L’écrivain israélien Amos Oz (1939-2018)

Amos Oz (1939-2018)

AVT_Amos-Oz_5479

Œuvres principales

La Boite noire

Soudain dans la forêt profonde

Amos Oz (né Amos Klausner (Jérusalem, 4 mai 1939), mort le 28 décembre 2018, est un poète, romancier et essayiste israélien.   Il est également professeur de littérature à l’université Ben-Gourion de Beer-Sheva.. Amos Oz est le cofondateur du mouvement La Paix maintenant et l’un des partisans les plus fervents de la solution d’un double État au conflit israélo*palestinien.

 

Biographie

Amos Oz est né à Jérusalem où il grandit rue Amos, dans le quartier de Kerem Avraham. Il est le fils unique de Yehuda Arieh Klausner et Fania Mussman, des immigrants sionistes  d’Europe de l’Est fuyant l’antisémitisme grandissant. Son père avait étudié l’histoire et la littérature à Vilnius en Pologne (Lituanie). Ses parents émigrent en Palestine mandataire au début des années 1930. Son père travaille comme bibliothécaire à Jérusalem et sa mère donne des leçons d’histoire et de littérature. Klausner décrit sa famille comme pauvre. Sa grand-mère maternelle possédait un moulin à Rivne, en Pologne de l’Est (actuelle Ukraine), mais était venue à Haïfa en 1934.

De nombreux membres de la famille d’Amos Oz s’inscrivaient dans le courant du sionisme révisionniste.  L’oncle de son père, Joseph Klausner, fut candidat du Hérout à la présidence de l’État d’Israël contre Chaim Weizmann   et tenait la chaire de littérature hébraïque à l’université hébraïque de Jérusalem. Amos et sa famille entretenaient une certaine distance à la religion dont ils méprisaient l’irrationalité.

Sa mère se suicida alors qu’il avait douze ans. Cet événement est à l’origine de la série d’interrogations qui figurent dans son livre Une histoire d’amour et de ténèbres. « Jusqu’à l’âge de 12-13 ans, j’étais fanatique et militariste, je croyais en la force militaire, j’aimais le slogan de Vladimir Jabotinsky, leader de la droite nationaliste : “Dans le sang et le feu, Israël est tombé. Dans le sang et le feu, Israël se relèvera”».

Amos Oz, sioniste de plus en plus séduit par la gauche, rejoignit le kibboutz de Houlda à l’âge de quinze ans. C’est à cette époque qu’il adopta le nom d’« Oz » qui signifie « force » en hébreu. C’est à Houlda qu’il commence à écrire, et qu’il gagne progressivement le droit de consacrer quelques journées par semaine à ses livres. Il demeura au kibboutz jusqu’à ce que sa femme Nily et lui s’installent à Arad, dans le nord du désert du Néguev en 1986 en raison de l’asthme de leur fils Daniel.

À la fin des années 1950, Amos Oz servit dans Tsahah et se trouva confronté aux escarmouches à la frontière syrienne.

Ensuite, Oz étudia la philosophie et la littérature hébraïque à l’université hébraïque de Jérusalem.. En dehors de courts articles dans les bulletins des kibboutzim et le journal Davar, il ne publia rien avant l’âge de 22 ans. Il commença à publier ses premiers récits, en 1965. Son premier roman fut publié en 1966. Dès lors il se mit à écrire sans discontinuer, publiant une moyenne d’un livre par an sur les presses du parti travailliste, Am Oved, qu’il quitta finalement, en dépit de ses affiliations politiques, pour Keter. Pendant la Guerre des Six Jours, en 1967, il servit dans une unité de tanks dans le Sinaï et lors de la Guerre du Kippour de 1973 il fut affecté sur le plateau du Golan.

Amos Oz s’est retiré à Arad. En novembre 2008, l’écrivain annonce qu’il rallie la « Nouvelle gauche » (parti de la gauche sioniste favorable à un partage territorial) pour contrer le Likoud (droite nationaliste), dirigé par Benjamin Netanayahou, en vue des élections de février 20094.

En janvier 2018, il est signataire avec 34 autres personnalités littéraires dont Zeruya Shalev, David Grossman, Orly Castel-Bloom et Etgar Ketet d’une lettre adressée au premier ministre israélien Benjamin Netanyahu israélien lui demandant le non renvoi des personnes réfugiées originaires de l’Érythrée et du Soudan.

Sa fille aînée, Fania, enseigne l’histoire à l’université d’Haïfa.

 

Regard sur l’œuvre

Amos Oz a écrit 18 ouvrages en hébreu, et près de 450 articles et essais. Ses œuvres sont traduites en trente-neuf langues différentes.

Tournée vers l’exploration des êtres, de leurs espoirs et de leurs déceptions, de leurs relations souvent complexes, parfois frustrées, l’œuvre d’Amos Oz obéit surtout à un principe qui consiste à tenter, par l’écriture, de se mettre à la place d’autrui, pour mieux le comprendre. Amos Oz a souvent dépeint les relations de couple, l’amitié, les liens du voisinage, dans des lieux comme Jérusalem, ou le kibboutz, autant de prismes au travers desquels il cherche à envisager l’humanité dans son ensemble.

Adepte de la forme brève de la nouvelle, qu’il a souvent illustrée dans ses textes, Amos Oz revendique volontiers l’héritage de l’écrivain américain Sherwood Anderson. Comme chez ce dernier, ses nouvelles sont généralement liées les unes aux autres, Le terme de « roman en nouvelles » a parfois été indiqué par Amos Oz pour définir une forme qu’il affectionne

Amos Oz milite pour une lecture lente de la littérature, qui permet de retrouver ce qu’il appelle un bonheur tranquille. Plutôt que la dissection et l’analyse à outrance du texte, il encourage la recherche du simple plaisir de la lecture et la bonne compréhension du texte, notamment par la participation active du lecteur au contrat introductif du début de chaque livre.

Prix et distinctions

Sa carrière est jalonnée par l’obtention de quelques-uns des prix et distinctions les plus prestigieux en Israël et dans le monde.

 

Œuvres

Romans

Ailleurs peut-être (1966)

Mon Michaël (1968)

Toucher l’eau, toucher le vent (1973)

Sous cette lumière flamboyante (1979)

Une paix parfaite (1982)

Dans la terre d’Israël (1983)

La Boite noire (1986 en hébreu ; 1988 en français) — prix Fémina étranger 1988

Connaître une femme (1989)

La Troisième Sphère (1994)

Ne dis pas la nuit (1994)

Une panthère dans la cave (1995)

Un juste repos (1996)

Seule la mer (2002)

Une histoire d’amour et de ténèbres (2003), roman autobiographique

Soudain dans la forêt profonde (2005)

Vie et mort en quatre rimes (2007 en hébreu ; 2008 en français)

Judas (2014 en hébreu ; 2016 en français)

 Recueils de nouvelles

Les Terres du chacal (1965)

Jusqu’à la mort (1971)

La Colline du mauvais conseil (1976)

Mon vélo et autres aventures (1978), ouvrage pour la jeunesse

Scènes de vie villageoise (2010)

Entre amis (2013)

 Essais

Les Voix d’Israël (1983

Les Deux Morts de ma grand-mère et autres essais (1995)

L’histoire commence (Paris, Calmann-Lévy, 1996)

Aidez-nous à divorcer ! – Israël Palestine, deux États maintenant (Paris, Gallimard, 2004)

Comment guérir un fanatique (Paris, Gallimard, 2006)

Politique

Amos Oz compte parmi les intellectuels les plus influents en Israël. Il fut l’un des premiers à plaider en faveur de la séparation en deux États comme solution au conflit entre les Israéliens et les Palestiniens après la Guerre des Six Jours.

En 1978, il fut l’un des fondateurs de La Paix maintenant et s’oppose depuis régulièrement au phénomène des colonies de peuplement. Il se prononça également en faveur des Accords d’Oslo et du dialogue avec l’OLP.. Il s’est dit à plusieurs reprises opposé à un total droit total des réfugiés palestiniens, et a défendu à ses débuts la construction de la barrière de séparation israélienne entre Israël et la Cisjordanie, même s’il en conteste parfois le tracé. De nombreux observateurs de l’aile droite le considèrent comme l’un des orateurs les plus éloquents représentant la gauche sioniste.

Oz a longtemps été proche des travaillistes   et de leur dirigeant Shimon Peres. Dans les années 1990 il retire son soutien au parti travailliste et se rapproche de la gauche, du Meretz, où il entretient des liens avec Shulamit Aloni, et appelle à voter pour le Meretz lors des élections à la Knesset en 2003.

En juin 2006, il a dans un premier temps affirmé le droit d’Israël à se défendre dans le conflit israélo-libanais de 2006 avant d’appeler rapidement à un cessez-le-feu dans un article cosigné avec les écrivains israéliens David Grossman et Avraham Yehoshua dans le journal Hararetz.

Amos Oz : « Toute rencontre est matière à littérature »

Le célèbre écrivain israélien Amos Oz, ardent défenseur de la paix dont le roman autobiographique «Une Histoire d’amour et de ténèbres» avait connu un succès mondial, s’est éteint vendredi 28 décembre à l’âge de 79 ans, a annoncé sa fille.

Voici l’entretien qu’avait réalisé « La Croix » avec lui en 2008.

 

La Croix: Votre nouveau roman, Vie et mort en quatre rimes (lire les repères ci-dessous) est un essai sur l’écriture. On y suit pendant une nuit les pas d’un écrivain participant à une conférence sur son dernier ouvrage. Il invente son histoire en même temps qu’elle se déroule. Les personnages sont assez ternes, des antihéros. Pourquoi ce livre non conventionnel ?

 Amos Oz : J’ai voulu décrire la comédie humaine comme elle arrive tous les jours. Montrer que toute rencontre, tout événement, quelle que soit sa banalité, peut devenir matière à littérature. Le livre évoque la misère humaine, la quête d’amour de petites gens qui d’habitude ne deviennent pas des figures littéraires. Cela aurait pu être une pièce de théâtre. À la fin, je dresse la liste des personnages en les décrivant, avec humour.

Vous donnez une fois par semaine des cours de littérature à l’université de Beersheva. Le reste du temps, vous écrivez, dans votre maison d’Arad, au bord du désert. Comment procédez-vous ?

Après chaque livre, je sais qu’il est temps de commencer le suivant. Chaque matin, j’ai ma routine. J’effectue une promenade dans le désert, pendant une quarantaine de minutes. Et je lis un chapitre de la Bible. Je ne suis pas un homme religieux, je ne vais jamais à la synagogue. Je lis la Bible en tant qu’œuvre littéraire, superbe. Il y a des chapitres à portée universelle, d’autres spécifiquement juifs. Il y a des épisodes historiques, philosophiques, poétiques. Il y a aussi tout simplement de belles histoires.

 Ces lectures m’aident à entendre le monde. La Bible c’est mon « la ». Je la lis depuis mon plus jeune âge. C’est d’autant plus facile que l’hébreu biblique n’est pas très éloigné de celui que nous parlons. L’hébreu moderne a simplement rajouté un deuxième ou un troisième étage. Un enfant de 6 ans peut lire la Bible en ne rencontrant que de faibles difficultés.

Quel est votre rapport aux livres ?

Quand j’étais professeur dans un lycée, j’essayais de créer l’appétit de littérature chez mes élèves. Je leur disais que lire était comme un processus érotique. Quand on prend un livre que l’on n’a jamais lu, on lit le titre, on regarde la couverture, on l’ouvre, on le parcourt, parfois on le sent, on le renifle, et puis on commence. Et là, c’est une affaire d’alchimie personnelle entre le lecteur et l’écrivain. À la première page, ça prend ou ça ne prend pas. Tout commence par cette relation physique.

Internet va-t-il détruire cette relation ?

Peut-être la lune de miel entre les lecteurs et le livre est-elle derrière nous ? Mais il y aura toujours une minorité passionnée. Si un jour on fermait toutes les bibliothèques, il y aurait des lecteurs accros qui y entreraient par effraction ! Il faut se souvenir que pendant des siècles, lire a été le fait d’une minorité. C’est à partir du XVIIIe siècle que c’est devenu populaire.

Les Israéliens lisent-ils beaucoup ?

Une enquête a montré qu’ils lisent plus que toute autre nation vivant sous le soleil, sauf l’Islande ! Le peuple juif est un peuple du verbe. Pendant des siècles, il ne comptait ni peintre, ni sculpteur, ni architecte. Il n’avait pas le choix ! Les autres construisaient des châteaux, des palais. Nous, nos cathédrales étaient de plume. Les livres, ils pouvaient les emmener dans l’urgence avec eux. Cela a changé, bien sûr.

Que trouvent-ils dans la lecture ?

Les Israéliens ne lisent pas des romans dans le but de les apprécier, mais dans la recherche du désaccord, pour pouvoir s’engueuler avec l’auteur ou les personnages. Dans notre culture, débattre est un sport aussi populaire que le football dans votre pays. Quand j’ouvre ma boîte aux lettres et que j’y trouve tout le courrier que l’on m’envoie, je me dis même qu’il y a plus d’auteurs que de lecteurs, et même que de citoyens !

Dans la Bible, les gens débattent avec les juges, avec les sages, avec Dieu. Pas loin d’ici se trouvait Sodome. C’est là qu’Abraham a négocié avec Dieu le sort de la cité. Et quand il a perdu, il lui a dit, en substance : « Toi, Dieu, tu es peut-être le législateur et l’exécutif suprême, mais il n’y a pas de raison que tu sois au-dessus des lois ! » Cela me fait aussi penser à Jésus, sur la croix, quand il crie : « Pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Ce besoin de controverse est sans doute un des secrets de la créativité du peuple juif. Même les enfants sont encouragés et habitués à douter, à contester. Le judaïsme a toujours été un jeu infini d’interprétations, de contre-interprétations, de réinterprétations des mêmes livres. C’est une civilisation de l’interprétation !

Quel regard portez-vous sur la scène littéraire israélienne ?

Elle est d’une grande vivacité, beaucoup plus riche qu’il y a quinze ans. Il y a des auteurs post-modernes, d’autres traditionnels, certains pleins d’humour. Il y a des œuvres très politiques, d’autres complètement apolitiques. La plus grande nouveauté, c’est que beaucoup de livres sont écrits par des femmes. Je ne me l’explique pas. Mais je me régale.

 

https://www.la-croix.com/Archives/2008-03-13/Amos-Oz-ecrivain-israelien-Toute-rencontre-est-matiere-a-litterature-.-_NP_-2008-03-13-315043?from_univers=lacroix

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s