PELERINAGE, SAINTE MARIE-JACOME, SAINTE MARIE-MADELEINE, SAINTE MARTHE, SAINTES-MARIES-DE-LA-MER

Les Saintes Maries-de-la-Mer : le village et le sanctuaire

Saintes-Maries-de-la-Mer

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Saintes-Maries-de-la-Mer ou Les Saintes-Maries-de-la-Mer sont une commune française du département des Bouches-du-Rhône en région Provence-Alpes-Côtes-d’Azur. C’est la troisième commune de France métropolitaine en superficie, après Arles qu’elle jouxte au Nord-Est, et Val-Cenis.

Capitale de la Camargue, elle est également un lieu de pèlerinage et une station balnéaire de Provence.

Construite autour de son église des xie et xiie siècles et longtemps enserrée dans une enceinte, la commune conserve encore aujourd’hui trace de ce passé historique dans la configuration de ses ruelles souvent étroites.

Ses habitants sont appelés les Saintois.

 

Géographie

Localisation

La commune est située dans le sud de la France, sur la côte méditerranéenne, en Camargue, à environ un kilomètre à l’est de l’embouchure du Petit-Rhône, où elle s’étend sur les 2 rives, et à 30 kilomètres à vol d’oiseau au sud-ouest d’Arles.

 Géologie et relief

La superficie de la commune est de 37 461 hectares ; son altitude varie entre 0 et 6 mètres

Très étendue, c’est la troisième commune de France métropolitaine après Arles,  sa voisine, et Val-Cenis (Savoie). Elle comprend essentiellement des terres alluviales et des marais. Les terres agricoles sont situées à l’ouest de la commune, le long du petit-Rhône et les marais à l’est où se trouve l’étang du Vaccarès.

Voies de communication et transports

Elle est reliée à la ville d’Arles, distante de 38 km, et à la petite Camargue vers Aigues-Mortes et Montpellier par le bac du Sauvage,, le pont de Sylvéeal et le pont de Saint-Gilles. Une piste permet d’accéder au phare de la Gachole puis à ceux deBeauduc et de Faraman.

Il n’y a plus de gare mais une ligne d’autocars publics permet d’accéder tous les jours à Arles.

Toponymie

En occitan provençal, le nom de la commune est Lei Santas / Lei Santei Marias de la Mar selon la norme classique ou Li Santo / Li Sànti Marìo de la Mar selon la norme mistralienne, en occitan médiéval La Vila de la Mar / Nòstra Dòna de la Mar). La prononciation locale est /li ˈsaŋtɔ/.

Histoire

Antiquité

La première mention explicite du village qui soit connue date du ive siècle. Elle nous vient du poète et géographe Avenus, qui au ive siècle, signalant plusieurs peuplades dans la région, cite oppidum priscum Ra, que le grand historien des Gaules Camille Jullian place à l’endroit de l’actuelle commune. Oppidum signifiant forteresse et priscum ancienne, ce serait donc « l’ancienne forteresse Ra ». Aviennus y voyait le nom égyptien d’une île consacrée à Râ, le dieu du Soleil et père de tous les dieux. Mais, cet oppidum priscum traduit probablement le plus ancien mot gaulois rātis « forteresse »

 Moyen Âge

En 513, le pape Symmaque donne à Césaire le droit de porter le pallium et fait de lui son représentant en Gaule. À cette époque, l’évêque d’Arles évangélise les campagnes encore fortement imprégnées de cultes païens ou romains en transformant si nécessaire d’anciens lieux cultuels en édifices chrétiens. Il crée ainsi un monastère ou une église aux Saintes, ce qui constitue un argument en faveur de la présence d’un temple païen plus ancien en ces lieux. On ne dispose pas de la date exacte de la naissance de cette nouvelle appellation, mais l’on sait que saint Césaire d’Arles a légué par testament, à sa mort en 542, Sancta Maria de Ratis à son monastère.

Le village devint donc Saintes Maries de la Barque (ou Saintes Maries de Ratis), aussi nommé parfois Notre-Dame de la Barque (ou Notre-Dame de Ratis).

Pendant l’hiver 859-860, resté comme le plus rude du ixe siècle, les Vikings hivernent en Camargue et selon toute vraisemblance, aux Saintes, avant d’entreprendre leur razzia dans la basse vallée du Rhône jusqu’à Valence où ils sont arrêtés par Girart de Roussillon.

En septembre 869, les Sarrasins surprennent lors d’un raid en Camargue, l’évêque d’Arles Rotland en train de superviser la mise en défense de la région. L’évêque, fait prisonnier, est échangé contre des armes, des esclaves, et autres richesses. Malheureusement, les Arlésiens ne récupèrent que son cadavre, habillé et mis sur un siège par les Sarrasins au moment de la remise de rançon qui se tient probablement sur la plage des Saintes-Maries-de-la-Mer, à l’embouchure du Rhône de Saint-Ferréol, bras encore actif à cette époque.

L’église telle qu’elle se dresse aujourd’hui date des xie et xiie siècles, les deux dernières travées ayant toutefois été refaites en partie (partie supérieure des murs et toit) au milieu du xviiie siècle. Le clocher a subi de son côté de nombreuses réfections, l’état actuel datant de 1901.

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C’est environ au xiie siècle que ce nom se transformera en Notre-Dame-de-la-Mer.

En 1448, sous l’impulsion du Roi René, a lieu l’invention des reliques des saintes-Maries Jacobé et Salomé. L’archevêque d’Arles, Louis Aleman n’assiste pas à cette événement, car il est excommunié depuis 1440 à la suite du concile de Bâle ; en son absence, l’autorité papale est représentée par son légat, Pierre de Foix, l’archevêque d’Aix Robert Damiani et l’évêque de Marseille Nicolas de Brancas. Les comptes rendus de l’époque signalent une église primitive à l’intérieur de la nef actuelle. Pour certains, ce bâtiment pourrait correspondre à une chapelle mérovingienne du vie siècle.

 Les temps modernes

La peste de 1720 qui tue la moitié de la population marseillaise et le tiers de celle d’Arles, a épargné, contrairement à celle de 1348, la communauté des Saintes qui s’oppose avec véhémence à l’accueil de réfugiés arlésiens. À la Révolution, le culte est suspendu entre 1794 et 1797. Les créneaux de l’église sont démolis et leurs pierres vendues ; ils seront rénovés en 1873.

En 1838, le village prend le nom des « Saintes-Maries-de-la-Mer » et, peu après, le pèlerinage des Gitans est mentionné pour la première fois : au mois de mai, ils viennent de toute l’Europe honorer ici leur sainte patronne, Sara, la Vierge noire. Au début du mois de juin 1888, Vincent van Gogh, juin qui vient d’arriver en Provence, fait un court séjour de cinq jours aux Saintes. Il y dessine et peint notamment les barques sur la plage, le village vu des dunes côtières et quelques cabanes couvertes de sagne.

Peu de temps après au mois d’août 1892, est inauguré la ligne Arles – les Saintes, de la compagnie des Chemins de fer de Camargue, appelée le « petit train ». La ligne, devenue non rentable à la suite du développement de l’automobile, ferme en octobre 1953.

En 1899, le Marquis de Baroncelli s’installe aux Saintes sur la petite route du Sauvage, au mas de l’Amarée ; il s’attelle avec d’autres à la reconquête de la pure race Camargue, tout comme il participe activement à la codification de la course camarguaise naissante. En juillet 1909, il crée la Nacioun gardiano (Nation gardiane), qui a pour objectif de défendre et maintenir les traditions camarguaises.

Dès la fin du xixe siècle, mais surtout après la Première Guerre mondiale, le village reçoit la visite d’artistes et d’écrivains : Yvan Pranisnikoff en 1899, Hemingway en 1920, et plus tard celles des peintres Picasso et Brayer dans les années 1950.

De nombreux films y sont tournés, comme Crin Blanc en 1952 et D’où viens-tu Johnny ? en 1963.  De même, la séquence d’ouverture du film, Le Professionnel (1981) située en Afrique a été tournée sur le territoire du Grand Radeau aux Saintes-Maries-de-la-Mer. En 1975, Bob Dylan passe quelques jours dans la cité lors du pèlerinage du mois de mai.

En 1948, Mgr Roncalli, nonce apostolique en France célèbre aux Saintes le cinq centième anniversaire de l’invention des reliques.

Depuis 1960, la cité vit principalement du tourisme dont le développement à compter des années 1980 se veut mieux maîtrisé. Toutefois, cette évolution marquée par un accroissement démographique, de 1 687 habitants en 1946 à environ 2 500 en 2005, entraîne de profonds changements :

au niveau socio-professionnel, avec la disparition des pêcheurs et des agriculteurs au bénéfice des commerçants et des retraités, ces derniers souvent étrangers à la région,

sur le plan de l’urbanisme, avec le creusement d’un port et la création de nombreux lotissements comprenant un pourcentage important de résidences secondaires4 et d’habitations de location.

Ces changements se retrouvent notamment au niveau politique avec le basculement à droite d’une mairie longtemps détenue par les partis de gauche.

Démographie.

L’évolution du nombre d’habitants est connue à travers les recensements de la populations effectués dans la commune depuis 1793. En 2016, la commune comptait 2 504 habitants, en augmentation de 4,51 % par rapport à 2011.

Manifestations culturelles et festivités

Chaque 24 mai, plus de 10 000 gens du voyage (Yéniches, roms, manouches, gitans, sintis…)  affluent de toute l’Europe vers Saintes-Maries-de-la-Mer pour vénérer leur sainte Sara la noire ou Sara-la-Kali, et baptiser leurs enfants selon le rituel catholique.

En juin, le village accueille une Fête Votive, au cours de laquelle les jeunes et les « festaïres » du village animent les rues et places, vêtus aux couleurs de la Fête, se mesurant aux taureaux au cours d’abivado, de bandido et de courses de taureaux, improvisées.

Autour du 14 juillet, le village organise pendant trois jours une Feria du Cheval, qui présente des spectacles inspirés des piliers de l’identité camarguaise que sont le Cheval, le Taureau et la musqiue gitane.

Le 11 novembre, le Festival d’Abrivado regroupe plus de 200 gardians et 1000 chevaux venus de toute la Provence sur les plages des Saintes Maries exceptionnellement ouvertes aux cavaliers et à leurs montures ce jour-là.

Pendant les fêtes de fin d’année entre Noël et jour de l’An, le village présente un programme d’animations témoins de la tradition camarguaise. Ainsi, on peut assister à un Abrivado aux Flambeaux (lâcher de taureaux emmenés par des gardians portant des flambeaux), que les visiteurs peuvent admirer à la tombée du jour.

Chaque année a lieu aussi la Festo Vierginenco, qui est la cérémonie, pour les filles âgées de 16 ans, de passage du statut d’adolescente à celui de jeune femme

Culture locale et patrimoine

Lieux et monuments

L’Eglise fortifiée des xie et xiie siècles destinée à protéger les reliques des saintes (mais aussi les Saintois) en cas d’incursion des Sarrasins : la chapelle haute forme un véritable donjon, entouré, à la base, d’un chemin de ronde et surmonté d’une plate-forme crénelée.

Le pèlerinage les 24-25 mai   et de fin octobre (saintes Marie-Jacobé et Salomé) ;   celui du 24 mai est aussi célébré pour la patronne des Gitans, la « Vierge noire » sainte Sarah. Les deux premiers pèlerinages sont historiquement très anciens et évoquent une tradition chrétienne, celle du débarquement des premiers chrétiens sur le rivage de Camargue. Celui des Gitans, plus récent, n’est pas mentionné avant le milieu du xxe siècle.

Le musée et la maison du marquis de Baroncelli : installé dans l’ancienne mairie, le musée présente des documents recueillis par le marquis Folco de Baroncelli-Javon : mode de vie traditionnel de Camargue de , histoire de la ville, dioramas présentant la faune camarguaise (dont une héronnière), le mobilier provençal du xviiie siècle, les vitrines consacrées à Van Gogh, au Marquis et à ses amis comme le peintre russe Yvan Pranishnikoff.

Les arènes des Sainte-Marie-de-la-Mer construites au début des années 1930. La ville est membre du l’Union des villes taurines françaises.. Dans une région où la tauromachie est très ancrée depuis le xvie siècle et même selon certains chercheurs, depuis le xiie siècle, les arènes des Saintes-Maries-de-la-Mer font partie des hauts lieux de tauromachie française. Elles proposent trois formes de course de taureuax : la course camarguaise, la corrida, et la corrida de rejon

La Croix et Mas de Méjanes, mieux connu sous le vocable domaine Paul Ricard, sur les rives de l’étang de Vaccarès.

La sculpture de Ben K, baptisée « Camargue », érigée au centre du village, à l’occasion du passage au nouveau millénaire, est inaugurée par le maire Roland Chassain, le 1er janvier 2001.

La mairie, construite dans les années 1930 et décorée par le peintre Marcel Dyf.

Les marchés : tous les lundis et vendredis sur la place de la mairie.

La présence à proximité du village d’un plan d’eau spécialement aménagé pour les tentatives de record de vitesse en planches à voile.

 Les cabanes des Launes

Une trentaine de cabanes de gardians se dressent, alignées face à la mer, entre le front de mer et l’étang des Launes, à l’ouest de l’agglomération. Apparues dans les années 1950 sur une bande de terre alors quasiment vierge, elles ont pour origine l’initiative prise par le maire de l’époque, Roger Delagnes, , de créer, à l’entrée ouest du village, une zone réservée à la seule construction de cabanes camarguaises à couverture de sagne (roseau des marais). Construites par des artisans cabaniers, ces cabanes semblent être sorties du même moule. Il s’agissait, pour la plupart d’entre elles, de résidences destinées à un séjour saisonnier, balnéaire, et, pour quelques-unes, de points de départ pour randonnées équestres.

Immortalisées par de nombreuses cartes postales dans les années 1950 à 1970, elles constituent, outre un pan du passé récent des Saintes-Maries, une curiosité architecturale et urbanistique unique en son genre en Europe.

 Personnalités liées à la commune

Folco de Baroncelli Javon, (1869-1943), écrivain, poète, manadier, mainteneur et rénovateur des traditions camarguaises, est enterré à l’emplacement de son mas du Simbèu, près de l’embouchure du Petit-Rhône, fondateur de la Nacioun gardiano

Ivan Petrovitch Pranishnikoff, peintre russe, mort et inhumé en 1909 aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

Vincent van Gogh : lors de son séjour aux Saintes-Maries-de-la-Mer, du 10 au 16 juin 1888, l’artiste peint trois tableaux et réalise onze dessins.

Hermann Paul, peintre français, mort et inhumé en 1940 aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

Denys Colomb de Daunant, écrivain, poète, photographe et cinéaste connu pour être l’auteur et le coscénariste du film Crin-Blanc (1952) réalisé par Albert Lamorisse.

Manitas de Plata venait toujours aux Saintes-Maries-de-la-Mer à l’occasion du pèlerinage.

Bibliographie

J.H. Esteban, L’été gitan en Camargue, Nîmes, Christian Lacour. Louis Borel, Histoire des Saintes-Maries de la Mer, Editions Errance,  2012.

Jean Lamoureux, Les Saintes Maries de Provence. Leur vie et leur culte, éditions Belisane, 1999.

Frédéric Simien, Camargue, fille du Rhône et de la mer, Editions Alan Sutton, 2010.

Frédéric Simien, Saintes-Maries-de-la-Mer, Editions Alan Sutton, 2012.

Frédéric Simien, Saintes-Maries-de-la-Mer, tome II, Editions Alan Sutton, 2013.

Jean-Baptiste Maudet, Terres de taureaux – Les jeux taurins de l’Europe à l’Amérique, Madrid, Casa de Velasquez, 2010, 512 p.  Annexe CD-Rom 112 pages

Jean-Baptiste Maudet, Terres de taureaux – Les jeux taurins de l’Europe à l’Amérique, Madrid, Casa de Velasquez, 2010, 512 p. (

Véronique Flanet (dir.) et Pierre Veilletet (dir.), Le Peuple du toro : ouvrage collectif, Paris, Hermé, 1986

Sophie Bergaglio, L’histoire du pèlerinage des Saintes-Maries-de-la-mer, 2016, Éditions des Lilas (www.bergaglio.fr) 

 

Pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer

Le pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer, dit encore pèlerinage des Gitans est une manifestation religieuse, doublée d’un phénomène touristique, qui se déroule en Camargue aux Saintes-Maries-de-la-Mer, , chaque année les 24 et 25 mai. Ce pèlerinage, avec la présence massive de tsiganes venus de toute l’Europe, est l’objet d’une forte médiatisation. Cette tradition camarguaise est pourtant récente puisqu’elle a été instaurée sous sa forme actuelle par le marquis Folco de Baroncelli, en 1935.

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Des origines au xixe siècle

Comme le rappelle Jean-Paul-Clébert, Strabon indiquait que c’est sur l’emplacement des Saintes-Maries-de-la-Mer que les Phocéens de Massalia érigèrent un temple à Artémis. De plus des vestiges sous-marins ont été identifiés comme un habitat antique au large de la côte. Ils sont antérieurs à la colonisation grecque.

La première mention d’une cité est faite dans les Ora maritima d’Acenus. Il la nomme oppidum priscium Râ. Ce vieil oppidum devint au vie siècle Sancta Maria de Ratis (du radeau)., nom qui évolua vers Notre-Dame-de-la-Barque lorsque se popularisa la légende du débarquement des Trois-Maries   sur la côte camarguaise. Cette mutation se passa à partir de 547, quand Césaire d’Arles   y installa une communauté de religieuses avec comme mission de veiller sur des reliques.

En 1926, le chanoine Chapelle écrivit à ce propos : « C’est là que va être plantée la première croix, là que va être célébrée la première messe sur la terre des Gaules. C’est de là que va partir l’étincelle qui portera la lumière de l’Évangile à la Provence d’abord, ensuite au reste de la France ». Selon cet auteur les Saintes-Maries étaient un lieu de pèlerinage dès avant l’arrivée des Saintes, et il décrit les restes d’un temple païen successivement dédié à Mythra puis à Diane d’Ephèse.

La seule chose qui est assurée est qu’un culte chrétien se juxtaposa au païen et que la construction de l’église-forteresse au xiie siècle l’annexa définitivement au christianisme. Au xive siècle, sous le pontificat des papes d’Avignon, le pèlerinage y était très populaire. À tel point qu’en 1353, Benoît XII fixa la célébration des Saintes au 25 mai et au 22 octobre.

Jean de Venette, , auteur d’un poème sur l’Histoire des Trois Maries raconte qu’il visita Pierre de Nantes, évêque de Saint-Pol-de-Léon, alors atteint de la goutte et que ce dernier n’aurait dû sa guérison qu’à l’intercession des trois Maries. L’évêque accomplit alors en remerciement un pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer en 1357.

Ce pèlerinage ne put qu’être connu des premiers Gitans qui entrèrent en Europe au début du xve siècle. Primitivement associée aux deux autres Maries, Marie Madeleine avait vu son culte se centrer sur la Sainte-Baume, et Sara la noire l’avait remplacé dans la triade. Au cours de l’été 1419, les premières tribus gitanes apparurent sur le territoire de la France actuelle en trois lieux différents : Châtillon-sur-Chalaronne, Mâcon et Sisteron. Ces nouveaux venus furent craints car identifiés aux bandes armées qui dévastaient ces régions. Aussi, préférait-on les payer pour obtenir d’eux une passade rapide.

Les archives de la ville d’Arles conservent la trace de leur passage en avril 1438. Ils étaient alors à dix lieues des Saintes-Maries-de-la-Mer. Dix ans plus tard, en 1448, ce fut l’invention des reliques sous le règne du roi René. Sous l’autel de l’église ont découvrit des ossements. Ils furent placés dans des châsses et transportés dans la chapelle haute. Lors des fouilles que le comte de Provence avait ordonnées trois cippes furent exhumés, ils furent considérés comme les oreillers des Saintes. Toujours visibles dans la crypte de l’église des Saintes-Maries-de-la-Mer, les deux premiers sont consacrés aux Junon et le troisième est un autel taurobolique ayant servi au culte de Mithra. Jean-Paul Clébert suggère que le culte des trois Maries (les Tremaie) s’était substitué à un antique culte rendu aux trois Matres, divinités celtiques de la fécondité, et qui avait été romanisées sous le vocable des Junons.

La découverte des reliques attribuées aux Saintes-Maries s’accompagna de la décision de les ostenter trois fois l’an, le 25 mai, pour la fête de Marie-Jacobé, le 22 octobre pour celle de Marie-Salomé et le 3 décembre. Une procession à la mer, avec la barque et les deux saintes, eut désormais lieu en mai et en octobre. Au cours de celle du 24 mai était associée Sara la Noire.

La première mention de Sara se trouve dans un texte de Vincent Philippon, bayle du viguier du comté de Provence, rédigé vers 1521 : La légende des Saintes Maries et dont le manuscrit est à la bibliothèque d’Arles. On l’y voit quêtant à travers la Camargue pour subvenir aux besoins du pèlerinage. En vérité, nul ne sait qui est Sara la Noire, ni comment son culte s’instaura aux Saintes-Maries. Ce qui est certain, c’est que la dévotion à Sara commença dans l’église des Saintes bien avant la venue des Gitans en Camargue.

On les retrouve, en 1595, au pied du mont Ventoux, au village de Faucon arrivant de Basse-Provence. Leur passade est rétribuée avec quatre pichets de vin. Comme ils reviennent le 19 du même mois, ils n’ont plus droit qu’à trois pichets. Nouvelle venue, le 23 juillet d’une bande de seize personnes qui accepte de ne pas s’attarder contre un pichet. Le vin étant apprécié, le 14 octobre une troupe plus nombreuse apparaît qui accepte de partir contre deux pichets. Le pichet valant alors trois sols, ce village du Comtat Venaissin  s’en tirait à bon compte.

Quatre ans après, le village voisin du Crestet, résidence des évêques de Vaison, voit arriver Jean Delagrange, dit le comte des Bohémiens, avec sa tribu. Il achète sa passade contre quinze sous. Un demi-siècle plus tard, en 1655, le même village se trouve confronté à « la compagnie des Égyptiens du capitaine Simon ». Le ton a changé, il n’est plus question de négocier et les consuls ordonnent qu’ils soient expulsés « attendu le dégât que la compagnie aurait fait aux vignes et autres fruits du terroir »

Seule la Révolution française interrompit momentanément le pèlerinagequi reprit au début du xixe siècle lorsqu’on commença à reparler des miracles et guérisons attribués aux reliques des Saintes femmes.

Pourtant aux Saintes-Maries-de-la-Mer, c’est le « royaume de la misère et de la fièvre », comme l’explique le baron de Rivière dans son Mémoire sur la Camargue publié en 1825. Dans toute la Camargue sévissaient les fièvres paludéennes, le village des Saintes-Maries-de-la-Mer se désertifiait. Tour à tour avaient déserté le juge, les régents d’école, le médecin et les notaires. À la fin du siècle, Vidal de la Blache, après avoir passé une journée en Camargue, notait : « … En somme, pays en pleine décomposition sociale ».

Conscients de cette situation, les Saintois réclament le désenclavement de leur village, uniquement desservi par des chemins impraticables plusieurs mois dans l’année. Le projet des commerçants qui dirigent la mairie, en 1850, est de développer un tourisme balnéaire, le pèlerinage rapportant peu.

Pas question alors de Gitans puisque leur présence n’est attestée qu’à la moitié du xixe siècle. La première mention de leur participation aux pèlerinages des Saintes figure dans un article d’un journaliste de L’Illustration, Jean-Joseph-Bonaventure Laurens, en 1852, avec une gravure de l’auteur.

Frédéric Mistral racontant sa visite en Camargue, en 1855 nota : « L’église était bondée de gens du Languedoc, de femmes du pays d’Arles, d’infirmes, de bohémiens, tous les uns sur les autres. Ce sont d’ailleurs les bohémiens qui font brûler les plus gros cierges, mais exclusivement à l’autel de Sara qui, d’après leur croyance, serait de leur nation ».

En 1903, bénédiction de la mer par le chanoine Ribon, curé des Saintes-Maries, lors des processions de mai et d’octobre avec une présence uniquement provençale

Les Gitans ne sont pas signalés y compris dans les archives de police. Celles de la paroisse les ignorent, tout comme le journal du curé Escombard, qui fut en fonction aux Saintes-Maries de 1861 à 1893.

Les Gitans qui participent au pèlerinage durant cette période se fondent parmi les autres pèlerins. Ils dorment soit sous des tentes, soit dans l’église, ce que confirme le curé de la paroisse des Saintes : « C’est surtout par des gens du Languedoc qu’est fréquenté le pèlerinage du 25 mai ; on couche dans l’église ». Même si la présence, depuis la fin du xixe siècle, de l’archevêque d’Aix-en-Provence en mai et octobre confirmait l’importance accordée à ces pèlerinages, cette présence populaire gêna certains puisqu’en 1873, le curé fit installer des tribunes payantes et numérotées dans l’église. Elles demeurèrent en place durant un siècle, garantissant à la fois une vue imprenable et le respect de la hiérarchie sociale.

À partir de 1892, l’arrivée du train aux Saintes-Maries-de-la-Mer facilite l’accès au village. Les voitures de chemin de fer bondées déversent les pèlerins par centaines6. En conséquence, les horaires des cérémonies s’adaptent aux horaires du train. Le guide de voyage de Baedeker, dans son édition de 1886, ne mentionnait que l’existence des Saintes-Maries-de-la-Mer, mais, en 1897, il décrit la petite ville camarguaise accessible par voie ferrée, signale le pèlerinage et de la présence des Gitans.

Le journal paroissial, tenu par les curés des Saintes de 1861 à 1939,   quand il mentionne leur présence insiste sur « l’aspect étrange, déroutant ou les manifestations exubérantes et quelque peu encombrantes de leur dévotion ». Vers 1900, un curé se demanda même ce que ces Gitans venaient faire au pèlerinage de mai et quelles raisons peu avouables les faisaient se mêler aux pèlerins locaux.  Par ailleurs, l’occupation nocturne de l’église donnait lieu à toutes sortes d’élucubrations que publiaient les journaux, il y était question d’élection de la reine des gitans, de célébration de messe noire,   de rituels secrets et même de sacrifices sanglants.

Un autre curé moins hostile à leur présence, notait : « Les bohémiens sont déjà arrivés. Usant d’un droit très ancien qu’on leur a laissé d’occuper, sous le chœur de l’église, la crypte de Sainte Sara, leur patronne légendaire, ils sont là accroupis au pied de l’autel, têtes crépues, lèvres ardentes, maniant des chapelets, couvrant de leurs baisers la châsse de leur sainte, et suant à grosses gouttes au milieu de centaines de cierges qu’ils allument ».

Il est assez admiratif quand il rapporte : « Jour et nuit, ils chantent des cantiques et marmonnent des prières que personne ne comprend, dans un langage qui n’a pas plus de nom que d’histoire… C’est un spectacle unique que leur présence à ces fêtes. Elle donne au pèlerinage un caractère d’originalité qui ne manque pas de pittoresque et de grandeur ».

Si le curé des Saintes souligne « leur zèle excessif, leur démonstration enthousiaste, leur abandon diligent », il se demande s’ils sont véritablement chrétiens et il serait tenté d’en douter. Il explique : « Tout incline à croire qu’ils ne font aucune attention aux offices et ne prennent aucune part au culte traditionnel. Ils semblent consacrer toute leur dévotion à l’autel de leur sainte privilégiée. Au moment des acclamations aux Saintes Maries, la plupart restent muets ou s’obstinent à répondre par le cri unique de Vive sainte Sara ».

Il reconnait cependant que nombreux sont ceux qui sont attachés à la religion catholique, qui font baptiser leurs enfants ou qui appellent un prêtre pour leurs malades. Il constate de plus que « pendant les fêtes des Saintes Maries, leur attitude est des plus respectueuses. Les longues heures qu’ils passent à la crypte, la vénération qu’ils ont pour les saintes châsses, l’empressement qu’ils mettent à porter, toucher, baiser, faire baiser à leurs enfants, à la procession, la barque qui contient les statues des Saintes, se disputent les fleurs qui la parent, témoignent de leurs sentiments chrétiens. Pour être quelques fois bruyante et exagérée, leur dévotion ne dénote pas moins chez eux un certain esprit de foi et de confiance qui les honore et fait plaisir à voir ».

Dans le journal de la paroisse se trouvent aussi quelques indications sur le nombre de Gitans qui fréquentaient alors le pèlerinage. Jusqu’en 1939, sur un total de dix à vingt mille pèlerins, ils étaient un bon millier arrivant dans une centaine de roulottes.

Église et pouvoirs publics en cette fin de xixe siècle, début de xxe, ne savent point trop quelle attitude adopter face aux Gitans. En 1895, un arrêté préfectoral interdit leur présence lors des fêtes de mai. Il est annulé trois ans plus tard, mais il est institué un registre des visiteurs pour entrer dans l’église. En 1907, une proposition de loi est déposée par Fernand David, député de Savoie, pour interdire tout rassemblement gitan lors du pèlerinage de printemps.

Le marquis de Baroncelli crée une tradition

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Un avignonnais, le marquis Folci de Baroncelli Javon s’installe en Camargue en 1895. Sa présence sur place va tout changer car il va devenir le personnage incontournable de ce pèlerinage.

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Folco de Baroncelli, extrêmement attaché aux traditions provençales suit les recommandations de Mistral, il écrit de la poésie et se charge d’organiser des manifestations populaires En 1904, installé à la mande de l’Amarée, proche du village, il crée la Nacioun gardiani. Les gardians qui la composent participent aux processions, montés sur ses chevaux blancs. Ils sont très rapidement rejoints par les Arlésiennes en costume.

Le syndicat d’initiative de Provence ayant organisé un voyage spécial de Marseille aux Saintes-Maries-de-la-Mer pour quelque deux cents touristes, le 17 mai 1908, , le marquis de Baroncelli prend l’initiative de les accueillir à la gare, à cheval avec ses gardians, puis de les accompagner jusqu’au village. Cela fait grand bruit et dès lors la « tradition » devient un des atouts majeurs du tourisme saintain.

En 1921, l’archevêque d’Aix, Maurice-Louis-Marie Rivière, autorise une messe réservée aux Gitans dans la crypte et ils participent pour la première fois à la descente des châsses de l’église haute. Baroncelli sent une nouvelle opportunité et, quatre ans plus tard, à la tête de ses gardians, le marquis escorte la barque des Saintes Maries le jour de la procession.

Mais son successeur, l’archevêque Emmanuel Coste, interdit le prêche en provençal et défend aux Bohémiens de porter la statue de Sara lors de la procession du 25 mai 1934. Afin que les Gitans aient leur place pleine et entière aux fêtes de mai, le Marquis se bat pour que le culte de Sara soit reconnu par l’Église. Le nouvel archevêque, Clément Roques l’écoute et il obtient gain de cause. Il accepte que lors de la bénédiction de la mer la statue de Sara soit présente et portée les Gitans en procession jusqu’à la mer. C’est l’évènement historique du 24 mai 1935. Le clergé, réticent, ne participe pas à cette procession en faisant savoir qu’elle n’était que toléré. Baroncelli contre-attaque et l’année suivante, c’est l’archevêque d’Aix qui précède et bénit la procession.

Fini le temps où, afin de préserver « la dignité des cérémonies dans le chœur », l’accès des Gitans à la crypte de Sara la noire ne se faisait que par une porte dérobée. Les liens étroits que le Marquis entretenait avec certaines familles gitanes de Saint-Gilles et l’archevêché d’Aix a payé. La fierté des Gitans est immense, le pèlerinage vient de changer définitivement d’aspect.

Tout faillit être remis en cause en 1958 par l’Aumônerie nationale des Gitans. Pour contrer Sara la noire dont elle conteste la sainteté, elle introduit dans le pèlerinage gitan une Notre-Dame des Roulottes. Cette initiative relègue Sara au second plan. La presse locale ne manque pas de rappeler que dans la tradition catholique, Sara n’est en fait qu’une servante venue avec les Trois Maries.

La réplique se fit sur le même terrain du légendaire provençal. La Nacioun gardiano et les tenants du pèlerinage gitan rappelèrent que pour le Marquis Sara était la fille d’un roi des premiers occupants de la Camargue, les ancêtres des Gitans, et accueille sur la plage les premiers chrétiens arrivés de Palestine. Le diadème la rétablit dans son rang princier et de première chrétienne d’Europe.

L’Église tenta de reprendre l’initiative en annonçant qu’elle avait l’intention de transformer la procession en chemin de croix. Cette proposition se heurta à un tollé général et à une opposition déterminée non seulement des Gitans, qui se voyaient déposséder de leur pèlerinage, mais aussi de la municipalité des Saintes qui voyait d’un mauvais œil disparaître une de ses principales ressources touristiques. Ce front unique contraignit le clergé à céder. Et depuis 1965, il participe, archevêque en tête, à la procession des Gitans et Sara à la bénédiction de la mer.

Le pèlerinage des Gitans

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Par la volonté de Folco de Baroncelli, l’intégration des Gitans au pèlerinage l’a métamorphosé. Tout d’abord il est devenu le pèlerinage international de tous les Gens du Voyage.

Durant la semaine qui précède la procession, des veillées se succèdent dans l’église de Notre-Dame-de-ma-Mer dont la crypte est embrasée de cierges et baigne dans une chaleur d’étuve. Les fidèles sont précédés des violons et des guitares. Chacun se doit de prier très fort, de clamer des invocations, de présenter ses enfants à bout de bras devant les statues. Outre les messages déposés dans la boite aux intentions, on y glisse des linges d’enfants ou des bijoux. Les femmes habillent Sara qui est alors revêtue d’une cinquantaine de robes différentes. De nombreuses familles profitent de ce rassemblement pour faire baptiser leurs enfants, dans le sanctuaire camarguais.

Fernand Benoît, qui fut le premier historien à décrypter ce folklore, souligne pour les trois Maries et pour Sara, l’importance de la procession à la mer. L’immersion de la sainte noire, que font les Bohémiens, précède d’un jour celle des Maries en leur barque. La statue de Sara est immergée jusqu’à mi-corps.

En Camargue, l’immersion rituelle dans la mer obéit à une tradition séculaire. Déjà au XVIIè siècle, les Camarguaises et Camarguais se rendaient à travers les bois et les vignes, sur la plage, alors éloignée de plusieurs kilomètres de l’église des Saintes, et se prosternaient à genoux dans la mer.

« Le rite de la navigation du « char naval », dépouillé de la légende du débarquement, apparaît comme une cérémonie complexe qui unit procession du char à travers la campagne et pratique de l’immersion des reliques, il se rattache aux processions agraires et purificatrices qui nous ont été conservées par les fêtes des Rogations et du Carnaval »

 Fernand Benoit, La Provence et le Comtat Venaissin, Arts et traditions populaires

Et l’historien de souligner que ces processions à la mer participent au caractère même de la civilisation provençale et à sa crainte respectueuse de la Méditerranée puisqu’elles se retrouvent tant aux Saintes-Maries-de-la-Mer, qu’à Fréjus, Monaco, Saint-Tropez, qu’à Fréjus, Monaco ou Collioure,  liées à d’autres saints ou saintes

Si le pèlerinage s’est transformé et renforcé jusqu’à nos jours, s’il a évolué, il l’a fait dans le cadre de l’évolution des rapports de la société saintoise et des populations gitanes. Comme l’explique Marc Bordigoni : « Le caractère emblématique de ce moment s’est traduit, par exemple en 2001, par la tenue de l’assemblée générale de deux importantes associations intervenant dans le monde du voyage, par la venue de dix élèves de l’École nationale d’Administration en voyage d’études, par un débat avec le préfet responsable des Gens du Voyage au ministère de l’Intérieur, par la présence d’un émissaire du Vatican »

Des quelques dizaines de verdines hippomobiles qui se garaient sans peine dans les rues du village, souvent devant la même maison, ce qui permettait de tisser des liens avec l’habitant, l’affluence des Gens du Voyage comme des touristes a modifié les règles du jeu. Les stationnements sont réglementés, les renforts de gendarmerie et de gardes mobiles omniprésents, les besoins en sanitaires et en points d’eau extérieurs importants. Il n’est même plus possible de faire des feux de camp.

Au cœur des Saintes se trouve la place des Gitans. Là stationnaient et stationnent encore, nombre de caravanes, tandis que les huit ou dix mille gens du voyage s’installent péniblement dans le bourg camarguais. Les caravanes forment une cité éphémère avec ses avenues, ses venelles et ses quartiers

Le pèlerinage a connu une croissance de quelques milliers de personnes au début du xxe siècle pour atteindre 40 000 personnes certaines années. Aujourd’hui on compte entre sept et dix mille Gitans pour quatre à cinq mille pèlerins venus des départements voisins

C’est une limite due à la situation géographique des Saintes, village entouré d’eau, par la mer au sud et par les étangs au nord. Mais tel qu’il est devenu le pèlerinage des Gitans bénéficie d’une large couverture médiatique, en particulier les médias privilégiant la photographie ou le film.

Il est sûr que la mise en scène voulue par le Marquis a donné à ce pèlerinage un impact touristique immense. Déjà, la descente de châsses et les deux processions à la mer constituaient un fait touristique important. Mais la présence majoritaire des Gitans, accueillis en Provence camarguaise est devenu l’élément le plus attractif.

Pour rompre avec la conception traditionnelle du Gitan et de sa famille, une exposition est organisée chaque année dans les locaux du Relais culturel. Elle permet de répondre aux interrogations des touristes, tout en mettant en valeur quelques artistes d’exception, dont les joueurs de flamenco. Le principal étant Manitas de Plata qui a ébloui Pablo Picasso et que Lucien Clergue a souvent photographié aux Saintes.

En l’an 2000 une soirée musicale s’est déroulée dans les arènes. Elle était organisée par Chico Bouchikhi (ex*Gipsy-Kings) et mêla un public de Saintois, de touristes et de gens du voyage, « tous devenant également spectateurs, chacun retrouvant sa place particulière dès le lendemain ». La gitanité était devenue à la mode.

Cette culture gitane a fait la renommée des Saintes. Elle est d’ailleurs indispensable à ce village, vivant du tourisme. Ses habitants s’en servent puisque nombre d’enseignes commerciales ont choisi un nom faisant référence au monde gitan.

Par contrecoup, certains touristes considèrent les Saintes à l’égal d’un Disneyland camarguo-gitan. Ils en réclament tous les services qu’ils pensent être en droit d’exiger. À contrario, certains restaurateurs tiennent à conserver leurs horaires, et refusent le service continu que d’autres offrent déjà. Ce tourisme de masse influence fortement la vie du village et induit plus de mutations que le traditionnel pèlerinage n’a jamais pu le faire.

Le spectacle est en ville. Il y a d’abord les musiciens, guitaristes de flamenco, accordéonistes roms, violonistes manouches. Ils provoquent ou accompagnent les danses gitanes, où s’exercent jeunes et moins jeunes, et se régalent d’accompagner des « dames originales, qui souvent d’une année sur l’autre reviennent et se voient attribuer un sobriquet, comme la Sardinha, par exemple ».

Pendant ce temps, les Romnia, ne se privent pas de lire les lignes de la main et de dire la bonne aventure sur la place de l’église. Les appareils photos crépitent et les caméscopes tournent. Photographes et cameramen ne sont pas tous des touristes. Chaque année, viennent une cinquantaine de professionnels pour couvrir l’évènement, dont quinze équipes de télévision.

Autre moment important lors des processions, la présence des Arlésiennes et des gardians en costumes traditionnels. Ces Provençaux sont un des sujets favoris des preneurs d’image.

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L’aspect le plus frappant de ces festivités est l’habit, ou plus précisément la gamme très variée des habits. Marc Bordigoni remarque : « On croise des Romnia avec leurs longues robes à fleurs, des Gitanes superbement habillées à la mode andalouse, des jeunes filles perchées sur des chaussures compensées de quinze centimètres et aux tenues plutôt sexy, des jeunes hommes en costume ou chemise blanche mais portant de la marque, de grosses chevalières d’or aux doigts, des tatouages plus ou moins discrets sur le bras, quelques enfants dépenaillés – presque grimés en pauvres gavroches dirait-on – une guitare à la main, des hommes sur leur trente et un avec ou sans chapeau, quelques types épatants de Voyageurs ». Cette variété vestimentaire n’est pas le seul fait des pèlerins Gitans et se retrouve chez tous les autres groupes sociaux.

Et l’ethnologue d’énumérer : « Mais l’on voit aussi des prêtres, des aumôniers et des religieuses, tantôt en civil, tantôt portant des aubes décorées de guitare, de feux de camp ou de roulotte ; des évêques avec mitre ; des gendarmes, en grand nombre, par groupes de six, en tenue d’été le jour, le soir gardes mobiles en « tortues Ninja », la police municipale de blanc vêtue, des fausses gitanes…, des gardians de tous âges et toutes nationalités, des Arlésiennes, d’Arles… de Savoie ou du Poitou, des originales, amatrices de flamenco comme la Sardinha ; des bourgeoises blondes et bronzées de Marseille ou Montpellier en T-shirt Thierry Lacroix au bras de leur compagnon arborant chemise camarguaise, jean et bottes texanes ; des bikers en cuir noir garant leurs trente Harley-Davidson devant l’office du tourisme ; quelques hippies ayant traversé l’espace-temps, etc. ».

Nul n’échappe à cette attraction vestimentaire, que Marc Bordigoni décrit comme une « mise en scène de soi » et les simples touristes, qui vont venir pour la première fois, ne manquent pas de s’informer auprès du syndicat d’initiative pour connaître la manière de s’habiller pour ne pas « passer pour des touristes ».

Le pèlerinage des Gitans aux Saintes-Maries-de-la-Mer donne donc, pendant quelques jours, la possibilité à tout un chacun de se costumer, et ainsi de « dépasser les ennuis de la vie quotidienne, les incertitudes d’un monde de plus en plus monotone et agressif, en interrogeant leur passé, tant personnel que collectif, et à rompre ainsi leur solitude ».

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Bibliographie

Sophie Bergaglio (feat. Sébastien AUBLANC), L’histoire du pèlerinage des Saintes-Mariesde-la-mer, (2016) Edition des Lilas,

Jean-Paul Clébert.  Guide de la Provence mystérieuse, Éd. Tchou, Paris, 1972.

Fernand Benoît. La Provence et le Comtat Venaissin, Atrs et traditions populaires, Éd. Aubanel, Avignon, 1992

Marc Bordigoni, Le pèlerinage des Gitans, entre foi, tradition et tourisme, Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative (Idemec), Aix-en-Provence

Pierre Causse, Saintes-Maries-de-la-Mer, les deux Maries, in La Roulotte, no 149, avril 1999

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Source ; Wikipédia

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