La vie politique en Israël au temps de Jésus vue par Flavius Josèphe

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Les dernières années du roi Hérode et sa succession vue par l’historien juif Flavius Josèphe

SIXIEME   PARTIE :

  Les cinq  dernières  années  de  la vie d’Hérode

 

  1.  La famille d’HERODE le GRAND

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Réf. : HISTOIRE ANCIENNE DES JUIFS – Livre 17 de Flavius Josèphe

Antipater qui était d’une ambition démesurée avait enfin réussi par ses moyens infâmes à éliminer ses deux principaux rivaux qui auraient par leur rang, eu priorité à la couronne de Palestine.

Malgré que le roi commençait à se faire très vieux et qu’il n’avait pratiquement plus que quelques années à vivre, Antipater ne voulut pas seulement se contenter de gouverner aux côtés de son père, mais il se comporta comme s’il était déjà en possession du royaume. Il arriva même à convaincre Hérode qu’il n’avait pas agit ainsi par haine pour ses frères, mais par pure affection et intérêt pour son père !

En réalité tout le peuple et les soldats le détestaient farouchement parce qu’il était la cause de l’exécution de nombreux innocents. Et comme il craignait d’être découvert il achetait la plupart des amis de son père comme Saturnin gouverneur de Syrie et de nombreux amis situés dans l’entourage de l’Empereur. Il essaya même d’attirer dans son parti de conspiration, Salomée la soeur d’Hérode, mais celle-ci connaissant son esprit, se méfiait beaucoup de lui et ce malgré que sa fille Bérénice qui était devenue veuve d’Aristobule, avec trois fils et deux filles sur les bras, avait été contrainte d’épouser en secondes noces son oncle maternel, tandis qu’un des fils du premier mariage fut obligé d’épouser la fille d’Antipater !

Pourtant Salomée qui avait toujours une passion cachée pour Silléus rêvait encore de se faire enlever par lui et épouser. Mais Hérode pour l’influencer lui fit écrire une lettre par l’impératrice Livie dans laquelle elle l’incitait vivement à accepter un mariage avec Alexas si elle voulait garder l’affection de son frère ! Ce qu’elle fit tout en acceptant le mariage de sa seconde fille avec Calléas.

Pour ne rien devoir à Archélaüs roi de Cappadoce, Hérode lui envoya en retour sa fille Glaphyra après l’enterrement d’Alexandre. Il y joignit également le montant de la dote pour qu’Archélaüs ne puisse pas se plaindre à son ami Auguste. Elle avait eut deux fils d’Alexandre dont l’aîné épousa la fille de Phéroras.

Croyant remettre un peu de paix et d’amour dans la famille divisée, Hérode imposa plusieurs mariages qu’Antipater utilisa à son avantage pour s’introduire dans la descendance princière asmonéenne :

Hérode ordonna le mariage du fils d’Antipater avec une des filles d’Aristobule qu’Antipater changea contre la fille de Phéroras.

Antipater en 2ème noces épousa l’autre fille d’Aristobule 4

Hérodiade 2ème fille d’Aristobule épousa son oncle – fils d’Hérode

et la fille d’Antipater dû épouser le fils aîné d’Aristobule

Peut-on s’étonner s’il y avait parfois des scènes de ménage ? Mais heureusement Hérode avait beaucoup de vaisselle qu’il avait confisqué aux membres du Sanhédrin et aux autres notables de Jérusalem !

D’ailleurs écrit Flavius Josèphe  » nos lois nous permettent d’avoir plusieurs femmes…  » S’il est beaucoup de lois et de coutumes juives qu’Hérode a bafoué, celle-là a été appliquée de manière exemplaire : il eut dix épouses, dont neuf en même temps !

 

  1.  Disgrâce et mort de PHERORAS

 

Depuis la mort des deux fils de Mariamne, Antipater ne voyait plus d’obstacles à sa montée sur le trône. Hérode avait tant de confiance en lui qu’il lui laissait une pleine autorité. On aurait pu croire que le père et le fils étaient les meilleurs amis du monde, mais au fond de lui, Antipater ne pouvait plus attendre la mort naturelle de son vieux père. Maintenant il avait décidé au fond de lui-même de  » l’aider à disparaître  » le plus rapidement possible.

Antipater avait beaucoup de succès auprès de la gent féminine, il était jeune et beau et son ambition lui donnait encore plus de prestance. Ainsi son oncle Phéroras était aux petits soins avec lui parce que sa femme, sa belle mère, sa mère et sa soeur Salomé qui communiquaient entre elles, admiraient beaucoup Antipater et en aucun cas, il ne voulait déplaire à ces dames.

On vit donc souvent Phéroras et Antipater se rencontrer et se livrer à des confidences dès qu’ils étaient seuls. Ce manège n’échappa pas à Salomée qui comprit qu’ils complotaient tous deuxcontre le roi et elle les menaça de l’en avertir. Alors ils firent semblant d’être fâché l’un contre l’autre et ne se rencontrèrent plus en public mais s’envoyèrent mutuellement des lettres et des messages secrets.

Salomée alla voir son frère pour l’avertir du danger en lui disant qu’ils mangeaient ensemble en secret, faisaient semblants d’être fâché l’un contre l’autre mais qu’en réalité ils conspiraient contre le roi et étaient plus unis que jamais. Connaissant l’esprit de sa soeur, le roi dans un premier temps n’attacha pas trop d’importance à ses révélations.

Un jour Hérode obligea par décret toute la nation juive à prêter un serment de fidélité au roi et à l’empereur.  » Six mille pharisiens  » refusèrent de faire ce serment alors Hérode les condamna à payer une amende que la femme de Phéroras paya pour eux ! En reconnaissance pour cette faveur, ils lui dirent que la volonté de Dieu était d’enlever la couronne à Hérode et de la donner à Phéroras et à ses enfants qu’il avait d’elle. Salomé découvrit cette cabale (intrigue) et en avertit le roi. Hérode fit mourir les pharisiens qui étaient les auteurs de cette conspiration ainsi queles domestiques de Phéroras qui avaient été complices dans ce projet, y compris un bel eunuque nommé Bogoas Carus à qui les pharisiens avaient laissé croire que si Phéroras devenait roi, il se marierait et aurait des enfants… !

Lorsque tout ce monde fut exécuté, Hérode tint conseil à sa cour et accusa publiquement l’épouse de son frère d’être rancunière concernant le mariage de ses filles dont elle avait refusé les prétendants choisis par Hérode et qu’elle était la principale instigatrice du complot des pharisiens puisqu’elle avait payé leur amende.

Il fit comprendre à Phéroras qu’il désirait qu’il répudia sa femme dans les meilleurs délais afin de ne plus la voir et d’éviter de rompre ses relations avec lui.

Phéroras un peu choqué par ce discours, affirma qu’il conservait toujours pour son frère une grande affection fraternelle et sa fidélité mais qu’il ne pouvait en aucun cas se séparer de son épouse qu’il aimait par dessus tout au point qu’il préférerait même la mort plutôt que de vivre sans elle. Hérode se fâcha vertement et interdit à toutes ses femmes et à chaque personne d’approcher du couple Phéroras pour leur parler, y compris Antipater et sa mère Doris.

Tout le monde promit de prendre ses distances avec les Phéroras… Mais Doris continuant à servir d’intermédiaire, les Phéroras et Antipater se rencontraient en secret pour manger ensemble.

Lorsque Hérode vit que Phéroras s’entêtait à vouloir garder sa femme il lui ordonna de quitter son palais et de se retirer dans sa Tétrachie. Pour une fois il fut si heureux de lui obéir qu’il fit même le serment de ne jamais retourner à la cour durant toute sa vie, ce qu’il observa. Peu de temps après Hérode tomba malade et il demanda à son frère de revenir pour recevoir avant de mourir des ordres secrets importants. Il lui répondit qu’il ne pouvait le faire à cause de son serment.

Un jour Hérode apprit que son frère était lui aussi, subitement tombé gravement malade. Aussitôt il alla le trouver et il l’assista jusqu’à la mort, puis il le fit enterrer à Jérusalem et ordonna un deuil public à sa mémoire.

 

  1.  L’affaire des poisons

 

Peu avant la mort de Phéroras, Hérode le Grand écrivit à ses amis de Rome pour leur demander d’intervenir auprès de l’empereur afin qu’il convoque rapidement son fils près de lui. Dès qu’il reçut cette convocation Hérode prépara à son fils de grands présents pour Auguste et il lui remit également son testament dans lequel il désirait qu’Antipater soit désigné comme son successeur à son trône, sous réserve bien entendu qu’il lui survive.

A peine arrivé à Rome Antipater croisa également Silléus qui n’avait rien purgé de sa condamnation par Auguste et qui ne semblait pas redouter la peine de mort prononcée contre lui. Antipater l’accusa de nouveau comme l’avait fait Nicolas de Damas et ajouta à ses dires les aveux de deux Seigneurs arabes venus en Judée pour organiser un complot contre Hérode. Ceux-ci avaient corrompu par l’argent un domestique corinthien d’Hérode qui les avait dénoncés sous la traditionnelle question. Après avoir signé leurs aveux, Hérode remit ses deux grands d’Arabie à Saturninqui les envoya à Rome pour qu’on y fasse leur procès ainsi que celui de Silléus leur commanditaire.

Phéroras était à peine enterré, qu’arrivèrent à la cour d’Hérode deux esclaves trachonites affranchis par Phéroras, ils sollicitèrent une audience urgente auprès du roi. Hérode les ayant reçu sans tarder ils lui expliquèrent qu’ils avaient une peine immense causée par la perte de Phéroras leur maître bien aimé. ils allèrent jusqu’à prétendre que cette mort n’était pas naturelle mais plutôt liée à un empoisonnement. Ils demandèrent justice pour qu’un tel crime ne demeure pas impuni ! Hérode les écouta très attentivement :

Oui notre Maître venait de souper chez sa femme lorsque sa maladie le prit avec une intense violence. Nous soupçonnons un poison apporté par une femme arabe, qui l’a vendu à son épouse en disant qu’il s’agissait d’un philtre d’amour !

Cette femme est d’ailleurs considérée comme une des plus grandes empoisonneuses de notre temps et elle serait même une compagne de la maîtresse entretenue par Silléus. Dans ce complot seraient également mêlés la mère et la soeur de la concubine de Phéroras qui auraient apporté la veille le poison à leur parente…

Il n’en fallut pas plus aux oreilles d’Hérode qui avait déjà trouvé cette mort subite très suspecte, pour qu’il fasse immédiatement arrêter la mère et la soeur de la femme de Phéroras ainsi que de nombreux domestiques pour les soumettre à : la question (évidemment!)

Elles résistèrent toutes longtemps sans rien avouer, mais comme les douleurs se firent de plus en plus insupportables il échappa à l’une d’entre elles, qu’elle souhaitait que  » la mère d’Antipater » subisse un jour le même supplice qu’on leur avait imposé !

Il n’en fallut pas plus pour qu’Hérode augmente les souffrances pour les rendre atroces et à la limite de leur mort. A ce moment elles avouèrent tout ce qu’elles cachaient :

les collations, les assemblées secrètes et surtout les choses qu’Hérode avait révélées à son fils en l’assermentant du secret. Il aurait même acheté le silence de ces femmes contre cent talents.

les plaintes d’Antipater à sa mère Doris accusant son père de se maintenir au trône malgré son grand âge, ce qui l’empêchait de jouir des plus belles années de règne !

enfin elles déposèrent qu’il parlait souvent de la cruauté de son père qui n’épargnait même pas ses propres fils, ce qui l’avait obligé de partir pour Rome et Phéroras dans sa Tétrarchie !

Maintenant les yeux d’Hérode s’ouvraient grandement sur les vraies intentions de son fils. Le pire fut que toutes ces accusations obtenues sous la torture, confirmaient en fait les graves accusations déjà prononcées par sa soeur Salomée.

Mais le comble fut apporté par l’intendant de son fils, un samaritain qui portait le même nom qu’Antipater. Il lui avoua sous la question que son maître avait mis dans les mains de Phéroras unpoison mortel pour le faire prendre au roi durant son absence à Rome afin qu’on ne puisse pas l’accuser !

Hérode donna l’ordre de faire comparaître immédiatement devant lui la femme que Phéroras avait tant aimée au point de refuser sa fille que Mariamne lui avait donnée. A peine arrivée il l’interrogea sur le fameux poison et elle admit qu’il était en sa possession. Elle ajouta qu’elle allait courir le chercher. Mais au lieu de descendre l’escalier elle se jeta dans le vide en sautant d’une galerie du palais et tomba sur ses pieds en perdant seulement connaissance.

Après qu’elle eut repris ses esprits Hérode lui annonça qu’elle et sa famille n’auraient rien à craindre pourvu qu’elle lui déclarât toute la vérité. Dans l’autre cas elle aurait à subir les pires tourments. Alors elle confessa ce que beaucoup de gens prirent pour la vérité :

Antiphilius (un ami d’Antipater) avait fait amener ce terrible poison préparé par son frère qui était médecin en Egypte. C’est Theudion, le frère de Doris (donc l’oncle d’Antipater) qui l’avait acheté avec l’argent de son neveu afin de s’en servir contre votre majesté durant l’absence de votre fils. Theudion l’apporta à Phéroras qui m’en confia la garde.

Mon mari étant tombé malade, il fut si touché de l’affection que vous lui aviez témoigné en lui rendant visite qu’il m’a dit :

Ma femme, je me suis laissé tromper par Antipater lorsqu’il m’a confié son dessein d’empoisonner son père, mais maintenant je vois que le roi me porte toujours son affection fraternelle comme lorsque nous vivions ensemble. Maintenant que la fin de ma vie approche, je ne veux pas emporter dans l’autre monde une âme souillée pour avoir trempé dans une conspiration visant à empoisonner mon roi et mon frère. C’est pourquoi je vous prie de brûler ce poison en ma présence.

C’est pourquoi j’ai immédiatement cherché ce poison et je l’ai brûlé devant lui, excepté une petite partie que j’ai gardé pour m’en servir contre moi-même si votre majesté avait voulu me traiter après sa mort, avec la dernière rigueur.

Après avoir dit ces paroles elle montra au roi le reste de poison enfermé dans une boîte. Le frère d’Antiphilus et sa mère confessèrent à la question les mêmes choses et reconnurent la boîte. On savait que Doris la mère d’Antipater trempait dans le complot mais la question dévoila également que celle qui avait été la plus jolie fille de Jérusalem la fille de Simon Boethos était également impliquée dans ce complot contre le Roi !

Pour Hérode commençait maintenant l’heure des comptes :

Doris qui était devenue après la mort de Mariamne (1) la 1ère femme de Judée, dût rendre tous ses bijoux et pierreries de grandes valeur. Elle fut très soulagée d’apprendre qu’elle ne serait pas soumise à la question et s’estima heureuse d’être uniquement chassée du Palais.

La seconde femme d’Hérode du nom de Mariamne (2) subit le même sort. Elle fut répudiée et rayée du testament royal, y comprit son fils Hérode-X qui était après Antipater le second prétendant au trône. Son père Simon Boethos que Hérode avait fait nommer Grand Prêtre et Grand Sacrificateur se retrouva simple sacrificateur et cette charge fut donnée à Mathias, fils de Théophile.

les femmes de la maison de Phéroras purent rentrer chez elles car grâce à elles, Hérode avait pu découvrir toute la vérité.

Peu après Bathillus, un affranchi d’Antipater était revenu tout radieux de Rome. Il fut surpris de se retrouver à peine arrivé soumit à la question dans une salle de torture qui avait été ces derniers temps particulièrement fréquentée. Il avoua qu’il avait apporté de Rome un second poison, afin que si le premier ne suffisait pas pour donner la mort, le second y pourvoirait.

En fouillant les appartements d’Antipater on découvrit d’anciennes lettres écrites par les amis romains d’Antipater, relations qu’il entretenait à l’aide de grands présents, ainsi que des lettres de Rome où les deux jeunes demi-frères Archélaüs et Philippe faisaient leurs études et dans lesquelles ils accusaient ouvertement Antipater d’être responsable de la mort d’Alexandre et Aristobule. Ils y exprimaient également leurs craintes de subir à leur retour en Judée le même sort.

Antipater resta sept mois à Rome et l’on peut vraiment s’étonner que durant tout ce temps personne ne l’informa de ce qui était entrain de se préparer contre lui en Judée. Même si l’on tient compte que toutes les frontières et tous les passages étaient gardés dans l’attente de son retour, il faut plutôt admettre que personne ne l’aima assez pour prendre un si grand risque afin de le prévenir.

Comme Antipater tardait à revenir, Hérode lui écrivit, mais il lui cacha la vérité en disant qu’il avait hâte de le revoir et qu’il en avait assez des plaintes de sa mère, mais qu’il les oublierait dès qu’il serait à nouveau auprès de lui. Il terminait sa lettre par quelques témoignages habituels d’affection.

Antipater étant déjà parti, le courrier le suivit. Il apprit la mort de Phéroras à Tarente ce qui lui donna un véritable choc, non pas à cause de l’amitié qu’il avait pour Phéroras, mais parce qu’il n’avait pas pu mettre à terme le projet d’éliminer Hérode avant de mourir.

Arrivé à Célendéris il apprit qu’on avait chassé sa mère du palais, il était presque sur le point de retourner à Rome lorsqu’il reçut la dernière lettre d’Hérode attendant son retour avec impatience ! Il décida de rentrer à la maison. A peine débarqué à Sébaste il fut un peu surpris de voir que le peuple l’insultait, alors qu’à son départ pour Rome toute la population lui avait fait une si grande ovation !

 

  1.  Le jugement de QUINTILIUS VARUS

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En ce même jour où Antipater approchait de Jérusalem, Hérode était occupé à recevoir la visite d’Antioche des conseillers et du nouveau Gouverneur d’Orient et de Syrie le  » Général QUINTILIUS VARUS  » qui succédait à l’ancien Gouverneur : Caïus Sentius SATURNINUS.

Comme Antoine, VARUS fut nommé en l’an -6 au poste de gouverneur des Légions d’Orient il y restera jusqu’à l’an + 6 (1/2) après notre ère. L’Evangile de Luc dira plus tard qu’un recensement eut lieu en Judée  » sous Quirinius  » (Chap. 2, v 2) alors gouverneur de Syrie…Depuis la deuxième prise de Jérusalem par les romains la Palestine avait été mis sous la tutelle du Gouverneur de Syrie, lequel dépendait avec les autres gouverneurs : de Grèce, d’Asie Mineure, d’Egypte, de l’Arabie du Nord… directement de l’autorité de QUINTILIUS VARUS, général en chef.

A noter le double sens du nom Quirinius qui est aussi le symbole du dieu Romulus qui disparut dans un nuage au cours d’un orage et devint ainsi le dieu synonyme de ROME.

Antipater venait donc à peine d’arriver aux portes du Palais de son père que les gardes d’Hérode interpellèrent sèchement ses amis qui l’accompagnaient habituellement à la manière d’une grandestar pour leur interdire formellement l’entrée des lieux (!) Il en fut un peu surpris mais pas étonné, car il avait l’habitude de l’humeur très changeante de son père. Il continua son chemin tout vêtu de pourpre pour entrer dans la salle du Conseil où son père et Varus étaient entrain de dialoguer.

A peine arrivé auprès d’Hérode il voulut le saluer, mais son père le rejeta en disant :

Quoi ! un parricide a l’audace de vouloir m’embrasser ! Puises-tu périr comme tes crimes le méritent. Il faut te justifier avant d’oser me toucher. Voici un juge que je te donne. Varus est venu tout à propos pour prononcer ton arrêt et la journée de demain est le seul terme que je t’accorde pour préparer ta défense.

Il eut tellement peur que pas un mot ne sortit de sa bouche. Il se retira auprès de sa soeur et de sa mère. Le lendemain le roi assembla son grand conseil que Varus présida.

On fit entrer tous ceux qui avaient témoignés contre lui dont plusieurs prisonniers qui étaient auparavant serviteurs chez Doris.

Alors, le roi présenta à son fils une lettre de sa mère, qu’Hérode avait interceptée et où était écrit cette phrase :

 » le roi ayant connaissance de toutes choses, gardez-vous de venir le trouver si vous n’êtes pas sûr de la protection de l’Empereur. »

Hérode s’adressant au gouverneur Quintilius Varus, prit la parole :

Je ne puis douter, Seigneur, que comme tout autre juge équitable qui soit, vous ne trouviez Antipater digne de mort, mais j’ai sujet d’appréhender que vous ne conceviez de l’aversion pour moi en pensant que j’ai mérité tant d’afflictions, en mettant au monde de tels enfants.

Mais vous devriez plutôt me plaindre, puisque jamais père ne fut plus indulgent pour ses fils que je ne l’ai été pour les miens (!) J’avais déclaré mes deux premiers fils comme successeurs mais je trouvais qu’ils avaient conspiré contre ma vie. Antipater profita de leur disgrâce et Moi je ne pensais qu’à lui assurer le royaume.

Mais cette bête furieuse a déchargé sa furie contre moi en trouvant que je vis trop longtemps à son gré. Car qu’ai-je fait pour lui de mon vivant ? J’ai partagé mon autorité avec lui et lui ai donné cinquante talents de revenu, plus trois cent talents pour effectuer son voyage à Rome. Soyez sur vos gardes Prince, car je connais le fond de sa malice et il n’y a point d’adresse dont il n’use pour déguiser la vérité, ni de larmes feintes qu’il ne répande pour vous émouvoir à compassion.

Lorsque toutes ces choses me repassent par l’esprit et que je me souviens de tous les moyens dont il usait pour me tromper par son horrible dissimulation, je m’étonne d’être encore en vie et comment j’ai fait pour ne pas tomber dans de si grands pièges. Et comme Hérode suffoquait d’émotion il demanda à son ami Nicolas de Damas de continuer la plaidoirie devant Varus pour conclure cette triste et pénible affaire.

Mais Antipater lui coupa la parole et s’adressant à son père dit :

Vous-même Seigneur avez fait mon apologie, car comment celui qui a toujours veillé sur votre conservation peut-il être accusé de parricide ? Et même si la piété que j’ai témoigné ne serait que feinte et dissimulation, j’aurais pu tromper mes semblables, mais aurais-je pu tromper le juge qui est dans le ciel, qui voit tout, qui est partout et à la connaissance duquel rien ne se dérobe ?

Vous m’avez préféré à tous mes frères, vous m’avez dès votre vivant déclaré votre successeur et m’avez comblé de tant de grâces que les plus ambitieux avaient sujet d’envier ma fortune ! Hélas malheureux que je suis, car durant mon voyage à Rome mes ennemis m’ont ruiné dans votre esprit par leur calomnies. Alors que c’est vous qui m’avez envoyé à Rome pour défendre vos intérêts contre Silléus qui méprisait votre vieillesse !

Ainsi vous avez sans y penser causé ma ruine, puisqu’en m’envoyant à Rome vous avez donné aux envieux et aux jaloux de mon bonheur la facilité de me calomnier et de me perdre. Mais je ne veux point m’arrêter à cette épreuve de mon innocence puisque je sais que Dieu vous a permis de me condamner dans votre coeur. Ainsi je vous conjure de ne point ajouter foi à des aveux extorqués par des tourments, mais d’utiliser le fer et le feu pour me faire subir les supplices les plus cruels du monde, si je suis un parricide. »

Antipater accompagna ces paroles de tant de cris et de pleurs que Varus et tous les autres assistants furent touchés de compassion.

Puis Nicolas de Damas prit la parole en démontrant la malice et les artifices d’Antipater. Il l’accusa d’être la cause de tous les maux du royaume, d’avoir fait mourir par ses calomnies Aristobule et son frère, puis de s’efforcer de faire perdre également ses autres frères afin de n’avoir plus d’obstacle pour accéder à la succession. Il rapporta ensuite dans l’ordre toutes les preuves du poison en insistant sur les pressions faites sur Phéroras pour l’amener à commettre un crime contre son frère.

Varus demanda alors à l’accusé s’il avait quelque chose à dire pour sa défense, mais celui-ci se bornant toujours à répéter que Dieu seul était témoin de son innocence ! Varus commanda alors de faire apporter le poison. On le fit prendre à un homme condamné à mort qui mourut sur-le-champ. Varus confia alors quelques mots dans l’oreille d’Hérode et clôtura la séance en disant qu’il écrirait à l’Empereur.

Hérode fit mettre Antipater en prison et le lendemain Varus prit congé d’Hérode en retournant à Antioche, où nous précise Josèphe : Varus y résidait ordinairement, puisque les rois de Syrie avaient coutume d’y tenir leur cour.

Quelques jours après on intercepta une lettre qu’Antiphilus écrivait d’Egypte à Antipater :  » Je vous ai envoyé une lettre d’Acmée où il y va de ma vie, vous ne doutez point que si tout cela était su, je m’attirerais une haine mortelle de deux très puissantes familles. C’est à vous de donner l’ordre pour que l’affaire réussisse. « 

Ayant lu cette lettre Hérode fit chercher la lettre en question, mais on ne put la trouver. En cherchant dans les habits du messager on découvrit une couture où était caché une autre lettre destinée à Antipater et écrite par ACMEE une servante de l’impératrice:

 » J’ai écrit au roi votre père en la manière que vous avez désiré et ai mis dans le paquet (contenant le poison) la copie d’une lettre supposée avoir été écrite par Salomée à l’impératrice. Je suis assurée que dès qu’Hérode l’aura lue, il punira sa soeur comme étant coupable d’avoir voulu attenter à sa vie. « 

A ce moment Hérode comprit qu’Antipater ne cherchait pas seulement à faire mourir son père, mais qu’il voulait aussi supprimer Salomée qui le gênait par son trop grand dévouement à son frère. Il consigna par écrit toutes ces manigances et les donna à ses ambassadeurs pour les présenter avec ses requêtes au tribunal d’Auguste.

 

  1.  Hérode et le supplice des 40 jeunes

 

Pendant le voyage des ambassadeurs vers Rome, Hérode qui allait avoir  » 70 ans  » tomba subitement très malade. Il rédigea un nouveau testament dans lequel il désignait Hérode Antipas comme successeur au trône. C’était le plus jeune des fils en âge de régner, le seul qu’Antipater avait sous-estimé, préférant calomnier Archélaüs et Philippe pour les ternir dans l’esprit de leur père. Dans ce testament (qui ne fut pas le dernier) il partageait sa fortune entre ses amis de Rome, ses trois fils restants et Salomée en récompense de ses services.

Compte tenu de son âge Hérode comprit qu’il ne lui restait plus que peu de temps à vivre. Cela le rendait très chagrin et très agressif car il voyait bien que le peuple se réjouissait de ses malheurs et de sa prochaine disparition. Ses jugements s’en ressentirent car il devint plus autoritaire, plus cruel et plus expéditif :

En ce temps là, vivaient en Palestine deux grands maîtres : l’un s’appelait JUDAS, fils de Sariphé, l’autre Mathias, fils de Margalothe. Ils étaient non seulement reconnus comme d’éminents savants, très intègres mais aussi comme les plus éloquents docteurs de la Loi qui avaient pour mission d’instruire dans la religion la jeunesse du pays.

Lorsqu’ils apprirent que la maladie d’Hérode était incurable, ils exhortèrent leurs jeunes disciples à se montrer ouvertement comme les défenseurs de leur religion et à détruire même au péril de leurs vies les ouvrages et images qu’il avait érigés en contradiction avec les lois juives et en particulier un aigle d’or romain qu’il avait fait placer au dessus du portail d’entrée du temple de Jérusalem.

Comme il courut simultanément la fausse rumeur qu’Hérode venait de rendre l’âme, une troupe de ces jeunes gens monta au temple en plein midi, arracha l’aigle et le déchiqueta à coup de hache devant de nombreux prêtres et pèlerins ahuris. Croyant qu’il s’agissait d’un soulèvement populaire, le commandant de l’Antonia accourut avec de nombreux soldats pour mâter ce début de révolte. Seuls quarante jeunes garçons osèrent résister aux mercenaires d’Hérode.

Les quarante adolescents furent saisis et amenés de force avec leur deux maîtres devant le tribunal d’Hérode, où l’un d’entre eux prit la parole :

il y a longtemps que nous avions pris cette résolution et cela eut été manquer de coeur et de courage de ne l’avoir pas fait. Nous avons vengé l’outrage fait à Dieu et maintenu l’honneur de la Loi dont nous sommes les disciples. D’ailleurs nous n’appréhendons pas la mort, ni la souffrance qui seront pour nous une récompense de notre vertu et de notre piété.

Hérode donna ordre de les conduire enchaînés à Jéricho et les suivit dans une litière. Devant une assemblée de notables il leur montra les oeuvres qu’il avait réalisées dans la contrée et leur fit de sévères remontrances pour leur ingratitude et l’outrage qu’il subissait comme un affront personnel. Il donna l’ordre de faire brûler vif les quarante malheureux enfants et leurs maîtres. Puis il fit destituer l’autre Mathias à qui il avait donné la charge de Grand Sacrificateur pour la donner à JOAZAR, son beau-frère. Cette nuit il y eut une éclipse de lune sur la ville sainte.

Et l’état de santé d’Hérode s’aggrava. Une chaleur intense le dévorait à l’intérieur de son organisme. Il avait une faim si violente que rien ne pouvait suffire pour le rassasier. Ses intestins étaient pleins d’ulcères (sic), de violentes coliques lui faisaient souffrir d’horribles douleurs au niveau des aines, ses pieds étaient enflés et livides.

Des parties du corps que l’on cache le plus, sortaient des vers ! Il ne respirait qu’avec grande peine et son haleine était si mauvaise qu’on ne pouvait s’approcher de lui. Nombreux étaient ceux qui considérèrent son état comme une grande et ultime punition de Dieu.

 

  

  1.  concernant la maladie d’Hérode:

 

D’après l’état du malade et les symptômes décrits, nous ne pensons pas qu’il s’agisse de la syphilis comme certains l’ont écrit, certes cette maladie peut dans sa phase secondaire, altérer gravement les fonctions du cerveau, mais on ne peut pas affirmer qu’Hérode avait perdu sa raison ni sa logique pour défendre ses intérêts. On constate simplement que les souffrances l’avaient rendu encore plus cruel.

En étudiant les métabolismes de la vie des vers et le développement des maladies qu’ils engendrent on pourrait émettre un tout autre diagnostic :

il existe d’abord un ver nommé : ver crochu ou Strongyloïdea qui vient des animaux domestiques dont les oeufs éclosent dans l’intestin grêle mais ils ont à peine 2,2mm. Leur taille leur permet de voyager dans le corps par les voies du sang et de s’installer dans les poumons surtout chez les animaux domestiques comme le chien. 0n les appelle aussi Anguillula sterchoralis à cause de leurs mouvements comparables à celui des anguilles. Leur présence auraient pu causer des dégâts dans l’organisme, mais il est peu probable que les serviteurs ne les aient aperçus, à cause de leur très petite taille !

la deuxième version qui nous paraît la plus plausible est la maladie des ASCARIDES (ou Asacaris lombricoïdes). Il s’agit d’oeufs ou de larves de vers que peut transmettre un jeune homme contaminé qui servirait de la nourriture sans se laver les mains. (N’oublions pas que Hérode a soixante dix ans et qu’il produit peu d’acidité stomacale contrairement à une personne plus jeune qui se trouve ainsi mieux protégée.) Ces vers peuvent aussi provenir de l’absorption de légumes ou de fruits mal lavés et souillés par les matières fécales que les agriculteurs déversent dans les jardins pour enrichir leur terre.

Au premier stade ces larves minuscules ont un aiguillon qui leur permet de traverser les parois péritales pour voyager au travers des artères principales. Par leurs passages aux poumons elles peuvent créer de véritables infections qui provoquent à leur tour de la fièvre et des douleurs au thorax. Elles peuvent aussi se fixer dans le pharynx ou l’oesophage. Elles peuvent former des bouchons sur les canaux de la bile ou du pancréas et même provoquer en second stade une péritonite aiguë et des abcès purulents. Au bout de six semaines les larves retournent aux intestins et après avoir atteint une longueur de 20 à 40 cms, les vers se remettent à pondre pour refaire un cycle.

Cela expliquerait l’excès d’appétit du malade, ses douleurs de poitrine et au ventre. Sa mauvaise haleine, la présence de vers et de sang dans les selles, ses violentes coliques, ses pieds enflés et la fièvre qui devait aboutir en quelques mois à une septicémie générale.

Dans tous les cas Hérode souffrit terriblement durant ses derniers jours mais à aucun moment Flavius ne dit qu’il perdit la raison ! Au contraire il s’accrocha plus que jamais à son trône et fit exécuter Antipater comme un acte de justice suprême puis après avoir refait son testament, il rendit le dernier souffle. Si ce dernier testament eut été entaché par la perte des moyens intellectuels du malade il est probable qu’Auguste aurait alors changé le testament.

On fit venir des médecins de tous côtés, personne ne sachant trop quel remède appliquer, on l’envoya prendre des bains aux sources d’eaux chaudes de Callirhoé reconnues pour leur vertus médicinales.

On le mit dans une cuve pleine d’huile et il se trouva si mal qu’on crut qu’il allait rendre l’esprit. Il s’évanouit et se réveilla par les cris et les pleurs de ses domestiques. Maintenant Hérode ne se faisait plus d’illusion concernant sa mort prochaine. Il fit donner cinquante drachmes à chaque soldat et se fit reconduire à Jéricho pour mettre au point un plan diabolique :

Il ordonna par un édit à TOUS LES NOTABLES JUIFS de Jérusalem de se rendre à Jéricho sous peine de mort pour ceux qui contesteraient ou n’exécuteraient pas cet ordre infâme. Lorsque tout le monde fut arrivé, il fit entasser tous ces innocents dans l’hippodrome et il donna un ordre secret à Salomée et à Alexas (son époux) qui consistait à faire entourer l’hippodrome de soldats dès l’heure de sa mort et à faire mourir par des flèches tous les notables emprisonnés : soit plusieurs milliers de personnes !

Même si on ne dévoila pas les ordres du tyran, tant qu’il vivait encore, tous connaissaient la légendaire cruauté du despote capable de faire tuer en une fois toute l’élite de la nation juivecomposée d’honorables citoyens et de pères de famille.

En agissant ainsi Hérode suivait deux buts :

d’une part il voulait mourir à la manière des grands pharaons de l’ Egypte ancienne, c’est à dire partir dans le grand voyage de l’au-delà accompagné d’une multitude de ses sujets. Ne s’était-il pas préparé longtemps à l’avance un tombeau d’une magnificence royale qu’il avait lui même appelé  » l’Hérodium ? « 

d’autre part, il souhaitait que cette hécatombe touche au coeur toutes les plus hautes familles du royaume, pour obliger le peuple à se mettre en deuil et l’empêcher de trop se réjouir au jour si attendu de sa disparition.

Il n’avait pas choisi Salomée et son époux par hasard : elle n’aimait pas du tout les juifs (mais c’était réciproque) et somme toute elle lui était restée fidèle en l’avertissant du complot d’Antipater. Pour les convaincre il accompagna ses paroles de nombreuses larmes (feintes sur commande) et d’un appel vibrant à leur affection, puis persuadé d’avoir ainsi transmis sa meilleure image pour la postérité, il les fit jurer tous deux qu’ils respecteraient ses dernières volontés scrupuleusement dès que le moment serait venu !

 

  1.  Mort d’Hérode et exécution d’ANTIPATER

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Salomée et Alexas avaient à peine regagné leur appartement qu’un cavalier surgit au galop et frappa le portail du palais. Auguste lui envoyait par son messager, la réponse aux lettres que lui avaient donné les ambassadeurs d’Hérode à Rome. D’abord il l’informait qu’il avait fait mourir Acmée pour sa participation au complot Antipater ensuite il lui donnait les pleins pouvoirs pour exécuter ou envoyer en exil, son perfide fils parricide, qui voulait l’empoisonner !

Pendant quelques instants Hérode oublia ses douleurs pour se réjouir de ces heureuses nouvelles. Mais une crise de spasmes se déclara d’ une telle violence qu’il s’assit à la table pour respirer et demanda qu’on lui apporte une pomme et un couteau pour la peler. Ceci étant fait, il congédia le serviteur et vérifia s’il n’y avait personne d’autre dans la salle où il se trouvait. Hérode prit le couteau et au lieu de peler sa pomme, il l’éleva à hauteur d’épaule comme s’il eut voulu se transpercer la poitrine. Au même moment son neveu Achiab qui venait d’entrer dans la salle se précipita sur son oncle en criant à l’aide et en retenant son bras de toutes ses forces.

Immédiatement le bruit courut au Palais qu’Hérode était mort. Cette rumeur descendit jusqu’aux prisons du sous-sol où Antipater était enfermé et enchaîné. Son espoir de régner revint et il promit à son geôlier une véritable fortune s’il le libérait immédiatement.

Très prudent le garde demanda à voir Hérode en se disant s’il est mort, il sera toujours temps de libérer son fils. Voyant que le roi était toujours en vie, le garde lui confia les dernières paroles d’Antipater, celui-ci se redressa malgré ses douleurs et donna ordre à l’un de ses gardes d’aller immédiatement le tuer. Ainsi, Antipater précéda seulement de cinq jours son père au royaume de la mort.

Le lendemain Hérode modifia encore une fois son testament en partageant son royaume en quatre provinces dont trois allaient à ses fils :

ARCHELAUS était proposé comme roi de Judée et de Samarie

Hérode ANTIPAS serait nommé Tétrarque de Galilée et de Pérée

Hérode PHILIPPE était proposé Tétrarque de Traconite et Gaulanite

Salomée recevait sous réserve de l’accord d’Auguste : les régions de Jamnia, Azot et Phasaélite avec 50 000 pièces d’argent.

Auguste recevait sa vaisselle d’or et d’argent avec une quantité de meubles d’art précieux et dix millions de pièces d’argent, et il ajouta cinq autres millions de pièces pour l’Impératrice.

Ce furent vraiment ses dernières volontés car il rendit son dernier soupir une semaine avant la PAQUE de l’an -4 avant notre ère. Il était âgé de soixante dix ans et avait régné durant trente quatre ans sur la Palestine, après avoir chassé Antigone de Jérusalem.

On garda secret durant quelques heures la nouvelle de sa mort afin de permettre à Salomée et à Alexas de faire remettre en liberté tous les malheureux pères de famille qui étaient enfermés dans l’Hippodrome de Jéricho. Il dirent à Ptolémée, garde du sceau d’Hérode, qu’Hérode avait changé d’avis et exigé leur libération …

Plus tard lorsque la mort du roi fut connue on invita tout le peuple à se rassembler dans l’Amphithéâtre afin qu’en présence de la famille royale, on lise publiquement son dernier testament.

Cette lecture achevée tout le peuple cria  » vive le roi Archélaüs  » puis les gens de guerre et leurs chefs promirent fidélité au nouveau roi en lui souhaitant un heureux règne.

Comme on le constate dans toute la biographie d’Hérode le Grand, que nous a fidèlement rapportée l’Historien Flavius Josèphe, il n’est nulle part fait mention de mages venus d’Orient ayant entraîné le massacre des petits enfants de Bethléem ! La pensée de Matthieu n’est donc à considérer qu’au sens symbolique.

Ce sont donc Archélaüs et Hérode Antipas les deux fils de Maltake, la samaritaine et 6ème épouse d’Hérode le Grand qui furent proposés au gouvernement des deux plus grandes régions du royaume.

Archélaüs organisa des funérailles grandioses pour son père où vinrent de nombreux rois et chefs romains pour lui rendre un dernier hommage. Le corps embaumé d’Hérode reposait sur un lit d’or, de pierres précieuses et de pétales de roses. Il portait une couronne d’or sur la tête et un sceptre dans la main. Son catafalque était tiré par une armée d’esclaves. Suivait la famille, les officiels et des groupes de jeunes filles en robe blanche qui chantaient des cantiques, puis venaient ses compagnies de gardes thraces, allemandes et gauloises qui défilèrent équipés de leurs tenues et armes de combat.

Enfin cinq cent officiers, affranchis et domestiques qui portaient des parfums, fermaient ce long cortège qui parcourut les huit stades allant du palais de Jéricho au Mausolée de l’Hérodium.

 

  1.  Les problèmes de la SUCCESSION D’HERODE

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Selon la coutume juive la famille royale et les habitants du pays observèrent un deuil national de sept jours. Puis Archélaüs offrit un festin au peuple et monta au temple pour offrir des sacrifices.

Lorsqu’il se fut assis sur le trône en or de son père il reçut le peuple qui vint lui témoigner sa joie et son affection. Toutefois il lui demanda de ne pas l’appeler roi, tant qu’Auguste n’avait pas donné son accord. Devant un tonnerre d’acclamations il demanda au peuple ce qui lui ferait plaisir ?

les uns dirent moins d’impôts et de tributs aux romains

d’autres l’abolition des péages et des droits sur les marchandises

certains demandèrent la libération de tous les prisonniers politiques que Hérode avait incarcéré dans ses forteresses depuis si longtemps

enfin les derniers demandèrent la tête des soldats d’Hérode et des conseillers d’Hérode et en particulier ceux qui venaient de brûler vifs le Maître Mathias et ses quarante jeunes disciples.

Archélaüs leur répondit qu’il n’était pas encore roi, mais qu’il désirait l’union et la paix et qu’il fallait attendre son retour de Rome pour savoir si Auguste lui donnait le royaume.

Sachant que la Pâque était proche, Archélaüs redoutait qu’un nombre encore plus grand de pèlerins juifs ne viennent de tous pays pour célébrer la mort du tyran et rendre hommage à Dieu dans le temple. D’où un risque considérable de révolte pouvant dégénérer en émeutes, c’est ce qui arriva lorsque des factieux s’installèrent dans le temple et exhortèrent les autres juifs de passage à la révolte.

Archélaüs envoya une compagnie à l’extérieur avec mission de lui amener les meneurs, mais la foule se jeta sur eux et les tua presque tous ! C’est à peine si l’officier parvint à s’échapper. Archélaüs donna ordre à toute son armée d’envahir le temple et à la cavalerie de poursuivre ceux qui se sauveraient. Trois mille cadavres restèrent sur les parvis du temple tandis que les dissidents s’enfuirent dans les montagnes pour se mettre à l’abri. Un beau début de règne !

Une semaine après avoir réprimé les séditieux, Archélaüs laissa la conduite du royaume à son demi-frère Philippe et partit en direction de Rome pour se présenter à l’Empereur. Il emmena avec lui sa mère, Nicolas de Damas, Salomée sa Tante et plusieurs de ses amis venus pour témoigner de son innocence dans le grand massacre du temple.

De son côté Hérode Antipas se mit également en route pour Rome en emmenant avec lui  » Antipater le 4ème fils de Salomée  » qui vouait à Archélaüs une haine tenace et une jalousie enracinée de longue date.

En arrivant au port de Césarée Archélaüs rencontra Varus et Sabinus, l’intendant d’Auguste en Syrie. Sabinus qui voulait s’approprier les biens et richesses du défunt Hérode conservés dans les forteresses de Jérusalem et alentours, se vit interdire ce projet par Varus qui ordonna avant toute chose d’attendre la décision d’Auguste pour la succession et le partage des biens du roi décédé.

A peine Archélaüs se fut embarqué pour son long voyage vers Rome et que Varus s’en fut retourné à Antioche, Sabinus transgressa les ordres et vint s’installer dans l’ancien palais d’Hérode. Il commanda aux trésoriers généraux de lui remettre les comptes et ordonna aux responsables de Jérusalem de mettre les forteresses de la ville entre ses mains. Ce qui provoquaune révolte dans le peuple.

Craignant que les juifs ne se soulèvent durant le voyage des futurs Tétrarques, Varus avait laissé dans Jérusalem une légion de romains chargée de réprimer tous débuts de troubles. Sabinus qui était très avare fouilla les endroits où Hérode aurait pu cacher ses trésors.

Les juifs en furent si irrité qu’à la fête de la Pentecôte ils vinrent de tous les coins du royaume pour se rassembler à Jérusalem et essayer de soulever le peuple contre Sabinus. Les juifs se séparèrent en trois groupes : l’un occupa l’hippodrome, le second assiégea le temple et le troisième assiégea le palais royal. Sabinus fut étonné de l’émoi qu’il avait suscité et il écrivit à Varuspour lui demander de venir le secourir le plus rapidement possible lui et la légion qui devait assurer la sécurité de Jérusalem. Puis Sabinus monta sur la plus haute tour de Jérusalem (la tour Phasaël) pour faire signe aux romains de tenter une sortie.

Les romains sortirent et plusieurs juifs furent tués dans ce combat, une partie des assaillants juifs monta sur les portiques de la dernière enceinte du temple d’où ils jetèrent une quantité de pierres sur les soldats romains. Ceux-ci ripostèrent en mettant le feu aux portiques en bois du temple et alimentèrent les flammes avec tout le bois qu’ils purent trouver. Les flammes montèrentet embrasèrent toute cette partie de l’édifice en brûlant gravement de nombreux combattants. Les autres qui n’étaient pas armés furent tués en se sauvant par les légionnaires qui les attendaient.

Puis les romains entrèrent dans le temple et cherchèrent avidement l’endroit où était caché le trésor du temple : l’argent consacré à Dieu. Les soldats se remplirent leur poche et Sabinus n’obtint que quatre cent talents pour satisfaire son avarice. L’autre groupe qui encerclait le palais royal envoya un ultimatum à Sabinus pour qu’il se rende, mais lui préféra attendre le secours de Varus.

Simultanément de nombreux troubles éclatèrent dans les autres provinces du royaume. On volait, on brûlait, on égorgeait pour se venger.

Deux mille mercenaires étrangers, anciens soldats d’Hérode le Grand qui venaient d’être licenciés se regroupèrent pour attaquer Achiab le neveu d’Hérode qui n’osa pas les attaquer en rase campagne.

Séphoris, la ville près de Nazareth qui fut longtemps  » Capitale de Galilée  » jusqu’à ce que Hérode ne construise Tibériade et ne lui transfère ce titre, se vit menacée par Judas, fils du voleur Ezéchias qu’Hérode avait en son temps exécuté (motif pour lequel il avait dû comparaître devant le Sanhédrin.) Ce bandit écuma tous les villages voisins et annonça qu’il prétendait à la couronne de Judée ! Non pas qu’il eut les capacités nécessaires à ce suprême degré d’honneur, mais parce qu’élevé au rang de chef des brigands il pensait que comparé aux actes du roi qui l’avait précédé, la charge ne devait être ni plus difficile, ni guère différente.

Il s’empara des arsenaux du roi, les arma en sa faveur et déclara la guerre à tous ceux qui contestaient son autorité.

Un autre illuminé, un certain Simon ancien régisseur d’Hérode, fut assez hardi pour annoncer qu’il se mettrait la couronne sur la tête, la folie du peuple alla jusqu’à le proclamer roi. Il commença par mettre le feu au palais royal de Jéricho. Satisfait de son pouvoir, il continua par en brûler plusieurs autres et les laissa piller par ses gens. Il aurait continué ses méfaits si Gratus qui commandait les troupes du royaume ne s’était joint aux romains pour aller le combattre. Les rebelles qui ignoraient l’art de la guerre, furent défaits, Simon qui s’enfuyait fut rattrapé, puis Gratus lui fit trancher la tête.

Un peu plus loin une nouvelle bande avait mis le feu au palais royal d’Amatha. La Judée était à feu et à sang et on commençait seulement maintenant à reconnaître le mérite d’Hérode le Grand :

 » Par la crainte il était arrivé à imposer l’ordre et à garantir les droits, les biens et la sécurité des sujets du royaume. »

Un berger nommé Atronge, issu de simple naissance, se déclara roi uniquement parce qu’il se croyait physiquement plus fort que les autres et engagea ses quatre frères comme chefs de bandes rebelles. Pendant que ses puînés allaient piller de part et d’autre, il se promenait avec la couronne sur la tête, délibérait des affaires et ne supportait pas qu’on désobéisse à sa suprême autorité !

De temps à autre il attaquait des convois romains, des marchands juifs pour les dévaliser ou même les troupes régulières du défunt Hérode. Un jour il rencontra près d’Emmaüs un détachement romain chargé de porter à leurs troupes du blé et des armes. Il les attaqua tua Arius leur chef avec quarante des plus vaillants des siens. L’intervention subite de Gratus sauva heureusement tout le reste du détachement.

Enfin trois des frères furent vaincus et capturés : le premier fut pris par Gratus, le second mourut au combat, le troisième fut pris par Ptolémée, Atronge fut capturé par les soldats d’Archélaüs et le dernier de la famille, fatigué et malade se rendit sur la promesse de l’oncle d’Archélaüs d’avoir la vie sauve.

C’est dans cette anarchie complète qu’intervint VARUS à la tête de deux légions stationnées en Syrie et de quatre compagnies de cavalerie. En cours de route il reçut le renfort de 1.500 cavaliers venus de Béryte. ARETAS, le roi des arabes, lui envoya à Ptolémaïs un corps considérable de cavalerie et d’infanterie dans l’espoir de faire quelques dégâts aux juifs pour venger les affronts qu’Hérode lui avait fait subir par le passé.

Le fils de Varus qui commandait une partie des troupes reprit Séphoris et fit vendre à l’encan ( marché public d’esclaves ) tous les juifs qui avaient osé lui résister.

Varus à la tête de son armée campa dans un village nommé Arus qui appartenait à Ptolémée. Les arabes y mirent le feu. A Sampho les arabes prirent la place, la pillèrent et la brûlèrent, comme beaucoup d’autres villes. Les romains firent de même, Varus pris possession de la ville d’Emmaüs que la habitants avaient abandonnée. Varus la fit brûler pour venger tous les romains qu’on y avait tués.

Dès que les juifs apprirent à Jérusalem la venue en force de Varus ils levèrent le siège et décampèrent. Sabinus les imita secrètement. Les habitants et le petit-fils d’Hérode vint au devant de Varus qui les réprimanda sévèrement. Varus ordonna une enquête pour connaître les meneurs des troubles et ainsi : 2.000 JUIFS furent CRUCIFIES !

Varus était sur le point de se retirer lorsqu’il apprit que 10.000 juifs s’étaient à nouveau rassemblés. Il alla en toute hâte à la rencontre des belligérants, mais ceux-ci préférèrent se rendre sans condition à Achiab chef des troupes royales. Varus étant arrivé il fit enchaîner les chefs des rebelles et les envoya à Auguste qui pardonna à la plupart. Après que Varus eut ainsi rétablit la paix et le calme dans tout le royaume, il laissa dans Jérusalem la même légion qui y était auparavant et retourna à Antioche.

 

  1.  AUGUSTE reçoit les délégations juives à ROME

 

Pendant ce temps les deux groupes de la même famille menés l’un par ARCHELAUS et l’autre par Hérode ANTIPAS étaient arrivés à Rome. L’empereur Auguste leur avait donné une audience dans son palais pour les recevoir tous ensembles devant son conseil.

Archélaüs fit présenter à l’Empereur le dernier testament d’Hérode scellé par Ptolémée que son père rédigea quatre jours avant sa mort. Après qu’Auguste eut lut les différents mémoires auxquels s’ajoutèrent les lettres de Varus concernant les problèmes rencontrés en Palestine depuis le départ du futur roi et les lettres du fourbe Sabinus, il assembla son conseil présidé par Caïus César, fils d’Agrippa et de Julie sa fille adoptive, il reçut les deux prétendants au trône et leurs conseillers pour les entendre.

C’est ANTIPATER IV, fils de Salomée et ennemi d’Archélaüs qui prit la parole en disant qu’Archélaüs s’était déjà déclaré roi et assis sur le trône de Judée sans attendre l’avis de César Auguste.

D’avoir délivré les prisonniers qu’Hérode avait fait emprisonner, accordé au peuple des grâces hors ses compétences et surtout ordonné le massacre dans le temple de nombreux juifs, venus pour prier mais qui s’étant rebellés contre l’autorité de Rome avaient donc mérité leur mort.

Archélaüs aurait eu si peu d’amour pour son père qu’il aurait festoyé toute la nuit où son père mourut et le lendemain il aurait versé des larmes hypocrites comme un acteur de théâtre. Antipater acheva sa plaidoirie en citant comme témoins plusieurs membres de la famille.

Nicolas de Damas qui représentait la partie adverse argumenta que les hommes tués dans le temple l’avaient mérité puisqu’ils avaient auparavant tué une compagnie de la sécurité du royaume. Qu’ainsi ils avaient violé les lois de l’Empire. Si Archélaüs avait été proclamé roi c’est avec le consentement de l’empereur qui avait autorisé Hérode à faire son choix. Ce dernier choix ayant été fait juste avant sa mort, devant témoins qui ont affirmé et reconnu qu’en ce moment le roi HERODE était libre et totalement sain d’esprit, il serait injuste de modifier ses dernières volontés dont la famille ici présente n’attendait plus que la confirmation de la bonté de l’Empereur.

Quand Nicolas eut achevé sa plaidoirie, Archélaüs se jeta à genoux devant Auguste qui le releva avec beaucoup de douceur. Il lui laissa espérer qu’il ne ferait rien de contraire au testament et qu’il le jugeait digne de régner. Sur quoi il ajourna sa décision finale.

Quelques jours après Malthace, mère des deux prétendants au trône tomba malade et mourut à Rome. Auguste apprit par courrier les nombreux troubles qui ont nécessité l’intervention de Varus et l’aide apportée par les pays voisins pour mâter la rébellion.

Après que tous ces troubles eurent agité la Judée, vint à Antioche une délégation de cinquante juifs pour demander à Varus la permission de se rendre à Rome pour demander à l’Empereur de les exempter d’obéir aux descendants d’Hérode et de rattacher les provinces de Palestine sous la tutelle du gouvernement de Syrie.

Varus leur ayant accordé cette requête, ils partirent pour Rome et demandèrent audience à l’empereur. Plus de huit mille juifs demeurant à Rome vinrent avec eux pour appuyer leur demande.

L’empereur organisa une grande assemblée dans le temple d’Apollon et y laissa entrer…la délégation juive et la famille d’Hérode.

Les ambassadeurs n’y allèrent pas de main morte car ils dressèrent un véritable réquisitoire contre la mémoire d’Hérode en essayant de démontrer sa cruauté et les préjudices portés à ceux qu’il avait tués ou emprisonnés, il aurait même violé une quantité de jeunes filles et de femmes de condition qui n’auraient eut qu’un seul soulagement, celui de perdre tout souvenir de cesinfâmes outrages.

Puis ils s’attaquèrent au début de règne d’Archélaüs qui apparemment ne valait pas mieux que son père ! Qu’en conséquence ils imploraient l’Empereur de leur donner une chance pour prouverleur bonne conduite et leur obéissance aux lois romaines en les unissant au gouvernement de Syrie et en rejetant la dynastie des Hérodiens.

Auguste donna ensuite la parole à Nicolas de Damas devenu subitement le défenseur de toute la famille d’Hérode le Grand qui se retrouvait soudain mise au banc des accusés.

Il trouva étrange que l’empereur étant jugé si bon et si juste que personne n’avait trouvé utile de venir accuser Hérode du vivant de l’accusé ! Car si ces dires avaient été fondées, Auguste n’aurait pas manqué de punir ces crimes si odieux, mais maintenant qu’Hérode était à peine enterré il était indécent de déshonorer sa mémoire !

En ce qui concernait Archélaüs il était innocent et plein de bonne volonté mais il avait dû agir rapidement de la sorte, de peur que cette rébellion n’enflamma tout le royaume. D’ailleurs ces juifs n’avaient-ils pas enfreints les lois en assassinant froidement les soldats de César chargés de maintenir l’ordre. En conséquence il les accusait d’être des  » séditieux incapables d’obéir à toutes lois. « 

Quelques jours après Auguste rendit son verdict :

Il accorda à Archélaüs le titre d’Ethnarque avec promesse de l’ établir roi s’il s’en rendait digne par sa vertu. Il reçut la Judée, l’Idumée et la Samarie. Etaient inclus : la Tour de Straton (Sébaste), Yppon et Jérusalem. Mais les villes de Gaza, Gadara et Joppé étaient redonnées au gouverneur de Syrie.

son frère Antipas fut nommé Tétrarque de Galilée avec le pays situé au delà du fleuve Jourdain.

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Philippe, le demi-frère fut nommé Tétrarque de Trachonite, de Bathanée, et de l’Auranite et une partie autour de Jamnia ayant appartenu à Zénodore.

quant à Salomée outre les villes de Jamnia, Azot, Phazaélide et le reste qu’Hérode lui avait légué. Auguste lui ajouta un palais dans Ascalon.

Auguste rendit aux enfants d’Hérode les mille talents qu’il lui avait offert et ne garda que quelques vases en souvenir de lui. Quelques jours après la famille d’Hérode le Grand s’en retourna vers la Palestine, chacun dans son bateau et avec ses amis.

Pendant ce voyage un juif de Sidon qui habitait chez l’affranchi d’un citoyen romain, décida de porter sa candidature au trône de Judée parce qu’il ressemblait physiquement à Alexandre le fils de Mariamne comme un jumeau. Il alla trouver un ancien domestique d’Hérode qui l’informa de tout ce qui concernait la vie intime d’Alexandre, si bien que tous ceux qui avaient conversé avec Alexandre, juraient sous serment qu’Alexandre était revenu. Pour expliquer sa disparition il argumentait qu’il avait été sauvé par un fidèle et pieux soldat officiellement chargé de les exécuter.

Il s’en alla d’abord en Crète, puis dans l’île de Mélos où il reçut des juifs tant d’argent et tant d’enthousiasme qu’il se résolut d’aller à Rome pour demander le royaume à Auguste.

Auguste considéra attentivement cet imposteur et constata qu’il avait les mains calleuses et qu’il parlait plutôt comme un homme du peuple. Il lui dit alors à l’oreille : si vous me dites à moi seul la vérité, je vous laisserai la vie sauve. Mais comme un tel subterfuge dépasse votre âge, dites-moi donc qui vous a incité dans une telle entreprise ?

Ces paroles surprirent tellement le faux Alexandre qu’il avoua tout à son juge. Auguste fit pendre celui qui l’avait si bien instruit et respecta sa promesse en envoyant la doublure d’Alexandreaux galères. Quant aux juifs de Mélos et de Crète, ils ne revirent jamais l’argent qu’ils avaient dépensé.

 

  1.  Le règne d’ARCHELAUS et la mort d’AUGUSTE

 

Le nouvel Ethnarque Archélaüs fit rebâtir le palais Royal de Jéricho et partagea les eaux de Néara pour irriguer une grande palmeraie voisine et alimenter une nouvelle bourgade qu’il nomma Archélaïde.

Puis il épousa Glaphyra (fille d’Archélaüs roi de Cappadoce) et veuve de son demi-frère Alexandre dont elle avait eut deux fils. Après la mort d’Alexandre, son père l’avait remariée à JUBA, roi de Lybie, qui lui aussi décéda rapidement. A peine fut-elle remariée à Archélaüs de Judée qu’elle eut un songe prémonitoire où son premier époux Alexandre vint lui annoncer sa mort prochaine. Elle raconta ce songe à ses amies et mourut quelques jours après…

Neuf années après avoir été Ethnarque de Judée Archélaüs fut dénoncé par les juifs auprès d’Auguste qui l’accusèrent d’être un tyran sans aucune bonté. Auguste le fit convoquer par son agent de Rome qui arriva dans son palais en plein festin. Il lui fit part des ordres d’Auguste et Archélaüs l’accompagna à Rome. Archélaüs n’ayant guère trouvé d’arguments valables pour sa défense, Auguste lui confisqua tous ses biens et l’envoya en exil à Vienne près de Lyon.

En l’an + 6 Auguste nomma Cyrénius (ex-consul) Gouverneur de Syrie, à la place de Varus qui fut envoyé combattre la révolte en Germanie. La province d’Archélaüs fut alors annexée à celle de Syrie.

Cyrénius reçut l’ordre de vendre le palais d’Archélaüs et de faire un recensement général des hommes et de tous leurs biens, ainsi que du patrimoine d’Archélaüs dont il se saisit de tout l’argent.

A ses côtés Auguste avait nommé COPONIUS, un chevalier romain, chef d’un corps de cavalerie, comme premier PROCURATEUR DE JUDEE mais qui était placé sous l’autorité directe du gouverneur de Syrie.

Les juifs prirent assez mal ce recensement de leurs biens, mais le Grand-Prêtre Joasar les persuada de ne pas y résister. Peu de temps après un certain JUDAS qui était gaulanite de la ville de Gamala qui était assisté d’un pharisien nommé Sadoc excita le peuple à la révolte en déclarant que ce dénombrement n’était qu’une manière camouflée qui devait bientôt les conduire à l’esclavage. Il les exhorta à défendre vaillamment leur liberté et leur dit que Dieu leur serait favorable s’il combattaient pour le maintien de leurs droits. Il proposa l’institution d’une nouvelle secte (parti des membres zélotes – ou membres de la résistance active dans la lutte contre les romains)

Même si l’auteur ne mentionne pas le nom de zélotes qui apparaîtra plusieurs fois dans les Evangiles, il décrit ses membres qui sont comparables en tous points aux pharisiens excepté que ceux qui en font profession (serment) ne reconnaissent que Dieu pour Seigneur et Roi. Il préfèrent endurer toutes sortes de tourments plutôt que de souffrir dans leur amour inconditionnel pour la liberté.

Flavius affirme que ces deux hommes créèrent des troubles incroyables dans tout le pays : ce n’était que meurtres et brigandages. On pillait pour s’enrichir indifféremment les amis et les ennemis sous prétexte de protéger la liberté publique et on tuait même les gens de haute condition. Durant cette guerre civile on força les villes à se soumettre aux rebelles et il s’en suivit une nouvelle famine.

Joazar, fils de Boétus était Grand-Prêtre mais on l’accusait d’avoir soutenu le parti des révoltés, Cyrénius attribua le titre de Grand- Prêtre à Eléazar, frère de Joazar. Peu de temps après il le reprit pour le donner à Jésus, fils de Sias ( Liv. XVII – chap. XV ) !

Mais au ( Liv. XVIII chap. III ) Josèphe indique qu’en l’an + 6 (soit 37 ans après la bataille d’Actium qui eut lieu en -31 ) Cyrénius gouverneur de Syrie, ôta la charge de Grand Prêtre à Joasar pour la donner à Ananus, fils de Seth.

     Les premiers procurateurs de Rome en Judée :      

Coponius de + 6 à 8

Marcus Ambivius 9 à 12

Annius Rufus de 12 à 15

Valerius Gratus de 15 à 26

Pontius Pilatus de 26 à 36

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Dans les deux autres Tétrarchies la vie fut beaucoup plus calme et ces deux pays et leurs terres annexées gagnèrent en prospérité …

Hérode Antipas reconstruisit Séphoris, et en la fortifiant d’un deuxième rempart en fit la plus forte place fortifiée de la Galilée. Il fortifia également Bératamphtha et la nomma Juliade en l’honneur de l’impératrice.

Hérode Philippe II embellit Panéade qui est au pied du Mont Hermon (Liban) et la baptisa aussi Césarée. Il agrandit de telle sorte Bethsaïda, le bourg au bord du lac de Génésareth qu’on le prit pour une grande ville prospère, il lui donna le deuxième nom de Juliade en l’honneur de Julie fille d’Auguste.

A la Pâque de l’an + 7 des samaritains vinrent durant la nuit pour jeter des ossements humains dans les galeries et les cours du temple de Jérusalem afin de le rendre impur durant les jours de fêtes.

L’an + 9 fut une année noire pour les romains en Germanie. Varus ayant imposé de trop nombreuses réformes et voulant conquérir la Bohême se fit prendre au piège des Teutons en regagnant ses camps d’hiver en Westphalie, il s’enlisa dans les marécages de Teutoburg. Paralysé par ses propres chariots remplies des familles des trois légions et des neuf corps auxiliaires de son armée tous embourbés, il fut harcelé sous la pluie par un ennemi insaisissable qui massacrait tous les romains sans pitié. Soudain une rumeur circula : Varus et ses principaux officiers venaient de se suicider ! La panique fut complète, l’armée fut sauvagement décimée et mutilée dans une déroute totale.

An + 13 Auguste fête ses soixante quinze ans et comme il est malade, il rédige son testament en désignant Tibère le fils de son épouse (adopté en + 4) comme successeur au trône.

Le 14 septembre de l’an 14 il est à Capri pour se reposer. Une tenace dysenterie l’a considérablement affaiblie. Il va à Naples pour assister aux jeux organisés en son honneur, mais il rentre à Nole et sentant venir la fin, il dit à Tibère et à ses amis en souriant :

Si vous trouvez que j’ai bien joué le rôle de ma vie, alors saluez-moi et battez des mains avec plaisir en applaudissant le dernier acte…

Il rendit l’âme à 21 heures et Tibère, âgé de 56 ans lui succéda.

turquie156

 

 

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