilège,, c’est d’avoir été chargé du soin de la mère de Dieu : alors on, peut dire qu’il a reçu un don de Dieu. Et c’était le plus grand présent que le Seigneur put faire que de lui, confier le soin de sa mère. Sa vie a été écrite par Miletus **, évêque de Laodicée, et abrégée par Isidore dans son livre De la naissance, de la vie et de la mort des Saints Pères.

* C’est l’opinion de Bède, Sermon des Jean; — de Rupert, — Sur Saint Jean, ch. I; — de saint Thomas d’Aquin, t. II, p. 186; — de sainte Gertrude en ses Révélations, liv. IV, c. IV.

** Le livre de Miletus a été publié en dernier lieu à Leipsig, par Heine, 1848. Il est reproduit ici en majeure partie.

94  

Jean, apôtre et évangéliste, le bien-aimé du Seigneur, avait été élu alors qu’il était encore vierge. Après la Pentecôte, et quand les apôtres se furent séparés, il partit pour l’Asie, où il fonda un grand nombre d’églises. L’empereur Domitien, qui entendit parler de lui, le fit venir et jeter dans une cuve d’huile bouillante, à la porte Latine. Il en sortit sain et entier, parce qu’il avait vécu affranchi de la corruption de la chair *. L’empereur ayant su que Jean n’en continuait pas moins à prêcher, le relégua en exil dans l’île inhabitée de Pathmos et où le saint écrivit l’Apocalypse. Cette année-là, l’empereur fut tué en haine de sa grande cruauté et tous ses actes furent annulés par le sénat; en sorte que saint Jean, qui avait été bien injustement déporté dans cette île, revint à Ephèse, où il fut reçu avec grand honneur par tous les fidèles qui se pressèrent au-devant de lui en disant : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. » Il entrait dans la ville, comme on portait en terre Drusiane qui l’aimait beaucoup et qui aspirait ardemment son arrivée. Les parents, les veuves et les orphelins lui dirent: « Saint Jean, c’est Drusiane que nous allons inhumer; toujours elle souscrivait à vos avis, et nous nourrissait tous ; elle souhaitait vivement votre arrivée, en disant « O si j’avais le bonheur de voir l’apôtre de Dieu avant « de mourir! » Voici que vous arrivez et elle n’a pu  vous voir. » Alors Jean ordonna de déposer le brancard et de délier le cadavre: « Drusiane, dit-il, que mon Seigneur J.-C. te ressuscite, lève-toi, va dans ta maison et me prépare de la nourriture ».

* Tertullien, Prescriptions, ch. XXXVI; — Saint Jérôme, Sur Saint Jean, liv. I, c. XIV.

95

Elle se leva aussitôt, et s’empressa d’exécuter l’ordre de l’apôtre, tellement qu’il. lui semblait qu’il l’avait réveillée et non pas ressuscitée.

Le lendemain, Craton le philosophe convoqua le peuple sur la place, pour lui apprendre comment on devait mépriser ce monde. Il avait fait acheter à deux frères très riches, du produit de leur patrimoine, des pierres précieuses qu’il fit briser en présence de l’assemblée. L’apôtre vint à passer par là et appelant le philosophe auprès de lui, il condamna cette manière de mépriser le monde par trois raisons : 1° il est loué par les hommes, mais il est réprouvé par le jugement de Dieu; 2° ce mépris ne guérit pas le vice ; il est donc inutile, comme est inutile le médicament qui ne guérit point le malade ; 3° ce mépris est méritoire pour celui qui donne ses biens aux pauvres. Comme le Seigneur dit au jeune homme: «Allez vendre tout ce que vous avez et le donnez aux pauvres. » Craton lui dit: « Si vraiment ton Dieu est le maître, et qu’il veuille que le prix de ces pierreries soit donné aux pauvres, fais qu’elles redeviennent entières, afin que, de ta part, cette œuvre  tourne à sa gloire, comme j’ai agi pour obtenir de la renommée auprès des hommes, » Alors saint Jean, rassemblant dans sa main les fragments de ces pierres, fit une prière, et elles redevinrent entières comme devant. Aussitôt le philosophe ainsi que les deux jeunes gens crurent, et vendirent les pierreries, dont ils distribuèrent le prix aux pauvres.

Deux, autres jeunes tiens d’une famille honorable (96) imitèrent l’exemple des précédents, vendirent tout ce qu’ils avaient, et après l’avoir donné aux pauvres, ils suivirent l’apôtre. Mais un jour qu’ils voyaient leurs serviteurs revêtus de riches et brillants vêtements, tandis qu’il ne leur restait qu’un seul habit, ils furent pris de tristesse. Saint Jean, qui s’en aperçut à leur physionomie, envoya chercher sur le bord de la mer des bâtons et des cailloux qu’il changea en or et en pierres fines. Par l’ordre de l’apôtre, ils les montrèrent pendant sept jours à tous les orfèvres et à tous les lapidaires ; à leur retour ils racontèrent que ceux-ci n’avaient jamais vu d’or plus pur ni des, pierreries si précieuses ; et il leur élit : « Allez racheter vos terres que vous avez vendues, parce que vous avez perdu les richesses du ciel; brillez comme des fleurs afin de vous faner comme elles; soyez riches dans le temps pour que vous soyez mendiants dans l’éternité. » Alors l’apôtre parla plus souvent encore contre les richesses, et montra que pour six raisons, nous devions être préservés de l’appétit immodéré de la fortune. La première tirée de l’Ecriture, dans le récit du riche en sa table que Dieu réprouva, et du pauvre Lazare que Dieu élut; la seconde puisée dans la nature, qui nous fait venir pauvres et nus, et mourir sans richesses; la troisième prise de la créature : le soleil, la lune, les astres, la pluie, l’air étant communs à tous et partagés entre tous sans préférence, tous les biens devraient donc être en commun chez les hommes ; la quatrième, est la fortune. Il dit alors que le riche devient l’esclave de l’argent et du diable ; de l’argent, parce qu’il ne possède pas les richesses, mais que ce sont elles qui le possèdent; du (97) diable, parce que, d’après l’évangile, celui qui aime l’argent est l’esclave de Mammon. La cinquième est l’inquiétude : ceux qui possèdent ont jour et nuit des soucis, soit pour acquérir, soit pour conserver. La sixième, ce sont les risques et périls auxquels sont exposées les richesses ; d’où résultent deux sortes de maux: ici-bas, l’orgueil ; dans l’éternité, la damnation éternelle : perte de deux sortes de biens : ceux de la grâce, dans la vie présente ceux de la gloire éternelle, dans la vie future. Au milieu de cette discussion contre les richesses, voici, qu’on portait en terre un jeune homme mort trente jours après son mariage. Sa mère, sa veuve et les autres qui le pleuraient, vinrent se jeter aux pieds de l’apôtre et le prier de le ressusciter comme Drusiane au nom du Seigneur. Après avoir pleuré beaucoup et avoir prié, Jean ressuscitas l’instant le jeune homme auquel il ordonna de raconter à ces deux disciples quel châtiment ils avaient encouru et quelle gloire ils avaient perdue. Celui-ci raconta alors bien des faits, qu’il, avait vus sur la gloire du paradis, et sur les peines de l’enfer. Et il ajouta : « Malheureux que vous êtes, j’ai vu vos anges dans les pleurs et les démons dans la joie; puis il leur dit, qu’ils’ avaient perdu les palais éternels construits des pierreries brillantes, resplendissant d’une clarté merveilleuse, remplis de banquets copieux, pleins de délices, et d’une joie, d’une gloire interminables. Il raconta huit peines de l’enfer qui sont renfermées dans ces deux vers :

Vers et ténèbres, tourment, froid et feu,

Présence du démon, foule de criminels, pleurs.

Alors celui qui avait été ressuscité; se joignit aux deux (98) disciples qui se prosternèrent aux pieds de l’apôtre et le conjurèrent de leur faire miséricorde. L’apôtre leur dit : « Faites pénitence trente jours, pendant lesquels. Priez que ces bâtons et ces pierres reviennent dans leur état naturel. » Quand ils eurent exécuté cet ordre, il leur dit : « Allez porter ces bâtons et ces pierres où vous les avez pris. »

Ils le firent ; les bâtons et les pierres redevinrent alors ce qu’ils étaient, et les jeunes gens recouvrèrent la grâce de toutes les vertus, qu’ils avaient possédées auparavant.

Après que Jean eut prêché par toute l’Asie, les adorateurs de Jules excitèrent une sédition parmi le peuple et traînèrent le saint à un temple de Diane pour le forcer à sacrifier. Jean leur proposa cette alternative ou qu’en invoquant Diane, ils fissent crouler l’église de J.-C., et qu’alors il sacrifierait aux idoles ; ou qu’après avoir lui-même invoqué J.-C., il renverserait le temple de Diane et alors eux-mêmes crussent en J.-C. La majorité accueillit la proposition tous sortirent du temple ; l’apôtre fit sa prière, le temple: croula jusque dans ses fondations et l’image de Diane fut réduite en pièces. Mais le pontife des idoles, Aristodème, excita une affreuse sédition dans le peuple ; une partie se préparait à se ruer contre l’autre. L’apôtre lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour te fléchir? » «  Si tu veux, répondit Aristodème, que je croie en ton Dieu, je te donnerai du poison à boire, et si tu n’en ressens pas les atteintes, ton Seigneur sera évidemment le vrai Dieu. » L’apôtre reprit : « Fais ce que tu voudras. » « Je veux, dit Aristodème, que tu (99) en voies mourir d’autres auparavant afin que ta crainte augmente. » Aristodème alla demander au proconsul deux condamnés à mort, auxquels, en présence de tous, il donna du poison. A peine l’eurent-ils pris qu’ils rendirent l’âme. Alors l’apôtre prit la coupe et se fortifiant du signe de la croix, il avala tout le poison sans éprouver aucun mal, ce qui porta tous les assistants à louer Dieu. Aristodème dit encore : « Il me reste un doute, mais si tu ressuscites ceux qui sont morts du poison, je croirai indubitablement. » Alors l’apôtre lui donna sa tunique. « Pourquoi, lui dit-il,  m’as-tu donné ta tunique? » « C’est, lui répondit saint Jean, afin que tu sois tellement confus que tu brises avec ton infidélité. » « Est-ce que ta tunique me fera croire? » dit Aristodème. « Va, dit l’apôtre, la mettre sur les corps de ceux qui sont morts et dis : «L’apôtre de J.-C. m’a envoyé vers vous polir vous ressusciter « au nom de J.-C. » Il l’eut à peine fait que sur-le-champ ils ressuscitèrent. Alors l’apôtre baptisa au nom de J.-C. le pontife et le proconsul qui crurent, eux et toute leur famille; ils élevèrent ensuite une église en l’honneur de saint Jean.

Saint Clément d’Alexandrie rapporte, dans le  IVe livre de l’Histoire ecclésiastique *, que l’apôtre convertit un jeune homme beau, mais fier, et le confia à un évêque à titre de dépôt. Peu de temps après, le jeune homme abandonne l’évêque et se met à la-tête d’une bande de voleurs. Or quand l’apôtre revint, il réclama son dépôt à l’évêque.

 

* Clément d’Alexandrie, Quis dives, ch. XLII; — Eusèbe, l. III, ch. XXIII; — Saint Chrysostome, ad Theodos lapsum, liv. I, ch. II.

100     

Celui-ci croit qu’il est question d’argent et reste assez étonné. L’apôtre lui dit : « C’est ce jeune homme que je vous réclame; c’est celui que je vous avais recommandé d’une manière si pressante. » « Père saint, répondit l’évêque, il est mort quant à l’âme et il reste sur une telle montagne avec des larrons dont il est lui-même le chef. »

En entendant ces paroles, saint Jean déchiré ses vêtements, se frappe la tête avec les poings. « J’ai trouvé là un bon gardien de l’âme d’un frère, ajouta-t-il ! » Il se fait aussitôt préparer un cheval et court avec intrépidité vers la montagne. Le jeune homme, l’ayant reconnu, fut couvert de honte et s’enfuit aussitôt sur son cheval. L’apôtre oublie son âge, pique son coursier de ses éperons- et crie après le fuyard : « Bien-aimé fils, qu’as-tu à fuir devant un père et un vieillard sans défense? Ne crains pas, mon fils ; je rendrai compte de toi à J.-C., et bien certainement je mourrai volontiers pour toi. comme  J.-C. est mort pour nous. Reviens, mon fils, reviens; c’est le Seigneur qui  m’envoie. » En entendant cela, le brigand fut tout contrit, revint et pleura à chaudes larmes. L’apôtre se jeta à ses pieds et se mit à embrasser sa main comme si elle eût déjà été purifiée par la pénitence : il jeûna et pria pour lui, obtint sa grâce et par la suite il l’ordonna évêque. On lit encore dans l’Histoire ecclésiastique * et dans la glose sur la seconde épître canonique de saint Jean, que ce saint étant entré à Ephèse pour y prendre un bain, il y vit Cérinthe l’hérétique et qu’il se retira en disant : « Fuyons d’ici, de peur que l’établissement ne croule sur nous ; Cérinthe, l’ennemi de la vérité s’y baigne ».

*Eusèbe, liv. IV, ch. XIV; — Saint Irénée, Advers. Haeres, liv. III, ch. III ; — Théodor., liv. II.

101

Cassien*, au    livre de ses conférences, raconte qu’un homme apporta une perdrix vivante à saint. Jean. Le saint la caressait et la flattait pour l’apprivoiser. Un enfant témoin de cela dit en riant à ses camarades : « Voyez  comme ce vieillard joue avec un petit oiseau comme ferait un enfant. » Saint Jean devina ce qui se passait, appela l’enfant qui lui dit «’est donc vous qui êtes Jean qui faites cela et qu’on dit si saint?» Jean lui demanda ce qu’il tenait à la main. Il lui, répondit qu’il avait un arc. « Et qu’en fais-tu ? » « C’est pour tuer des oiseaux et des bêtes, lui dit l’enfant. » « Comment ? lui dit l’apôtre. » Alors l’enfant banda son arc et le tint ainsi à la main. Comme l’apôtre ne lui disait rien, le jeune homme débanda son arc. « Pourquoi donc, mon fils, lui dit Jean, as-tu débandé ton arc? » « C’est, répondit-il; que si je le tenais plus longtemps tendu, il deviendrait trop mou pour lancer les flèches.» Alors l’apôtre dit : « Il en est de même de l’infirmité humaine, elle s’affaiblirait dans la contemplation, si en restant toujours fermement occupée, sa fragilité ne prenait pas quelques instants de relâche. Vois l’aigle; il vole plus haut que tous les oiseaux; il regarde fixement le soleil, et cependant, par la nécessité de sa nature, il descend sur la terre. Ainsi l’esprit de l’homme, qui se relâche un peu de la contemplation, se porte avec plus d’ardeur sur les choses célestes, en renouvelant souvent ses essais ».

* XXIVe conférence, ch. XXI.

102     

 Saint Jérôme * assure que saint Jean vécut à Ephèse jusqu’à une extrême vieillesse; c’était avec, difficulté que ses disciples le portaient à bras à l’église; il ne pouvait dire que quelques mots, et à chaque pause il répétait : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres. » Enfin étonnés de ce qu’il disait toujours la même chose, les frères qui étaient avec lui, lui demandèrent : « Maître, pourquoi répétez-vous toujours les mêmes paroles ? » Il leur répondit : que c’était le commandement du Seigneur; et que si on l’observait, cela suffisait. Hélinaud rapporte ** aussi que quand saint Jean l’évangéliste entreprit d’écrire son évangile, il indiqua un jeûne par avance, afin de demander dans la prière d’écrire que son livre soit digne du sujet. Il se retira, dit-on, dans un lieu solitaire pour écrire la parole de Dieu, et qu’il pria que tandis qu’il vaquerait à ce travail, il ne fût gêné ni par la pluie ni par le vent. Les éléments, dit-on, respectent encore aujourd’hui, en ce lieu, les prières de l’apôtre. A l’âge de quatre-vingt-dix-huit ans et l’an soixante-sept, selon Isidore ***, après la passion du Seigneur, J.-C. lui apparut avec ses disciples et lui dit : « Viens avec moi, mon bien-aimé, il est temps de t’asseoir à ma table avec tes frère ».

*Sur l’épître aux Galates.

** Il est probable que J. de Voragine possédait le commencement de la chronique d’Hélinand, dans les ouvrages, duquel nous n’avons pas rencontré trace de ce fait. On sait qu’il ne nous reste de son histoire qu’à partir de l’année 634, au livre XLV.

*** De ortu et obitu Patrum, ch. LXXII.

103

Jean se leva et voulut marcher. Le seigneur lui dit : « Tu viendras auprès de moi dimanche. » Or le dimanche arrivé; tout le peuple se réunit à l’Eglise qui avait été dédiée en son nom. Dès le chant des oiseaux, il se mit à prêcher, exhorta les chrétiens à être fermes dans la foi et fervents à pratiquer les commandements de Dieu. Puis il fit creuser une fosse carrée vis-à-vis l’autel et en jeter la terre hors de l’église. Il descendit dans la fosse, et les bras étendus, il dit à Dieu : « Seigneur J.-C., vous  m’avez invité à votre festin; je viens vous remercier de l’honneur; que vous  m’avez fait; je sais que c’est de tout coeur,que j’ai soupiré après vous. » Sa prière finie, il fut environné d’une si grande lumière que personne ne put le regarder. Quand la lumière eut disparu, on trouva la fosse pleine de manne, et jusqu’aujourd’hui il se forme de la manne en ce lieu, de telle sorte qu’au fond de la fosse, il paraît sourdre un sable fin comme on voit l’eau jaillir d’une fontaine *. Saint Edmond, roi d’Angleterre, n’a jamais rien refusé à quelqu’un qui lui adressait une demande au nom de saint Jean l’évangéliste. Un pèlerin lui demanda donc un jour l’aumône avec importunité au nom de saint Jean l’évangéliste; alors que son camérier était absent. Le roi; qui n’avait rien sous la main qu’un anneau de prix le lui donna. Plusieurs jours après, un soldat anglais, qui était outre-mer, fut chargé de remettre au roi l’anneau de la part du même pèlerin qui lui dit : « Celui à qui et pour l’amour duquel vous avez donné cet anneau, vous le renvoie. »

* Saint Augustin, Saint Jean, homélie 424; — Grégoire de Tours, Gloria M., liv. I, ch. XXX; — Itinerarium Willebaudi, en l’an 745.

 

104

 

On vit clairement par là que c’était saint Jean qui lui était apparu sous la figure d’un pèlerin. Isidore, dans son livre De la naissance, de la vie: et de la mort des Saints Pères, dit ces mots : «Jean a changé en or les branches d’arbres des forêts; les pierres du rivage en pierreries; des fragments de perles cassées redevinrent entières; à son ordre une veuve fut ressuscitée; il fit rappeler l’âme dans le corps d’un jeune homme; il but un poison mortel et échappa au danger, enfin il rendit à la vie ceux qui avaient bu de ce poison et qui cri avaient été tués. »

LA LÉGENDE DORÉE 

DE JACQUES DE VORAGINE NOUVELLEMENT TRADUITE EN FRANÇAIS

AVEC INTRODUCTION, NOTICES, NOTES ET RECHERCHES SUR LES SOURCES PAR L’ABBÉ J.-B. M. ROZE, Chanoine Honoraire de la cathédrale d’Amiens 

ÉDOUARD ROUVEYRE, ÉDITEUR,   76, RUE DE SEINE, 76

PARIS MDCCCCII

 

 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s