Le Film « Une affaire de famille » de Hirokazu-Kore Eda

Une affaire de famille

Film de Hirokazu-Kore-Eda

Film japonais, Palme d’Or du dernier Festival de Cannes (2018).

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Dans ce film le cinéaste japonais explore à nouveau à la fois le thème de l’enfance abandonnée et celui de ce qui constitue les liens familiaux. En effet qu’es-ce qui constitue une famille ? Est-ce que ce sont les liens du sang ou simplement le fait de vivre ensemble dans une atmosphère remplie d’amour ? Telle est la question que pose le film comme dans les autres films commeNobody knows (2004) et Tel père, tel fils(2016)

Un soir d’hiver en rentrant chez lui après un énième vol en compagnie de son fils Shota dans une grande surface, Osamu découvre une petite fille seule et tremblant de froid ; semblant abandonnée, il décide alors de la recueillir chez lui. La petite Juri est vite adoptée par toute la famille composée de l’épouse de Osamu, d’une sœur et surtout de la grand-mère.

En pénétrant chez cette famille pauvre, loin des lumières de la ville de Tokio (mais dans un quartier indéterminée) on découvre ce qui semble un appartement ! C’est un appartement où l’on vit les uns sur les autres, où règne un étrange désordre ; un désordre constitué des rapines des uns et des autres. Là s’entremêlent des tas de vêtements, de tissus de toutes sortes et d’objets hétéroclites. Mais il n’y rien de misérable dans ce capharnaüm où la débrouille est la clé de la survie. Et la petite Juri va vite trouver sa place : choyée comme ne l’a jamais été elle évolue naturellement dans cette nouvelle famille qu’il l’a adoptée et qu’elle a adoptée.

Et Juri apprend vite aussi à chaparder avec l’aide de Shota. Et on découvre que la Mamy, Hatsue, qui régente la famille se live au chantage, que la femme de Osamu, Nobuyo, fait les pioches des clients de la blanchisserie où elle travaille, et Aki, la jeune adolescente, s’exhibe dans un peep-show. Il ne saurait être question que les deux enfants aillent à l’école : « l’école, c’est pour les enfants qui n’arrivent pas à étudier chez eux » affirme résolument  Shota

Mais au bout de quelque temps la disparition de la fillette est connue et les journaux s’emparent de l’affaire. Qu’à cela tienne : on coupe ses cheveux et on lui donne un nouveau prénom. D’ailleurs dit le père : « Il n’y a pas enlèvement, puisqu’il n’y a pas demande de rançon ! ». Et la vie peut continuer, une vie faite de petits arrangements avec la morale, mais une vie faite de chaleur et de moments de tendresse aussi.

Après la scène sur la plage, scène comme un ultime moment de bonheur et d’inconscience aussi, le film bascule brusquement dans le drame. Les secrets qui se cachent  derrière cette apparence d’une vie de famille normale sont mis au grand jour (on ne saurait les dévoiler : au spectateur de les découvrir !). Le réalisateur ne juge pas : les faits sont là et il constate c’est tout !

Au fond les faits en eux-mêmes n’intéressent pas le réalisateur. Il interroge sur la question primordiale pour lui : qu’est-ce qu’une famille ? Une famille se fonde-t-elle uniquement sur les liens du sang ou n’est-elle pas aussi le fruit d’une relation d’amour qui unit chacun  de ses membres ? La réponse que veut nous donner Hirokazu-Kore Ada se trouve sans aucun doute dans les deux dernières images centrées sur les visages des deux enfants Shoda et Juri

Au final un très beau film dans lequel le réalisateur ne juge pas les actes des protagonistes de ses films qui vivent comme ils le peuvent en marge des codes de la société, en marge aussi du système et de ses normes. Il interroge la société avec ses hypocrisies et ses lâchetés et surtout il s’attache à la famille et à ce qui la fonde. D’ailleurs le spectateur s’attache à cette « famille » si peu normale et quelque peu amorale mais au fond si attachante qu’il ne saurait la condamner.

©Claude-Marie T.

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Nobody Knows

Hirokazu-Kore Eda

Film japonais (2004).

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Ce film est tiré d’un fait divers qui a bouleversé le Japon à l’époque où il a fait la une des médiats.

En 1988, à Nishi-Sugamo, quartier blafard du vieux Tokyo, les quatre gosses avaient dérivé seuls, ignorés des voisins et de la propriétaire de l’immeuble. Pendant six mois. Une éternité. «La mère ne les avait pas reconnus. Sauf l’aîné. Les trois autres n’existaient sur aucun registre municipal ou de Sécurité sociale, se souvient un journaliste du Tokyo Shimbun. Ils n’allaient pas à l’école, ne savaient pas ce qu’était un jardin d’enfants, la maternelle, l’école primaire ou le collège… Enfermés depuis leur naissance. Couverts par une mère qui déménageait sans cesse.» Au Japon, comme on le dit couramment, «ikoshi bimbo» : «Déménager plusieurs fois appauvrit.»

Nobody Knows est autant un film sur l’enfance abandonnée que sur la négligence parentale. C’est aussi l’histoire de cette maman à mi-temps, Keiko, au statut précaire. Une femme délurée, naïve, inconsciente. Qui a beaucoup aimé, a eu quatre enfants de quatre pères, et a fui sans cesse vers on ne sait quel idéal. Quand elle est retombée amoureuse, elle a décidé sur un coup de tête-coup de folie d’abandonner sa marmaille. Après avoir séquestré ses enfants, elle les a délaissés dans son 40 m2, deux pièces d’une saleté inouïe, isolés au fond d’un couloir sombre.

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« Tel père, tel fils » :

Hirokazu-Kore Eda

Film japonais (2013).

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L’histoire d’un échange de nouveau-nés donne lieu à un film sur les Prix du jury à Cannes en 2013, Tel Père, tel fils explore les liens unissant un père et son fils. En se demandant à partir de quel moment on devient réellement le père de son enfant, le réalisateur décrit l’état de la famille, aussi bien dans la société japonaise de l’après-Fukushima que d’un point de vue plus universel…

« Je voulais réfléchir à ce qui unit un père et son enfant. C’est en voyant ma petite fille de 6 ans grandir que je me suis demandé ce qui me liait à elle : le temps ou le sang ? Que pense-t-elle de moi comme père ? Qu’est-ce qui fait qu’elle est ma fille ? Les faits divers sur les échanges d’enfants ont été un prétexte pour raconter l’histoire », expliquait Hirokazu Kore-Eda lors de la sortie de son film en France.

L’intrigue en est simple. Elle s’appuie sur une des angoisses récurrentes des parents lors de la naissance d’un bébé : l’échange à la maternité. Dans le Tokyo d’aujourd’hui, deux ­familles apprennent que leurs fils, Keita et Ryusei, ont été échangés six ans auparavant. Que faire ? Faut-il rétablir les liens du sang et les échanger à nouveau ? Finalement se fait jour une réalité : ce qui compte, ce n’est pas tant la filiation biologique que la vie passée ensemble à tenter de construire un avenir le plus lumineux possible.

 

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