BIBLE, EPIPHANIE, EVANGILE SELON SAINT MATTHIEU, JESUS CHRIST, NATIVITE DE JESUS, NOEL, ROIS MAGES

La fête de l’Epiphanie dans la Légende dorée de Jacques de Vorogine

L’ÉPIPHANIE DU SEIGNEUR : DANS LA LEGENDE DOREE DE JACQUES DE VOROGINE

 

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L’Epiphanie du Seigneur est célèbre par quatre miracles, ce qui lui a fait donner quatre noms différents. En effet, aujourd’hui, les Mages adorent J.-C., Jean-Baptiste le Sauveur, J.-C. change l’eau en vin et il nourrit cinq mille hommes avec cinq pains. Jésus avait treize jours, lorsque, conduits par l’étoile, les Mages vinrent le trouver, d’où vient le nom de Epiphanie, epi, au-dessus, phanos, apparition, ou bien parce que l’étoile apparut d’en haut, ou bien parce que J.-C. lui-même a été montré aux Mages, comme le vrai Dieu, par une étoile vue dans les airs. Le même jour, après vingt-neuf ans révolus, alors qu’il atteignait trente ans, parce qu’il avait vingt-neuf ans et treize jours ; Jésus, dit saint Luc, avait alors environ trente ans commencés, ou bien, d’après Bède, il avait trente ans accomplis, ce qui est aussi la croyance de l’Eglise romaine; alors, dis-je, il fut baptisé dans le Jourdain, et de là vient le nom de Théophanie, de Theos, Dieu et phanos apparition, parce que en ce moment la Trinité se manifesta : le Père dans la voix qui se fit entendre, le (148) Fils dans la chair et le Saint-Esprit sous l’apparence d’une colombe. Le même jour, un an après, alors qu’il avait trente ou trente et un ans, il changea l’eau en vin : d’où vient le nom de Bethanie, de beth, maison, parce que, par un miracle opéré dans une maison, il apparut vrai Dieu. En ce même jour encore, un an après, comme il avait trente et un ou trente-deux ans et treize jours, il rassasia cinq mille hommes avec cinq pains, d’après Bède, et cette hymne qu’on chante en beaucoup, d’églises et qui commence par ces mots : Illuminans altissimum *. De là vient le nom de Phagiphanie de phagé manger, bouchée. Il y a doute si ce quatrième miracle a été opéré en ce jour, tant parce qu’on ne le trouve pas ainsi en l’original de Bède, tant parce qu’en saint Jean (VI) au lieu où il parle de ce prodige, il dit : « Or, le jour de Pâques était proche. » Cette quadruple apparition eut donc lieu aujourd’hui. La première par l’étoile sur la crèche ; la seconde par la voix du Père sur le fleuve du Jourdain ; la troisième par le changement de l’eau en vin au repas et la quatrième par la multiplication des pains dans le désert. Mais c’est principalement la première apparition que l’on célèbre aujourd’hui, ainsi nous allons en exposer l’histoire.

 

Lors de la naissance du Seigneur, trois mages vinrent à Jérusalem. Leur nom latin c’est Appellius, Amérius, Damascus ; en hébreu on les nomme Galgalat, Malgalat et Sarathin ; en grec, Caspar, Balthasar, Melchior.

* Bréviaire mozarabe.

Mais qu’étaient ces mages ? Il y a là-dessus trois sentiments, selon les trois significations du mot mage. En effet, mage veut dire trompeur, magicien et sage. Quelques-uns prétendent que, en effet, ces rois ont été appelés mages, c’est-à-dire trompeurs, de ce qu’ils trompèrent Hérode en ne revenant point chez lui. Il est dit dans l’Evangile, au sujet d’Hérode « Voyant qu’il avait été trompé par les mages. » Mage veut encore dire magicien. Les magiciens de Pharaon sont appelés mages, et saint Chrysostome dit qu’ils tirent leur nom de là. D’après lui, ils seraient des magiciens qui se seraient convertis et auxquels le Seigneur a voulu révéler sa naissance, les attirer à lui, et par là donner aux pécheurs l’espoir du pardon. Mage est encore la même chose que sage. Car mage en hébreu signifie scribe, en grec philosophe, en latin sage. Ils sont donc nommés mages, c’est-à-dire savants, comme si on disait merveilleusement sages. Or, ces trois sages et rois vinrent à Jérusalem avec une grande suite. Mais on demande pourquoi les mages vinrent à Jérusalem, puisque le Seigneur n’y était point né. Remigius * en donne quatre raisons: La première, c’est que les mages ont bien su le temps de la naissance de J.-C., mais ils n’en ont pas connu le lieu or, Jérusalem étant une cité royale et possédant un souverain sacerdoce, ils soupçonnèrent qu’un enfant si distingué ne devait naître nulle part ailleurs si ce n’est dans une cité royale. La deuxième, c’était pour connaître plus tôt le lieu de la naissance, puisqu’il y avait là des docteurs dans la loi et des scribes.

* Moine d’Auxerre en 890, Bibliothèque des Pères, Homé1. VII.

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La troisième pour que les Juifs restassent inexcusables ; ils auraient pu dire en effet : « Nous avons bien connu le lieu de la naissance, mais nous en avons ignoré le temps et c’est le motif pour lequel nous ne croyons point. » Or, les Mages désignèrent aux Juifs le temps et les Juifs indiquèrent le lieu aux Mages. La quatrième, afin que l’empressement des Mages devînt la condamnation de l’indolence des Juifs : car les Mages crurent à un seul prophète et les Juifs refusèrent de croire au plus grand nombre. Les Mages cherchent un roi étranger, les Juifs ne cherchent pas celui qui est le leur propre : les uns vinrent de loin, les autres restèrent dans le voisinage. Ils ont été rois et les successeurs de Balaam ils sont venus eu voyant l’étoile, d’après la prophétie de leur père : « Une étoile se lèvera sur Jacob et un homme sortira d’Israël. » Un autre motif de leur venue est donné par saint Chrysostome dans son original sur saint Mathieu. Des auteurs s’accordent à dire que, certains investigateurs de secrets choisirent douze d’entre eux, et si l’un venait à mourir, son fils ou l’un de ses proches le remplaçait. Or, ceux-ci, tous les ans, après un mois écoulé, montaient sur la montagne de la Victoire, y restaient trois jours, se lavaient et priaient Dieu de leur montrer l’étoile prédite par Balaam. Une fois, c’était le jour de la naissance du Seigneur, pendant qu’ils étaient là, vint vers eux sur la montagne une étoile singulière : elle avait la forme d’un magnifique enfant, sur la tête duquel brillait une croix, et elle adressa ces paroles aux Mages : « Hâtez-vous d’aller dans la terre de Juda, vous chercherez un roi nouveau-né, et vous l’y trouverez. » Ils se mirent (151) aussitôt en chemin. Mais comment, en si peu de temps, comment, en treize jours, avoir pu parcourir un si long chemin, c’est-à-dire de l’Orient à Jérusalem, qui est censée occuper le centre du monde? On peut dire, avec Remigius, que cet enfant vers lequel ils allaient,, a bien pu les conduire si vite, ou bien l’on peut croire, avec saint Jérôme, qu’ils vinrent sur des dromadaires, espèce d’animaux très alertes, qui font en une journée le chemin qu’un cheval met trois jours à parcourir. Voilà pourquoi on l’appelle dromadaire, dromos course, arès courage. Arrivés à Jérusalem, ils demandèrent : « Où est celui qui est né roi des Juifs ? » Ils ne demandent pas s’il est né, ils le croyaient, mais ils demandent où il est né. Et comme si quelqu’un leur avait dit : « D’où savez-vous que ce roi est né? » Ils répondent : « Nous avons vu son étoile dans l’Orient et nous sommes venus l’adorer; » ce qui veut dire : « Nous qui restons en Orient, nous avons vu une étoile indiquant sa naissance; nous l’avons vue, dis-je, posée sur la Judée. Ou bien : nous qui demeurons dans notre pays, nous avons vu son étoile dans l’Orient, c’est-à-dire dans la partie orientale. » Par ces paroles, comme le dit Remigius, dans son original, ils confessèrent un vrai homme, un vrai roi et un vrai Dieu. Un vrai homme, quand ils dirent : « Où est celui qui est né ? » Un vrai roi en disant : « Roi des Juifs; » un vrai Dieu en ajoutant: « Vous sommes venus l’adorer. » Il a été en effet ordonné de n’adorer aucun autre que Dieu seul. Mais Hérode qui entendit cela fut troublé et Jérusalem tout entière avec lui. Le roi est troublé pour trois motifs: 1° dans la crainte que (152) les Juifs ne reçussent comme leur roi ce nouveau-né, et ne le chassassent lui-même comme étranger. Ce qui fait dire à saint Chrysostome : « De même qu’un rameau placé en haut d’un arbre est agité par un léger souffle, de même les hommes élevés au faîte des dignités sont tourmentés même par un léger bruit. » 2° Dans la crainte qu’il ne soit inculpé par, les Romains, si quelqu’un était appelé roi sans avoir été institué par Auguste. Les Romains avaient en effet ordonné que ni dieu ni roi ne fût reconnu que par leur ordre et avec leur permission. 3° Parce que, dit saint Grégoire, le roi du ciel étant né, le roi de la terre a été troublé. En effet, la grandeur terrestre est abaissée, quand la grandeur céleste est dévoilée. — Tout Jérusalem fut troublée avec lui pour trois raisons : 1° parce que les impies ne sauraient se réjouir de la venue du Juste ; 2° pour flatter Je roi troublé, en se montrant troublés eux-mêmes; 3° parce que comme le choc des vents agite l’eau, ainsi les rois se battant l’un contre l’autre, le peuple est troublé, et c’est pour cela qu’ils craignirent être enveloppés dans la lutte entre le roi de fait et le prétendant. » C’est la raison que donne saint Chrysostome.

Alors Hérode convoqua tous les prêtres et les scribes pour leur demander où naîtrait le Christ. Quand il en eut appris que c’était à Bethléem de Juda, il appela les mages en secret et s’informa auprès d’eux de l’instant auquel l’étoile leur était apparue, pour savoir ce qu’il avait à faire, si les mages ne revenaient pas ; et il leur recommanda qu’après avoir trouvé l’enfant, ils revinssent le lui dire, en simulant vouloir adorer celui (153) qu’il voulait tuer. Or, remarquez qu’aussitôt les mages entrés à Jérusalem, l’étoile cesse de les conduire, et cela pour trois raisons. La 1re pour qu’ils soient forcés de s’enquérir du lieu de la naissance de J.-C. ; afin par là d’être assurés de cette naissance, tant à cause de l’apparition de l’étoile qu’à cause de l’assertion de la prophétie : ce qui eut lieu. La 2e parce que en cherchant un secours des hommes, ils méritèrent justement de perdre celui de Dieu. La 3e  parce que les signes ont été, d’après l’apôtre, donnés aux infidèles, et la prophétie aux fidèles : c’est pour cela qu’un signe fut donné aux Mages, alors qu’ils étaient infidèles ; mais ce signe ne devait plus paraître dès lors qu’ils se trouvaient chez les juifs qui étaient fidèles. La glose entrevoit ces trois raisons. Mais lorsqu’ils furent sortis de Jérusalem, l’étoile les précédait, jusqu’à ce qu’arrivée au-dessus du lieu où était l’enfant, elle s’arrêta. De quelle nature était cette étoile ? il y a trois opinions, rapportées par Remi ; lus en son original. Quelques-uns avancent que c’était le saint Esprit, afin que, devant descendre plus tard surale Seigneur après son baptême, sous la forme d’une colombe, il apparût aussi aux Mages sous la forme d’une étoile. D’autres disent, avec saint Chrysostome, que ce fut l’ange qui apparut aux bergers, et ensuite aux Mages aux bergers eu leur qualité de juifs et raisonnables, elle apparut sous une forme raisonnable, mais aux gentils qui étaient, pour ainsi dire, irraisonnables, elle prit une forme matérielle. Les autres, et c’est le sentiment le plus vrai, assurent que ce fut une étoile nouvellement créée, et qu’après avoir accompli son (154) ministère, elle revint à son état primitif. Or, cette étoile, selon Fulgence, différait des autres en trois manières, 1° en situation, parce qu’elle n’était pas située positivement dans le firmament, mais elle se trouvait suspendue dans un milieu d’air voisin de la terre ; 2° en éclat, parce qu’elle était plus brillante que les autres; cela est évident, puisque le soleil ne pouvait pas en diminuer l’éclat ; loin de là, elle paraissait en plein midi ; 3° en mouvement, parce qu’elle allait en avant des Mages, comme ferait un voyageur ; elle n’avait donc point un mouvement circulaire, mais une espèce de mouvement animale( progressif. La glose en touche trois autres raisons à ces mots sur le 2e chapitre de saint Mathieu: « Cette étoile de la naissance du Seigneur, etc. » La 1re elle différait dans son origine, puisque les autres avaient été créées au commencement du monde, et que celle-ci venait de l’être. La 2edans sa destination, les autres avaient été faites pour indiquer des temps et des saisons, comme il est dit dans la Genèse (I, 14) et celle-ci pour montrer le chemin aux Mages ; la 3e dans sa durée, les autres sont perpétuelles, celle-ci, après avoir accompli son ministère, revint à son état primitif.

Or, lorsqu’ils virent l’étoile, ils ressentirent une très grande joie. Observez que cette étoile aperçue par les Mages est quintuple ; c’est une étoile matérielle, une étoile spirituelle, une étoile intellectuelle, une étoile raisonnable, et une étoile supersubstantielle. La première, la matérielle, ils la- virent en Orient; la seconde, la spirituelle qui est la foi, ils la virent dans leur cœur, car si cette étoile, c’est-à-dire, la foi, n’avait (155) pas projeté ses rayons dans leur cœur , jamais ils ne fussent parvenus à voir la première. Or, ils eurent la foi en l’humanité du Sauveur, puisqu’ils dirent : « Où est celui qui est né? » Ils eurent la foi en sa dignité royale, quand ils dirent: « Roi des juifs. » Ils eurent la foi en sa divinité puisqu’ils ajoutèrent : « Nous sommes venus l’adorer. » La troisième, l’étoile intellectuelle, qui est l’ange, ils la virent dans le sommeil, quand ils furent avertis par l’ange de ne pas revenir vers Hérode. Mais d’après une glose particulière, ce ne fut pas un ange, mais le Seigneur lui-même qui leur apparut. La quatrième, la raisonnable, ce fut la Sainte Vierge, ils la virent dans l’hôtellerie. La cinquième, la supersubstantielle, ce fut J.-C., qu’ils virent dans la crèche ; c’est de ces deux dernières qu’il est dit : « En entrant dans la maison, ils trouvèrent l’enfant avec Marie, sa mère… » etc. Et chacune d’elles est appelée étoile : la 1re par le Psaume : « La lune et les étoiles que vous avez créées. » La 2e dans l’Ecclésiastique (XLIII, 10) : « La beauté du ciel, c’est-à-dire de l’homme céleste, c’est l’éclat des étoiles, c’est-à-dire des vertus. » La 3e dans Baruch (III, 31) : « Les étoiles ont répandu leur lumière chacune en sa place, et elles ont été dans la joie. » La joie par la Liturgie : « Salut, étoile de la mer. » La 5e dans l’Apocalypse (XXII, 16) : « Je suis le rejeton et le fils de David, l’étoile brillante, et l’étoile du matin. » En voyant la première et la seconde, les Mages se sont réjouis ; en voyant la troisième, ils se sont réjouis de joie ; en voyant la quatrième ils se sont réjouis d’une joie grande ; en voyant la cinquième, ils se sont réjouis d’une très grande joie. Ou (156) bien ainsi que dit la glose: « Celui-là se réjouit de joie qui se réjouit de Dieu, qui est la véritable joie, et il ajoute « grande », car rien n’est plus grand que Dieu ; et il met « très » grande, parce qu’on peut se réjouir plus ou moins de grande joie. Ou bien par l’exagération de ces expressions, l’évangéliste a voulu montrer que les hommes se réjouissent plus des choses perdues qu’ils ont retrouvées que de celles qu’ils ont toujours possédées.

Après être entrés dans la chaumière, et avoir trouvé l’enfant avec sa mère, ils fléchirent les genoux et chacun offrit ces présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ici saint Augustin s’écrie : « O enfance extraordinaire, à laquelle les astres sont soumis. Quelle grandeur ! quelle gloire immense dans celui devant les langes duquel les anges se prosternent, les astres assistent, les rois tremblent, et les partisans de la sagesse se mettent à genoux ! O bienheureuse chaumière ! ô trône de Dieu, le second après le ciel, où ce n’est pas une lumière qui éclaire, mais une étoile! ô céleste palais dans lequel habite non pas un roi couvert de pierreries, mais un Dieu qui a pris un corps, qui a pour couche délicate une dure crèche, pour plafond doré, un toit de chaume tout noir, mais décoré par l’obéissance d’unie étoile! Je suis saisi quand je vois les lampes et que je regarde les cieux; je suis enflammé, quand je vois dans une crèche un mendiant plus éclatant encore que les astres.» Et saint Bernard : « Que faites-vous ? vous adorez un enfant à la mamelle dans une vile étable? Est-ce que c’est un Dieu? Que faites-vous? Vous lui offrez de l’or? Est-ce donc un Roi ? Où (157) donc est sa cour, où est son trône, où sont les courtisans de ce roi? Est-ce que la cour, c’est l’étable? Le trône la crèche, les courtisans de ce roi, Joseph et Marie Ils sont devenus insensés, pour devenir sensés. » Voici ce que dit encore à ce sujet saint Hilaire dans le second livre de la Trinité : « Une vierge enfante, mais celui qui est enfanté vient de Dieu. L’enfant vagit, on entend des anges le louer, les langes sont sales, Dieu est adoré. C’est pourquoi la dignité de la puissance n’est pas perdue, puisque l’humilité de la chair est adoptée. Et voici comment dans Jésus enfant on rencontre des humiliations, des infirmités, mais aussi des sublimités, et l’excellence de la divinité. » A ce propos encore saint Jérôme dit, sur l’épître aux Hébreux : « Regardez le berceau de J.-C., voyez en même temps le ciel ; vous apercevez un enfant pleurant dans une crèche, mais en même temps faites attention aux cantiques des anges. Hérode persécute, mais les Mages adorent; les Pharisiens ne le connaissent point, mais l’étoile le proclame ; il est baptisé par un serviteur, mais on entend la voix de Dieu qui tonne d’en haut: il est plongé dans l’eau, mais la colombe descend ; il y a plus encore, c’est le Saint-Esprit dans la colombe. »

Pourquoi maintenant les Mages offrent-ils des présents de cette nature! On en peut signaler une foule de raisons. 1° C’était une tradition ancienne, dit Remigius, que personne ne s’approcherait d’un dieu ou d’un roi, les mains vides. Les Perses et les Chaldéens avaient coutume d’offrir de pareils présents. Or, les Mages, ainsi qu’il est dit en (158) l’Histoire scholastique, vinrent des confins de la Perse et de la Chaldée, où coule le fleuve de Saba, d’où vient le nom de Sabée que porte leur pays. 2° La seconde est de saint Bernard: « Ils offrirent de l’or à la sainte Vierge pour soulager sa détresse, de l’encens, pour chasser la puanteur de l’étable, de la myrrhe pour fortifier les membres de l’enfant et pour expulser de hideux insectes. 3° Parce que avec l’or se paie le tribut, l’encens sert au sacrifice et la myrrhe à ensevelir les morts. Par ces trois présents, on reconnaît, dans le Christ la puissance royale, la majesté divine, et la mortalité humaine. 4° Parce que l’or signifie l’amour, l’encens la prière, la myrrhe, la mortification de la chair: Et nous devons les offrir tous trois à J.-C. 5° Parce que par ces trois présents sont signifiées trois qualités de J.-C. : une divinité très précieuse, une âme toute dévouée, et une chair intègre et incorruptible. Les offrandes étaient encore prédites par ce qui se trouvait dans l’arche d’alliance. Dans la verge qui fleurit, nous trouvons la chair de J.-C. qui est ressuscitée; au Psaume: « Ma chair a refleuri »; dans les tables où étaient gravés les commandements, l’âme dans laquelle sont cachés tous les trésors de la science et de la sagesse de Dieu; dans la manne, la divinité qui a toute saveur et toute suavité. Par l’or, donc, qui est le plus précieux des métaux, on entend la divinité très précieuse; par l’encens, l’âme très dévouée, parce que l’encens signifie dévotion et prière (Ps.) : « Que ma prière monte comme l’encens.» Par la myrrhe qui est un préservatif de corruption, la chair qui ne fut pas corrompue.

Les Mages, avertis en songe de ne pas revenir chez Hérode, retournèrent (159) par un autre chemin en leur pays. Voici comment partirent les Mages : Ils vinrent sous la direction de l’étoile; ils furent instruits par des hommes, mieux encore par dés prophètes; ils retournèrent sous la conduite de l’ange, et moururent dans le Seigneur. Leurs corps reposaient à Milan dans une église de notre ordre, c’est-à-dire des frères prêcheurs, mais ils reposent maintenant à Cologne. Car ces corps, d’abord enlevés par Hélène, mère de Constantin, puis transportés à Constantinople, furent transférés ensuite par saint Eustorge, évêque de Milan ; mais l’empereur Henri les transporta de Milan à Cologne sur le Rhin, où ils sont l’objet de la dévotion et des hommages du peuple.

 

 

La Légende dorée de Jacques de Vorogine, nouvelle traduction en français, avec introduction, notices, notes et recherches sur les sources par l’abbé J.-B.-M. Roze, chanoine honoraire de la cathédrale d’Amiens. Tome I, II, III. – Paris, Edouard Rouveyre Editeur, 1942.   

 

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