L’enfance de Jésus

L’ENFANCE DE JESUS

 

vitrail-enfance-de-jesus-9561cÀ quoi ressemblait l’enfance de Jésus ?

Que sait-on de la vie cachée de Jésus ? Quels faits historiques et spirituels relever au long de ces trente années ?

 

L’Enfance dans l’art

Historienne d’art, spécialiste de la peinture flamande du XVe siècle et de l’art baroque européen, ainsi que de l’art copte, Marie-Gabrielle Leblanc a publié en novembre 2018 L’enfance du Christ dans l’art .Cet ouvrage donne à voir le mystère de l’Incarnation à travers cent œuvres, du Ve au XXIe. Au fil des siècles, les arts d’Orient et d’Occident sont mêlés.

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Les manches retroussées, saint Joseph s’applique à son ouvrage de menuiserie. À ses côtés, l’Enfant Jésus, dans une sobre tunique, tient élevée une chandelle. Sa lumière luit, que les ténèbres n’arrêtent. Cette toile de Georges de La Tour imagine une scène de l’enfance du Messie, comme le font joliment certains chants populaires et livres d’enfants. On y entend la Vierge fredonner des berceuses, on y voit la Sainte Famille partager ses repas avec Anne et Joachim.

Pourtant, les Évangiles semblent peu bavards sur ces trente années qui précèdent sa vie publique. Seuls Matthieu et Luc, dans les deux premiers chapitres de leur Évangile, présentent des récits de l’enfance. Celui de Matthieu retrace l’annonce à Joseph, la visite des mages à Bethléem, la fuite en Égypte, puis l’établissement à Nazareth. Quant à Luc, il est le seul à conter l’Annonciation, la Visitation, la Nativité, la présentation au Temple et le séjour parmi les docteurs du Temple. Il évoque aussi, par quelques mots, sa vie cachée à Nazareth. Quelles sont les sources des évangélistes ? Elles proviennent de «traditions familiales», écrit Benoît XVI dans L’enfance de Jésus (Flammarion). «Luc fait parfois allusion au fait que Marie elle-même, la Mère de Jésus, était une de ses sources. Il dit que “sa mère gardait fidèlement toutes ces choses en son cœur”.» Dans ces textes, explique-t-il encore, « il n’y avait pas une intention de raconter de façon complète mais de noter ce qui, à la lumière de la Parole et pour la communauté naissante de la foi, apparaissait important».

 Une vie intérieure singulière

Ainsi, peut-on lire des récits brefs, aussi dépouillés que sont riches en détail certains textes apocryphes, tels le Protoévangile de Jacques ou l’Évangile de l’enfance selon Thomas. On y voit l’Enfant Jésus qui provoque la mort ou qui donne vie à ses oiseaux en boue. «Les scènes décrites sont souvent l’ordre du merveilleux», avertit l’abbé Philippe Beitia, docteur en théologie, auteur de L’EnfantJésus de Prague. (Téqui). « Dans ces textes, des affirmations non conformes à l’Évangile côtoient sans doute aussi des souvenirs. Il est bon de discerner dans cette littérature ce qui est conforme à la foi, ce qui va aider la foi à s’épanouir.» L’Église invite les fidèles à la même distance prudente envers les révélations privées.

Rien n’empêche d’imaginer ce à quoi a pu ressembler la vie quotidienne de cet enfant d’Israël. Au premier siècle, Nazareth est un vieux village de petites maisons, perché à 400 mètres d’altitude. Jésus a sans doute passé du temps à jouer dans la cour ou à aider sa maman à de menus travaux. Vers l’âge de 13 ou 14 ans, il a dû commencer à apprendre le métier de charpentier de son père. Il connaît le travail des champs – en témoignent ses paraboles. Il grandit «en sagesse, en taille et en grâce» dans une vieille famille hébraïque, profondément pieuse. Il parle araméen et comprend l’hébreu de la synagogue. Si ordinaires qu’ont été ces années d’enfance, elles ont sans nul doute été marquées d’une vie intérieure singulière, d’une relation ineffable avec le Père.

 L’accomplissement des promesses de l’Alliance

Car Jésus est, dès sa conception, le Messie qui a pris chair pour le salut des hommes. Jésus accomplit les promesses faites par Dieu à Israël«Chez Matthieu comme chez Luc, les événements de l’enfance sont très étroitement liés à des paroles de l’Ancien Testament», écrit Benoît XVI. Ainsi n’y a-t-il pas vraiment de rupture entre son enfance et sa vie publique : l’œuvre de Dieu se révèle tout au long des événements. Les mystères joyeux les méditent. À l’Annonciation, la révélation du nom de Dieu est portée à son accomplissement en Jésus. « Dans le nom “Jésus”, que l’ange attribue à l’enfant, le tétra-gramme, le nom mystérieux depuis l’Horeb, est de façon cachée contenu et élargi jusqu’à l’affirmation: Dieu sauve. Le Dieu qui est, est le Dieu présent et sauveur. »

Au moment de la Visitation, le Sauveur donne l’Esprit Saint. «La scène est telle une petite Pentecôte, commente l’abbé Beitia. Il donne à Élisabeth et à l’enfant qu’elle porte la joie du salut. Puis, lors de sa naissance, annoncée par les anges aux bergers, on voit que ce petit enfant est venu pour les pécheurs, les pauvres, comme Il le dira dans sa vie publique. Les mages qui viennent L’adorer sont des étrangers, manifestant que le salut est destiné à tous les hommes.» Couché dans une mangeoire, où les animaux se nourrissent, le Christ se fait déjà nourriture, «vrai pain descendu du Ciel».

De la même manière, lors de la Présentation de Jésus au Temple, jour de sa circoncision, les regards se tournent vers l’accomplissement des promesses de l’Alliance. Les prophètes Siméon et Anne le reconnaissent comme le Messie d’Israël. Alors que la Loi prescrit un acte de rachat du premier-né, l’évangéliste Luc n’en dit rien : «Au contraire, commente Benoît XVI, c’est la remise de l’Enfant à Dieu qui est mis en évidence.»

Chez Matthieu comme chez Luc, les événements de l’enfance sont très étroitement liés à des paroles de l’Ancien Testament.

Benoît XVI

Dernier événement de l’enfance, son recouvrement au Temple est éloquent. Jésus, âgé de 12 ans, accompagne ses parents en pèlerinage à Jérusalem, pour la Pâque. Trois jours après l’avoir perdu, ces derniers le retrouvent au Temple – allusion aux trois jours qui s’écoulent entre la Croix et la Résurrection. Jésus est dans la maison de son Père, au milieu des docteurs, source de la sagesse d’Israël. Un moment où «Il fait resplendir la plus grande obéissance dans laquelle Il vit, médite le cardinal allemand. Il va de soi qu’Il connaît le Père en son for intérieur. Lui seul connaît Dieu.»

«Il redescendit alors avec eux et revint à Nazareth, et il leur était soumis […]. Il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.» La sagesse de l’Enfant Jésus, vrai homme et vrai Dieu, croît. L’entrelacement des deux dimensions reste insaisissable. «Sa relation avec le Père, vécue dans son humanité, s’est approfondie à travers la prière, les Écritures, sa participation au culte, commente l’abbé Beitia. Mais, en même temps, Jésus a toujours eu conscience qu’il était le Messie d’Israël et de condition divine.» Mystère que cet entrelacement, grand mystère que l’Incarnation.

 La dévotion au Saint Enfant Jésus

En Espagne, l’Enfant Jésus trouve une place de choix dans les carmels de Sainte Thérèse (1515-1582). En 1628, une princesse offre aux Carmes de Prague une statue de cire de l’Enfant Jésus, qu’elle tiendrait de sa famille espagnole. Vingt ans plus tard, le culte rendu à l’Enfant Jésus de Prague est reconnu officiellement. On y médite les vertus de pureté, simplicité, obéissance, humilité et innocence. En France, vers 1640, une carmélite se voit offrir la statue du «Petit Roi de Grâce». Sœur Marguerite du Saint-Sacrement, «épouse du Saint Enfant Jésus en sa crèche», a reçu une apparition de Jésus enfant en 1635. «Je ne refuserai rien à tes prières, lui dit-il, alors que la France est en guerre. C’est par les mérites du Mystère de mon enfance que tu surmonteras toutes les difficultés.»

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Source : Famille chrétienne du 10 décembre 2018.

 

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L’enfance de Jésus, un récit populaire

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Des apocryphes, qui circulèrent dès les premiers siècles de notre ère, retracent l’histoire de Jésus enfant et de sa mère. Très appréciés, ils contribuèrent à l’essor du christianisme.

Dès que le mot « apocryphe » est prononcé, tout un monde apparaît dans l’imaginaire. Ils évoquent des textes mystérieux, des secrets soigneusement enterrés par d’occultes puissances soucieuses de conserver leur emprise, ou encore des révélations stupéfiantes restées inaccessibles durant des siècles. Pourtant pour ceux que l’on nomme les « apocryphes de l’enfance de Jésus », rien de tout cela n’est exact, car ces derniers n’ont, à vrai dire, absolument rien de caché…
Ces textes jouèrent un rôle important dans l’Église officielle. Ces derniers datent pour la plupart d’une période allant du IIe siècle au VIIIe siècle. Ils traitent de différentes époques : avant la venue au monde de Jésus et depuis sa naissance jusqu’au début de son ministère public (ce que les commentateurs nomment habituellement « la vie cachée »).
Tout d’abord, ces textes n’entendent pas remplacer les textes canoniques. En présentant des épisodes de la vie du Christ volontairement ignorées par les évangiles, ils tentent de compléter ces récits, de répondre à des questions légitimes sur la vie des parents de Jésus et d’imaginer celle de ce dernier lors de la Fuite en Égypte ou à Nazareth. Bien loin d’être des substituts aux évangiles, ils renouent avec l’ancienne pratique juive du midrash, ces commentaires parfois assez longs dont le but est précisément de remplir les « blancs » du texte. 

Marie avant la nativité

Le Protévangile de Jacques, par exemple, constitue l’une des premières traces du culte à la Vierge qui deviendra par la suite si important dans le christianisme. Le texte retrace des événements qui précèdent la Nativité relatée par les Évangiles de Luc et de Matthieu : le récit débute avant la naissance de Marie et se concentre sur la mère de Jésus. Celle-ci est présentée comme une jeune fille à la naissance exceptionnelle : comme Abraham et Sara, ses parents Joachim et Anne sont des vieillards stériles dont la piété exemplaire est récompensée par la venue d’un enfant dans leur grand âge. Sa vertu est également édifiante : présentée au Temple dès son plus jeune âge, elle y vit dans la discrétion, file le voile destiné à ce dernier, et passe sa vie dans la prière. Elle reçoit son mari à la faveur d’un miracle qui rappelle la résurrection : Joseph est désigné car une colombe sorte d’un bâton qu’il avait en main. Cela permet de contrer ceux qui niaient sa virginité confirmée plusieurs fois par le récit, qui précise notamment qu’une sage-femme l’a même vérifié. Le Protévangile de Jacques s’apparente donc à des vies de saints, à ces récits hagiographiques qui commencent à naître dans l’Église.

L’Évangile du Pseudo-Thomas (appelé aussi Histoire de l’enfance de Jésus) date quant à lui du IVe siècle. Ce sont des récits populaires, où se succèdent des miracles tous plus extraordinaires les uns que les autres destinés à émerveiller le bon peuple : Jésus enfant ressuscite des morts, répond avec sagesse à ses maîtres et manifeste sa science infuse ; il maudit ceux qui lui veulent du mal, soulage le travail de sa mère en réalisant des actes stupéfiants. Sa théologie sous-jacente est des plus simples : si Jésus est Dieu, alors il peut faire tous les prodiges qu’il veut, et ceux-ci prouvent sa divinité. La Vie de Jésus en arabe datant du ve siècle n’est pas en reste : elle aussi multiplie les résurrections, les miracles de la nature et les destructions d’idoles. Le but est ici un peu différent : grâce au récit du trajet de la Sainte Famille en Égypte, toute une géographie de sanctuaires et de lieux saints trouve sa justification : un palmier se penche pour fournir ombre et fruits à Marie et à l’Enfant, des temples s’effondrent sur leurs idoles.

On est bien loin ici des cénacles bien informés, des secrets réservés au petit nombre, des vérités soigneusement cachées aux foules. Ces textes servaient au contraire à convaincre les fidèles par des histoires édifiantes, à accompagner des pèlerinages et des dévotions populaires, à asseoir la propagation du christianisme dans les campagnes. L’Histoire de Joseph le Charpentier explique pourquoi le père de Jésus n’apparaît plus dans les évangiles : on y fait le récit de sa mort édifiante, preuve qu’un culte commençait bien à apparaître dans les campagnes égyptiennes au IVe siècle. On règle également la question de la famille de Jésus en expliquant que les « frères » de Jésus étaient les fruits d’un premier mariage du charpentier et non les enfants de Marie, restée vierge après la Nativité.

Il faut enfin en finir avec l’idée que le terme « apocryphe » s’applique aux textes et se souvenir qu’à l’origine l’adjectif qualifiait simplement les auteurs, dont on ne connaissait pas les noms. En effet, rien n’est moins caché que le Protévangile de Jacques. Le texte a été rédigé au IIIe siècle et le nombre de manuscrits conservés suggère qu’il connut un très grand succès. Il était même tellement irremplaçable qu’au VIe siècle lorsque certaines de ses expressions se mirent à ne plus convenir à la théologie en vigueur et qu’il fut jugé comme manquant un peu de style, celui-ci fut réécrit, sans doute par un auteur plus cultivé, placé sous l’autorité de saint Jérôme sous le nom d’Évangile du Pseudo-Matthieu. Et quand, à son tour, cette version parut vieillie, elle fut à nouveau retravaillée à l’époque carolingienne sous le nom de Nativité de Marie. La postérité de ce texte fut énorme. C’est de lui que naquit la dévotion aux parents de la Vierge, Joachim et Anne.

Encore aujourd’hui, à Sainte-Anne d’Auray, on rend un culte à une sainte dont tout ce qu’on sait provient de ce texte. Le récit servit également de source à des fêtes liturgiques comme la Présentation de la Vierge. Il connut enfin une nombreuse postérité dans l’art : des scènes typiques comme le bâton qui fleurit de Joseph, la Vierge au Temple ou le mariage de la Vierge en sont directement issues. De même, la présence régulière dans l’art flamand de la sage-femme Salomé provient de ce texte. Toutes les fresques peintes par Giotto dans la chapelle Scrovegni de Padoue reprennent ces scènes de la vie de Joachim et d’Anne. Il en va de même pour les icônes orthodoxes de la vie de la Vierge.

 Pour les plus humbles

Les apocryphes de l’enfance de Jésus sont des textes passionnants car ils nous permettent de confirmer que le christianisme primitif est avant tout multiforme : il a évolué au gré des particularités géographiques et des options idéologiques ; il a manifesté le constant souci de s’adresser aux couches les plus humbles. Ainsi la trace des débats qui firent rage autour de la virginité de Marie et de l’origine soi-disant obscure de Jésus transparaissent dans le Protévangile de Jacques. Tout comme la tendance à l’ascétisme qui obséda certains milieux chrétiens des premiers siècles. Dans la Vie de Jésus en arabe, l’Égypte qui constitue un centre fondamental pour le christianisme primitif est présentée sous une autre facette : si l’on connaissait bien la foi très complexe des intellectuels à travers des Pères de l’Église comme Clément d’Alexandrie ou Origène, le texte nous renseigne sur la foi plus simple de leurs ouailles. L’étude des textes sur ­l’Enfance de Jésus permet de ressusciter la théologie des milieux populaires, de percevoir les débats sur la divinité du Christ et la question de la place du miracle dans la foi, ainsi que l’importance des usages locaux que chaque communauté entendait préserver. On peut ainsi mieux connaître et mieux comprendre les textes canoniques et l’histoire de l’Église, ce qui explique la faveur dont ils jouissent à l’époque actuelle auprès des spécialistes.

 

La Croix du 24 décembre 2012.

 

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L’enfance de Jésus

Benoît XVI

Paris, Flammarion, 2012. 144 pages

 

9782081295773

« Je peux enfin mettre entre les mains du lecteur le petit livre promis depuis longtemps sur les récits de l’enfance de Jésus. Il ne s’agit pas d’un troisième volume, mais d’une porte d’entrée à mes deux précédents ouvrages consacrés à la figure et au message de Jésus de Nazareth. J’ai cherché à interpréter, en dialoguant avec des exégètes d’hier et d’aujourd’hui, ce que Matthieu et Luc racontent, au début de keyrs Evangiles, sur l’enfance de Jésus.

 

Une interprétation juste, selon moi, requiert deux étapes

– D’abord, il faut se demander ce qu’ont voulu dire, à leur époque, les auteurs de ces textes et à la composante historique de l’exégèse Mais il ne faut pas laisser le texte dans le passé, en l’archivant parmi les évènements arrivés il y a longtemps.

– La seconde question doit être: « Ce qui est dit est-il vrai ? Cela me regarde-t-il ? Et si cela me regarde, de quelle façon ?» Devant un texte tel qu’un texte biblique, dont l’ultime et le plus profond auteur, selon notre foi, est Dieu lui-même, la question du rapport du passé avec le. En cela, le sérieux de la recherche historique n’est en rien diminué, mais augmenté.

C’est en ce sens que je me suis attaché à entrer en dialogue avec les textes. Je suis bien conscient que cet entretien au croisement entre passé, présent  et futur ne pourra jamais être achevé, et que toute interprétation reste en deçà  de la grandeur du texte biblique. J’espère que ce petit livre, malgré ses limites, pourra aider de nombreuses personnes dans leur chemin vers et avec Jésus. »

Castel Gandolfo, en la solennité de l’Assomption de Marie au Ciel, 15 août  2012.

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