ECRIVAIN CHRETIEN, ECRIVAIN FRANÇAIS, LITTERATURE CHRETIENNE, LITTERATURE FRANÇAISE, Non classé

Georges Bernanos (1888-1948)

Georges Bernanos

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Georges Bernanos est un écrivain français, né en février 1888 à Paris et mort en juillet 1948 à Neully-sur-Seine.

Georges Bernanos passe sa jeunesse à Fressin, en Artois, et cette région du Nord constituera le décor de la plupart de ses romans. Il participe à la Première Guerre mondiale et y est plusieurs fois blessé, puis mène une vie matérielle difficile et instable en s’essayant à la littérature. Il obtient le succès avec ses romans Sous le Soleil de Satan, en 1926, et Journal d’un curé de campagne, en 1936.

Dans ses œuvres, Georges Bernanos explore le combat spirituel du Bien et du Mal, en particulier à travers le personnage du prêtre catholique   tendu vers le salut de l’âme de ses paroissiens perdus, ou encore par des personnages au destin tragique comme dans Nouvelle histoire de Mouchette.

Biographie

Georges Bernanos est né au 26 rue Joubert (9è arrondissement de Paris), , bien qu’une plaque commémorative soit placée au no 28. Son père, Émile Bernanos (1854-1927), est un tapissier décorateur d’origine espagnole et lorraine. Sa mère, Clémence Moreau (1855-1930), est issue d’une famille de paysans berrichons originaire de Pellevoisin dans l’Indre.. Il garde de son éducation la la foi catholique et les convictions monarchistes de ses parents. Il passe sa jeunesse à Fressin et fréquente le collège Sainte-Marie d’Aire-sur-la-Lys, également en Artois. Cette région du Nord marque profondément son enfance et son adolescence, et constituera le décor de la plupart de ses romans.

 Premiers engagements et premières œuvres

Catholique fervent, monarchiste passionné, il milite très jeune dans les rangs de l’Action française en participant aux activités des Camelots du roi des  pendant ses études de lettres, puis à la tête du journal L’Avant-garde de Normandie jusqu’à la Grande Guerre. Réformé, il décide tout de même de participer à la guerre en se portant volontaire, d’abord dans l’aviation, en particulier à Issy-les-Moulineaux et sur la future base aérienne 122-Chartres-Champhol, puis dans le 6è régiment de dragons. Il est plusieurs fois blessé Après la guerre, il cesse de militer, rompant avec l’Action française, , avant de s’en rapprocher lors de la condamnation romaine de 1926 et de participer à certaines de ses activités culturelles.

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Ayant épousé en 1917 Jeanne Talbert d’Arc (1893-1960), lointaine descendante d’un frère de Jeanne d’Arc, il mène alors une vie matérielle difficile et instable (il travaille dans une compagnie d’assurances), dans laquelle il entraîne ses six enfants et son épouse à la santé fragile.

Par nécessité ou par goût, il est longtemps un adepte de la moto comme moyen de transport quotidien et cette pratique se retrouvera dans ses œuvres. Ainsi, dans Les Grands Cimetières sous la lune, il évoquera ses chevauchées à travers l’île de Majorque, pendant la guerre d’Espagne: « Comme à l’avant-dernier chapitre du Journal d’un curé de campagne, la haute moto rouge, tout étincelante, ronflait sous moi comme un petit avion ».

Ce n’est qu’après le succès de Sous le soleil de Satan   que Bernanos peut se consacrer entièrement à la littérature. En moins de vingt ans, il écrit l’essentiel d’une œuvre romanesque où s’expriment ses hantises : les péchés de l’humanité, la puissance du mal et le secours de la grâce.

 Sous le soleil de Satan

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Publié en 1926 aux éditions Plon, ce premier roman est à la fois un succès public et critique. André Gide place Bernanos dans la lignée de Barbey d’Aurevilly, mais « en diablement mieux » ! ajoute Malraux.

Sous le Soleil de Satan est, selon Bernanos, un « livre né de la guerre ». Il commence à l’écrire pendant un séjour à Bar-le-Duc, en 1920, époque où pour lui « le visage du monde devenait hideux ». Il confie « être malade » et « douter de vivre longtemps » mais ne pas vouloir « mourir sans témoigner ».

Inspiré du curé d’Ars, le personnage principal du livre, l’abbé Donissan, est un prêtre tourmenté qui doute de lui-même, jusqu’à se croire indigne d’exercer son ministère. Son supérieur et père spirituel, l’abbé Menou-Segrais, voit pourtant en lui un saint en devenir. Et en effet cet « athlète de Dieu » tel que le définit Paul Claudel   possède la faculté de transmettre la grâce divine autour de lui. Plus tard, il recevra même le don de « lire dans les âmes » au cours d’une rencontre nocturne extraordinaire avec Satan lui-même, celui dont la haine s’est « réservé les saints ». Son destin surnaturel va le confronter aussi à Mouchette, une jeune fille qu’il ne parviendra pas à sauver malgré un engagement total de lui-même.

L’adaptation cinématographique du roman vaudra à Maurice Pialat la Palme d’Or au Festival de Cannes 1987.

Sous le soleil de Satan est suivi de L’Imposture en 1927 et de sa suite La Joie, qui reçoit le prix Fémina en 1929.

La Grande Peur des bien-pensants

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Publié en 1931, ce livre polémique, considéré comme le premier pamphlet de Georges Bernanos, avait au départ comme titre Démission de la France. Bernanos commence par une condamnation sévère de la répression de la Commune pour poursuivre sur un violent réquisitoire contre son époque, la Troisième République et ses politiques, la bourgeoisie bien-pensante et surtout les puissances d’argent. Bernanos y rend hommage aussi à Edouard Drumont, avec lequel il partage sa détestation de la bourgeoisie, mais aussi l’association des juifs à la finance, aux banques, au pouvoir de l’argent au détriment du peuple, un thème qui fait florès dans la France de cette époque et qui suscite des propos antisémites de l’écrivain. Bernanos, qui a fait la guerre 1914-1918, fustige aussi un patriotisme perverti qui humilie l’ennemi allemand dans la défaite au lieu de le respecter, en trahissant ainsi l’honneur de ceux qui ont combattu et en hypothéquant l’avenir.

En 1932, sa collaboration au Figaro, racheté par le parfumeur François Coty, entraîne une violente polémique avec l’Action Française et sa rupture publique définitive avec Charles Maurras.

Le 31 juillet 1933, en se rendant d’Avallon en Suisse, où l’un de ses enfants est pensionnaire, il est renversé, à Montbéliard, par la voiture d’un instituteur en retraite qui lui barre le passage : le garde-boue lui entre dans la jambe, là même où il a été blessé en 14-18.

 Journal d’un curé de campagne

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En 1934, Bernanos s’installe aux Baléares, en partie pour des raisons financières. Il y écrit Journal d’un curé de campagne. Publié en 1936, le roman sera couronné par le Grand prix du roman de l’Académie française, puis adapté au cinéma sous le même titre par Robert Bresson (1950).

Ce livre est l’expression d’une très profonde spiritualité. Il témoigne d’un style limpide et épuré. La figure du curé d’Ambricourt rejoint celle de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, portée sur les autels par Pie Xi en 1925. Il est possible qu’elle soit aussi inspirée par un jeune prêtre (l’abbé Camier), mort de tuberculose à vingt-huit ans, que Bernanos a côtoyé dans son enfance. De Thérèse, son personnage suit la petite voie de l’enfance spirituelle. Le « Tout est grâce » final du roman n’est d’ailleurs pas de Bernanos lui-même, mais de la jeune carmélite de Lisieux. Ce roman lumineux, baigné par « l’extraordinaire dans l’ordinaire », est l’un des plus célèbres de son auteur, probablement parce qu’il s’y révèle lui-même, de manière profonde et bouleversante, à travers la présence du curé d’Ambricourt. Il est vrai que Bernanos a la particularité d’être toujours extrêmement proche de ses personnages, tel un accompagnateur témoignant d’une présence extrêmement attentive, et parfois fraternelle.

 Les Grands Cimetières sous la lune.

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C’est également lors de son exil que Bernanos rédige Les Grands Cimetières sous la lune, un violent pamphlet anti-franquiste qui aura en France un grand retentissement lors de sa publication, en 1938.

Bernanos séjourne à Majorque quand la guerre civile éclate. D’abord favorable au camp nationaliste pendant les trois premiers mois qui suivent le soulèvement (son fils Yves s’engage dans la Phalange, avant de déserter au bout de plusieurs semaines pour rejoindre le Maroc), l’écrivain est rapidement horrifié par la répression franquiste et désespéré par la complicité du clergé local. En janvier 1937, il évoque l’arrestation par les franquistes de « pauvres types simplement suspects de peu d’enthousiasme pour le mouvement […] Les autres camions amenaient le bétail. Les malheureux descendaient ayant à leur droite le mur expiatoire criblé de sang, et à leur gauche les cadavres flamboyants. L’ignoble évêque de Majorque laisse faire tout ça. »

Dans Les Grands Cimetières sous la lune, qui paraît d’abord dans une revue dominicaine, il ironise sur le « cardinal Goma » (Isidoro Goma y Tomas, archevêque de Tolède, qui identifiait le combat des franquistes à une véritable croisade catholique, dans une « guerre d’amour ou de haine envers la religion »). Le prélat est dépeint prêt à bénir la légalité, pour peu qu’elle soit devenue militaire, ou vantant l’esprit dans lequel, à ses dires, les républicains envoyés au mur accueillent les secours du « saint ministère ».

Alors qu’il réside encore à Palma de Majorque, il apprend que sa tête est mise à prix par Franco. Son pamphlet offre « un témoignage de combat » qui prend rapidement une actualité extraordinaire pour se révéler une prophétie des grandes catastrophes du siècle. Ce livre qui, comme L’Espoir d’André Malraux est un témoignage important sur la guerre d’Espagne,   lui vaudra l’hostilité d’une grande partie de la droite nationaliste, en particulier de son ancienne famille politique, l’Action française, avec laquelle il avait rompu définitivement en 1932.

 Exil au Brésil

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Bernanos quitte l’Espagne en mars 1937 (se rendant notamment aux conseils de José Bergamin, un ami républicain espagnol, qui le convainc que cette guerre n’est pas sa guerre) et retourne en France. Le 20 juillet 1938, deux mois avant les accords de Munich, la honte que lui inspire la faiblesse des hommes politiques français face à l’Allemagne de Hitler le conduit à s’exiler en Amérique du Sud. Réalisant un rêve d’enfance, il envisage d’abord de se rendre au Paraguay. Il fait escale à Rio de Janeiro, au Brésil, en août 1938. Enthousiasmé par le pays, il décide d’y demeurer et s’installe en août 1940 à Barbacena, dans une petite maison au flanc d’une colline dénommée « Cruz das almas », la « Croix-des-âmes ». Il y reçoit entre autres l’écrivain autrichien Stefan Zweig, peu avant le suicide de ce dernier.

Après la défaite de 1940, il se rallie à l’appel lancé le 18 juin 1940 depuis Londres par Charles de Gaulle et décide de soutenir l’action de la France libre dans de nombreux articles de presse où il emploie son talent de polémiste à l’encontre du régime de Vichy et au service de la Résistance. Il entretient alors une longue correspondance avec Albert Ledoux, le « représentant personnel » du général de Gaulle pour toute l’Amérique du Sud. Il qualifie Pétain de « vieux traître » et sa révolution nationale de « révolution des ratés ».

En 1941, son fils Yves rejoint les Forces françaises libres à Londres. Son autre fils, Michel, jugé trop jeune par le Comité national français de Rio, part l’année suivante ; il participera plus tard au débarquement de Normandie, tout comme son neveu Guy Hattu, second-maître dans les commandos Kieffer, qui prendra part à la prise de l’île hollandaise de Walcheren à la Toussaint 1944.

Avant de rentrer en France en juin 1945, Bernanos déclare aux Brésiliens :

« Le plus grand, le plus profond, le plus douloureux désir de mon cœur en ce qui me regarde c’est de vous revoir tous, de revoir votre pays, de reposer dans cette terre où j’ai tant souffert et tant espéré pour la France, d’y attendre la résurrection, comme j’y ai attendu la victoire. »

 La Libération

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Lors de son retour en France, Georges Bernanos est, en fait, écœuré par l’épuration et l’opportunisme qui prévaut à ses yeux dans le pays. Reprenant la plume, il devient chroniqueur dans La Bataille et dans Combat, et lance un avertissement solennel aux Français : avec l’avènement de l’ère atomique et la crise générale de la civilisation, la France semble avoir perdu sa place en même temps que son rôle vis-à-vis de l’humanisme chrétien. Il voyage en Europe pour y faire une série de conférences dans lesquelles il alerte ses auditeurs, et ses lecteurs, contre les dangers du monde de l’après-Yalta, l’inconséquence de l’homme face aux progrès techniques effrénés qu’il ne pourra maîtriser, et les perversions du capitalisme industriel (voir La Liberté pour quoi faire ? et La France contre les robots, 1947).

Le général de Gaulle, qui l’a invité à revenir en France (« Votre place est parmi nous », lui a-t-il fait savoir dans un câble daté du 16 février 1945), veut lui donner une place au gouvernement. En dépit d’une profonde admiration pour le dirigeant, le romancier décline l’offre. De Gaulle confiera plus tard, à propos de Bernanos : « Celui-là, je ne suis jamais parvenu à l’attacher à mon char. »

Pour la troisième fois, on lui propose alors la Légion d’honneur, qu’il refuse à nouveau. Lorsque l’Académie française lui ouvre ses portes, il répond : « Quand je n’aurai plus qu’une paire de fesses pour penser, j’irai l’asseoir à l’Académie. »

En 1946 paraît « La France contre les robots« , aux éditions de la France libre, un essai dans lequel Bernanos dénonce la « civilisation des machines » et les nouveaux totalitarismes économiques qui commencent à se construire dans l’après-guerre.

 Dialogues des Carmélites

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Bernanos part pour la Tunisie en 1947. Il y rédige, sur l’idée du père Bruckberger, un scénario cinématographique adapté du récit La Dernière à l’échafaud, de Gertrud von Le Fort, lui-même inspiré de l’histoire véridique des carmélites de Compiègne guillotinées à Paris sur la place du Trône le 17 juillet 1794. Bernanos y traite de la grâce, de la peur, du martyre.

Bien plus qu’un scénario, Dialogues des carmélites est considéré comme le « testament spirituel de Bernanos ». Publié de façon posthume en 1949, il est d’abord adapté au théâtre par Jacques Hébertot et créé le 23 mai 1952 au théâtre Hébertot avant de devenir le livret de l’opéra homonyme du compositeur Francis Poulenc, représenté en 1957 à la Scala de Milan.

Le scénario original a par la suite servi de base au film Le Dialogue des Carmélites, réalisé en 1960 par Philippe Agostini et le père Bruckberger, puis en 1984 à un téléfilm de Pierre Cardinal qui fut, entre autres, primé à la Cinémathèque française.

Georges Bernanos meurt d’un cancer du foie, en 1948, à l’hôpital américian de Neully.

Il est enterré au cimetière de Pellevoisin (Indres).

Postérité

Dans l’immédiat après-guerre, Georges Bernanos est devenu une figure tutélaire pour une nouvelle génération d’écrivains. Ceux que Bernard Frank a baptisés les Hussards ont ainsi placé dans leur Panthéon, aux côtés de Stendhal, Joseph Conrad ou Marel Aymé, celui à qui Roger Nimier dédia son livre Le Grand d’Espagne (La Table ronde, 1950), dont le titre est une allusion et un hommage à la position iconoclaste que Bernanos adopta face à la guerre d’Espagne, à rebours de celle de son ancienne famille intellectuelle et politique.

 

Analyse de l’œuvre

 Mouchette

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Bernanos a donné le nom de Mouchette à deux personnages de son œuvre romanesque. La première « Mouchette », qui figure dans Sous le Soleil de Satan (1926), a pour nom Germaine Malhorty. C’est une adolescente de seize ans, vive et orgueilleuse, victime de l’égoïsme des hommes qui la désirent sans parvenir à l’aimer, ce qui attise son mépris d’elle-même et sa révolte envers l’ordre établi. La seconde « Mouchette » n’a pour appellation que ce surnom. Elle a treize ans et apparaît dans Nouvelle histoire de Mouchette (1937).

En ce personnage s’incarnent tous les misérables qui subissent l’acharnement du sort sans jamais parvenir à comprendre le malheur de leur condition. Mouchette n’existe ici que par sa seule et unique sensibilité, aussi aiguë que douloureuse pour elle-même. Le miracle, pour ainsi dire, de cette « Mouchette »-là, c’est la vérité qui en émane. Une vérité d’autant plus étonnante qu’elle est l’œuvre d’un homme qui avait cinquante ans lorsqu’il conçut ce personnage, découvrant les mouvements les plus profonds et les plus inexprimables d’une féminité qui s’éveille et s’affirme.

Bernanos signe ici un portrait intemporel et poétique de gamine « désespérée ». Seul le regard de l’écrivain, dans sa justesse et son humanité, semble laisser entrouvrir une perspective de salut possible pour la jeune fille. En réalité, « Mouchette » (malgré l’absence de toute référence religieuse directe) rejoint la figure des martyrs de Bernanos, ceux qui, écrira-t-il plus tard dans Dialogues des carmélites, ne peuvent « tomber qu’en Dieu ». En dépit des apparences (celles du réel), on peut considérer que Mouchette suit le même parcours.

Nouvelle histoire de Mouchette a été adaptée au cinéma par Robert Bresson en 1967, sous le titre Mouchette.

 Monde romanesque

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Bernanos situe souvent l’action de ses romans dans les villages de l’Artois de son enfance, en en faisant ressortir les traits sombres. La figure du prêtre catholique s’avère très présente dans son œuvre. Elle en est parfois le personnage central, comme dans Journal d’un curé de campagne. Autour de lui, gravitent les notables locaux (châtelains nobles ou bourgeois), les petits commerçants et les paysans. Bernanos fouille la psychologie de ses personnages et fait ressortir leur âme en tant que siège du combat entre le Bien et le Mal. Il n’hésite pas à faire parfois appel au divin et au surnaturel. Jamais de réelle diabolisation chez lui, mais au contraire, comme chez Mauriac, un souci de comprendre ce qui se passe dans l’âme humaine derrière les apparences.

 Combat des idées

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Georges Bernanos est un auteur paradoxal et anti-conformiste. Pour lui, la France est fondamentalement dépositaire des valeurs humanistes issues du christianisme, dont elle est responsable à la face du monde. Royaliste, il applaudit pourtant « l’esprit de révolte » de 1789 : un « grand élan […] inspiré par une foi religieuse dans l’homme » et développe une pensée qui constitue, selon les mots de Jacques Julliard, « un rempart de la démocratie, même à son corps défendant ». Un moment proche de Maurras, il déclare ne s’être « jamais senti pour autant maurrassien », et dit du nationalisme qu’il « déshonore l’idée de patrie ». Catholique, Bernanos attaque violemment Franco et l’attitude conciliante de l’Église d’Espagne à son égard dans Les Grands Cimetières sous la lune. .

Il ne manquera pas de sujets durant les dix dernières années de sa vie et avouera lui-même que « les romans peuvent mourir à la guerre »  car il lui faut témoigner coûte que coûte. Révolté par les accords de Munich, il fustige ensuite le gouvernement de Vichy qu’il définit comme le promoteur de « la France potagère.  Dans La France contre les robots, il alerte sa patrie, et le monde à travers elle, sur les dangers de l’aliénation par la technique et l’argent : convaincu que le monde moderne est une « conspiration contre toute espèce de vie intérieure », il y dénonce « la dépossession progressive des États au profit des forces anonymes de l’Industrie et de la Banque, cet avènement triomphal de l’argent, qui renverse l’ordre des valeurs humaines et met en péril tout l’essentiel de notre civilisation ».

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Celui dont Antonin Artaud disait qu’il était son « frère en désolation » et qui fut taxé parfois de pessimisme dans l’après-guerre, notamment par Raymond Aron dans ses 18 leçons sur la société industrielle, a été considéré plus récemment et par d’autres comme un visionnaire, associé sur ce plan à l’écrivain Georges Orwell. Jacques Julliard écrit ainsi, en 2008 : « Lorsque Bernanos prédit que la multiplication des machines développera de manière inimaginable l’esprit de cupidité, il tape dans le mille » La dénonciation, dans La France contre les robots, de la « Civilisation des Machines » et de sa « tyrannie abjecte du Nombre » vaut aussi à l’écrivain d’être cité parmi les inspirateurs de la décroissance.

 Style pamphlétaire

Georges Bernanos s’adresse souvent directement, dans une écriture nerveuse, parfois véhémente, à des lecteurs futurs (les fameux « imbéciles » qu’il cherche à sortir de leur léthargie par cette « injure fraternelle »), interpellés parfois comme des contradicteurs, tel le clergé complice de Franco dans Les Grands Cimetières sous la lune. Passionné souvent, excessif voire injuste à ses heures, son style est engagé, incisif et percutant, souvent dicté par la révolte et l’indignation.

Se détachant progressivement des clivages hérités pour affirmer sa liberté de conscience, Bernanos affirme ne pas se reconnaître dans les notions de « droite » et de « gauche » et déclare : « démocrate ni républicain, homme de gauche non plus qu’homme de droite, que voulez-vous que je sois ? Je suis chrétien ». Il revendique la Commune et vitupère la bourgeoisie, mais dénonce le communisme comme un totalitarisme. Il se dit monarchiste, mais se voit rejeté par la droite après Les Grands Cimetières sous la lune et par l’Action française après sa rupture avec Maurras. Il règle ses comptes avec certains mots en vogue chez les politiques, comme « conservatisme » (« Qui dit conservateur dit surtout conservateur de soi-même ») ou « réalisme » (« Le Réalisme est précisément le bon sens des salauds »).

 La question de l’antisémitisme

Même si l’antisémitisme ne constitue pas un thème directeur de la pensée et de l’œuvre de Georges Bernanos (aucun de ses romans n’y fait référence), il y a bien matière à question et la polémique reste encore vive. La personnalité complexe de l’écrivain transparaît dans ce débat avec lui-même et si on relève chez lui des propos antisémites jusqu’au milieu des années 1930, ses écrits contre l’antisémitisme entre 1938 et 1946 révèlent une évolution véritable.

Selon l’historien Michel Winock, l’antisémitisme de Bernanos s’analyse comme « la combinaison de l’antijudaïsme chrétien et du social-antisémitisme » qui associe les juifs à la finance, aux banques et au pouvoir de l’argent. Présent déjà dans certains articles de l’Avant-garde de Normandie, c’est dans La Grande Peur des bien-pensants, publié en 1931 dans une France déchirée à ce sujet, qu’il trouve véritablement son expression. Dans cet ouvrage, Bernanos affiche son admiration pour Edouard Drumont : « Le vieil écrivain de La France juive fut moins obsédé par les juifs que par la puissance de l’Argent, dont le juif était à ses yeux le symbole ou pour ainsi dire l’incarnation ». Il y tient aussi certains propos clairement antisémites : « Devenus maîtres de l’or ils [les juifs] s’assurent bientôt qu’en pleine démocratie égalitaire, ils peuvent être du même coup maîtres de l’opinion, c’est-à-dire des mœurs. »

Quant à qualifier Bernanos de raciste certaines phrases de La Grande Peur des bien-pensants peuvent y inciter. Ainsi, « [les juifs] traînent nonchalamment sur les colonnes de chiffres et les cotes un regard de biche en amour » ou « ces bonshommes étranges qui parlent avec leurs mains comme des singes ». Pour critiquables que soient de tels propos, on n’en retrouve cependant plus de semblables dans la suite de ses écrits. Max Milner, Michel Estève et Michel Winock lui-même considèrent dans leurs ouvrages qu’il s’agit d’emportement polémique, mais qu’il n’y a fondamentalement pas de racisme chez Bernanos.

À partir de 1938, on peut lire chez Bernanos les prémices d’une profonde évolution : « Aucun de ceux qui m’ont fait l’honneur de me lire ne peut me croire associé à la hideuse propagande antisémite qui se déchaîne aujourd’hui dans la presse dite nationale, sur l’ordre de l’étranger ». En 1939, il écrit dans Nous autres Français : « J’aimerais mieux être fouetté par le rabbin d’Alger que faire souffrir une femme ou un enfant juif ». Qu’il s’agisse de son engagement en février 1943 en faveur de Georges Mandel ou de sa rencontre au Brésil avec Stefan Zweig, les actions de l’écrivain témoignent de son changement d’attitude. Mais plus significative encore, peut-être, est la netteté avec laquelle il mesure lui-même le chemin parcouru en reconnaissant que la chrétienté médiévale n’a pas compris l’honneur juif : « Elle fermait obstinément les yeux sur les causes réelles de la survivance du peuple juif à travers l’Histoire, sur la fidélité à lui-même, à sa loi, à ses ancêtres, fidélité qui avait pourtant de quoi émouvoir son âme ».

Pourtant, lorsque Bernanos affirme en 1944 « Antisémite : ce mot me fait de plus en plus horreur. Hitler l’a déshonoré à jamais. Tous les mots, d’ailleurs, qui commencent par “anti” sont malfaisants et stupides», on s’interroge sur le sens de la formule, demeurée célèbre. Alors que Jacques Julliard ironise en se demandant s’il y a jamais eu « un antisémitisme honorable », Adrien Barrot, reprenant une réflexion d’Alain Finkielkraut répond : « C’est vraiment comprendre la formule de Bernanos à l’envers. Celle-ci marque indubitablement une véritable crise et une véritable prise de conscience chez Bernanos et ne mérite pas un tel procès d’intention. »

Elie Wiesel, dans un livre d’entretiens avec Michaël de Saint-Cheron, , salue en Bernanos un écrivain « qui eut le courage de s’opposer au fascisme, de dénoncer l’antisémitisme et de dire justement ce qu’il a dit et écrit de la beauté d’être juif, de l’honneur d’être juif, et du devoir de rester juif ». Il explique : « J’admire beaucoup Bernanos, l’écrivain. […] C’est l’antisémitisme qui m’a gêné au départ chez lui, ainsi que son amitié pour Édouard Drumont bien entendu. Mais un écrivain de « droite » qui a le courage de prendre les positions qu’il a prises pendant la guerre d’Espagne fait preuve d’une attitude prémonitoire. Il était clair que Bernanos allait venir vers nous. Sa découverte de ce que représentent les Juifs témoigne de son ouverture, de sa générosité. »

Malgré tout, le débat demeure entre des historiens comme Alexandre Aldler ou des essayistes comme Bernard Henri-Lévy ou Jean-Paul Enthoven, , qui considèrent que Bernanos n’a jamais vraiment renoncé totalement à son antisémitisme, notamment en ne reniant pas Drumont, et ceux qui insistent au contraire sur l’évolution de sa pensée, comme Elie Wiesel, l’académicien Alain Finkielkraut, le journaliste Philippe Lançon ou l’historien Simon Epstein.

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Œuvre

 Romans

Georges Bernanos, Sous le soleil de Satan. Paris, Plon, , 1926 )

Les Ténèbres (dilogie)

Georges Bernanos, L’imposture, Paris, Plon, 1927, 318  p.

La Joie La Revue universelle, 1928 ; Paris, Plon, 1929.

Un crime. Paris, Plon, 1935.

Journal d’un curé de campagne. La Revue hebdomadaire, 1935, 1936 : Paris, Plon, 1936.

Nouvelle histoire de Mouchette. Paris, Plon, 1937 (rééd. Le Castor Astral, 2010).

Monsieur Ouine. Rio de Janeiro, 1943 ;; Paris, Plon, 1946 (rééd. Le Castor Astral, 2008.).

Un mauvais rêve, édition posthume, Paris, Plon, 1950.

 Nouvelles et premiers écrits

Dialogue d’ombres, Paris, Seuil, 1955, complété en 1991.

 Théâtre

Dialogues des carmélites., Paris, Seuil, 1949.

 Essais et « écrits de combat »

La Grande Peur des bien-pensants, Paris, Grasset, 1931.

Les Grands Cimetières sous la lune. Paris, Plon, 1938 ; rééd. Le Castor Astral, 2008 ; rééd. Points, 2014.

Scandale de la vérité, Gallimrd, Paris, 1939.

Nous autres Français, Gallimard, 1939.

Lettre aux Anglais, Atlântica editora, Rio de Janeiro 1942.

La France contre les robots. Rio de Janeiro, 1944, puis Robert Laffont, 1947 ; rééd. Le Castor Astral, 2009.

Le Chemin de la croix-des-âmes, Rio de Janeiro de 1943 à 1945. 4 volumes, puis Gallimard, 1948 ; rééd. augmentée : Le Rocher, Paris, 1987.

Français, si vous saviez… (Recueil d’articles écrits entre 1945 et 1948). Paris, Gallimard, 1961 ; rééd.: Collection Idées nrf, en 1969.

Les Enfants humiliés, Gallimard, 1949.

La Liberté, pour quoi faire ? (cinq conférences prononcées en 1946 et 1947), Gallimard, 1953.

Le Crépuscule des vieux, Gallimard, NRF, 1956 (recueil de textes qui s’échelonnent de 1909 à 1939: explication de son œuvre de romancier, commentaires de lecture, notes sur la poésie, sur l’histoire contemporaine…).

Le lendemain, c’est vous !, Plon, 1969 (recueil d’articles et de textes extraits de divers journaux et publications, 1940-1947)

Brésil, terre d’amitié, choix de lettres et de textes consacrés au Brésil présentés par Sébastien Lapaque,   coll. « La petite vermillon », La Table Ronde, Paris, 2009.

La révolte de l’esprit, Les Belles Lettres, 2017, 426 p. Livre rassemblant des articles de presse et radiodiffusés de Georges Bernanos.

Bernanos. Scandale de la vérité, recueil d’essais, de pamphlets, d’articles et de témoignages, préface de Romain Debluë, Robert Laffont / Bouquins, 2019, 1376 p.

 Intégrales publiées

Romans suivis de Dialogues des carmélites, coll. La Pléiade, Gallimard, 1961 ; nouv. éd. : Œuvres romanesques complètes, chronologie par Gilles Bernanos, préface par Gilles Philippe, 2 t., 2015.

Essais et écrits de combat, tome 1, coll. La Pléiade, Gallimard, 1971.

Essais et écrits de combat, tome 2, coll. La Pléiade, Gallimard, 1995.

 Correspondance

Combat pour la vérité. Correspondance inédite, tome 1 (1904-1934), Paris, Plon, 1971.

Combat pour la liberté. Correspondance inédite, tome 2 (1934-1948), Paris, Plon, 1971.

Lettres retrouvées. Correspondance inédite, tome III (1904-1948), Paris, Plon, 1983.

 

Bibliographie

 Monographies

Hans Urs von Balthasar. Le Chrétien Bernanos, traduit de l’allemand par Maurice de Gandillac. Paris, Seuil, 1956.

Albert Béguin. Bernanos par lui-même, Paris, Seuil, 1958.

Jean-Loup Bernanos, Georges Bernanos, à la merci des passants, Paris, Plon, 1986 (réimpr. 2015), 505 p.

Jean-Loup Bernanos, Georges Bernanos, Paris, Plon, 1988. Iconographie.

Jean Botherel. Bernanos : Le Mal-pensant, Grasset, 1998, 400 p.  Louis Chaigne. Bernanos, éd. universitaires, 1954 ; rééd. 1970.

Michel Esteve, Georges Bernanos: un triple itineraire., Hachette, 1981.

Jean de Fabrègues. Bernanos tel qu’il etait., Mame, 1965.

Monique Gosselin-Noat, Max Milner, Bernanos et le Monde moderne, Presses universitaires de Lille, 1989 (actes du colloque organisé pour le centenaire de la naissance de Bernanos)

Monique Gosselin-Noat, Bernanos : militant de l’éternel, Paris, Michalon, 2007, 123 p.

Monique Gosselin-Noat, Bernanos, romancier du surnaturel : essai, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 2015, 260 p.

Joseph Jurt, Les Attitudes politiques de Georges Bernanos jusqu’en 1931, Fribourg, éditions Universitaires, 1968, 359 p.

Sébastien Lapaque. Georges Bernanos encore une fois, Lausanne, L’Âge d’homme, Les Provinciales, coll. « Essais », 1998 (réimpr. 2002), 126 p. ,

Sébastien Lapaque, Sous le soleil de l’exil : Georges Bernanos au Brésil, 1938-1945, Paris, Grasset, 2003, 300 p.

Frédéric  Lefèvre. Georges Bernanos., La Tour d’Ivoire, 1926.

Dominique Millet-Gérard. Bernanos : un sacerdoce de l’écriture, Versailles, Via Romana, 2009, 133 p. , .

Max Milner. Georges Bernanos, Paris, Librairie Séguier, 1989 (1re éd. 1967), 389 p. ,

Timour Muhidine (photogr. Philippe Dupuich), Sous le soleil de Bernanos : itinéraire en Artois avec Tahsin Yücel, Paris, Empreinte temps présent, 2010, 135 p.

Thomas Renaud, Georges Bernanos, éditions Pardès, 2018, 128 p.

Tahsin-Yücel. Bernanos et Balzac. éditions Lettres modernes, Minard, 1974.

 Études

Léa Moch, La Sainteté dans les romans de Georges Bernanos, Les Belles Lettres, 1962

Paul Grégor, La Conscience du temps chez Georges Bernanos, Zürich, Juris Druck + Verlag, 1966

Henri Guillemin. Regards sur Bernanos, Paris, Gallimard, 1976.

Yvon Rivard. L’Imaginaire et le Quotidien, essai sur les romans de Bernanos. Bibliothèque des lettres modernes 21, 1978.

Philippe Le Touzé, Le Mystère du réel dans les romans de Georges Bernanos, Nizet, 1979.

Michel Estève, Le Christ, les Symboles christiques et l’Incarnation dans les romans de G. Bernanos, 1982

Leopold Peeters, Une Prose du monde : essai sur le langage de l’adhésion dans l’œuvre de Bernanos. Paris : Lettres modernes : Minard , 1984.

jean-Louis Loubet del Bayle. L’Illusion politique au xxe siècle. Des écrivains témoins au xxe siècle, Paris, Économica, 1999.

Juan Asensio. La Littérature à contre-nuit, Paris, Sulliver, 2007 (contient Monsieur Ouine de Georges Bernanos et Les Ténèbres de Dieu.)

Marie Gil. Les Deux Écritures. Étude sur Bernanos, Paris, éditions du Cerf, 2008.

Odile Felgine, L’Écriture en exil, Dianoïa, PUF, 2014.

Philippe Richard, L’écriture de l’abandon : esthétique carmélitaine de l’œuvre romanesque de Georges Bernanos, Paris, Honoré Champion éditeur, coll. « Poétiques et esthétiques XXe-XXIe siècle » (no 23), 2015, 631 p.

Œuvres collectives

Cahier Bernanos, dirigé par Dominique de Roux, Paris, L’Herne, 1963.

Cahiers de l’Herne :: Bernanos, dirigé par Dominique de Roux, avec des textes de Thomas Molnar, Michel Estève et al., Paris, Pierre Belfond, 1967.

Études bernanosiennes, revue éditée par Minard.

« Une parole prophétique dans le champ littéraire », dans Europe, no 789-790, janvier–février 1995, p. 75-88.

Georges Bernanos témoin, recueil publié sous la dir. de Dominique Millet-Gérard, Via Romana, 2009.

9782204089197

 

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