EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE D'UN SILENCE, ISABELLE DE GAULMYN, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, PEDOPHILIE

Histoire d’un silence de Isabelle de Gaulmyn

Histoire d’un silence

Isabelle de Gaulmyn

Postface de Bertrand Virieux.

Paris, Le Seuil, 2016, 204 pages.

 

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L’« affaire Preynat », du nom de ce prêtre lyonnais impliqué dans des affaires de pédophilie sur plusieurs dizaines d’enfants dans les années 1970-1980, a marqué un seuil dans la relation de l’Église de France à ce fléau. Dans un ouvrage remarquable, Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef à La Croix, rapporte l’enquête qu’elle a menée auprès de nombreux témoins et victimes d’événements relatifs à un passé qui « ne passe pas ». Observatrice engagée, elle fut membre de la troupe scoute du père Bernard Preynat. L’accent est mis sur le silence qui entoure l’affaire. Comment se fait-il qu’il fut gardé aussi longtemps, non seulement par la hiérarchie mais aussi par les familles et les communautés ? Sans doute a-t-on mis du temps à réaliser ce que peut représenter un acte pédophile pour sa victime. Sans doute aussi est-ce le souci d’une institution de protéger son « personnel » au risque d’être plus attentif au prédateur (que l’on est prêt à « pardonner ») qu’à sa victime. Mais la miséricorde peut-elle aller sans justice ? Le questionnement va très loin. C’est l’image du prêtre, homme du sacré, dont on ne met pas en cause l’autorité. C’est l’image de l’Église que l’on ne veut pas ternir au risque de la faire apparaître comme complice des prédateurs. Le propos d’Isabelle de Gaulmyn reste très équilibré. L’un de ses mérites est de laisser largement la parole aux victimes. Elle déplore qu’elles n’aient pas toujours été écoutées comme il l’aurait fallu. Pourtant le livre n’est pas un réquisitoire mais une invitation à réfléchir. Nous sommes tous responsables de l’Église à laquelle nous 

Revue Etudes – novembre 2016.

 

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Parlons net : voilà bien longtemps que je n’avais pas été captivé, remué, troublé par un livre. Par la probité et le courage de sa démarche, notre consœur Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef adjointe de La Croix, force l’admiration. Dans Histoire d’un silence (Seuil), elle s’approche au plus près du « feu », comme on dit, pour écrire ce que je n’hésite pas à appeler un grand livre. Le sujet : la pédophilie dans l’Église. Mais pas n’importe où, à Lyon, la capitale des Gaules, chez elle !

 Dans les années 1970, ­Isabelle a fait partie d’une troupe de scouts de la paroisse Saint-Luc, à Sainte-Foy-lès-Lyon, que dirigeait un prêtre hors du commun : Bernard Preynat. Dynamique, admiré de tous – parents, enfants et autorités ecclésiastiques –, cet homme œuvrait avec succès à la marche du groupe mixte de Saint-Luc. À l’époque, la petite Isabelle de Gaulmyn est fascinée par ce prêtre « un peu “tradi”, avec un côté militaire ».

 Elle a 10 ans. Elle aime l’odeur du bois qui flambe le soir à la veillée, les tentes, les jeux. Elle est fière de son uniforme bleu clair et bleu marine. La réussite éclatante du groupe Saint-Luc est reconnue dans toute la région lyonnaise, alors même que le scoutisme français est en crise. Les parents de la paroisse, tranquillisés, savent que leurs enfants sont occupés, éduqués et catéchisés. « Nous étions heureux », écrit-elle. Quarante-trois ans plus tard, en octobre 2015, l’un de ses confrères de La Croix lui parle d’un communiqué du diocèse de Lyon : plusieurs plaintes ont été déposées contre un prêtre, aumônier d’une troupe de scouts. Isabelle comprend qu’il s’agit de Bernard Preynat et le dit aussitôt à son confrère. Celui-ci tombe des nues. 

 Elle était donc au courant ? Oui et non. Oui, car une dizaine d’années auparavant, en 2004, elle avait parlé au cardinal Barbarin des confidences reçues d’un autre prêtre âgé. Ces confidences recoupaient des rumeurs venues jusqu’à elle au temps du groupe Saint-Luc. Non, car que sait-on vraiment quand on a 10 ans et qu’on n’est pas directement concerné ? Prédateur sexuel, Preynat ne s’intéressait qu’aux garçons.

Du coup, en 2004, après en avoir parlé au cardinal Barbarin, elle ne fait rien de plus. Elle oublie même cette affaire très ancienne. Elle pense que le prêtre pédophile « croupit quelque part en prison ». Quand elle apprend que ce n’est pas le cas, elle est prise de vertiges. Elle parle de « sidération ». Comment a-t-elle pu se taire ? Quels mécanismes ont joué en elle ? 

 Elle se sent coupable. Nous aussi ! Parce que souvent lesdits mécanismes ont joué en nous. Crainte de fragiliser l’Église ? Refus de céder à la dramatisation ? Peur de relayer des rumeurs sur des faits prescrits ? Ce tourment ne va plus la quitter. Des mois durant, elle tentera d’y voir plus clair et mènera une enquête minutieuse mais respectueuse. Elle rencontre d’anciennes victimes, retrouve des mères de scouts que ces crimes ont brisées. Elle mesure la responsabilité de l’Église dans cette tragédie. Se taire ? Pas question.

Cette plongée intrépide dans les tréfonds catholiques invite chacun de nous à ouvrir les yeux. Oui, c’est un grand livre. Et bouleversant !

 

http://www.lavie.fr/debats/bloc-notes/pedophilie-un-si-long-silence-26-09-2016-76449_442.php

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