Quand saint François d’Assise rencontrait le Sultan d’Egypte

Quand saint François rencontre le Sultan

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  Le Saint chez le Sultan. La rencontre de François d’Assise et de l’Islam. Huit siècles d’interprétation

John Tolan

Paris, Le Seuil, 2007. 512 pages.

Présentation de l’éditeur

En 1219, dans le cadre de la cinquième croisade, François d’Assise rend visite au sultan Malik al-Kâmil. Cette rencontre du christianisme et de l’islam n’a cessé depuis huit siècles de nourrir interprétations et représentations. Des discours hagiographiques à Benoît XVI en passant par Voltaire, des fresques de la basilique d’Assise aux gravures de Gustave Doré, l’événement a suscité une abondance de points de vue : geste de martyr ? mission de prédication aux infidèles ? acte d’audace naïf ? volonté de négocier une issue pacifique et, partant, modèle de dialogue pour l’Église d’aujourd’hui ? Autant de questions qui sont ici replacées dans leur contexte et soumises au crible du regard de l’historien.
L’auteur

Médiéviste, professeur à l’université de Nantes, John Tolan est l’auteur, notamment, du très remarqué Les Sarrasins (Aubier, 2003).

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Quand François rencontrait le sultan égyptien

La rencontre entre saint François et le sultan.

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Le voyage du pape François en Égypte, du 28 au 29 avril 2017, et notamment sa visite auprès de l’imam d’Al-Azhar, évoquera un lointain précédent : la rencontre de saint François d’Assise avec le sultan Malik al-Kamil, en 1219. Si historiquement, tous les détails du récit ne sont pas avérés, ils sont toujours discutés près de huit siècles plus tard.

En 1219, la guerre fait rage entre les croisés et l’islam. Deux siècles plus tôt, le tombeau du Christ a été réduit en poussière par les troupes du sultan. Dans la plaine égyptienne de Damiette, dans le delta du Nil, les deux armées se font face.

Le sultan al-Kamil a publié un décret promettant une forte récompense en or à quiconque apporterait la tête d’un chrétien. De leur côté, les croisés, commandés par Pélage, essaient de prendre le port de Damiette avec l’intention de conquérir l’Égypte.

Deux tentatives préalables pour prêcher l’Évangile

C’est dans ces circonstances que saint François décide, avec son compagnon le frère Illuminé, d’aller prêcher l’Évangile chez les musulmans. À deux reprises déjà, le Poverello a essayé de se rendre en Terre sainte pour faire connaître le Christ, sans succès.

Le seul récit détaillé sur cet épisode dont disposent les historiens est signé de saint Bonaventure. Il est postérieur de plus d’un siècle à l’événement, et surtout, il se veut surtout une épopée à la gloire du saint fondateur de l’ordre franciscain.

Capturé par les Sarrasins en tentant de franchir leurs lignes, raconte ainsi saint Bonaventure, François demande à voir le sultan, ce qu’il obtient.

Considérée comme un échec

Le neveu de Saladin le reçoit avec beaucoup de courtoisie, note le chroniqueur, mais cette visite est alors considérée comme un échec, car le saint n’a pas réussi à convaincre le sultan du bien-fondé de la religion chrétienne. Ni même obtenu la palme du martyre.

Pendant sept siècles, l’épisode resta donc relativement passé sous silence par les hagiographes de saint François. Même si les fioretti de saint François rapportent qu’à la fin, le sultan lui aurait glissé : « Frère François, je me convertirai très volontiers à la foi du Christ, mais je crains de le faire maintenant ; car si les gens d’ici l’apprenaient ils me tueraient avec toi et tous tes compagnons ».

Un détail oublié

Franciscain, le père Gwenolé Jeusset est intervenu à Assise, le 19 septembre 2016, lors du rassemblement des religions et des cultures pour la paix. Rappelant cet épisode ancien, cet ancien responsable de la Commission franciscaine pour les relations avec les musulmans et membre de la Commission islam du Vatican, a cependant ajouté un détail quasiment oublié jusqu’au XXe siècle

Il s’agit de la méditation que saint François lui-même a tiré de son expérience. « Les frères qui s’en vont parmi les musulmans et autres non-chrétiens, écrit le saint d’Assise, peuvent envisager leur rôle spirituel de deux manières : ou bien, ne faire ni procès ni disputes, être soumis à toute créature humaine à cause de Dieu, et confesser simplement qu’ils sont chrétiens ». Ou bien, poursuit-il, s’ils voient que telle est la volonté de Dieu, annoncer la Parole de Dieu afin que les non-chrétiens croient au Dieu tout puissant, Père, Fils et Saint-Esprit, Créateur de toutes choses, et en son Fils Rédempteur et Sauveur, se fassent baptiser et deviennent chrétiens ».

Le sourire de saint François

De son coté, Albert Jacquard, dans Le souci des pauvres (éd. Flammarion, 1996) écrit que « le sultan n’oublia pas le sourire de François, sa douceur dans l’expression d’une foi sans limite. Peut-être ce souvenir fut-il décisif lorsqu’il décida, dix années plus tard, alors qu’aucune force ne l’y contraignait, de rendre Jérusalem aux chrétiens ».

Ainsi, « ce que les armées venues d’Europe n’avaient pu obtenir, poursuit Albert Jacquard, (…) sans doute le regard clair de François avait-il poursuivi son lent travail dans la conscience de cet homme ouvert à la pensée des autres ».

 

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https://fr.aleteia.org/2017/04/27/quand-francois-rencontrait-le-sultan-egyptien/

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A la demande du bureau de la vie consacrée du diocèse d’Oran, Pascal Aude a proposé le 9 mars dernier une relecture de notre rapport personnel à « l’islam » à la lumière de ce que François d’Assise avait pu vivre en son temps. Voici l’essentiel de son intervention

François et l’islam, une rencontre pour nous, aujourd’hui ?
J’ai choisi trois événements : l’envoi de frères au Maroc, la rencontre du sultan d’Égypte, la rédaction de la première Règle des frères. Après avoir exposé brièvement l’histoire, j’en tire quelques éléments qui dépassent le cadre franciscain et qui peuvent nourrir le sens de notre présence à tous dans ce pays.

L’envoi de frères au Maroc
Premier élément à verser au dossier des relations de François avec l’islam et les musulmans : François lui-même désire aller au Maroc et il entreprend deux voyages.

Socle historique : la « Vie du bienheureux François » de Celano § 56 et la Legenda maior de saint Bonaventure 9,6
D’après les notes de l’édition du Centenaire des Écrits franciscains : « Après l’échec du voyage maritime (LM 9 5), François a choisi la voie de terre jusqu’aux colonnes d’Hercule. » Et : « Selon toute vraisemblance, François effectue ce voyage [au Maroc] en 1213 (en pleine croisade contre les Albigeois) en suivant au départ l’itinéraire du pèlerinage qui conduit à Saint-Jacques-de-Compostelle. » Une maladie le contraint à retourner en Italie. Mais il ne renonce pas à ce que l’Évangile atteigne le Miramolin (Amir al Mu’minîn). Il y envoie donc des frères selon Jourdain de Giano, un frère chroniqueur : « Parmi les frères qui passèrent en Espagne, cinq reçurent la couronne du martyre. Ces cinq frères furent-ils envoyés de ce même chapitre ou du précédent, comme frère Élie et ses compagnons outre-mer ? Nous avons un doute. Quand on rapporta le martyre, la vie et la Légende desdits frères au bienheureux François, il entendit qu’on y faisait son éloge et vit que les frères tiraient gloire de la passion des autres ; comme il avait le plus grand mépris pour lui-même et qu’il dédaignait les louanges et la gloire, il repoussa la Légende et interdit de la lire en disant :“Que chacun soit glorifié par sa propre passion et non par celle des autres !” Et ainsi tout ce premier envoi n’aboutit-il à rien, sans doute parce que le temps d’envoyer des frères n’était pas encore venu, puisqu’il y a un temps pour chaque chose sous le ciel. »
Deux points d’analyse

* Le désir du martyre
Les raisons données par Celano sont le désir du martyre et la volonté de prêcher l’Évangile du Christ. Celles avancées par Bonaventure sont identiques. Mais il y a ici deux façons de désirer le martyre :

– celle de François reste en lien avec les circonstances. Il ne s’obstine pas face à l’adversité. La maladie l’empêche de poursuivre. Il s’en retourne en Italie.
– Bérard et ses compagnons risquent leur vie pour l’annonce de l’Évangile, prêchent avec audace et ténacité, mais ils n’entendent pas les avertissements et poussent à bout la patience des musulmans. Ils obtiennent finalement ce qu’ils cherchent, mais en insultant et méprisant la foi de l’autre. Leur martyre ressemble à un suicide par la main d’autrui.
* Que faire de la légende des saints ?
François nous avertit : « Les saints ont agi et nous, en récitant et en prêchant leurs œuvres, nous voulons en recevoir honneur et gloire. »Cette admonition peut avoir un écho aujourd’hui : Qu’allons-nous faire de la béatification de nos dix-neuf martyrs ? Si cette histoire ne nous dit pas ce qu’il faut faire, elle nous préserve de l’attitude d’auto-glorification, si jamais nous étions tentés par elle.

Postérité : la présence franciscaine au Maroc, Antoine de Padoue (1195-1231) et Ramon Lull (1232-1315)
Suite à cet envoi de frères, la présence au Maroc de franciscains et de franciscaines dure jusqu’à aujourd’hui. Les archevêques de Rabat sont en général franciscains. Bérard et ses compagnons en sont les patrons.
Par ailleurs, c’est en entendant le récit du martyre de ces frères que Fernando Martins de Bulhoens décide de rentrer chez les frères en prenant le nom d’Antoine de Lisbonne. Il deviendra saint Antoine de Padoue.
Enfin, cet épisode inspirera Ramon Lull dans ses recherches intellectuelles et dans ses comportements vis-à-vis de l’islam : il fondera à Palma de Majorque le Collège de Miramar pour l’apprentissage de l’arabe, la traduction d’ouvrages et l’étude de l’islam en vue de la mission parmi les musulmans. Il ira lui-même deux fois en Afrique du Nord qui s’appelait à l’époque la Berbérie, en particulier à Bougie (Béjaia) et à Tunis où son zèle, un peu sur le modèle de Bérard et compagnie, le conduira à être battu. C’est au retour de Tunis, à Majorque, qu’il succombera à ses blessures.

La rencontre du sultan d’Égypte
Socle historique : Vie du Bienheureux François, de Thomas de Celano 57 et Legenda Maior de saint Bonaventure 9, 7-9
« En la treizième année de sa conversion, nous raconte Thomas de Celano, [François] se dirigea en effet vers la Syrie, alors que chaque jour des combats forts et rudes survenaient entre les chrétiens et les païens ; prenant avec lui un compagnon, il ne craignit pas de se présenter aux regards du sultan des Sarrasins.
Mais qui pourrait raconter avec quelle constance d’âme il se tenait devant lui, avec quelle vaillance de l’esprit il parlait, avec quelle éloquence et confiance il répondait à ceux qui insultaient la loi chrétienne ? Car avant d’accéder au sultan, il fut fait prisonnier par ses affidés, soumis à des outrages, roué de coups ; il n’est pas terrifié, les menaces de supplices ne lui donnent pas de crainte, la mort brandie contre lui ne l’épouvante pas. Il avait beau recevoir les reproches d’un grand nombre de personnes à l’esprit hostile et à l’âme contraire, il fut cependant reçu en très grand honneur par le sultan. Ce dernier l’honorait du mieux qu’il pouvait et, lui offrant de nombreux présents, s’efforçait d’infléchir son esprit vers les richesses du monde. Mais ayant vu qu’il méprisait très énergiquement tout comme de l’ordure, il fut rempli de la plus grande admiration et le considérait comme un homme différent de tous ; il fut fortement ébranlé par ses paroles et avait grand plaisir à l’écouter. En tout cela, le Seigneur n’accomplit pas son désir, lui réservant le privilège d’une grâce exceptionnelle. »
Thomas nous rappelle que c’est le désir du martyre et de l’annonce de l’Évangile qui a poussé François à prendre la route de l’Orient et à rencontrer celui que ses contemporains décrivaient comme « la bête cruelle », le « diable ». L’islam, c’était Babylone, la cité du mal, et les musulmans des « fils du diable ».
Deux points d’attention
* La surprise de la courtoisie
François ne rencontre pas le diable mais un homme courtois, raffiné. Les descriptions qu’en font les chefs de troupe francs fait prisonniers après la bataille de Damiette décrivent un homme à l’esprit chevaleresque, qui les a traités avec dignité et honneur, avec «l’autorité d’un père », dira Olivier de Cologne, secrétaire du légat du pape.
* François rencontre un croyant et une communauté de foi
L’accueil réservé à la prédication de François par le sultan tient sans doute compte de l’appréciation coranique : « Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent : “Nous sommes chrétiens.” C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil. »

Il semblerait que dans l’entourage de Malik al-Kamil se trouvait Fakr ed-Dine al-Farabi, un vieux soufi, et sans doute bien d’autres sages parmi ses conseillers. Le spectacle d’une communauté interrompant le cours de ses affaires pour prier le Dieu unique cinq fois par jour a dû impressionner François.
La postérité :
* Les frères gardiens des Lieux saints de Terre Sainte
Même s’il a fallu attendre 1342 pour que les frères franciscains soient déclarés « Gardiens des Lieux Saints » par le pape Clément VI, ils avaient obtenu un laisser-passer de la part du sultan et se sont vus protégés par les autorités musulmanes à l’issue de la cinquième Croisade et par la suite.

* « Si vous ne saluez que vos amis… »
Aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de penser que la tentative du père Paolo dall’Oglio de rejoindre le quartier général d’al-Baghdadi à Raqqa, où il est fait prisonnier le 28 juillet 2013, s’inspire de celle de François d’Assise. Il semblerait qu’il cherchait à obtenir la libération d’otages. Il aurait été tué par la suite, d’après le témoignage d’un chef de l’État islamique capturé. Mais il n’y a pas de preuve.

La rédaction du chapitre XVI de la première Règle de saint François
Socle historique
La rédaction de la Règle, dite « non bullée », est dans la continuité du processus d’écriture propre à la Fraternité naissante : la vie façonne, corrige, épanouit peu à peu l’intuition, et la Curie romaine, les frères lettrés, ajoutent leur grain de sel à ce qui était au tout début une page programmatique générale et centrée sur « Notre règle de vie, c’est de vivre l’Évangile » !

Il est donc difficile de savoir exactement si ce fameux chapitre XVI fut écrit avant ou après le voyage en Terre Sainte. Toujours est-il qu’il témoigne d’une façon de faire unique à l’époque et qui reste, me semble-t-il, d’actualité. Elle est datée de 1221. Gwénolé Jeusset pense qu’au moins certaines parties de ce chapitre ont été écrites après cette expérience extraordinaire de rencontre courtoise en pleine croisade.
Deux points d’attention
* « Humbles et soumis à tous »
C’est ainsi que François voulait ses frères (et sœurs), non pas dans une attitude d’écrasement de soi qui serait indigne ; ni dans un mépris de soi qui cacherait au fond un mépris de l’autre ; ni dans une soumission qui serait démission, renoncement à ses convictions profondes. Mais il les voulait supportant les tribulations de tous les désaccords et de toutes les incompréhensions, admirant le singulier, l’inouï de nos expressions de foi respectives, ici et maintenant, et se tenant librement sur le chemin de la relation à l’autre, aussi escarpé soit-il, dans ce dénivelé qui fait que son visage me surplombe toujours et m’inviter à l’aimer. Une attitude que François d’Assise a contemplée longuement chez son Maître et Ami.

* Annoncer par la présence et la parole
C’est en effet l’incarnation qui sert de modèle à une démarche qui sinon pourrait paraître naïve, désincarnée, justement angélique. Elle s’inspire de l’attitude de Jésus dont la vie entière est proclamation de la Bonne Nouvelle. François insiste beaucoup sur la prédication par les actes plus que par les paroles. Quand le terrain n’est pas favorable, il compte sur cette présence pour annoncer.
Mais il faut aussi entendre la deuxième partie, et l’invitation à dire la Parole, à proclamer, quand le temps est favorable. Discerner semble alors le maître mot : quand puis-je dire, et quand faut-il me taire ? Quand est-ce que ma parole est accueillie, quand est-ce qu’elle heurte et insulte ? Ou reste inaudible ? C’est un discernement inspiré de la communication non-violente, attentive aux émotions de l’autre, et de soi, et pas seulement à la rationalité de la communication.

La postérité : notre communauté de Tiaret
Extraits du projet rédigé par des frères français et catalan en vue de la fondation en Algérie :
« Introduction
L’origine du projet est double. D’un côté, le désir du frère catalan Jaume de vivre une vie de proximité avec les musulmans, dans un témoignage simple de l’Évangile.

De l’autre, des frères français en recherche de fondation pour participer à l’aventure de l’Église algérienne et soutenir la construction d’une conscience capucine en Europe du Sud. On trouve aussi en arrière-fond, les histoires communes France/Algérie et Espagne/Maghreb ainsi que la vision franciscaine d’« un autre visage de l’islam ». Tout cela se rejoint dans l’inspiration franciscaine du témoignage évangélique par la vie (1 Règ. 16) dans un milieu non chrétien.
Objectifs
Partager la vie du peuple algérien, contribuer à la construction de la société algérienne.

Vivre une vie communautaire avec pour socle la prière contemplative et une vie liturgique simple.
Partager la vie de l’Église en Algérie, dans sa présence gratuite, dans son attitude de dialogue avec les musulmans. »
Bien sûr ce projet a évolué avec les frères qui s’y sont concrètement investis et face à la réalité algérienne, justement dans cette attitude et cette volonté d’humble soumission.

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Conclusion : l’esprit d’Assise
Il me semble qu’il y ait un événement décisif pour l’Église de notre temps, relié à ce dont j’ai parlé : la rencontre d’Assise du 27 octobre 1986 qui a rassemblé des chefs de nombreuses confessions et dénominations religieuses. Ce qu’on a appelé par après « l’esprit d’Assise » vient de loin.
Le fait d’être réunis à Assise pour prier, jeûner et cheminer en silence – et cela pour la paix toujours fragile et toujours menacée, peut-être aujourd’hui plus que jamais – a été comme un signe clair de l’unité profonde de ceux qui cherchent dans la religion des valeurs spirituelles et transcendantes en réponse aux grandes interrogations du cœur humain, malgré les divisions concrètes… Les hommes peuvent souvent ne pas être conscients de leur unité radicale d’origine, de destin et d’insertion dans le plan même de Dieu et, lorsqu’ils professent des religions différentes et incompatibles entre elles, ils peuvent même ressentir leurs divisions comme insurmontables, mais, malgré cela, ils sont inclus dans le grand et unique dessein de Dieu, en Jésus-Christ, qui « s’est uni d’une certaine manière à tous les hommes », même si ceux-ci n’en sont pas conscients (Jean-Paul II, Discours de présentation des vœux aux cardinaux et membres de la Curie romaine,le 22 décembre 1986)
Serait-il possible d’envisager, en Algérie, un tel rassemblement ? De faire sortir de l’ombre les différents mouvements et autres confessions religieuses ? Je formule ce rêve en guise de conclusion.

Frère Pascal AUDE, capucin, Tiaret
https://eglise-catholique-algerie.org/actualites-et-news/temoignages-et-dialogue/4283-francois-et-l-islam-une-rencontre-pour-nous-aujourd-hui.html

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François d’Assise et la rencontre avec le Sultan

Une expérience du passé qui nous ouvre sur le monde d’aujourd’hui!

Nous vivons de plus en plus dans une société où les différentes cultures se côtoient, s’entremêlent et s’entrechoquent même. Dans les grandes villes du pays il est plus facile de faire ce constat. Les habitants des zones urbaines vivent à côté des personnes d’origines ethniques diverses tandis que dans les milieux ruraux, cela est plutôt rare mais les gens savent par les médias ou par des connaissances que les personnes venant d’autres pays se font davantage présents.

C’est pourquoi Les Franciscains trouvent important d’entamer une réflexion active sur notre ouverture vers les autres cultures et les autres religions afin de diminuer les tensions, les intolérances et l’incompréhension. Plusieurs frères travaillent concrètement dans des organismes ou des projets de dialogues inter religieux s’inspirant en cela de l’expérience de François d’Assise avec le Sultan. Il est en effet inspirant de constater que même au Moyen-Âge, au temps de François d’Assise, des chrétiens ont voulu établir des relations harmonieuses avec d’autres religions, en particulier avec l’Islam, au lieu d’encourager la guerre et la violence.

Même si François d’Assise était allé rencontrer le Sultan dans l’idée de le voir convertir vers la religion chrétienne, il y a dans sa démarche une volonté de réconciliation et de paix. Et encore plus réconfortant, c’est que nous pouvons appliquer à notre temps les leçons de cette rencontre profonde, pleine d’humanité et de tendresse.

Les Franciscains souhaitent contribuer à l’éveil des jeunes sur l’existence d’autres cultures, d’autres religions que l’on se doit de respecter.

François d’Assise et le Sultan : La rencontre

Nous vous présentons l’histoire de cette rencontre entre François d’Assise et le Sultan tel que rapporté par Saint Bonaventure qui a écrit sur la vie de François et approuvé en 1266 par l’Ordre des Frères Mineurs (ofm). Nous nous sommes permis d’apporter quelques changements au texte original afin de le rendre plus accessible.

Nous sommes en 1219

« S’exposant avec courage aux dangers de tous les instants, François voulait se rendre chez le sultan de Babylone en personne. La guerre sévissait alors, implacable entre chrétiens et sarrazins, et les deux armées ayant pris position face à face dans la plaine, on ne pouvait sans risquer sa vie passer de l’une à l’autre.

Mais dans l’espoir d’obtenir sans tarder ce qu’il désirait, François résolut de s’y rendre. Après avoir prié, il obtint la force du Seigneur et, plein de confiance, chanta ce verset du Prophète: « Si j’ai à marcher au milieu des ombres de la mort, je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi ».

S’étant adjoint pour compagnon frère Illuminé, homme d’intelligence et de courage, il s’était mis en route traversant la mer et se retrouvant dans le pays du sultan. Quelques pas plus loin , ils tombaient dans les avant-postes des sarrazins, et ceux-ci, plus rapides, se précipitèrent sur eux. Ils les accablèrent d’injures, les chargeant de chaînes et les rouant de coups. À la fin, après les avoir maltraités et meurtris de toutes manières, ils les amenèrent, conformément aux décrets de la divine Providence, en présence du sultan: c’était ce qu’avait désiré François.

Le prince leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir; avec sa belle assurance, François répondit qu’il avait été envoyé d’au delà des mers non par un homme mais par le Dieu très-haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple, la voie du salut et leur annoncer l’Évangile qui est la vérité. Puis il prêcha au sultan Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde, avec une telle vigueur de pensée, une telle force d’âme et une telle ferveur d’esprit qu’en lui vraiment se réalisait de façon éclatante ce verset de l’Évangile: « Je mettrai dans votre bouche une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront ni résister ni contredire ».

Témoin en effet de cette ardeur et de ce courage, le sultan l’écoutait avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui. Il offrit à François de nombreux et riches cadeaux que l’homme de Dieu méprisa comme de la boue: ce n’était pas des richesses du monde qu’il était avide, mais du salut des âmes.

Le sultan n’en conçut que plus de dévotion encore pour lui, à constater chez le saint un si parfait mépris des biens d’ici-bas.
François quitta le pays du sultan escorté par ses soldats ».

QUE RESTE T-IL DE CETTE RENCONTRE ?

« Il semble, souligne Albert Jacquard (Le Souci des Pauvres, éd. Flammarion, 1996) que le sultan n’oublia pas le sourire de François, sa douceur dans l’expression d’une foi sans limite. Peut-être ce souvenir fut-il décisif lorsqu’il décida, dix années plus tard, alors qu’aucune force ne l’y contraignait, de rendre Jérusalem aux chrétiens. Ce que les armées venues d’Europe n’avaient pu obtenir, l’intelligence et la tolérance de Malik al-Kamil permettraient à l’islam de l’offrir. Sans doute le regard clair de François avait-il poursuivi son lent travail dans la conscience de cet homme ouvert à la pensée des autres ».

En réalité, cette distinction que l’on fait aujourd’hui entre les différentes religions cache la véritable opposition: celle du « Nord » contre le « Sud », et surtout des riches contre les pauvres. Car les musulmans eux aussi souhaitent bâtir un monde meilleur avec des valeurs humaines et spirituelles.

C’est pourquoi afin de continuer le travail de François d’Assise qui désirait ardemment tisser des liens avec les musulmans pour bâtir la paix, les Franciscains du Québec ont tenté des rapprochements avec les gens d’autres religions (amérindiens, bouddhistes, sikhs, hindous, juifs, musulmans et des chrétiens de plusieurs dénominations). Ensemble, ils cherchent des moyens pour faire face aux difficultés de notre temps: pauvreté, solitude, violence, drogue, etc.

À Montréal, les Franciscains ont organisé durant dix ans des prières qui rassemblaient des délégués de huit religions. Ces rassemblements ont suscité des initiatives diverses: prières interreligieuses organisées par des associations, des écoles, des prêtres ou pasteurs chrétiens; un groupe de femmes musulmanes et chrétiennes; un Conseil interreligieux.

Ailleurs, au Liban, aux Philippines et en Indonésie, des Franciscains et des musulmans s’unissent chaque année pour organiser et vivre un pèlerinage orienté vers la paix ou pour une cause sociale.

Dans une école primaire située à Tyr, au Liban, des moyens ont été mis en œuvre par les Franciscains pour respecter les différences mais aussi pour éviter de marginaliser un groupe au détriment de l’autre ou d’encourager la compétition entre les religions. Chaque classe, chaque équipe sportive, chaque groupe social compte des jeunes de chaque religion. Dans un match de football, par exemple, on ne verra pas une équipe formée exclusivement de musulmans jouer contre une équipe de chrétiens.

Comme on le constate il est possible de faire naître des initiatives entre des personnes de différentes religions et de vivre cette fraternité universelle dont François a tant rêvée. (1)

(1) Vous pouvez obtenir des documents de réflexions sur la question du dialogue interreligieux au bureau des Franciscains (voir les coordonnées plus loin sur le site).

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POUR ALLER PLUS LOIN :

Bibliographie Franciscaine

Voici une liste de lecture suggérée pour un premier contact avec le monde de Saint François d’Assise et les frères Franciscains.

Sur Saint François d’Assise :

BOFF, Leonardo, François d’Assise, Éditions du Cerf, Paris, 1986, 217 p.

CARETTO, Carlo, Moi, François d’Assise, Éditions Centurion, Coll. Foi vivante 278, Paris, 1991, 185 p.

DESBONNETS, T., VORREUX, D., Saint François d’Assise. Documents. Écrits et Premières biographies,
Éditions Franciscaines, 2e édition, Paris, 1968, 1504 p.

DESBONNETS, Théophile, De l’intuition à l’institution. Les Franciscains, Éditions Franciscaines,
Paris, 1983, 187 p.

GREEN, Julien, Frère François., Éditions du Seuil, Paris, 1991, 376 p.

LECLERC, Éloi, François d’Assise. Le retour à l’Évangile. Éd. Desclée de Brouwer, Paris, 1981

MANSELLI, Raoul, Saint François d’Assise, Éditions Franciscaines, Paris, 1981, 328 p.

TIMMERMANS, Félix, La harpe de saint François, Éditions Mame, St-Amand, 1992, 255 p.

Sur les Franciscains :

ESSER, Kajetan, Origines et objectifs primitifs de l’Ordre des Frères Mineurs, Éditions Franciscaines,
Paris, 1983, 256 p.

FLOOD, David, Frère François et le mouvement franciscain. Les Éditions Ouvrières, Coll. « Peuple de Dieu », Paris, 1983, 180 p.

HUBAUT, Michel, La voie franciscaine. La joie de vivre l’Évangile, Éd. Desclée de Brouwer, Paris, 1983, 191 p.

FLOOD, D., Van DIJK, W., MATURA, T., La naissance d’un charisme. Une lecture de la première Règle de saint François, Présence de saint François, no. 24, Éditions franciscaines, 1973, 189 p.

MATURA, Thaddée, François d’Assise. « Auteur spirituel ». Le message de ses écrits, Éditions du Cerf, Paris, 1996, 295 p.

Prières franciscaines

DELARGE Jean-Pierre, Prier avec saint François d’Assise, Éditions Fides, Paris, 1981, 160 p.

MATURA, Thaddée, Prier 15 jours avec François d’Assise, Éditions Nouvelle cité, Paris 1994, 125 p.

https://www.franciscain.org/saint-francois-dassise/bibliographie-franciscaine

 

François Voyages 2019 Voyages apostoliques en dehors de l’Italie

AR  – EN  – ES  – FR  – IT  – PT ]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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