Film Les Moissonneurs

Les moissonneurs

Etienne kallos

film sud africain Français grec et polonais

avec Brent Vermeulen, Alex Van Dvk, Juliana Venter

sortie : 20 fevrier 2019.

0614210.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxx (1)

SYNOPSIS ET DÉTAILS

Afrique du Sud, Free State, bastion d’une communauté blanche isolée, les Afrikaners. Dans ce monde rural et conservateur où la force et la masculinité sont les maîtres-mots, Janno est un garçon à part, frêle et réservé. Un jour, sa mère, fervente chrétienne, ramène chez eux Pieter, un orphelin des rues qu’elle a décidé de sauver, et demande à Janno de l’accepter comme un frère. Les deux garçons engagent une lutte pour le pouvoir, l’héritage et l’amour parental.

1364941

Free State

Les Moissonneurs se déroule dans le Free State, région d’Afrique du Sud surnommée la « Bible Belt » (ceinture biblique), cœur de la culture afrikaner. C’est grâce à Reza de Wet, auteure dramatique qui fut sa professeure, que le réalisateur a découvert cette province : « Partout des champs de maïs, des fermes et des églises. […] Il y a quelque chose de mystérieux et puissant dans le paysage, quelque chose qui vous saisit et ne vous lâche plus. Posées au milieu de nulle part, ces fermes pourraient être des lieux paradisiaques, mais il y a des barreaux aux fenêtres. Et une peur farouche dans l’air. Les meurtres de fermiers afrikaners sont fréquents, sans que l’on sache qui en sont les auteurs : des ouvriers agricoles mécontents ou simplement des voleurs… »

immigration-afrique-du-sud-map-free-state

 La culture afrikaans

« Afrikaner » est un vieux mot hollandais pour dire « Africain ». Il désigne les descendants des premiers colons néerlandais qui se sont installés en Afrique du Sud au XVIIe et au XVIIIe siècle.
Sud-africain d’origine grecque, Etienne Kallos  souhaitait se pencher sur la jeune génération d’Afrikaners, née complètement en dehors de l’apartheid : « comment vivre avec le poids du colonialisme, et même du post-colonialisme, alors qu’il faut faire aujourd’hui de l’Afrique du Sud un pays sain et paisible ? Doit-on brûler tout ce qu’ont incarné les générations précédentes pour devenir africain ? » C’est grâce à Reza de Wet, auteure de langue afrikaans la plus traduite au monde, que le réalisateur a voulu explorer la culture sud-africaine : « Je comprends ce sentiment de vivre intérieurement une fracture, d’aimer et détester dans le même souffle, de ne pas se sentir à sa place : vous grandissez au milieu d’une communauté, et puis tout à coup, à l’adolescence, vous vous rendez compte que vous n’en faites pas vraiment partie »

 La place de la religion

Les Afrikaners représentent la population qui se rend le plus au monde à l’église. Fasciné par la religion et la question de l’existence de Dieu, le réalisateur a débuté l’écriture de la deuxième version du scénario par une scène de prière qu’il a conservée, à quelques détails près, dans Les Moissonneurs : « un fils de fermiers pénètre de nuit dans la cuisine, il voit sa mère et sa tante en train de prier ; elles prient pour lui, mais sans le regarder. Elles lui disent juste qu’il y a un autre garçon dans la chambre, qu’il faut l’aimer et s’ouvrir suffisamment à lui pour qu’il devienne son frère ».

 Le coup de pouce de Cannes et Sundance

Le scénario d’Etienne Kallos a été sélectionné simultanément en 2012 à la Cinéfondation, Résidence du Festival de Cannes, et au Sundance Labs, atelier de scénario du Festival de Sundance. Il a d’ailleurs gagné le Prix Opening Shot de la Fondation Gan, choisi parmi les travaux des résidents ; et le Mahindra Global Filmmaking Award, du nom d’un riche mécène de Sundance.

Le casting

L’étape du casting a été quelque peu délicate en raison du conservatisme de la société afrikaner et du sous-texte sexuel du scénario. La moitié des écoles sollicitées ont refusé qu’on y organise des auditions.
Les deux comédiens principaux ont été trouvés dix jours avant le début du tournage. Si Brent Vermeulen incarne Janno, le plus fragile des deux garçons, il pratique dans la vraie vie la lutte et le rugby mais porte en lui « une capacité à s’effondrer, une puissance émotionnelle souterraine » selon le réalisateur. Il poursuit : « Paradoxalement […] Brent est un garçon urbain fan de hip-hop et de Kanye West. Alex Ivan Dykl n’avait aucune expérience de jeu, mais un charisme naturel que la caméra a tout de suite aimé. Brent est dans l’émotion intérieure quand Alex est extraverti et physique. Entre les deux, cela fonctionnait parfaitement ».

Le travail sur l’image

Afin de mieux comprendre la culture de son chef-opérateur polonais Michal Englert, le réalisateur a regardé des films polonais classiques, dont certains avec des motifs religieux comme Mère Jeanne des Anges de Jerzy Kawalerowicz. Ensemble, ils ont sillonné l’Afrique du Sud et storyboardé le film avant le tournage. Etienne Kallos revient sur leur collaboration : « Je ne voulais pas que l’image embellisse le paysage – déjà magnifique, comme par exemple le Sterkfontein Dam, ce lac artificiel où nous avons tourné certaines scènes. Michal est très doué avec la caméra à l’épaule, donc nous avons commencé par des plans posés et progressivement évolué vers une caméra portée à mesure que Janno bascule, avant de revenir à des cadres posés à la fin, comme pour boucler la boucle ».

 

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=264015.html

 

==============================================================

 

« Les Moissonneurs » : un film étendard pour les fermiers blancs d’Afrique du Sud ?

CRITIQUE. Il est des films qui donnent au 7e art une portée particulière. C’est le cas de l’opus d’Étienne Kallos « Les Moissonneurs » qui, dans une Afrique du Sud tiraillée, parle aux peurs des Blancs de ce pays.

Afrique du Sud

Ce premier long-métrage d’Étienne Kallos qui sort ce mercredi 20 févriern dans les salles françaises nous plonge dans une communauté exclusivement blanche de fermiers afrikaners, fervents chrétiens et obsédés par la préservation de leur lignée, 27 ans après la fin de l’Apartheid. Ébloui par leur angoisse biblico-existentielle, le cinéaste nous la transmet, sans recul, sans mise en contexte. Au risque de nourrir le mythe du « génocide blanc » forgé par les extrêmes droites du monde entier.

Un malaise diffus

Le sentiment qui nous reste à la sortie de la salle, après avoir passé 1 h 46 dans cette famille de fermiers protestants du Free State, un des plus conservateurs d’Afrique du Sud, où se sont implantés des colons néerlandais au XIXe siècle (les Afrikaners), c’est un malaise diffus. La mère incarne une « mater dolorosa » transcendée par sa foi et qui recueille un jeune Afrikaner orphelin, malmené par la vie. Sa famille adoptive, déjà nombreuse, est sommée de l’aimer au nom de la sauvegarde de leur petite communauté rurale en déclin.

Dans ce décor de la « Bible Belt » sud-africaine filmée comme des tableaux flamands du XVIIe siècle, les Noirs ne sont que des ombres. On les aperçoit quelques minutes à peine, en périphérie des maisons proprettes du bourg, dans une boîte de nuit sale au cœur de leur bidonville, ou sur la route menant aux champs. Alors que le destin des fermiers blancs est immanquablement lié à celui de ces ouvrières agricoles et aides à domicile noires, on ne saura rien de leur passé ni de leurs aspirations actuelles. Elles dansent, chantent et la vie semble couler sur elles sans un mot. Comme si l’Apartheid n’avait pas eu lieu.

Pendant que la minorité blanche s’échine du matin au soir à dompter les maïs et leur bétail, la majorité noire semble passive, réduite à un état de nature anhistorique et apolitique. Aucun homme ni aucune femme noire ne sont certes présentés comme menaçant, mais font écho à l’imaginaire colonial du bon serviteur. Ces gentils Noirs ne voient ni ne comprennent rien de l’angoisse qui hante leurs patrons et voisins blancs. Pourtant, elle déborde de chaque plan.

« Les fermiers blancs se battent pour survivre »

« Le réalisateur voulait montrer que ces fermiers blancs vivent dans la peur, qu’ils se battent pour survivre et pour conserver leurs traditions, leur religion et la force de leurs liens familiaux », explique le jeune acteur principal, Brent Vermeulen, qui est venu présenter le film en Égypte au festival d’El Gouna. L’adolescent a été sélectionné par le cinéaste à la suite d’auditions dans son école.

 Mais qui en veut aux fermiers blancs ? Sous-entend-il que les opprimés d’hier seraient devenus les oppresseurs d’aujourd’hui ? Si le cinéaste se garde bien de pointer quiconque du doigt, sa caméra choisit sans ambiguïté l’empathie pour cette minorité culturelle isolée et désormais politiquement affaiblie. Ce Gréco-Sud-Africain vivant aux États-Unis ne peut néanmoins pas ignorer l’instrumentalisation politique de la violence et des tensions raciales qui traversent l’Afrique du Sud actuelle.

 Le sentiment d’insécurité des Blancs a créé un effet de loupe

Il y a quelques mois, un tweet de Donald Trump avait suscité une vive polémique en accréditant la thèse de supposés « crimes de masse de fermiers », que les extrêmes droites sud-africaine et américaine qualifient de « génocide blanc » depuis plusieurs années. S’il est vrai que la majorité des fermiers tués depuis 2017 sont blancs (46 sur 62 selon le site de fact-checking Africacheck), le nombre d’assassinats dans les fermes a été divisé au moins par deux depuis 2001. Les chiffres invalident l’image d’une déferlante d’assassins anti-blancs, mais la médiatisation du sentiment d’insécurité des Blancs a créé un effet de loupe. D’autant plus que la majorité des terres et en particulier celles les plus fertiles sont encore aujourd’hui détenues par la minorité blanche (8 % de la population sud-africaine).

 Des personnages enfermés dans leur névrose identitaire

Alors pour éviter de prêter le flanc aux accusations d’amalgames et de racisme, ses « Moissonneurs » ne prononcent jamais le mot « noir » (ni « blanc » d’ailleurs) mais parlent d’une masse vague, d’« eux » qui ne « nous ont pas encore tués ». Dans une interview à Unifrance, le réalisateur explique qu’il « voulait parler de la première génération à être née complètement en dehors de l’apartheid. La question de cet héritage n’est jamais abordée directement dans le film, mais elle est présente en permanence, à travers le sentiment d’aliénation de mon jeune héros, Janno [le personnage interprété par Brent Vermeulen], sa solitude, sa peur d’être jugé : comment vivre avec le poids du colonialisme, et même du post-colonialisme, alors qu’il faut faire aujourd’hui de l’Afrique du Sud un pays sain et paisible  ? »

 Des questions qui auraient pu en effet emmener ses personnages comme les spectateurs vers une réflexion aussi complexe qu’essentielle. Sauf qu’en restant dans le non-dit permanent et en refusant de faire parler ses personnages de l’héritage de l’Apartheid, il les enferme (et nous avec) dans une névrose identitaire sans issue. Interroger les racines et contradictions de ce mal-être semble tabou. Dommage parce qu’en attendant, les extrêmes en Afrique du Sud, eux, prennent moins de gants, avec d’un côté des suprémacistes blancs qui veulent rétablir des zones réservées aux Blancs, et de l’autre le mouvement de Julius Malema qui multiplie les réquisitoires anti-Blancs

Alors que les cinémas sud-africains ont quasiment ignoré Les Moissonneurs, les familles des acteurs sont bien conscientes que la promotion du film même hors des frontières pourrait alimenter les tensions. Évoquant leur crainte de voir des « extrémistes » s’en prendre à leurs enfants pour des propos maladroits, les pères des acteurs ont demandé à relire leurs citations avant publication. L’un de ces pères a estimé que certains propos n’avaient pas été tenus par son fils, mineur ; nous avons donc décidé de les anonymiser.

 Pas de nostalgie de l’Apartheid…

Ces jeunes acteurs, qui disent se reconnaître en partie dans les personnages qu’ils interprètent, ne sont pas des nostalgiques de l’Apartheid. « Je ne regrette pas ce mauvais système, car il est la cause de tous nos problèmes aujourd’hui », affirme Benré Labuschagne, qui incarne à l’écran l’archétype du jeune mâle alpha homophobe et violent. De là à dénoncer les inégalités raciales persistantes, il y a un fossé que ces jeunes acteurs ne franchissent pas. L’un d’eux estime qu’« il y a désormais un racisme qui se développe contre les Blancs, par exemple il y a des quotas raciaux dans les équipes de rugby ». L’équipe de rugby sud-africaine devrait théoriquement avoir 50 % de joueurs noirs et cette exigence semble se répercuter dans les sélections locales de ces jeunes. « Nous avons certes des privilèges, mais nous avons travaillé pour », ajoute un des autres adolescents.

 Face à notre incompréhension (en quoi ont-ils travaillé puisqu’ils héritent de privilèges octroyés à leurs parents ?), Alex van Dyk, qui joue l’orphelin à l’écran et est fils de fermiers dans la vraie vie, précise que « les Blancs payent aujourd’hui le plus d’impôts. Les Noirs prennent des terres mais ne savent pas les cultiver alors que les Blancs ont ce savoir-faire depuis des décennies ». Sous-entendu, les Blancs sont les seuls compétents pour faire tourner l’économie du pays. Sauf qu’il semble oublier que la majorité noire a été privée d’éducation pendant près de 50 ans.

 … mais la hantise de l’expropriation

Bien plus que les meurtres de fermiers blancs (« un problème monté en épingle par les extrêmes droites européennes », dénonce l’un des acteurs), c’est au fond le projet de réforme agraire annoncé par le président Cyril Ramaphosa qui inquiète ces jeunes Afrikaners. À l’approche des élections parlementaires qui doivent se tenir en 2019, le leader du Congrès national africain (ANC, fondé par Nelson Mandela) a promis de modifier la Constitution pour pouvoir exproprier les propriétaires terriens sans compensation. Pendant près d’un siècle, les Noirs n’ont eu le droit de cultiver que 7 % des terres agricoles. Aujourd’hui, malgré des politiques étatiques de rachat des terres, 4  % seulement des fermes sont détenues par des fermiers noirs. La volonté du gouvernement de renverser radicalement les rapports de force provoque de très vifs débats et divise au sein même des partisans de l’ANC.

Si aucune loi n’a encore été votée, Benré est convaincu que la situation est déjà en train de basculer. Il en veut pour preuve « l’occupation illégale par des milliers de squatteurs d’un bout de terre appartenant à un fermier de Stellenbosch », non loin de son domicile. Selon l’université de cette ville à 50 kilomètres du Cap, près de 8 000 habitants majoritairement noirs « qui ne pouvaient pas ou refusaient de payer leur ancien loyer » ont construit des abris de fortune sur un terrain qui appartenait à la mairie

Aussi mesuré soit-il, l’examen des faits demeure impuissant pour expliquer la peur. Or n’est-ce pas un des pouvoirs du cinéma et de la fiction que de mettre à distance ce réel insaisissable qui nous effraie, pour mieux le décortiquer et, peut-être, le digérer ? Ce n’est visiblement pas le choix d’Étienne Kallos. Dommage tant pour le spectateur (qui n’a pas le dossier de presse pour décrypter ses intentions mal mises en images), que pour cette jeunesse afrikaner en plein trouble. Reste à espérer que les promoteurs de haine ne s’en saisiront pas pour servir leur théorie d’un pseudo-apartheid inversé.

 

http://afrique.lepoint.fr/culture/les-moissonneurs-un-film-etendard-pour-les-fermiers-blancs-d-afrique-du-sud-page-2-30-10-2018-2267344_2256.php

 

==========================================================

 

Afrikaner

Jan-Jonker-Afrikaner-and-a-group-of-the-Orlams-Afrikaners-An-Inconvenient-Truth-In-South-African-history-and-heritage-660x330.jpg

Se dit des individus de race blanche, nés en Afrique du Sud et parlant l’afrikaans. (Synonyme : afrikaander.)

 Les Afrikaners ou Afrikaanders sont les descendants des premiers colons arrivés en Afrique du Sud au xviie siècle : des Hollandais, des Allemands, des huguenots français et autres colons européens non britanniques. On compte également parmi eux tous les descendants d’immigrants arrivés en Afrique du Sud au fil des siècles et qui partagent leur héritage culturel et leur langue.

Après avoir longtemps adopté un mode de vie rural, les Afrikaners se sont installés dans les villes après la Première Guerre mondiale et sont devenus en 1948 l’une des forces politiques les plus influentes de l’Afrique du Sud. Ils représentent aujourd’hui environ les deux tiers de la population blanche du pays, mais seulement un huitième de la population totale.

Étymologie

Au xviie siècle, le mot Afrikaander désignait les indigènes. Au début du xviiie, on a employé le terme Afrikanerpour parler des colons blancs nés en Afrique du Sud et les différencier ainsi des immigrants nés en Europe. Au xixe siècle, le terme désignait les Sud-Africains de descendance hollandaise, tandis que Boer (« paysan » en hollandais) était réservé aux Afrikaners des républiques boers : l’État libre d’Orange et la République sud-africaine . Au xxe siècle, alors qu’une grande partie de la population s’était installée dans les villes, le mot Boer finit par disparaître pour laisser place à nouveau à celui d’Afrikaner.

L’évolution de la population afrikaner

Les Afrikaners se sont implantés en Afrique du Sud à l’époque où la Compagnie hollandaise des Indes orientales régnait sur Le Cap (1652-1795). On estime que leur population était alors composée de 50 % de Hollandais, 27 % d’Allemands, 17 % de huguenots français et 6 % de représentants d’autres nationalités. L’éloignement de leur pays d’origine, le repliement sur soi dû à l’avancée des frontières et la fin de l’immigration après 1707 expliquent le regroupement de ces différentes communautés qui adoptèrent l’Afrique du Sud comme patrie.

Malgré la prospérité de la colonie du Cap, la saturation du territoire agricole incita les Afrikaners à se déplacer vers l’intérieur des terres et à s’organiser de façon plus indépendante. Cette migration, qui date du début du xviiie siècle et marque le départ de pasteurs nomades vers de nouvelles contrées, fut mise en péril par de nombreux affrontements avec les tribus bantoues, venues d’Afrique centrale. Durant cette période, les Afrikaners durent constamment s’opposer aux tentatives de la colonie du Cap visant à faire obstacle à leur progression ou à contrôler leur commerce.

L’identité afrikaner

Par tradition, les Afrikaners sont républicains. Leur foi calviniste héritée de leurs ancêtres néerlandais, la notion de l’« élu », ainsi que d’autres idées empruntées à l’Ancien Testament les ont influencés d’un point de vue spirituel et social. Aujourd’hui, plus des trois quarts des Afrikaners appartiennent à l’Église réformée hollandaise.

Depuis toujours, les Afrikaners calvinistes distinguent les chrétiens des païens ; durant la seconde moitié du xviiie siècle, cette distinction a progressivement pris la forme d’une opposition des Blancs contre les non-Blancs. La plupart des Afrikaners rejetaient les relations inter-raciales et l’égalité des races. Ils étaient de fervents partisans de la différenciation des ethnies, ainsi que de la ségrégation, nommée plus tard apartheid. Ces pratiques racistes sont apparues pour la première fois à l’époque des premières migrations des Boers vers le nord du pays

Le nationalisme afrikaner

À la fin des guerres napoléoniennes, la province du Cap passe sous administration britannique. En désaccord avec de nombreuses mesures prises par les Anglais, telle l’abolition de l’esclavage, ce sont plus de dix mille Afrikaners qui partent vers le nord du pays lors du Grand Trek débuté en 1834. Progressant vers le Natal et les steppes sud-africaines, ils finissent par fonder la République sud-africaine du Transvaal (en 1852) et l’État libre d’Orange (en 1854). L’Afrique du Sud se divise ainsi rapidement en deux territoires : le Nord républicain et le Sud colonial. Les tentatives britanniques de confédérer ces républiques par la force aboutissent en 1880 à la première guerre des Boers. Dans les années qui suivent, l’hostilité s’accentue. La découverte de mines d’or et de diamants dans le Transvaal attire de nombreux aventuriers étrangers (les Uitlanders) qui s’installent dans des villes nouvelles gérées par de grandes compagnies et par le gouvernement britannique. Ce conflit d’intérêts provoque la seconde guerre des Boers (la guerre sud-africaine, de 1899 à 1902). Il trouvera sa conclusion le 31 mai 1902 dans la ratification du traité de paix de Vereeniging qui ordonne la reddition immédiate des deux républiques boers. Les Boers, désormais soumis à la souveraineté britannique, obtiennent cependant la promesse d’une future indépendance politique.

Cette victoire anglaise a pour effet de renforcer le nationalisme des Afrikaners. En 1904, la mort en exil de Paul Kruger, le président de la République sud-africaine, ranime la fibre nationaliste. Le souvenir du Grand Trek et des guerres contre les Britanniques, pierres angulaires de la tradition et de la conscience nationale, donnera un second souffle à l’unité culturelle des Afrikaners durant le XXe siècle.

Les Afrikaners et le pouvoir politique

Lorsque l’Union sud-africaine est établie, en 1910, les Afrikaners forment leur propre parti politique : le Parti sud-africain, dirigé par les généraux Louis Botha, Jan Smuts et James Hertzog. Mais Hertzog fait sécession en 1913 pour fonder le National Party qui rejette la coalition avec les Britanniques et ravive les idéaux républicains. Tandis que perdure la rivalité entre Boers et Anglais, Hertzog devient Premier ministre en 1924. En décembre 1934, le Parti sud-africain de Smuts et le National Party fusionnent pour former le Parti uni, puis se scindent en 1939, date à laquelle Smuts devient à son tour Premier ministre jusqu’en 1948.

Dès 1948, sous la direction du Premier ministre Daniel François Malan et de ses successeurs, le National Party décrète l’apartheid et mène une politique de séparation des communautés ethniques. En 1961, le Parti nationaliste organise un référendum qui engendrera la proclamation de la République d’Afrique du Sud et la scission avec le Commonwealth, très opposé à la politique de l’apartheid. Le 31 mai de cette même année, Charles Swart est nommé président de la République.

Bien que les Afrikaners soient les principaux opposants à l’abolition de l’apartheid, la majorité d’entre eux soutiendront les réformes amorcées par le référendum de 1992

 

==================================================================

 

Afrikaners

53 guerre des Boers

Un Afrikaner est un sud-africain blanc d’origine néerlandaise, française, allemande ou scandinave qui s’exprime dans une langue dérivée du néerlandais du  XVIIè siècle : l’afrikaans.

Le concept d’Afrikaner a pris son sens actuel au XVIIIè siècle en réservant exclusivement son application aux descendants de ces Blancs non anglophones, nés en Afrique du Sud depuis l’établissement au Cap, en 1652, d’une colonie par la Compagnie néerlandaise des Indes orientales Il étend sa représentativité au-delà du terme( Boerpaysan en néerlandais), vocable par lequel ces Blancs furent d’abord désignés, pour évoquer non seulement « une communauté de langue et de culture mais aussi une nation entrée dans l’Histoire ».

Les Afrikaners proprement dits sont un des peuples de langue afrikaans, bien qu’ils soient à l’origine de l’introduction de cette langue en Afrique du Sud. On écrit encore parfois Afrikaander ou plus rarement Afrikander. Ces termes utilisés dans cette langue et qui signifient littéralement « Africains » en afrikaans, désignent ainsi principalement les Africains blancs d’Afrique du Sud de langue maternelle afrikaans. On peut aussi les désigner par le terme « Hollandais du Cap » qui est plus précis que le terme « Afrikaner ». L’afrikaans est, avec l’allemand pennsylvanien (pennsilfaanisch) et l’allemand de Namibie, le néerlandais en Amérique et dans une mesure différente les diverses formes d’anglais, une des langues de racine germanique parlées hors du continent européen.

 Le terme « Afrikaner » apparaît au début du XVIIIè  siècle et a supplanté celui de Boer au xxe siècle. Le premier témoignage  de son utilisation est attribué à Hendrik Bibault « Ek been ein Afrikaaner ! » (« Je suis un Afrikaner ») et il ajouta : « Peu importe que le Landrost me condamne au fouet, je ne me tairai pas ».

Il s’agit là de la première marque de distinction entre les colons de souche sud-africaine et ceux nés en Europe. Les premiers sont irrémédiablement attachés à l’Afrique et ne se reconnaissent plus dans la lointaine Europe. Revendiquant leur identité africaine, les Burghers (citoyens libres par opposition aux fonctionnaires  de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales) puis les Trekboers (ceux s’éloignant du Cap), et enfin les Voortrekkers vont s’enraciner dans la terre africaine et s’identifier à une géographie précise au nom de leur africanité. Cette identité ethnique va s’affirmer évidemment par rapport aux autres en les excluant, qu’ils soient de souche britannique ou de souche africaine et de peau noire

La construction d’un groupe homogène afrikaner s’est globalement appuyée sur la langue afrikaans et sur le calvinisme, dont la doctrine distinguait un peuple  élu et les autres. Ainsi, la première publication en afrikaans date de 1795. Il s’agissait d’un poème satirique concernant l’occupation britannique de la colonie du Cap. Au xixe siècle, l’identité des Boers-Afrikaners s’affirme à travers l’usage de cette langue. À côté de l’afrikaans, la désignation des Afrikaners comme peuple élu par les théologiens des Églises réformées a constitué le paradigme central de l’histoire sud-africaine des Afrikaners.

Cependant, ces deux facteurs culturels unificateurs qui les distinguaient des autres communautés du pays n’étaient pas suffisants pour effacer les différences abyssales entre les fermiers du Transvaal et les hommes d’affaires afrikaners du Cap.

Il fallait une trame commune du passé pour unir les Afrikaners vers une même destinée car au départ, le sens du mot Afrikaner diffère selon qu’on est au Cap ou au Transvaal. Si, au Cap, il désigne un individu blanc d’origine néerlandaise qui ne parle que l’afrikaans, rejetant ainsi la catégorie des métis, sa définition peut se doubler d’une interprétation nationaliste plus large utilisée par l’AfrikanerBond pour désigner tout sud-africain affirmant une allégeance exclusive à l’Afrique du Sud. Au Transvaal par contre, le concept est restrictif puisqu’un Afrikaner ne peut être qu’un membre de l’Afrikanerdom, c’est-à-dire un participant du Grand Trek ou ses descendants.

1f67904a-8ac4-4bd2-8b72-c9731889ee41.jpg

L’histoire des Afrikaners s’est en fait forgée et continuellement référée à une représentation quasi religieuse, utilisant les comparaisons bibliques entre l’oppression des juifs dans l’Ancien Testament et l’exode des Afrikaners du Cap en 18356. Le Grand Trek s’est finalement imposé comme la racine historique du peuple afrikaner, l’événement qui lui a donné son âme, le berceau de la nation

 Au début, il n’existe pas d’institution ou de structure capable de faire évoluer ce sentiment d’appartenance à une communauté spécifique vers une forme plus moderne de nationalisme. Ce sentiment se limite à la perception d’une destinée commune et c’est à partir de 1875, consécutivement à l’apparition des journaux en afrikaans puis du premier livre d’histoire des Afrikaners par Stephanus Jacobus du Toit en langue afrikaans, que se forge le mouvement identitaire afrikaner, sous l’effet et en réaction à l’impérialisme britannique et à son idéologie libérale.

Ainsi, les Afrikaners entrent dans l’histoire comme un peuple original et autonome de pionniers, simples et pieux, s’ouvrant une voie en Afrique du Sud avec leur fusil, leur bible, leur paire de bœufs, leur grand chariot de bois transportant femmes, enfants, matériel agricole rudimentaire et tous leurs biens terrestres. Un chariot qui sert également d’abri, de moyen de transport et de forteresse contre les attaques ennemies.

La+guerre+des+Boers+a+énormément+influencé+l’opinion+publique+en+Europe.+En+tout,+la+guerre+coûta+environ+vies+—+soldats+britanniques+(7+792+au+cours+d+affrontements,+le+reste+de+maladies),+à+so (1).jpg

Si cette image des Afrikaners est d’abord dépassée par celle de peuple résistant et martyr des camps de concentrationbritanniques de la Seconde Guerre des Boers puis, après la Seconde Guerre mondiale, par celle qu’implique leur rôle dans la promotion de l’apartheid, elle n’en reste pas moins la référence primaire qui a fondé le sentiment d’appartenance identitaire de tout le peuple afrikaner.

http-boerwar.infoconcen

Les Afrikaners vont longtemps se considérer comme les authentiques sud-africains, architectes de l’Afrique du Sud moderne, surnommant les Blancs anglophones« couilles salées »car ils auraient un pied en Afrique du Sud, un au Royaume-Uni et les parties dans l’Atlantique), alors que les non-Blancs étaient relégués dans des rôles subalternes, justifiés selon les plus fondamentalistes des Afrikaners par la malédiction de Cham (terme biblique concernant Ham, fils de Noé).

Démographie et géographie 

Plus de 3 millions de personnes dans le monde s’identifient en tant qu’Afrikaners, soit 60 % des 4,6 millions de Blancs d’Afrique du Sud.

L’Afrique du Sud est le pays d’origine des Afrikaners. Selon le recensement effectué en 2001, l’Afrique du Sud compte 2 536 906 personnes pouvant être assimilées à des Afrikaners (sur des critères combinant peau blanche et langue maternelle afrikaans). Ces Afrikaners représentent plus de 60 % de la communauté blanche toutes origines confondues résidant en Afrique du Sud. Le nombre de résidents blancs et afrikaners dans ce pays a diminué sensiblement depuis le recensement précédent de 1996. Ainsi en 2006, l’Institut sud-africain des relations raciales (SAIRR) relevait que près d’un million de sud-africains blancs, représentant presque un quart du nombre total de Blancs dans le pays, avaient quitté l’Afrique du Sud depuis 1994.

Géographiquement et pour des raisons historiques, la population afrikaner se répartit différemment selon les provinces :

La Namibie est le second pays où la communauté afrikaner est la plus représentée. Selon un recensement effectué en 2001, la Namibie compterait 133 324 locuteurs de langue afrikaans soit 9,5 % du total de la population. Cette statistique comprend les communautés métis et noires qui ont fait de l’afrikaans leur langue maternelle. Sur les 8 % de Blancs que compte le pays, plus de 60 % d’entre eux sont des Afrikaners contre 32 % de germanophones, 7 % d’anglophones et 1 % de lusophones. Les Afrikaners de Namibie résident essentiellement à Windhoek et dans le district de Karas.

Depuis les années 1980 et encore plus depuis 1994, de larges communautés de Sud-Africains blancs anglophones et Afrikaners expatriés se sont établies au Canada, au Royaume-Uni, aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Australie, en Nouvelle-Zélande. De petites communautés d’Afrikaners résident également au Mozambique, au Botswana, au Lesotho, au Swaziland et au Zimbabwe.

La grande majorité de cette population est de religioon chrétienne protestante, calviniste.

Généalogie et ascendance non européenne

Selon une étude génétique publiée en février 2019, presque tous les Afrikaners ont reçu un apport génétique non européen. Cette ascendance non européenne est de 4,8 % en moyenne, dont 2,1 % d’ascendance africaine et 2,7 % d’ascendance asiatique/amérindienne. Parmi les 77 Afrikaners étudiés, 6,5 % avaient plus de 10 % d’ascendance non européenne, 27,3 % entre 5 et 10 %, 59,7 % entre 1 et 5 % et 6,5 % en dessous de 1 %. Cette ascendance non européenne semble provenir davantage de personnes emmenées au Cap en tant qu’esclaves (3,4 %) à l’époque coloniale que de la population locale de Khoe-San (1,3 %).

Historique

 Ils sont d’origines hollandaiseallemande et française qui, à partir du XVIIè siècle , vont progressivement occuper la région du Cap de Bonne-Espérance.

Le 6 avril 1652 au commandement de cinq navires de la VOC  (nommés ReijerOliphantGoede Hoop, WalvischDromedaris), le capitaine Jan van Riebeeck débarque dans la baie de la Montagne de la Table près de la péninsule du Cap de Bonne-Espérance, à la pointe sud-ouest de l’Afrique. C’est avec 90 pionniers dont seulement huit femmes qu’il fonde Le Cap, la cité-mère de la future République d’Afrique du Sud, alors simple comptoir commercial sur la Route des Indes. Jan van Riebeeck ne devait pas établir une colonie mais un établissement relais pour les navires en route vers les Indes orientales. Néanmoins, pour augmenter la production agricole de la colonie afin de nourrir la population et assurer le ravitaillement des navires, il recommanda que des colons soient libérés de leurs obligations vis-à-vis de la compagnie et autorisés à s’installer comme fermiers au Cap et à commercer. C’est en février 1657 que la compagnie délivra ainsi ses premières autorisations à neuf (ex-)employés pour s’établir librement le long de la rivière Liesbeek. Ceux-ci allaient créer une classe de propriétaires hollandais de fermiers libres (vrijburgher ou « francs-bourgeois ») appelés simplement burghers.

La société des Boers se développe d’abord dans le cadre d’une économie agricole, fondée sur la culture de la vigne et du blé et sur l’esclavage. En 1688, 238 huguenots chassés de France par la révocation de l’Edit de Nantes rejoignent les 800 habitants néerlandais de la colonie du Cap et développent la viticulture sur des terres riches en alluvions, dans la vallée d’Olifantshoek.

En 1706, les colons néerlandais expriment leur défiance pour la première fois envers le gouvernement colonial. Le jeune Hendrik Bibault refuse notamment publiquement d’obéir aux injonctions d’un juge arguant du fait qu’il n’était plus néerlandais mais afrikaner. La Compagnie décide alors de stopper l’immigration néerlandaise dans la colonie et d’imposer une administration civile, commerciale et fiscale de plus en plus procédurière afin de planifier l’économie locale. Cette politique restrictive encourage malgré elle l’esprit libertarien des colons libres et des paysans néerlandais natifs de la colonie, dorénavant appelés Boers. Ces derniers cherchent alors à échapper au contrôle de la Compagnie et franchissent ses frontières pour s’établir hors de sa juridiction. Ils refoulent les Hottentots et développent sur les étendues du Karoo une culture originale, fortement imprégnée de calvinisme et isolée des grands courants de pensée qui traversent l’Europe du xviiie siècle.

Les Boers finissent par rompre définitivement avec leurs racines européennes, prônant entre eux un égalitarisme total et, au nom de leurs valeurs chrétiennes et protestantes, affirment leur supériorité sur les Noirs.

 À partir de 1779 l’expansion des Boers est ralentie par les conflits qui se développent sur la frontière orientale avec les populations de langue bantoue, les Xhosa,  obligeant les autorités de la Colonie du Cap à intervenir en annexant de nouveaux districts et en imposant aux Boers de nouvelles frontières.

En 1795 une révolte boer à Graaff-Reinet contre les autorités coloniales néerlandaises tourne court. La même année, la Colonie du Cap est occupée par l’armée britannique, puis est de nouveau néerlandaise en 1803 avant de repasser définitivement sous pavillon britannique en 1806. La colonie s’étend alors sur 194 000 kilomètres carrés et compte un peu plus de 60 000 habitants dont quelque 25 000 Blancs, majoritairement des Boers d’origine germano-néerlandaise et française, 15 000 Khoisans, 25 000 esclaves et un millier d’anciens esclaves libérés de leur servitude (alors désignés comme « hommes libres »). Une étude portant sur les origines de la population afrikaner en 1807 répartissait celle-ci à l’époque en Néerlandais (36,8 %), Allemands des États de langue allemande (35 %), Français (14,6 %), non-Blancs (7,2 %), autres (2,6 %), indéterminés (3,5 %) et Britanniques (seulement 0,3 %).

Au début du xixe siècle, se cristallise dans la mentalité afrikaner la prise de conscience d’un destin commun, favorisée par l’isolement géographique par rapport au pouvoir central de la Colonie du Cap. Une culture spécifique émerge, fondée sur un dialecte issu du néerlandais (l’afrikaans), une religion (le calvinisme), un territoire (les vastes espaces du Karoo) et enfin sur l’intime conviction d’appartenir à un groupe privilégié comparable à celui des Hébreux de la Bible, dans le cadre d’une société encore esclavagiste.

 La communauté afrikaner est néanmoins partagée entre un groupe urbanisé, sensible au prestige culturel des conquérants anglais qui deviennent de plus en plus nombreux, et un groupe rural, jaloux de son indépendance et de ses privilèges, hostile à la nouvelle administration britannique.

Sous l’influence des missions protestantes, les autorités britanniques prennent d’abord des mesures pour protéger les Métis et les Hottentots, notamment en imposant des contrats de travail ou en facilitant les recours judiciaires des salariés contre leurs employeurs. Un épisode va longtemps marquer les esprits de la communauté afrikaner et alimenter leur acrimonie envers les Britanniques. En 1815, un jeune Boer de l’intérieur, Frederic Bezuidenhout, est tué par un policier hottentot après avoir refusé d’obtempérer à une convocation judiciaire et résisté à son arrestation. Son frère parvint à soulever une soixantaine de fermiers, décidés à venger Frederic Bezuidenhout. Perçus comme des rebelles, ils sont pourchassés et acculés à la reddition. Jugés, cinq d’entre eux sont condamnés à mort et pendus à Slachters Neck, le 9 mars 1816. Quatre le sont d’ailleurs deux fois, la corde ayant rompu sous leurs poids.

En 1822, toujours dans la colonie du Cap, les autorités impériales retirent au néerlandais son statut de langue officielle dans les tribunaux et les services gouvernementaux. Un processus d’anglicisation est en marche alors que le patois néerlandais, l’afrikaans, est dénigré. En 1828, l’anglais devient la seule langue officielle des affaires administratives et religieuses.

En 1833, après avoir reconnu l’égalité des droits entre Hottentots et Blancs, les Anglais abolissent l’esclavage, provoquant ainsi l’exode d’une partie des éleveurs afrikaners de la frontière. L’un de leurs chefs, Piet Retief, rédige un manifeste par lequel il énonce ses griefs contre l’autorité britannique, incapable de fournir la moindre protection aux fermiers dans les zones frontalières, injuste pour avoir émancipé les esclaves sans indemnisation équitable des propriétaires. Il termine en évoquant une terre promise où les Boers seraient enfin libres.

 A partir de 1835, les Trekboers franchissent le fleuve Orange et la chaîne du Drakensberg, et fondent au cœur du pays zouloula république de Natalia à la suite du Grand Trek de 1836. Le massacre de Retief, de son fils et de ses compagnons par le roi zoulou Dingane est suivi du massacre de près de 300 civils boers (dont 41 hommes, 56 femmes et 185 enfants) à Blaauwkrans et Weenen. Le 16 décembre 1838, après avoir prêté serment envers Dieu, quelques centaines de Boers remportent une victoire décisive sur les Zoulous du roi Dingane : c’est la Bataille de Blood-River, fondement historique de la nation afrikaner.

En 1843, chassés du Natal (république de Natalia) par les Britanniques, les Voortrekkers traversent de nouveau le Drakensberg, s’installent sur les plateaux austères du Veld, écrasent les Ndebele du chef Mzilikazi et asservissent les Sotho. Ainsi se constituent les républiques de l’État libre d’Orange et du Transvaal, dont les Anglais reconnaissent l’indépendancedans les années 1850. Ces républiques vont rester rurales et arriérées jusqu’aux découvertes minières (diamants en 1867, or en 1886) au cœur du Transvaal, où va s’élever la métropole de Johannesbourg.

En 1875, Stephanus Jacobus du Toit fait partie d’un groupe d’enseignants et de pasteurs de l’église réformée hollandaise qui forment à Paarl dans la Colonie du Cap un mouvement de revendication culturel, Die Genootskap van Regte Afrikaners(l’« Association des vrais Afrikaners »), dont l’objectif est de défendre et d’imposer l’afrikaans au côté de l’anglais comme langue officielle de la colonie. Il s’agit pour eux de donner à la langue parlée par les paysans afrikaners ses lettres de noblesse et d’en faire un véritable outil de communication écrite

En 1876, c’est à cette fin que le mouvement dirigé par Du Toit lance une revue en afrikaans, Die Afrikaanse Patriot dont S.J. du Toit devient le rédacteur en chef et dont la devise est « écrivez comme vous parlez ». En publiant la prose des lecteurs du journal, Du Toit veut éveiller la conscience nationale des Afrikaners et les libérer de leur complexe d’infériorité culturelle face aux Anglais. Dès lors, la défense de la langue se confond avec celle de l’identité afrikaans

 En 1877, S.J. Du Toit publie le premier livre d’histoire des Afrikaners, écrit qui plus est en afrikaansDie Geskiedenis van ons Land in die Taal van ons Volk (L’Histoire de notre pays dans la langue de son peuple), qui s’apparente à un manifeste politique des Afrikaners imprégné de mysticisme. Il relate la lutte d’un petit peuple élu pour rester fidèle au dessein de Dieu, de la révolte de 1795 aux exécutions de Slagter’s Neck en 1815, du Grand Trek de 1836 identifié à l’exode d’Égypte au meurtre de Piet Retief et au triomphe de Blood River.

Le mouvement identitaire afrikaner va être conforté par d’autres historiens , un Britannique natif du Canada. Il est l’un des premiers historiens à avoir examiné l’Afrique du Sud comme une nation et non comme un ensemble hétérogène de colonies distinctes Il va également idéaliser l’épopée du Grand Trek en mettant l’accent sur la main de Dieu.

Après le court conflit de la Première Guerre des Boers, le Transvaal, à la fin des années 1880, entre brutalement dans l’ère du capitalisme industriel à la suite de la découverte de gigantesques gisements d’or dans le Witwatersrand. Des dizaines de milliers d’aventuriers et de prospecteurs, venant en majorité de Grande-Bretagne, affluèrent vers la région au grand dam des paysans boers et du président du Transvaal, Paul Kruger. Ces uitlanders (étrangers) dépassèrent rapidement en nombre les Boers sur le gisement central du Witwatersrand, tout en restant minoritaires sur l’ensemble du territoire de la république du Transvaal. Le gouvernement de Paul Kruger, agacé par leur présence, leur refusa le droit de vote et taxa lourdement l’industrie aurifère. Désireux d’accaparer les gisements d’or autant que d’unifier toute l’Afrique du Sud sous l’Union Jack, les autorités britanniques du Cap sous l’égide de Cecil Rhodes provoquèrent une série d’incidents qui aboutirent en 1899 au déclenchement de la Guerre anglo-boer.

Après des combats acharnés, le conflit se solde par la victoire du Royaume-Uni, par l’internement de 120 000 civils boers et la mort de plus de 27 927 d’entre eux (dont 22 074 enfants de moins de 16 ans) dans 45 camps de concentration construits par les troupes britanniques. Cette importante mortalité touchant 10 % de l’ensemble de la population afrikaner était la conséquence non seulement de maladies contagieuses telles la rougeole, la fièvre typhoïde et la dysenterie mais aussi d’un manque en matériel et fournitures médicales.

La+guerre+des+Boers+Qui+sont+les+Boers.jpg

Cet épisode de l’histoire afrikaner qui marque la dissolution des républiques boers, solidifie le ressentiment antibritannique, le républicanisme et renforce le mouvement identitaire des Afrikaners qu’il marque tout au long du xxe siècle. Vaincus militairement, les Afrikaners vont devoir s’adapter pour survivre en tant qu’entité distincte au sein d’un État moderne, industriel et urbanisé. Si certains renoncent à leur identité culturelle donnant naissance aux anglo-afrikaners, d’autres vont chercher à préserver leur spécificité culturelle sur fond d’esprit de réconciliation entre les ennemis d’hier. Ils vont dès lors entamer une lente reconquête du pouvoir politique afin de garantir la pérennité de leurs droits historiques, linguistiques et culturels sur l’Afrique du Sud.

Ainsi, l’imposition de l’anglais dans les anciennes républiques boers, l’interdiction de l’enseignement de l’afrikaans et diverses mesures vexatoires ont pour corollaire la création d’écoles privées gérées par les Afrikaners eux-mêmes qui fournissent alors un terrain propice à la création d’une identité commune fondée sur la langue afrikaans, la croyance calviniste et une interprétation quasi religieuse de l’histoire.

En 1910, l’Union sud-africaine est proclamée et devient dominion de la Couronne. Louis Botha, un ancien général boer, est le premier chef de gouvernement sud-africain mais son nationalisme tempéré, tout comme celui de Jan Smuts, son principal ministre et inspirateur de la constitution sud-africaine, est rejeté par les radicaux du mouvement identitaire afrikaner.

En 1914, plusieurs anciens vétérans de la guerre des Boers comme Christian de Wet tentent sans succès une insurrectionpar laquelle ils proclament le rétablissement des républiques boers. 

Après la Première Guerre mondiale, les paysans afrikaners, chassés du platteland par une grave sécheresse et une crise économique, se retrouvent confrontés à un double phénomène d’urbanisation et d’acculturation, et entrent en compétition avec les ouvriers noirs au moindre coût. Les valeurs et l’ordre traditionnel des Afrikaners s’effondrant, ces derniers se sentent acculés face à la domination des anglophones, de leurs valeurs liées aux affaires et à l’argent et face au risque de submersion par les Noirs qui affluent alors vers les villes. Ceux qu’on appelle alors en 1920 les « pauvres Blancs » sont plus de 300 000 personnes, essentiellement des Afrikaners.

Face à cette situation, les nationalistes afrikaners s’efforcent de réinventer des modèles culturels à partir du concept d’Afrikanerdom, forgé par Paul Kruger dans les années 1880 et destiné à sortir les Afrikaners pauvres de leur condition misérable et à les aligner sur la petite bourgeoisie anglophone.

En mai 1918, une association est ainsi fondée à Johannesburg par trois jeunes Afrikaners dont le but est la défense des membres de leur communauté afin de recouvrer les droits perdus en 1902 à la fin de la seconde guerre des Boers. D’abord baptisée Jong Suid-Afrika, puis Afrikaner Broederbond (Ligue des frères afrikaners), cette association qui rassemblait à son origine des pasteurs calvinistes, des employés des chemins de fer et des policiers, devient en 1924 une société secrète franc-maçonne, recrutant un nombre croissant d’instituteurs, de professeurs, d’universitaires et de politiciens. À partir de 1927 le Bond va accroître son activisme et étendre son influence et son audience au sein de la communauté de langue afrikaans. Il va définir l’identité de l’Afrikaner, duquel il placera les intérêts au-dessus de toutes les autres communautés d’Afrique du Sud. Ainsi, le Broederbond propose comme fondement idéologique le national-christianisme, inspiré du néocalvinisme, qui stipule que « les nations sont nées d’une volonté divine, que chacune d’elles est détentrice d’une spécificité et d’une mission à accomplir »26. La défense de l’identité afrikaner devient une mission sacrée dont le triomphe exige la mobilisation totale du peuple de langue afrikaans (le Volk). Si la question raciale n’est pas alors au centre des préoccupations politiques des Blancs sud-africains, c’est sur cette base de l’Afrikanerdom que le concept de l’apartheid va être progressivement élaboré.

En 1922, les mineurs afrikaners du Witwatersrand se mettent en grève pour protester contre le recours accru aux travailleurs noirs, main-d’œuvre abondante et moins payée, par le patronat du secteur minier. Les ouvriers sont soutenus par les travaillistes et le tout jeune Parti communiste d’Afrique du Sud. Le conflit commence dans les mines de charbon puis s’étend à tout le bassin minier du Rand, regroupant 20 000 travailleurs blancs. Des soviets sont proclamés et la grève générale déclenchée le 6 mars 1922. La grève tourne à l’insurrection. Pendant cinq jours les combats font rage dans les quartiers ouvriers du rand pilonnés par l’aviation sur ordre du premier ministre Jan Smuts. Le mouvement est brisé dans le sang (214 tués dont 76 grévistes, 78 soldats, 30 Africains tués par les grévistes) et 5 000 mineurs sont emprisonnés. C’est en chantant un hymne communiste que 4 des 18 condamnés à morts sont exécutés.

L’échec du mouvement ouvrier conduit à une mobilisation insolite rassemblant travaillistes, socialistes et communistes derrière les nationalistes du Parti national de James Barry Hertzog qui remporte les élections générales de 1924.

Dès lors, les gouvernements d’inspiration nationaliste s’attachent à développer et protéger la communauté afrikaner, érodant la tradition libérale du Cap alors que dans les années 1930, l’aile extrême du nationalisme subit fortement l’influence du nazisme.

En 1938, les célébrations du centenaire de la Bataille de Blood River unissent les Afrikaners autour du thème du Volkseenheid (l’unité du peuple afrikaans) avec la reconstitution du Grand Trek. Ainsi, le 8 août 1938, des centaines de chariots portant chacun le nom d’un des héros boers du Grand Trek ou célébrant la mémoire des femmes et des enfants partent du Cap en direction de Pretoria. À mesure que les convois progressent et traversent les communes et villages, une vague de patriotisme parcourt le pays. D’autres villes et villages organisent leur propre trek vers Pretoria. En chemin, les Afrikaners se mobilisent en masse : les routes et rues sont rebaptisées Voortrekker Straat ou Pretorius Straat, les hommes se laissent pousser la barbe comme leurs ancêtres, les femmes mettent leur bonnet traditionnel et des tabliers de paysannes, des jeunes fiancés font bénir leur union en costume de Voortrekker, et des enfants baptisés le long des chars à bœufs et des feux de joie illuminent les soirées. À l’approche de la destination finale, les thèmes nationalistes et républicains se précisent alors que le pays est pavoisé aux couleurs sud-africaines, et le 16 décembre 1938, plus de 100 000 Afrikaners (1/10e de la population afrikaner) assistent à Pretoria à la pose de la première pierre du Voortrekker Monument, symbole phare du nationalisme boer en présence des descendantes d’Andries Pretorius, de Piet Retief et d’Hendrik Potgieter.

  de l’impérialisme britannique à celui d’oppresseur des peuples noirs d’Afrique du Sud

En 1948, la victoire du Parti national de Daniel François Malan consacre la victoire du Broederbond. Le danger de domination ou d’acculturation anglophone est définitivement écarté, et l’unité du peuple afrikaans réalisée. Cependant, la cohésion nationale de celui-ci reste menacé par le « Swaartgevaar » (le péril noir). Le thème récurrent n’est plus dès lors la défense de l’identité afrikaans face aux anglophones mais celui du peuple blanc d’Afrique du Sud (anglophones, afrikaners, lusophones soit 2,5 millions de personnes en 1950, 21 % de la population totale) menacé par la puissance de la démographie africaine (8 millions de personnes en 1950 soit 67 % de la population totale). L’apartheidest alors présenté comme un arsenal juridique destiné à assurer la survie du peuple afrikaner mais aussi comme un « instrument de justice et d’égalité qui doit permettre à chacun des peuples qui constitue la société sud-africaine d’accomplir son destin et de s’épanouir en tant que nation distincte». Ainsi, beaucoup de nationalistes afrikaners pensent sincèrement que l’apartheid ouvre des carrières et laisse leur chance aux Noirs, chance qu’ils n’auraient pu saisir s’ils avaient été obligés d’entrer en compétition avec les Blancs au sein d’une société intégrée. Cette politique d’apartheid est censée à la fois compléter et se différencier de la barrière de couleur (colour bar) et du principe du Baasskap (la domination blanche, en vigueur depuis le xviie siècle). Il s’agit d’élever le degré de séparation entre les peuples, que ce soit dans la vie sociale, économique et politique du pays. Cette distinction se fait au prix d’une ségrégation impitoyable et d’un renforcement du contrôle policier sur les déplacements de populations dans tout le pays.

C’est tout à la fois par idéalisme, par intérêt et par sécurité que les Afrikaners soutiennent aussi longtemps le système d’apartheid, convaincus que seul celui-ci peut leur permettre non seulement de survivre en tant que groupe ethnique distinct mais aussi de préserver leurs intérêts de classe au sein du groupe blanc33. Ainsi, entre 1941 et 1955, le revenu moyen annuel des Afrikaners augmente de 50 %. Le pays est en pleine prospérité économique tandis qu’à partir de 1955 s’élabore la séparation géographique entre Blancs et Noirs au travers de la politique des bantoustans, en dépit de la résistance de plus en plus importante et organisée de la population noire. Dans les années 1960, alors que la répression policière contre l’opposition africaniste s’accentue, que les chefs sont emprisonnés et leurs partis interdits en vertu de lois d’exception, les Afrikaners proclament la république et, dans les discours, le concept d’ethnicité spécifique laisse peu à peu la place à celui de nation. Ainsi, les Noirs ne sont plus présentés comme inférieurs mais comme différents

Dans les années 1970, les Afrikaners n’ont plus la peur pathologique de perdre leur identité, qui s’affirme d’ailleurs au travers de l’État sud-africain, un état militairement fort et économiquement puissant. Ceux qui étaient les pauvres Blancs des années 1920 constituent désormais l’armature de la classe moyenne blancheLa discrimination et la ségrégation racialene sont plus justifiées en termes idéologiques mais en termes économiques et politiques : la survie du capitalisme et la lutte contre le communisme. Ils n’en revendiquent pas moins le droit historique et le devoir de maintenir leur souveraineté sur l’Afrique du Sud.

Dans les années 1980, les Afrikaners sont néanmoins ébranlés par les condamnations internationales dont l’Afrique du Sud fait l’objet pour sa politique d’apartheid et la violence politique qui l’accompagne. Si certains se réfugient dans des utopies communautaristes (Volkstaat), d’autres, qui considèrent notamment que les Afrikaners sont le cœur de la nation blanche d’Afrique du Sud, préfèrent tenter l’ouverture politique vers la majorité noire du pays sous le précepte selon lequel l’Afrikaner doit s’adapter pour survivre. C’est un Afrikaner, le président Frederik de Klerk, qui met finalement fin non seulement au système d’apartheid, mais aussi à la domination politique des Blancs sur le pays, approuvé par une consultation référendaire auprès de la communauté blanche le 17 mars 1992. En 1994, le partage du pouvoir avec la majorité noire devient réalité avec l’élection de Nelson Mandela, le premier Noir à la présidence de la république et la formation d’un gouvernement d’union nationale rassemblant les anciens maîtres du pays, autrefois concepteurs de l’apartheid, et les anciens opprimés, représentant le groupe de population majoritaire dans le pays.

À partir des années 1990, la partie la plus libérale de la communauté afrikaner appelle à intégrer au sein du peuple afrikaner tous ceux de langue maternelle afrikaans y compris les non-Blancs comme les métis, les Malais du Cap, les Basters de Rehoboth et les Griquas.

Dans la nouvelle « nation arc-en-ciel » comme est surnommée l’Afrique du Sud à partir de 1994, l’identité afrikaner est de nouveau en cours de restructuration. Ne constituant plus qu’une minorité ethnique parmi d’autres, les Afrikaners sont sur la défensive, s’estimant marginalisés par le nouveau pouvoir du Congrès national africain. Si l’afrikaans reste la langue maternelle de plus de 13 % de la population, elle n’est plus qu’une des 11 langues officielles du pays, restreignant ainsi sa diffusion dans les publications officielles ou les émissions de radio diffusion.

Une minorité de ces Afrikaners a cependant rallié le nouveau pouvoir ANC pour tenter de sauvegarder un minimum d’influence politique sur les commandes du pays. Ce fut notamment le cas des héritiers du Parti national afrikaner qui fusionnèrent leur parti, le Nouveau Parti national, avec l’ANC en 2005. De son côté, le Broederbond s’est réformé de fond en comble, s’ouvrant aux femmes et aux autres individus, indépendamment de leur catégorisation ethnique, ne gardant que l’afrikaans comme mode de recrutement de ses membres.

D’autres se sont regroupés dans des associations de défense de l’identité afrikaner. Des intellectuels (journalistes, écrivains, universitaires) se sont ainsi regroupés dans le groupe dit « des 63 » comprenant notamment des écrivains progressistes afrikaners tels que Breyten Breytenbach. Des associations de défense de l’identité afrikaans tels Afriforum ou le Comité d’action civil de Pretoria engagent de leur côté des procédures judiciaires afin de sauvegarder la toponymie afrikaans de la géographie sud-africaine au moment où l’africanité des Afrikaners est remise en question par certaines personnalités politiques de l’ANC. Dans le même esprit du laager, une fondation de l’héritage gère aussi le patrimoine culturel sud-africain lié à l’histoire afrikaner (monuments, statues…).

Les nouveaux Afrikaners du xxie siècle parlent le langage de la modération et de la décentralisation en se référant, non plus à leur spécificité ethnique et à leurs droits historiques, mais aux concepts modernes et progressistes des droits des minorités et du Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ainsi, les Afrikaners retranchés en communauté à Orania, où ils vivent en marge du nouvel État sud-africain, adoptent un tel langage. Longtemps considéré comme dérisoire, élitiste, raciste et réactionnaire, la communauté d’Orania a finalement réussi à bâtir sa relative prospérité sur l’énergie renouvelable et l’agriculture biologique tout en parvenant à faire reconnaître sa prétention politique à l’établissement d’un Volkstaat au sein de l’Afrique du Sud. Elle reste cependant marginalisée et a toujours du mal à attirer les Afrikaners en grand nombre chez elle.

323d720917394548be241f7c80f7f8f9.jpg

Religion

 La communauté afrikaner est très largement chrétienne et membre de l’Église réformée hollandaise. Pour être plus précis, en Afrique du Sud, cette église réformée est une dénomination commune qui désigne en fait 3 églises réformées calvinistes :

la Nederduits Gereformeerde Kerk (l’église réformée hollandaise ou Synode du Cap – NGK),

la Nederduitsch Hervormde Kerk (l’église réformée hollandaise d’Afrique)

la Gereformeerde Kerk van Suid-Afrika

Il existe aussi une petite minorité catholique.

Les différences entre les 3 églises calvinistes sont essentiellement d’ordre doctrinal. Si elles sont toutes trois autonomes, elles sont liées par un organisme consultatif fédéral. Elles représentent 18 % de la population totale de l’Afrique du Sud.

 La principale de ces 3 églises représentatives de la communauté afrikaners est la Nederduits Gereformeerde Kerk (NGK). Elle est également la principale église de la communauté métis.

Lors des premières décennies du XIXè siècle, les calvinistes néerlandophones de la Colonie du Cap s’étaient émancipés de l’Église réformée d’Amsterdam et avaient fondé une Église réformée hollandaise spécifique à l’Afrique du Sud, la Nederduits Gereformeerde Kerk. Cependant, certaines communautés afrikaners du Transvaal organisèrent leurs cultes et l’administration des sacrements à l’aide de missionnaires, transfuges d’autres congrégations à la suite du refus de la NGK de soutenir les Voortrekkers.

Ceux-ci fondèrent au Transvaal une Église réformée indépendante, la Nederduitsch Hervormde Kerk qui sera elle-même victime d’une scission avec la Gereformeerde Kerk van Suid-Afrika.

Ces églises réformées se réclamaient des concepts religieux d’Abraham Kuyper, fondateur d’une église séparatiste aux Pays-Bas et de l’Université libre d’Amsterdam, qui prêchait le retour littéral aux Écritures saintes.

 C’est ainsi que, par une interprétation de la doctrine calviniste de la prédestination selon laquelle le salut de l’homme est prédestiné (par Dieu, indépendamment de l’homme et de ses actions), justifiant le fait que des élites dirigent le monde et que des non élus obéissent aux premiers, les concepts ségrégationnistes sont avalisés par les prédicateurs de l’Église réformée hollandaise. C’est en vertu de ce concept que les Boers, isolés dans le veld, s’étaient facilement assimilés au peuple élu et avaient cru jusqu’à la fin des années d’apartheid, que Dieu leur avait donné l’Afrique du Sud comme il avait donné le pays de Canaan aux Hébreux, les Noirs étant assimilés aux Cananéens. Ceux qui ne font pas partie du cercle des élus sont donc des proscrits, condamnés depuis le commencement des temps. Dieu n’est plus alors ici un unificateur mais un grand diviseur qui a trouvé bon d’établir des frontières entre les peuples et les groupes de peuples. Et c’est encore par une lecture particulière des écritures saintes que la ségrégation « raciale » fut justifiée : par le biais de l’histoire des fils de Noé dont l’un avait été condamné par son père à servir ses 2 frères.

À partir des années 1920, les églises réformées, à commencer par la NGK, véritable « Église du peuple afrikaner » (Volkskerk), contribuent à la construction du nationalisme afrikaner, généralisant, dans le cadre d’une éducation nationale-chrétienne, l’idée d’une élection collective des Afrikaners justifiant théologiquement la ségrégation. Néanmoins, si elles sont alors proches des dirigeants de l’État sud-africain, le pays demeura un État laïc.

Ainsi, en 1963, les trois Églises réformées menèrent sans succès campagne en faveur de la « sanctification du dimanche » et de l’interdiction dominicale des danses, des vols d’avions et des autres distractions publiques

L’Église réformée hollandaise (NGK) a condamné la politique d’apartheid à partir de 1986.

En 1992, les Afrikaners fidèles à l’apartheid ont quitté la NGK et fondé l’Afrikaanse Protestante Kerk (APK).

En 2007, plus de 40 % des Afrikaners appartenaient à l’Église réformée hollandaise de la NGK (contre 70 % il y a trente ans). Populations significatives par régions.

Politique

Les premiers dirigeants politiques afrikaners ont émergé au xixe siècle dans le but de représenter les intérêts des Boers face à la nouvelle administration britannique. En 1835Piet Retief signe un manifeste dans lequel il exprime les aspirations politiques des Boers, justifiant le Grand Trek vers l’intérieur des terres. Durant cette période, des chefs élus par les membres du Grand Trek tels Andries Pretorius ou Hendrik Potgieter deviennent de véritables chefs communautaires, à la fois politiques et militaires, et fondateurs des républiques boers.

Durant la seconde partie du xixe siècle, trois figures politiques principales représentent alors les aspirations politiques des Afrikaners. Le premier est Marthinus Wessel Pretorius, homme politique du Transvaal, dont l’action politique se caractérise par la volonté unificatrice des républiques boers. Le second est Paul Kruger, vétéran du Grand Trek et chef militaire charismatique. Il accède à la présidence du Transvaal et symbolise jusqu’à l’extrême l’austérité calviniste et la résistance à l’impérialisme britannique. Le troisième est Jan Hofmeyr (en), homme politique de la Colonie du Cap et chef de l’Afrikaner Bond, le premier parti politique de la communauté afrikaner, dont l’ambition est d’unifier sous la direction afrikaner les colonies britanniques et les républiques boers au sein d’un même État sud-africain et indépendant.

 La Seconde Guerre des Boers de 18991902 permet cette unification sud-africaine mais sous le contrôle de la métropole britannique. Les Afrikaners s’organisent alors au sein de partis nationalistes comme le « Het Volk », fondé par le général Louis Botha et prédécesseur du Parti sud-africain, une formation centriste prônant le rapprochement avec les anglophones.

C’est grâce à la volonté de réconciliation entre les formations politiques modérées boers et anglophones et à l’entregent d’hommes politiques comme Louis Botha et Jan Smuts, que se constitue en 1910 le dominion de l’Union sud-africaine, dirigé par des Afrikaners modérés alliés à des Anglo-afrikaners.

 En 1914, des dissidents du parti sud-africain, menés par James Barry Hertzog, fondent le Parti national destiné à représenter les seules aspirations de la communauté afrikaner. Résolument hostile aux Britanniques et aux Anglo-afrikaners, nostalgique des anciens États boers dont il réclame le rétablissement de la souveraineté, le Parti national est partisan de la république et de la rupture des liens économiques et politiques avec la Grande-Bretagne. C’est aussi un parti nationaliste, hostile à toute libéralisation du système « racial » qu’il considère comme attentatoire aux droits politiques des Afrikaners. Il se veut l’expression politique du peuple afrikaner et, en réunissant progressivement l’unité de celui-ci derrière ses candidats, il parviendra un temps à son objectif.

Dans les années 1930, plusieurs mouvements extra-parlementaires extrémistes recrutent au sein de la population afrikaner. Ces mouvements restent marginaux mais leur activisme voyant menace le gouvernement et le Parti national. Celui-ci se scinde en deux formations en 1935, quand l’aile conservatrice refuse de suivre Hertzog dans le Parti uni, fruit d’un rapprochement avec l’Anglo-afrikaner Jan Smuts.

En 1939, le Parti national est brièvement réunifié pour contrer l’entrée de l’Afrique du Sud dans la Seconde Guerre mondiale. Les modérés fondent en 1941 le Parti afrikaner, moins dogmatique envers les anglophones et favorable à l’intégration des métis, peuple de langue afrikaans.

En 1948, le Parti national de Daniel François Malan, allié au Parti afrikaner de Nicolaas Havenga, remporte les élections générales de 1948. Ils mettent en application leur projet de société : l’apartheid.

 Cette politique est menée consciencieusement par les gouvernements de Daniel François Malan 19481954), de Johannes Strijdom(1954 – 1959), puis d’Hendrik Verwoerd (19591966), avec le soutien, à chaque élection de plus en plus massif, des Afrikaners ralliés progressivement par la majorité des anglophones. Le Parti uni, l’opposition officielle, mené par Sir De Villiers Graaff, un afrikaner anobli par la reine d’Angleterre, ne parvient pas à contenir l’hémorragie de ses électeurs essentiellement anglophones.

En 1961, Hendrik Verwoerd donne aux Afrikaners l’occasion de se prononcer en faveur de l’établissement d’une République en Afrique du Sud et d’accomplir le dernier rêve du nationalisme afrikaner. La force démographique dans la communauté blanche et la mobilisation des Afrikaners leur permet de remporter le référendum consultatif face aux anglophones fidèles à la monarchie britannique et de proclamer la république le 31 mai 1961.

Pourtant, une opposition au Parti national prend progressivement de l’ampleur au sein de la communauté afrikaner, notamment sous le mandat de John Vorster (19661978). Ainsi, une opposition progressiste et surtout hostile à la ségrégation raciale émerge à partir de 1974 et trouve un chef de file afrikaner plus efficace, Frederik van Zyl Slabbert. Elle reste cependant très minoritaire au sein de l’électorat afrikaner, tandis que l’effondrement du Parti uni, parti des libéraux conservateurs, contribue au triomphe électoral du Parti national en 1977.

C’est sous le gouvernement de Pieter Botha (19781989) qu’une autre opposition prend aussi de l’envergure, mais celle-ci se constitue à droite notamment parmi l’électorat afrikaner rural qui refuse toute libéralisation de la législation raciale. Issu de l’affrontement au sein du Parti national entre les Verkramptes ( » les Crispés », soit les conservateurs) et les Verlightes (« les éclairés » soit les réformistes) du Parti national, le Parti conservateur est fondé par Andries Treurnicht dans le but de s’opposer à l’ouverture politique aux autres communautés sud-africaines et, sans succès, à l’instauration d’un Parlement tricaméral. En 1987, avec 20 % des voix, le Parti conservateur détrône l’opposition progressiste de son statut d’opposition officielle, démontrant ainsi par ce succès le refus des quelques timides réformes progressistes de Pieter Botha par une partie importante de l’électorat afrikaner.

Lors des élections générales de 1989, le Parti conservateur remporte 45 % des voix de la communauté afrikaner, juste derrière le Parti national (46 % des voix afrikaners), lequel reçoit un soutien désormais majoritaire de la communauté anglophone (50 %). Le nouveau président Frederik de Klerk entreprend alors de rechercher une solution alternative à l’apartheid. Il légalise les mouvements noirs, libère les prisonniers politiques comme Nelson Mandela et entame des négociations constitutionnelles pour une Afrique du Sud post apartheid. À la suite d’une succession d’échecs électoraux au profit du Parti conservateur lors d’élections partielles, il organise un référendum consultatif auprès de la population blanche pour lui demander d’avaliser sa politique. Le 17 mars 1992, la communauté blanche l’approuve à 68,7 % des voix. Les régions afrikaners lui apportent leur soutien mais dans des proportions bien moindres que les régions anglophones. Seul le Nord-Transvaal, peuplé principalement d’Afrikaners et bastion du Parti conservateur, refuse par 59 % des voix de le soutenir.

En avril 1994, en très large majorité, les Afrikaners et les anglophones apportent leur suffrage au Parti national de Frederik de Klerk, lui permettant d’obtenir 20 % des suffrages lors des premières élections nationales non discriminatoires du pays.

Depuis les élections générales sud-africaines de 1999, le vote afrikaner se concentre sur l’Alliance démocratique, un parti libéral-conservateur (issu d’une fusion du parti démocratique et du parti national) dirigé successivement par un anglophoneTony Leon puis par Helen Zille (une Germano-anglophone). Loin derrière, une part minoritaire du vote afrikaner est acquis au Front de la liberté, un parti communautariste. Enfin, une infime minorité a suivi le Nouveau Parti national lors de sa fusion avec le Congrès national africain en 2005. À défaut de pouvoir peser dorénavant politiquement par le biais d’un parti politique, les Afrikaners se sont plus efficacement organisés pour défendre, notamment sur le terrain juridique et par le biais d’associations ou de fondations diverses, la préservation de leurs droits culturels et historiques en tant que groupe ethnique minoritaire d’Afrique du Sud. Ces associations se battent pour préserver l’enseignement en afrikaans dans les écoles, lycées et universités ou pour sauvegarder la toponymie afrikaans liée à l’histoire des Boers.

En mai 2008, c’est en tant que minorité nationale, et après une campagne active menée par le Front de la liberté que les Afrikaners sont intégrés au sein de l’Organisation des nations et des peuples non représentés (UNPO), dont l’objet est la lutte pour les droits des minorités, par le biais du lobbying auprès des Nations unies et de l’Union européenne. Les Afrikaners siègent désormais dans cette organisation aux côtés de 70 autres minorités nationales, dont les Aborigènes d’Australie, les Maasaï du Kenya et de Tanzanie, ainsi que les Tibétains.

article-2321236-19AB9AF3000005DC-470_634x395.jpg

Culture

Architecture 

L’architecture sud-africaine de la communauté afrikaner est avant tout marquée par le style hollandais du Cap (Cape Dutch) d’inspirations néerlandaisefrançaiseallemande et indonésienne. Elle constitue la forme d’architecture la plus typique du pays.

Les premières habitations coloniales des Boers étaient des hartbeeshuis dont les murs se composaient de mélanges de branchages, d’herbes, de boue et de bouses de vache. Ce type d’habitation très sommaire abrita les populations blanches les plus pauvres et subsista dans les campagnes jusqu’au début du xxe siècle, comme en témoigne la Mission des Frères moraves d’Elim dans la province du Cap-Occidental.

C’est sur les prospères terres viticoles de la Colonie du Cap que se développa le style hollandais du Cap si caractéristique des plus belles demeures d’Afrique du Sud. Les villes de StellenboschSwellendamTulbaghPaarl et Graaff-Reinet sont les plus représentatives de ce style architectural, qui fut exporté jusqu’au Zimbabwe par les pionniers boers mais aussi britanniques à la fin du xixe siècle et au début du xxe siècle. Formant à l’origine une simple structure triangulaire, ces habitations s’ornèrent progressivement d’arêtes de plâtre moulé aux lignes courbes, celles-ci pouvant évoluer en volutes et spirales. Les façades blanchies à la chaux accentuaient la splendeur de ces demeures sur fond de ciel bleu sud-africain alors que les toits de chaumes étaient un efficace rempart contre la chaleur du climat. Ces maisons évoluèrent au cours des xviie et xviiie siècles. D’abord généralement basses et rectangulaires, elles s’enrichirent d’ailes symétriques séparées par une cour formant un T, un U ou un H.

Quinan House (1901) à Somerset West

À la fin du XVIIIè siècle, les architectes français Louis-Michel Thibault et allemand Anton Areith introduisirent dans l’architecture locale les colonnades, les bas-reliefs et les portiques.

Dans les républiques boers, le style « Cape Dutch » resta la référence architecturale mais à la fin du xixe et au début du xxe siècle, les nouveaux bâtiments publics se parèrent d’éléments inspirés du style wilhelminien originaire du Nord de l’Europe, comme en témoigne le Parlement (Raadsaal) du Transvaal à Pretoria.

Au xxe siècle, le mouvement identitaire afrikaner s’exprima aussi au travers de l’architecture, notamment dans le style néoroman dont Gerard Moerdijk (1890 – 1958) fut l’un des meilleurs représentants. C’est à cet architecte afrikaner considéré comme l’un des plus prolifiques de sa génération que l’on doit plus de 80 églises, qu’il dessina en incorporant des éléments de l’architecture traditionnelle néerlandaise du Cap, mais aussi d’innombrables banques, hôpitaux, hôtels de villes, les bâtiments de l’Université de Pretoria, et le Voortrekker Monument, situé aux abords de la capitale sud-africaine.

Sculpture

 À l’inverse de ses pays voisins comme le Mozambique, l’Afrique du Sud ne présente pas de tradition historique significative dans le domaine artistique de la sculpture. Cet art s’est essentiellement développé au xxe siècle avec des artistes natifs des Pays-Bas comme Anton van Wouw, considéré comme le père de la sculpture sud-africaine et notamment auteur de la fameuse statue de Paul Kruger à Pretoria. Comme beaucoup d’artistes afrikaners, de nombreux sculpteurs, dont les œuvres furent reconnues au niveau international, ont fait connaître leur art par le biais de commandes publiques du gouvernement sud-africain. Ce fut le cas de Coert Steynberg et de Danie de Jager, auteurs de nombreux monuments officiels célébrant les héros ou les symboles de l’histoire afrikaner.

Plus récemment, Andries Botha a réalisé d’importantes sculptures au style tourmenté exprimant puissance et vulnérabilité, inspirées par sa confrontation avec la culture afrikaner dans laquelle il ne se reconnaissait plus. Il s’agissait pour lui d’exprimer ainsi une citoyenneté culturelle avec des créations marquées par le spiritualismechrétien, réalisées à partir de matériaux traditionnels africains.

Peinture

 Les premiers peintres afrikaners étaient avant tout des paysagistes influencés par les impressionnistes européens. Hendrik PierneefHugo Naude ou Willem Coetzer décrivent notamment dans un style particulier, attaché au détail, la beauté des paysages sud-africains dans des couleurs pastels.

À l’exception d’Irma Stern (d’origine allemande), les peintres afrikaners ou blancs en général ne représentaient presque jamais les habitants noirs du pays.

Dans les années 1960, une nouvelle génération menée par Walter Battiss (un anglophone élevé en milieu afrikaner) et Alexis Preller suit timidement l’influence du surréalisme.

Dans les années 1980, la peinture expose des êtres hybrides préfigurant un certain métissage, tandis que David Kuijers reprend dans les années 1990 les thèmes traditionnels de l’art décoratif de la peinture afrikaner.

Littérature

 Ce n’est qu’au début du xxe siècle que se développe réellement la littérature sud-africaine en général et afrikaner en particulier. Dans un premier temps, la vie rurale des Afrikaners est décrite par des auteurs issus de la communauté anglophone ou allemande comme Olive Shreiner (18551920), élevée au cœur de l’Afrique du Sud. Cette sympathisante des Boers s’en prit notamment au cynisme dominateur de l’impérialiste britannique Cecil Rhodes mais aussi à la rigidité du système social afrikaner (The story of an african farm).

Les Afrikaners se dotent d’une société littéraire (Afrikaanse Taalvereniging) en 1907 et d’un prix (le prix Hertzog) en 1914, ainsi que d’une Académie des sciences et des arts (Suid-Afrikaanse Akademie vir WetensKap en Kuns) en 1909.

C’est sous la plume d’Eugène Marais (18711936), de Louis Leipoldt (18801947) et de Jan Celliers (18651940) que se développe la poésie en langue afrikaans. Ces écrivains sont d’abord inspirés par les conséquences néfastes de la Seconde Guerre des Boers et par les souffrances endurées par ces derniers dans les camps de concentration britanniques. Ils sont aussi inspirés par la beauté des paysages sud-africains, l’esprit pionnier des Boers, la religion et la foi en un monde à l’image de Dieu, exprimant dans leurs poèmes et récits leur attachement à la culture paysanne occidentale, au monde chrétien et à ses bienfaits. C’est la période dite du Plaas Roman. En 1927, un poème lyrique en afrikaans de Cornelius Jacob LangenhovenDie Stem van Suid-Afrika, décrivant l’immensité du veld et l’allégeance des pionniers envers leur pays, devient l’hymne national d’Afrique du Sud tandis que Totius, poète et professeur de théologie, s’inspire du calvinisme pour proposer une lecture religieuse de l’histoire des Afrikaners dont les souffrances seraient la preuve de leur élection divine.

À la fin des années 1920, les thèmes consacrés à la guerre et au martyr des enfants boers morts dans les camps anglais s’estompent pour céder la place à une écriture plus intimiste. Toon van der Heever et Eugène Marais s’interrogent notamment sur la destinée des Afrikaners alors que D.F. Malherbe s’inspire de l’histoire des pionniers boers pour proposer une nouvelle morale à suivre aux jeunes générations d’Afrikaners déracinés. Durant cette époque, l’un des thèmes dominants de la littérature afrikaans est la description du déchirement des Afrikaners entre villes et campagnes et l’exaltation de la liberté individuelle et de la frontière.

Dans les années 1930 et 1940, le mouvement des « Dertigters », dont les chefs de file sont N.P. Van Wyk LouwDirk OppermanC. M. van den Heever et Uys Krige, s’interroge sur le sens de la vie et témoigne de l’inquiétude d’un peuple à la recherche de ses repères. L’élite intellectuelle afrikaner est ainsi fermement mobilisée pour lutter contre la massification et pour la défense de ses valeurs et de sa culture.

Dans un registre moins marqué par leurs origines, les Afrikaners Charles Bosman et Laurens van der Post, écrivent en anglais et connaissent une véritable notoriété internationale.

 À partir des années 1960, un certain nombre d’écrivains, les Sestigers, traduisent les angoisses et conflits des Afrikaners modernes. Ils abordent les questions de sexe, contestent la toute-puissance de l’église réformée, sa morale et l’apartheid. Ces jeunes auteurs issus de l’élite intellectuelle des grandes universités sud-africaines ont souvent séjourné en Europe et constaté l’abîme séparant les mentalités sud-africaine et européenne, poussant certains d’entre eux dans le désespoir et la mort, à l’instar d’Ingrid Jonker (19331965). D’autres, comme Etienne Leroux mais surtout André Brink et Breyten Breytenbach remettent en cause l’apartheid par le biais de leur production littéraire (Une saison blanche et sèche…). A contrario, d’autres encore comme Frans Venter traitent de la question « raciale » par le biais du paternalisme (Die Swart Pelgrims) et sont bien accueillis par la presse gouvernementale de langue afrikaans.

En un seul livre, le journaliste afrikaner Rian Malan exprime au monde entier les angoisses identitaires et sécuritaires de son peuple dans son best seller publié en 1991 « Mon cœur de traître ». Dans ce livre, l’auteur exprime l’attachement physique qui le lie à son pays et ses doutes d’Afrikaner progressiste, opposé à la ségrégation raciale, face à l’avènement à la fois espéré et redouté d’un gouvernement à majorité noire à la direction du pays.

Depuis le début des années 1990 et en particulier depuis 1994, des figures politiquement moins engagées comme celles de John Maxwell Coetzee et de Karel Shoeman se sont imposées face aux anciens Sestigers. Alors que Karel Schoeman se concentre sur le passé, s’attachant à illustrer les splendeurs de sa terre natale (En étrange pays), Coetzee décrit la « solitude de l’homme blanc » (En attendant les Barbares) et les angoisses de son pays (Disgrâce). Une nouvelle génération émerge également, proposant un nouveau regard sur la nation afrikaner. Ainsi, dans son livre « Triomf », Marlene Van Niekerk se penche sur la misère des Blancs avant l’avènement du gouvernement multiethnique. Dans Die Reuk van Appels (« L’odeur des pommes »), l’Anglo-afrikaner Mark Behr décrit la mentalité afrikaner et l’apartheid à travers les yeux d’un enfant de 10 ans, fils d’un militaire haut-gradé.

Cinéma

Pendant plus de 70 ans, la production nationale sud-africaine s’est essentiellement limitée à de grandes fresques historiques consacrées aux Afrikaners. Le film symbole de cette période est De Voortrekkers (1916), retraçant l’histoire du Grand Trek.

C’est en 1895 que le premier kinétoscope est apparu en Afrique du Sud et le cinéma danfit alors progressivement son apparition.

En 1913, les différents distributeurs furent regroupés sous le contrôle de la société « African Films » qui fixa les règles de l’industrie cinématographique nationale pendant de longues années. Des épopées historiques furent alors produites comme « De Voortrekkers », « Les mines du roi Salomon » et « Allan Quatermain« .

Dans les années 1950, le réalisateur afrikaner Jamie Uys parvint à produire Daar doer in die Bosveld (3continents.com), un film indépendant, grâce à l’obtention de subventions accordées par des entreprises privées.

À partir de 1956, l’État sud-africain lui-même subventionne les productions nationales censées refléter la société sud-africaine sous le gouvernement d’Hendrik Verwoerd. Sur les 60 films réalisés entre 1956 et 1962, 43 étaient en langue afrikaans, 4 en version bilingue et les 13 restants en anglais (3continents.com. L’industrie cinématographique dominée par les Afrikaners profitait d’un système de subventions préférentiel. Ainsi, à partir de 1962, les capitaux afrikaners prirent de l’importance dans l’industrie cinématographique locale, d’autant plus que le public afrikaner est relativement large et très stable, garantissant presque automatiquement à chaque film de langue afrikaans une carrière assez longue dès lors qu’il apporte un divertissement léger et qu’il traite de manière idéaliste la réalité afrikaner et ses préjugés.

En 1969, le financement, la production et la distribution de films dans le pays se retrouvent aux mains d’une seule grande société, le Suid Afrikaanse Teaterbelange Beperk. Les films en afrikaans se conformant aux valeurs conservatrices bénéficient d’une exploitation suffisante pour être rentables et d’un public fidèle. « Ce conservatisme idéaliste se caractérise par un attachement au passé, aux idéaux de la « pureté linguistique et raciale » et aux normes religieuses et morales ». Ces films n’ont aucune vocation à intéresser un public étranger et l’éventualité de leur exploitation internationale n’a jamais été envisagée. Toute analyse critique de la culture afrikaner était d’ailleurs soigneusement évitée au profit de la présentation d’un stéréotype populaire univoque de l’Afrikaner.

À la fin des années 1960 et dans les années 1970, les films de Jans Rautenbach et Emil Nofal, comme Die Kandidaat (1968), Katrina (1969) et Jannie Totsiens (1970), sont les premiers à traiter du monde afrikaner dans le contexte d’une Afrique du Sud multiculturelle.

À partir de 1976 et de l’avènement de la télévision, des cinéastes de langue afrikaans comme Manie van Rensburg réalisent des fictions et séries de bonne facture pour la télévision nationale et le cinéma, notamment centrées sur la psychologie afrikaner comme « Verspeelde Lente » (1983), « Die Perdesmous » (1982) et « The Native Who Caused All the Trouble » (1989), sur les Afrikaners urbains comme « Die Bankrower » (1973), « Die Vuurtoring » (1984), « Taxi to Soweto » (1991 et sur les racines du nationalisme afrikaner comme « Heroes » (1985), et « The fourth reich » (1990).

 En 1980, la comédie de Jamie UysLes dieux sont tombés sur la tête , réalisée en anglais est exploitée à l’exportation sous licence botswanaise pour cause d’apartheid. Le film connaît un véritable succès international. Des films de caméra cachée sont alors également exploités sur le marché international avec un certain succès par Jamie Uys et le comique Leon Schuster.

Les années 1980 marquent la fin de la domination du cinéma en langue afrikaans avec « Broer Matie » de Rautenbach, « Mamza » de Johan Blignaut, « Fiela se Kind » de Katinka Heyns, et la série « Veldslag » (1990) supplantée par la production anglophone (la mini-série « 1922 » consacrée à la l’insurrection du Rand fut ainsi réalisée en anglais).

Si le cinéma en afrikaans se raréfie relativement, les comédiens et cinéastes d’origine afrikaner font cependant carrière dans la langue de Shakespeare. Si Sandra Prinsloo est pendant une dizaine d’année la comédienne sud-africaine retenue pour les coproductions internationales de films et de séries tournés en Afrique du Sud, l’acteur Arnold Vosloo et surtout l’actrice Charlize Theron mènent une carrière hors de leurs frontières nationales à Hollywood.

Durant les années 2000, des courts métrages comme Triompheer de Jan-Hendrick Beetge et des films comme Promised Land par Jason Xenopoulos (2002), continuent de sonder l’inconscient des Afrikaners. Ainsi Promised Land, tiré d’un roman de Karel Shoeman, décrit le retour d’un expatrié afrikaner sur sa terre natale, située dans une région rurale désertique, où il est confronté à des Afrikaners en état de déshérence sociale et psychologique et nostalgiques de l’apartheid. Ce film, qui connaît alors un succès relativement important en Afrique du Sud, est le premier long-métrage sud-africain utilisant la technologie offerte par la caméra numérique à haute définition. Il est aussi perçu par la communauté blanche comme un film destiné aux Noirs. Cependant, durant les années 2002 et 2003, aucun de ces films n’est tourné en langue afrikaans

Au début des années 2010, le sursaut et à la mobilisation de l’industrie cinématographique afrikaner autour de la langue afrikaans et de sa culture, permet que 40 % des productions sud-africaines soient des productions afrikaners le plus souvent tournées en afrikaans. En 2012-2013, le cinéma afrikaner affiche ainsi le record de 17 films sortis en salle, des films qui sont pour la plupart des œuvres de divertissement. Ce sursaut provient notamment de la fréquentation importante des salles de cinéma par les Afrikaners, concomitamment au développement de la télévision privée en afrikaans sous la tutelle d’institutions dotées comme DStv.com.

Musique et danse

 La musique afrikaans traditionnelle comme la « Boeremusiek » est musicalement similaire à la musique folk américaine.

L’opéra possède une certaine importance dans la culture des Afrikaners ; plusieurs chanteurs de classe mondiale continuent d’émerger d’Afrique du Sud.

La chanson en afrikaans la plus célèbre est Sarie Marais (1900), d’ailleurs adaptée de la mélodie américaine « Ellie Rhee » datant de la guerre de Sécession. Sarie Marais relate la nostalgie des Afrikaners pour leur Transvaal sur fond de guerre des Boers.

Si les Afrikaners n’avaient pas de danse folklorique propre, la Volkspele émergea en 1914, inspirée de danses traditionnelles suédoises.

En 2006, le général boer Koos de la Rey fut le sujet d’une chanson à succès d’un jeune chanteur afrikaner, Bok van Blerk, chanson qui valut à son auteur un double disque de platine. Elle eut un impact important sur la communauté afrikaner en pleine recomposition de son identité. Certains y virent une apologie de l’ère des Afrikaners alors que d’autres se déclarèrent surpris par la profondeur des paroles. L’écrivain afrikaner Rian Malan déclarait notamment que l’impact émotionnel de la chanson De La Rey reflétait fidèlement les sentiments profonds de beaucoup de Blancs qui se sentaient exclus de la nouvelle Afrique du Sud51. Le refrain sans équivoque manifestait l’absence de leadership afrikaner en politique et appelait au rassemblement des Boers autour d’une nouvelle figure charismatique symbolisée par celle du général De la Rey. En février 2007, le clip illustrant la chanson a été titré « meilleure vidéo musicale de l’année » par MK89, la chaîne satellitaire de musique à dominante afrikaans.

Festivals

Depuis 1994, le Klein Karoo Nasionale Kunstefees à Oudtshoorn et, depuis 1998, le Aardklop festival à Potchefstroom démontrent la vivacité de la culture de langue afrikaans par le biais de spectacles de rues, de cabarets, de musiques, de danses ou d’art visuel drainant chaque année plusieurs dizaines de milliers de spectateurs, majoritairement afrikaners.

Sport

 Le rugby est le sport national de la communauté blanche en général et des Afrikaners en particulier. Plus que tout autre sport, il fut un miroir de la société civile et politique et fut par conséquent dominé par les Afrikaners. Le rugby a même fini par devenir un symbole sportif constitutif de leur identité nationale presque au même titre que l’appartenance à l’Église réformée hollandaise.

C’est le Springbok qui a donné son nom à l’Équipe d’Afrique du Sud de rugby à XV, deux fois championne du monde, en 1995 et 2007. Cet emblème a longtemps été perçu comme un symbole de la domination des Blancs dans le rugby sud-africain.

Les Afrikaners ont en effet toujours été sur-représentés au plus haut niveau des instances dirigeantes du rugby sud-africain, avec des personnalités telles que Danie Craven (ancien capitaine, entraîneur et président de la Fédération sud-africaine de rugby) ou Louis Luyt. L’équipe nationale elle-même fut à l’image de la communauté blanche et ses plus grands capitaines comme Morné du PlessisNaas Botha, Francois Pienaar étaient aussi des Afrikaners.

Dès les années 1920, les Afrikaners ont donné au rugby, sport importé par les Britanniques, une place toute particulière. En même temps, le rugby jouait un rôle intégrateur entre les communautés anglaise et afrikaner. En effet, les Afrikaners ont vite pratiqué intensivement le rugby dès le collège. Ils trouvaient dans ce sport un corollaire aux fondements identitaires du peuple afrikaner fondés sur le rude mode de vie des Boers. L’Université de Stellenbosch, de langue afrikaans, symbolisa la stratégie des élites afrikaners quand elle devint rapidement une pépinière de joueurs de rugby et que la South African Rugby Board fut dirigée par des membres du Broederbond. Ainsi, entre 1960 et 1972, sur un total de 58 rencontres, les 52 titulaires du capitanat springbok étaient des Afrikaners membres du Bond52.

À partir de 1984, la Fédération internationale de rugby se joignit à un embargo sportif contre l’Afrique du Sud en raison de sa politique ethnique. Dorénavant, les Springboks ne pouvaient plus se déplacer à l’étranger pour se confronter à des équipes nationales ni en recevoir. Pour les Afrikaners, le rugby est un symbole si fort que, de toutes les sanctions sportives imposées contre l’Afrique du Sud, son boycott fut sans doute le plus douloureusement ressenti.

Pourtant, les Sud-Africains contournent l’embargo et, lors du centenaire de la Fédération sud-africaine de rugby, Dannie Craven parvient à monter une tournée mondiale avec des joueurs étrangers invités « à titre individuel » à venir jouer dans une équipe ad hoc contre les Springboks.

En 1992, l’embargo fut levé à la suite de l’abolition officielle de l’apartheid en juin 1991.

 En 1995, lors de la Coupe du monde de rugby, la victoire finale des Springboks est marquée par le geste symbolique de Nelson Mandela revêtant le maillot du capitaine afrikaner Francois Pienaar.

Une politique de discrimination positive menée à partir de 1995 par la mise en place de quotas, obligeant chaque équipe de province, à chaque niveau et pour chaque tranche d’âge, à intégrer un certain nombre de joueurs de couleurs (noirs, coloureds ou indo-asiatiques), est cependant mal ressentie par la population afrikaner et par les instances sportives provinciales dirigées par cette communauté. Le rugby se retrouve encore symboliquement au centre de la résistance au changement de la société sud-africaine blanche, qui considère cet épisode comme faisant partie d’une « campagne visant à se débarrasser des Afrikaners et à détruire leur culture ». Le président de la Fédération sud-africaine de Rugby, Louis Luyt, finit même par démissionner et fonder un parti dévoué à la cause afrikaner, l’Alliance fédérale.

En 2007, 21 des 30 sélectionnés de l’équipe des Springboks lors de la Coupe du monde de rugby étaient des Afrikaners, parmi lesquels Schalk Burger et François Steyn. L’équipe remporta la coupe du monde pour la seconde fois de son histoire.

Témoignage

« Ils étaient racistes, très attachés à la terre, et généreux. Envers les Noirs aussi. J’ai vu une famille dans son jardin qui fabriquait un cercueil pour la bonne noire – mon entourage de gauche n’aurait pas passé un samedi après-midi à faire ça ; ils auraient donné de l’argent à la famille. Mais tout en construisant le cercueil, ils faisaient des blagues pour savoir si la bonne allait rentrer dedans. S’il fallait couper les jambes pour que ça tienne. C’est une contradiction qui dit notre histoire. »

— Témoignage de David Goldblattphotographe anglophone sud-africain, à propos de fermiers afrikaners, au début des années 1960 (Le Monde du 6 juillet 2006)

« Je partage avec d’autres, noirs, bruns, blancs, cet endroit de la terre où ma mère et mon père sont enterrés, et mes grands-parents, et leurs ancêtres, depuis des générations et des générations. Cela signifie que nous nous sommes assimilés par près de quatre siècles de vie sur ce continent, et qu’en retour nous avons assimilé ces siècles dans nos os et notre sang : les rythmes de sécheresse et d’inondation, les famines et l’abondance, les cruautés inhumaines et les meurtres et les privations, les rires et l’amour, la pitié et la générosité. Tout ceci a eu un prix, et nous l’avons payé parfois de mauvaise grâce ou même avec ressentiment, souvent avec joie et bonne volonté. »

— Témoignage de l’écrivain afrikaner André Brink affirmant son droit à continuer à vivre en Afrique du Sud en 2008 en dépit de la situation politique et sociale du pays.

Autres personnalités afrikaner

 Nombre de patronymes afrikaners sont d’ascendance française huguenote. Parmi ceux-ci, on peut citer le joueur de rugby à XV Pieter de Villiers, joueur du Stade français et de l’Équipe de France, ainsi que Daniel François Malan, ancien premier ministre, Eugène Terreblanche, dirigeant du mouvement d’extrême droite AWB, Constand Viljoen qui est une déformation en afrikaans du nom français Villon, ou encore l’actrice Charlize Theron.

Romans  historique

James MichenerL’Alliance (Thant (nove Covenel) (en)), 1980, édition française Points, 1986

Wilbur Smithles romans consacrés à la saga des Courtney [archive] (Quand le lion a faimCoups de tonnerreLa Piste du chacalLes feux du désertLe Royaume des tempêtesLe Serpent vertLe Dernier SafariLa Piste du renard)

Filmographie

Tant que soufflera la tempête (1955), film d’Henry King avec Tyrone Power et Susan Hayward

Bonne espérance (1989) euilleton français avec Jean-Pierre Bouvier et Agnès Soral

Pour tout l’or du Transvaal (1979), feuilleton franco-belgo-sud-africain avec Yves Rénier et Sandra Prinsloo

Une saison blanche et sèche (1989), film réalisé par Euzhan Palcy, avec Donald Sutherland

La Puissance de lange (1992), film de John G. Avildsen, avec Stephen Dorff et Morgan Freeman

In My Country (2004), film de John Boorman, avec Samuel L. Jackson et Juliette Binoche

Red Dust [archive] (2004) de Tom Hooper, avec Hilary Swank.

The Heart of Whiteness (2005), film documentaire de Rehad Desai

Au nom de la liberté (2006), film de Phillip Noyce, avec Tim Robbins

Voortrekker1

 

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s