Des hérésies chrétiennes : le pélégianisme et le gnoticisme

DEUX HERESIES CHRETIENNES :

PELEGIANISME ET GNOTICISME

 

ob_590985_pelagianismeLE PÉLÉGIANISME, UNE HÉRÉSIE CHRÉTIENNE

Comprendre le pélagianisme

Depuis le début de son pontificat, le pape François ne cesse de mettre en garde contre le retour du gnosticisme et du pélagianisme, d’anciennes hérésies qu’il considère toujours comme « deux ennemis subtils de la sainteté ».

Qu’est-ce que le pélagianisme ?

Dans les années 380-390, le moine britannique Pélage commence à Rome une prédication auprès d’un groupe aristocratique qui forme bientôt autour de lui une « élite de la vertu ». Il enseigne alors que, grâce à son libre arbitre, tout chrétien peut atteindre la sainteté par ses propres forces.

En prenant en compte les mérites de l’homme, il s’agissait pour lui de ne pas le déresponsabiliser dans sa réponse à Dieu. Mais, au fur et à mesure de sa pensée, il en est venu à minimiser le rôle de la grâce divine dans la réponse de l’homme à l’appel de Dieu.

La doctrine de Pélage se répand rapidement. En Afrique du Nord, elle est fermement combattue par saint Augustin d’Hippone (354-430). En 418, sous son impulsion, le concile de Carthage affirme que, à cause du péché originel, la grâce divine est absolument nécessaire pour faire le bien. Il condamne Pélage et « quiconque dit que (…) si la grâce n’était pas donnée, nous pourrions pourtant, quoique avec moins de facilité, observer sans elle les commandements de Dieu ». Cette condamnation sera réitérée au concile œcuménique d’Éphèse (431).

Comment les idées de Pélage se sont-elles diffusées ?

Les efforts d’Augustin n’empêchent pas la diffusion des idées pélagiennes, notamment dans les milieux monastiques de Gaule où certains craignent que le rôle trop important accordé à la grâce divine n’entraîne un relâchement des efforts humains pour parvenir à la sainteté.

Autour des abbayes de Lérins et Saint-Victor de Marseille, se développe alors le semi-pélagianisme qui enseigne que l’homme peut coopérer à son salut en faisant, sans l’aide de la grâce, le premier pas vers Dieu qui, ensuite, peut achever le travail de rédemption.
Augustin va fermement s’opposer à cette vision semi-pélagienne. Après sa mort en 430, ses disciples, menés par saint Prosper d’Aquitaine (v. 390-463), un laïc, vont longuement s’opposer aux évêques du Sud-Est de la Gaule.

La controverse va durer près d’un siècle, avec des exagérations de part et d’autre, certains disciples d’Augustin rejetant tout libre arbitre et allant jusqu’à l’idée d’une prédestination totale de l’homme. En 473, un concile local réuni à Arles rejette ces thèses, notamment « celui qui dit qu’il ne faut pas joindre le travail de l’obéissance humaine à la grâce de Dieu » et « celui qui enseigne qu’après la chute du premier homme le libre arbitre est entièrement éteint ».

Comment l’Église a-t-elle tranché ?

Il faudra attendre en 529 pour que le concile d’Orange, mené par saint Césaire d’Arles, se prononce finalement contre tous ceux qui donnent un rôle plus important au libre arbitre : « Si quelqu’un prétend que certains peuvent arriver à la grâce du baptême par la miséricorde, d’autres par le libre arbitre, dont il est clair qu’il est vicié en tous ceux qui sont nés de la prévarication du premier homme, il démontre qu’il est étranger à la vraie foi. »

Le débat entre grâce et libre arbitre va néanmoins se perpétuer au cours des siècles. Ainsi, quand les luthériens vont affirmer le rôle prépondérant de la grâce (sola gratia), le concile de Trente, tout en rappelant le rôle prépondérant de celle-ci, va aussi affirmer le libre arbitre de l’homme dans sa relation à Dieu. Un libre arbitre « affaibli et dévié » mais non « éteint ». Le concile rappelle aussi que nous sommes « justifiés gratuitement parce que rien de ce qui précède la justification, que ce soit la foi ou les œuvres, ne mérite cette grâce ».

Aujourd’hui, le Catéchisme de l’Église catholique rappelle qu’« à l’égard de Dieu, il n’y a pas, au sens d’un droit strict, de mérite de la part de l’homme » et que « l’initiative appartenant à Dieu dans l’ordre de la grâce, personne ne peut mériter la grâce première, à l’origine de la conversion, du pardon et de la justification » (§2007 et 2010).

Pourquoi le pape parle-t-il de néopélagianisme ?

Dans la ligne de la doctrine catholique, le pape François ne manque jamais de rappeler que « Dieu nous primerea », un mot du dialecte de Buenos Aires qui souligne que Dieu fait toujours le premier pas : « Il nous précède, et il nous attend toujours, il est devant nous. »

Dès son ehortation apostolqiue Evangeli gaudium, il a aussi dénoncé « le néopélagianisme autoréférentiel et prométhéen de ceux qui, en définitive, font confiance uniquement à leurs propres forces et se sentent supérieurs aux autres parce qu’ils observent des normes déterminées ou parce qu’ils sont inébranlablement fidèles à un certain style catholique justement propre au passé » (§94).

En février 2018, la lettre Placuit Deo de la Congrégation pour la doctrine de la foi explicitait les propos du pape en soulignant combien « notre époque est envahie par un néopélagianisme, qui donne à l’individu, radicalement autonome, la prétention de se sauver lui-même, sans reconnaître qu’au plus profond de son être, il dépend de Dieu et des autres ».

« Le salut repose alors sur les forces personnelles de chacun ou sur des structures purement humaines, incapables d’accueillir la nouveauté de l’Esprit de Dieu », mettaient en garde les gardiens du dogme.

Ce que le pape François a rappelé une nouvelle fois dans sa dernière exhortation Gaudete et exsultate, sur la sainteté, parue en avril dernier. Il y regrettait que les néopélagiens font « passer l’idée que tout est possible par la volonté humaine, comme si celle-ci était quelque chose de pur, de parfait, de tout-puissant, auquel s’ajoute la grâce » (§49). Or celle-ci, prévient François « ne fait pas de nous, d’un coup, des surhommes » : « le prétendre serait placer trop de confiance en nous-mêmes » (§50).

Concrètement, il met en cause des attitudes que l’on retrouve bien au-delà de l’opposition conservateurs-progressistes : « L’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église, la vaine gloire liée à la gestion d’affaires pratiques, l’enthousiasme pour les dynamiques d’autonomie et de réalisation autoréférentielle » (§58). Une manière de mettre en garde autant contre un certain traditionalisme vidé de sens que contre un activisme oublieux de la relation à Dieu.

Source : La Croix (17 novembre 2018)

 

Le Vatican rappelle la doctrine chrétienne du salut

La Congrégation pour la doctrine de la foi a publié  une lettre aux évêques du monde entier sur le salut chrétien, intitulée Placuit Deo (Il a plu à Dieu).

Rome met en garde contre deux dérives possibles de la foi sous l’influence de la culture contemporaine, l’individualisme et le subjectivisme qui nient « l’action salvifique du Christ ».

La notion de salut parle-t-elle encore aujourd’hui ? Il faut bien reconnaître qu’il se résume souvent, y compris pour les chrétiens, à la recherche de la santé physique, du bonheur et de la réalisation personnelle, ou encore de la prospérité économique.

Conscient de l’impact des « récentes transformations culturelles » sur la foi, le Vatican vient de publier une lettre sur le salut, « Placuit Deo », à la demande du pape François qui, à plusieurs reprises, a mis en garde contre des interprétations erronées de la manière de penser et de vivre le salut chrétien.

La Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) y pointe donc deux tentations qui s’apparentent aux anciennes hérésies des premiers siècles et concernent les croyants modernes.

Une vie chrétienne réduite à une imitation enthousiaste et courageuse du Christ

D’une part, une manière « pélagienne » de comprendre et de vivre sa foi, c’est-à-dire qu’on croit obtenir le salut en faisant de son mieux, dans un « individualisme centré sur le sujet autonome », dont la « réalisation dépend de ses seules forces ».

Dans cette optique, la vie chrétienne est réduite à une imitation enthousiaste et courageuse du Christ, considéré simplement comme « un modèle qui inspire des actions généreuses », mais pas identifié dans sa « radicale nouveauté », comme « celui qui transforme la condition humaine ». « On oublie alors que le salut nous est offert par lui, à travers l’Église, la vie communautaire et les sacrements », souligne le père Henri-Jérôme Gagey, théologien et vicaire général du diocèse de Créteil.

« Le salut que la foi nous annonce ne concerne pas seulement notre intériorité »

D’autre part, une manière « gnostique » de vivre sa foi, en cherchant « un salut purement intérieur ». La foi est vécue et comprise comme une expérience éminemment intérieure et personnelle de Dieu, mais qui, du coup, déresponsabilise, ne pousse pas à s’engager dans ce monde et peut faire oublier qu’on a besoin des autres.

Le corps et le monde créé sont alors considérés comme une « limitation de la liberté absolue de l’esprit humain », dont il faut se dégager. Or, rappelle la CDF, « le salut que la foi nous annonce ne concerne pas seulement notre intériorité, mais l’intégralité de notre être. C’est toute la personne, en effet, corps et âme, qui a été créée par l’amour de Dieu à son image et à sa ressemblance, et qui est appelée à vivre en communion avec Lui ».

 « Nous sommes créés pour un salut plus grand que nous, et qui prétend transformer nos relations aux autres et nous donner de vivre dans un monde lui-même sauvé où la mort est vaincue », appuie le père François-Marie Humann, abbé de l’abbaye prémontrée Saint-Martin de Mondaye (Calvados) et professeur de théologie à l’Institut catholique de Paris.

« Mettre en garde contre la tendance à l’autosuffisance, à l’isolement »

Comment ces tendances se manifestent-elles aujourd’hui concrètement ? Le document ne le précise pas. « Il ne s’agit pas de pointer des comportements! Simplement de mettre en garde contre la tendance à l’autosuffisance, à l’isolement alors que le salut est éminemment communautaire », a souligné jeudi matin 1er mars Mgr Luis Francesco Ladaria Ferrer, le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi en présentant le texte.

On peut toutefois reconnaître ces tendances contemporaines derrière le succès du développement personnel, de la méditation de pleine conscience en Occident, ou encore derrière l’invasion des thématiques de la guérison et de la réussite personnelle dans les prédications en Afrique…

 

« Entrer dans une vie nouvelle avec Dieu »

« Tout cela n’est pas contraire au salut chrétien. Certaines expériences personnelles ou collectives de libération peuvent permettre de comprendre quelque chose du salut de Dieu. Toutefois il ne faut pas le réduire à nos efforts humains »

Qu’est-ce que le salut, alors ? « Il est plus simple de dire ce qu’il n’est pas que ce qu’il est, les conciles n’en ont d’ailleurs jamais donné de définition dogmatiqueIl ne s’agit pas seulement d’être libéré de ce qui nous pèse mais d’entrer dans une vie nouvelle avec Dieu. »

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Des échos avec les hérésies antiques

Une note accompagnant la lettre publiée jeudi 1er mars par le Vatican sur le salut rappelle le contenu de deux hérésies des premiers siècles chrétiens, qui rencontrent un écho dans certaines tendances contemporaines : « Selon l’hérésie pélagienne, qui s’est développée au Ve siècle, autour du moine Pélage, l’homme, pour accomplir les commandements de Dieu pour être sauvé, a besoin de la grâce seulement comme une aide externe à sa liberté », et non « comme un assainissement et une régénération radicale de la liberté, sans mérite préalable ».

Le mouvement gnostique, lui, est plus complexe. Apparu dès les Ier et IIe siècles, il a pris différentes formes. « D’une façon générale, les gnostiques croient que le salut s’obtient à travers une connaissance ésotérique, la gnose. Cette gnose révèle au gnostique sa véritable essence, c’est-à-dire une étincelle de l’Esprit divin qui habite dans son intériorité, laquelle doit être libérée du corps, étranger à sa véritable humanité. »

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L’Evangile de Judas donne à voir le gnosticisme – philosophie ésotérique qui s’est développée entre le II e et le IV e siècle – et permet de mieux comprendre les réponses des chrétiens de l’époque.

Les gnostiques, petits groupes d’initiés, inspirés par certaines idées philosophiques grecques et par les Ecritures bibliques, interprétaient à leur façon le christianisme. Ils pensaient que la création n’était pas l’acte d’un dieu bon, mais d’un créateur inférieur et mauvais, le « démiurge », qu’ils identifiaient au dieu biblique.

A leurs yeux, le véritable Dieu est inconnaissable et « incréé ». Si l’homme parvient à échapper à la supercherie du dieu biblique créateur, à trouver en lui-même la connaissance du monde d’en-haut, il devient alors « gnostique » : il se connaît lui-même, en prenant conscience de ses origines divines.

Une recherche personnelle et intérieure

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Pour les gnostiques, le Christ est une puissance céleste envoyée sur terre par le dieu Inconnaissable, afin de dévoiler à l’homme d’où il vient. Jésus dans les textes gnostiques est spirituel et désincarné. Porteur d’un message secret, concernant les origines et la fin, il donne à quelques élus les clés de la délivrance et les moyens pour fuir les puissances mauvaises, lors de la remontée de l’âme au ciel.

Le gnostique rejoindrait le véritable Dieu après un parcours difficile d’initiation à des pratiques de type magique. Inutile pour lui d’essayer de convertir les autres, car le monde court dans son ensemble à sa perte….

Cette contradiction avec leur message de salut universel va interpeller les premiers théologiens chrétiens, qui voient dans les gnostiques de redoutables adversaires. D’autant que, pour atteindre le salut, ceux-ci n’ont pas besoin de la médiation de l’Eglise : le gnostique se sauve par une recherche personnelle et intérieure. Les Pères de l’Eglise réfutent donc amplement cette vision.

L’Eglise, après 313 – date à laquelle l’Empire romain autorise le culte chrétien-, écartent les nombreux textes gnostiques du canon biblique. Lesquels sont depuis connus sous le nom d' »apocryphes » (c’est à dire « cachés »). Dans le même esprit, les évêques entérineront un dogme au concile de Chalcédoine (451) : Jésus est à la fois vraiment Dieu et vraiment homme.

Les manuscrits de ces textes ont peu à peu disparu, victimes de campagnes volontaires de destruction, de l’oubli ou de l’usure du temps. De ce fait, le mouvement gnostique nous est surtout parvenu par les arguments développés contre lui, dans des textes de controverses, par les théologiens de cette époque.

L’existence de « L’Evangile de Judas » était ainsi connue car mentionnée dans un écrit d’Irénée de Lyon (vers 140-203 ap JC), évêque de Lyon, qui s’opposa aux thèses gnostiques. Toute l’importance de « L’Evangile de Judas » tient donc en ceci : il donne directement à voir le gnosticisme et permet par la même occasion de mieux comprendre les réponses des chrétiens de l’époque.

 

 

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