ECRIVAIN FRANÇAIS, EMILE AJAR, LITTERATURE FRANÇAISE, LITTERATURE FRANCOPHONE, ROMAIN GARY (1914-1980)

Romain Gary (1914-1980)

Romain Gary

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Œuvres principales

Éducation européenne (1945)

Les Racines du ciel (1956)

La Promesse de l’aube (1960)

Lady L. (1963)

Chien blanc (1970)

La Vie devant soi (Émile Ajar, 1975)

Clair de femme (1977)

 

Romain Gary, né Roman Kacew le 21 mai 1914 à Vilna dans l’Empire russe (actuelle Vilnius en Lituanie) et mort le 2 décembre 1980 à Paris est un aviateur, militaire, résistant, diplomate, scénariste et réalisateur français, de langue française et anglaise.

Important écrivain français de la seconde moitié du xxe siècle, il est également connu pour la mystification littéraire qui le conduisit, dans les années 1970, à signer plusieurs romans sous le nom d’emprunt d’Émile Ajar, en les faisant passer pour l’œuvre d’un tiers. Il est ainsi le seul romancier à avoir reçu le prix Goncourt à deux reprises, le second prix étant attribué à ce pseudonyme.

 

Biographie

Origines

Durant toute sa vie d’adulte,  dans son œuvre, dont la relecture montre le « jeu picaresque de ses multiples identités », mais aussi dans des déclarations aux médias, ainsi que dans des déclarations officielles, Romain Gary a donné des versions diverses de ses origines, faisant varier : son nom (Kacew ; de Kacew) ; son lieu de naissance (Nice, dans la région de Kourrsk en Russie, Wilno) ; la nationalité de son père (russe, géorgien, tatare, mongol) ; celle de sa mère (juive russe ; française), informations elles-mêmes souvent déformées par les médias (« Kiev », « en Russie près de la frontière polonaise »). Il va jusqu’à renier son père — se présentant comme un « bâtard juif russe, mâtiné de Tartare » — ou encore laisse entendre, et courir la légende, dans divers écrits et interviews, qu’il est le fils du comédien russe Ivan Mosjoukine.

En réalité, Roman Kacew (« boucher » en yiddish, de l’hébreu katsav,), issu de deux lignées juives askhénazes, est né, suivant le calendrier julien, le 8 mai 1914 (21 mai 1914 dans le calendrier grégorien)  à Vilna (Bильнa), chef-lieu du gouvernement de Vilna dans l’Empire russe — devenu pendant l’entre-deux-guerres Wilno en Pologne,   puis l’actuelle Vilnius en Lituanie  . Ceci est attesté par un certificat du « rabbinat du gouvernement de Vilnius » rédigé en hébreu et en russe en date du 8 mai 1914(calendrier julien) établissant qu’il est le fils d’Arieh Leib Kacew et de Mina Owczyńska (1879-1941), mariés à Wilno le 28 août 1912.

Arieh-Leïb (« lion » en hébreu et en yiddish, d’où la francisation en « Léon ») Kacew est né en 1883 à Vilnius ; en 1912, il est associé dans l’atelier et magasin de fourrures familial et fait partie de la Deuxième Guilde des marchands. Il est aussi administrateur de la synagogue de la rue Zawalna. Il fait donc partie de la moyenne bourgeoisie de Vilnius.

Mina Owczyńska, fille de Josel (Joseph) Owczyński, est née en 1879 à Święciany ( en lituanien), petite ville à 80 km de Vilnius, où elle a fait des études secondaires en yiddish et en russe dans un établissement juif et où elle a participé à un groupe de jeunesse d’orientation socialiste, le « cercle Yehoash ». Elle a d’abord été mariée à Reouven Bregstein, originaire de Kaunas comme la mère de Mina et en a divorcé. On ne sait pas grand-chose d’autre sur ce premier mariage sinon qu’en est issu un fils du nom de Joseph Bregstein né en 1902 et qui semble avoir habité avec le jeune Roman de mars 1922 à avril 1923 avant de mourir de maladie peu après

Parmi les frères de Mina, le plus important concernant Romain Gary est Eliasz, lui aussi émigré en France, père de Dinah (1906), elle même épouse de Paul Pavlowitch (1893-1953) et mère de Paul-Alex Pavlowitch (1942).

 

Enfance et adolescence

 En Russie (1914-1921)

Roman et ses parents sont de nationalité russe, puis deviennent polonais lorsque Wilno et sa région sont intégrées à la Pologne rétablie après la Première Guerre mondiale.

Durant cette guerre, son père est mobilisé dans l’armée russe, alors que Roman est encore un très jeune enfant. Mina et Roman quittent Vilnius pour Svencionys où ils passent quelques mois, puis une mesure générale d’expulsion des juifs de la zone du front les oblige à passer plusieurs années en Russie proprement dite. Les informations sur ce séjour en Russie sont assez obscures : dans ses livres, Romain Gary évoque des séjours à Koursk et à Moscou, un voyage à travers la Russie en traîneau et en train, la rencontre de matelots révolutionnaires dans un port non précisé ; durant cette période, Mina aurait été comédienne, participant aussi à l’agitprop révolutionnaire. Aucune source indépendante ne confirme ces assertions.

 En Pologne (1921-1928)

La présence de Mina Owczynska (et de Roman) à Vilnius est attestée à partir de septembre 1921 par le registre des locataires d’un immeuble au no 16 de la rue Wielka Pohulanka, où ils vont vivre pendant quelques années. Leur retour est sans doute consécutif à la paix de Riga (mars 1921) qui met fin à la guerre entre la Russie soviétique et la République de Pologne.

Démobilisé, Leïb Kacew les rejoint à une date inconnue, mais il quitte le foyer en 1925 pour aller vivre avec une autre femme, Frida Bojarska, dont il a deux enfants, Walentyna (1925) et Pawel (1926). Le divorce de Mina et Leïb est prononcé en mai 1929 et il se remarie presque aussitôt avec Frida (les quatre membres de la nouvelle famille Kacew mourront durant la Seconde Guerre mondiale). Romain Gary n’a pratiquement rien dit ou écrit sur la période où son père vivait avec lui et Mina à Vilnius, ni sur la séparation et le divorce. Il l’a cependant revu en 1933 à Varsovie. Il évoque des cours particuliers (violon, escrime, tir au pistolet, danse), mais pas les écoles qu’il a fréquentées. En mars-avril 1925, peu avant la séparation, sa mère l’emmène à Bordighera  où il voit la mer pour la première fois.

Roman est ensuite élevé par sa mère, qu’il présentera comme une actrice de théâtre. Après la séparation, elle connaît des problèmes financiers, car elle ne dispose plus des revenus du magasin de fourrures de son mari, et son petit atelier de chapeaux ne lui rapporte que très peu d’argent. En août 1925, elle et Roman quittent Vilnius pour Švenčionys, puis s’installent en 1926 à Varsovie, où sont déjà présents d’autres membres de la famille Owczynski, notamment un autre frère de Mina, Boris (1890-1949), avocat, chez qui ils sont hébergés. Roman semble avoir été scolarisé dans un collège polonais (collège Gurskiego), où il est en butte à un antisémitisme au moins verbal. Il suit aussi des cours particuliers de français.

En août 1928, ils obtiennent un visa touristique pour la France. Sa mère est persuadée que dans ce pays, son fils pourra s’accomplir pleinement en tant que diplomate ou artiste.

 En France

Ils arrivent à Menton le 23 août 1928 et s’installent à Nice, où se trouvent déjà son frère Eliasz et sa famille ; le 1er octobre, Roman commence une nouvelle année scolaire au lycée Masséna, directement intégré en classe de 4e. Mina fait ensuite les démarches pour obtenir une autorisation de séjour qui est accordée, mais sous réserve qu’elle n’occupe aucun emploi.

En fait, elle est obligée de gagner sa vie, vendant d’abord « au noir » des articles de luxe dans les grands hôtels de Nice ou de Cannes, puis s’occupant de vente immobilière ; un de ses clients lui confie finalement la direction d’un petit hôtel, la pension Mermonts, au 7 du boulevard Carlone (actuel boulevard François-Grosso).

Utilisant désormais son prénom francisé (Romain), son fils se distingue au lycée en français, obtenant en 1929 le premier prix de récitation et en 1931 et 1932 celui de composition française, mais « dans les autres matières, excepté l’allemand qu’il parle et écrit très correctement, il est médiocre ». Ses amis de l’époque sont comme lui étrangers ou issus de familles d’origine étrangère : François Bondy (1915-2003) ; Alexandre Kardo Sissoeff ; Sigurd Norberg ; René et Roger Agid, dont les parents dirigent plusieurs grands hôtels de Nice (et un à Royat, Puy-de-Dôme), principalement L’Hermitage à Cimiez; à ce titre, ils connaissent directement la mère de Romain.

Il est reçu au baccalauréat Philosophie en juillet 1933 avec la mention « Passable ».

 

Études supérieures et débuts littéraires

Après avoir commencé des études de droit à Aix-en-Provence en octobre 1933, Romain Kacew part l’année suivante les poursuivre à Paris, probablement grâce à l’aide financière que lui apporte son père à l’occasion de leur rencontre à Varsovie durant l’été 1934. Il obtient la licence de droit en juillet 1938, tout en suivant parallèlement une Préparation militaire supérieure eu Fort de Montrouge : « En attendant son incorporation dans l’armée française, Gary, au terme de médiocres études, bûchait sa procédure. » Il révise au petit jour et passe l’essentiel de son temps à écrire.

C’est à cette époque qu’il publie ses premières nouvelles dans Gringoire, un hebdomadaire qui n’est pas au départ orienté à l’extrême-droite. Le périodique publie sa première nouvelle L’Orage le 15 février 1935, ce qui lui permet de ne plus dépendre financièrement de sa mère qui, minée par un diabète insulinodépendant, s’est usée à la tâche pour préparer l’avenir de son fils. Gary renonce aux généreuses rétributions quand le journal affiche des idées fascistes et antisémites, écrivant à la rédaction une lettre pour dire en substance : « je ne mange pas de ce pain-là ». En 1937, plusieurs éditeurs refusent son premier roman, le Vin des morts.

 

Engagement militaire et Deuxième Guerre mondiale

Service militaire

Naturalisé français le 5 juillet 1935, Gary est incorporé le 4 novembre 1938 dans l’Armée de l’Air à la base aérienne de Salon-de-Provence .À l’issue d’une formation d’élève-officier-de réserve de trois mois à l’école d’observation d’Avord près de Bourges, il passe l’examen de sortie en mars 1939 et est l’un des deux élèves-observateurs de la promotion à échouer, parmi les 290. Le seul grade qui lui soit accordé, contrairement semble t-il à tous les usages, est celui de caporal. Cet échec est probablement une mesure de discrimination à cause de sa naturalisation trop récente. Il est nommé mitrailleur, puis doit se contenter du grade de sergent.

Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, Gary est mobilisé en tant qu’instructeur de tir à l’école des observateurs de Bordeaux-Mérignac où la base aérienne d’Avord s’est repliée.

 France libre

Fervent admirateur du général de Gaulle, il ne va pas directement à Londres. Le 20 juin 1940, il rejoint en avion Alger, puis le Maroc, d’où il se rend en car à Casablanca.. Un cargo britannique, l’Oakrest, l’emmène à Glasgow, où il débarque le 22 juillet 1940. Il s’engage aussitôt dans les Forces aériennes françaises libres (FAFL). Adjudant en septembre 1940, il sert au Moyen-Orient, en Lybie et à Koufra en février 1941, en Abyssinie puis en Syrie où il contracte le typhus, passant six mois cloué sur un lit d’hôpital. Après sa convalescence, il rejoint l’escadrille de surveillance côtière en Palestine et se distingue dans l’attaque d’un sous-marin italien.

Il est breveté officier observateur en avril 1941, promu lieutenant le 15 décembre 1942.

En février 1943, il est rattaché en Grande-Bretagne au Groupe de bombardement de Lorraine.. Il est affecté à la destruction des bases de lancement des missiles VI.   C’est durant cette période que Romain Kacew choisit le nom de Gary – signifiant « brûle ! » à l’impératif en russe – qui sera retenu par l’état civil à partir de 1951 : « Romain Gary » devient la transcription de son nom à l’état civil français en octobre de cette année.

Sa mère meurt le 16 février 1941 ; dans La Promesse de l’aube, l’écrivain raconte qu’il ne l’apprend qu’en 1944 :

« Mais à l’hôtel-Pension Mermonts où je fis arrêter la jeep, il n’y avait personne pour m’accueillir. Il me fallut plusieurs heures pour connaître la vérité. Ma mère était morte trois ans et demi auparavant, quelques mois après mon départ pour l’Angleterre (…). Au cours des derniers jours qui avaient précédé sa mort, elle avait écrit près de deux cent cinquante lettres, qu’elle avait fait parvenir à son amie en Suisse. Je continuai donc à recevoir de ma mère la force et le courage qu’il me fallait pour persévérer alors qu’elle était morte depuis plus de trois ans. Le cordon ombilical avait continué à fonctionner. »

Cet épisode est une invention littéraire : Romain Gary, qui connaissait l’état de santé de sa mère, a rapidement été averti « par un télégramme très brutal » du décès de celle-ci, veillée par ses amis de jeunesse Sylvia Stave et René Agid — auxquels La Promesse de l’Aube est dédié — et sans avoir rédigé la moindre lettre.

En tant qu’observateur, il remplace Pierre Mendès-France dans l’équipage du sous-lieutenant Arnaud Langer. Le lieutenant Gary se distingue particulièrement le 25 janvier 1944alors qu’il se trouve dans l’avion de tête d’une formation de six appareils. Il est blessé, et le pilote Arnaud Langer est aveuglé, mais Gary guide ce dernier, le dirige, réussit le bombardement, et ramène l’avion à sa base. Cette version est contestée par le radio, René Bauden qui relate que la blessure reçue par l’observateur, Romain Gary, ne lui aurait pas permis de ramener l’appareil à sa base, ayant causé son évanouissement.

Il effectue sur le front de l’Ouest plus de vingt-cinq missions, totalisant plus de soixante-cinq heures de vol de guerre. Il est fait compagnon de la Libération et nommé capitaine en mars 1945, à la fin de la guerre.

Carrière diplomatique

Après la fin des hostilités, Romain Gary entame une carrière de diplomate de  au service de la France, en considération des services rendus pour sa libération. À ce titre, il séjourne en Bulgarie (1946-1947), à Paris (1948-1949), en Suisse (1950-1951), à New York (à la Mission permanente de la France-auprès-des Nations-Unies (1951-1954) — où il côtoie régulièrement le jésuite Teilhard de Chardin dont la personnalité le marque profondément et lui inspire notamment le personnage du père Tassin dans Les Racines du cie —, à Londres (1955) puis en qualité de consul général de France à Los-Angeles de 1956 à 1960. De retour à Paris, il demeure sans affectation jusqu’à sa mise en disponibilité du ministère des Affaires Etrangères en 1961.

 Carrière littéraire

En 1937, son roman Le Vin des morts est refusé (il sera publié finalement pour la première fois en 2014). En janvier 1945, Romain Gary voit son roman Education européenne publié par les éditions Calmann-Lévy  ; il est distingué par le prix des Critiques. C’est avec Les Racines du ciel, récompensé du prix Goncourt en 1956, que sa notoriété d’écrivain grandit auprès du public. À partir de la publication de La Promesse de l’aube, en 1960, il se consacre de plus en plus à son activité d’écrivain, également sous divers pseudonymes dont l’ultime et le plus connu, Émile Ajar, marque la fin de sa carrière avec quatre romans. Fait unique, il obtient pour La Vie devant soi un second prix Goncourt le 17 novembre 1975, déclenchant à la fin des années 1970 « l’affaire Émile Ajar », lorsque Gisèle Halimi, l’avocate de Gary, annonce le choix initial de son client Ajar de refuser le prix, ce qui incite la presse à enquêter sur celui qu’elle croit être le véritable auteur, Paul Pavlowitch. « Ce que l’on appelle « l’affaire Ajar » cache en fait une véritable tentative de renouvellement identitaire et artistique ».

Dès l’immédiat après-guerre, entre 1946 et 1956, la figure littéraire du rescapé de la Shoah hante l’œuvre romanesque de Romain Gary qui s’interroge sur comment vivre après Auschwitz. C’est Tulipe, dans le récit éponyme (1946), qui au sortir de Buchenwald s’installe dans le « nouveau monde » de Harlem ; c’est Vanderputte, dans Le Grand vestiaire (1948), qui a dénoncé un réseau de résistants ; c’est le compagnon de la Libération, Jacques Rainier, dans Les Couleurs du jour (1952) qui voit l’idéal de la France Libre se déliter et s’engage comme volontaire en Corée ; c’est Morel, dans Les Racines du ciel (1956) qui a survécu à l’expérience concentrationnaire en imaginant des troupeaux d’éléphants battre la savane. Ce n’est qu’avec l’œuvre d’Émile Ajar qu’une réponse viendra sublimer ses premiers écrits : « Celle d’un altruisme désintéressé, d’une banalité du bien qui contraste avec la banalité du mal d’un Eichmann ».

L’œuvre littéraire de Romain Gary est marquée par un refus opiniâtre de céder devant la médiocrité humaine. Ses personnages sont fréquemment en dehors du système parce que révoltés contre tout ce qui pousse l’homme à des comportements qui lui font perdre sa dignité. Ils oscillent entre la souffrance de voir leur monde abîmé, et une lutte pour garder coûte que coûte l’espérance. On peut dire que Romain Gary vit lui-même ces combats, mêlant admirablement le dramatique et l’humour. Ainsi, dans Chien blanc (1970), récit autobiographique écrit dans le contexte de la lutte pour les droits civiques aux Etats-Unis dans les années 1967-1968, il écrit : « ll est soûl, affirma solennellement Saint-Robert, et c’était un peu vrai, bien que je ne touche jamais ni à l’alcool, ni à la marijuana, ni au LSD, parce que je suis trop acoquiné avec moi-même pour pouvoir tolérer de me séparer d’une aussi agréable compagnie par le truchement de la boisson ou de la drogue. Mais je me soûle d’indignation. C’est ainsi d’ailleurs que l’on devient écrivain » ; puis, « J’écris pendant une heure ou deux : cette façon d’oublier… Lorsque vous écrivez un livre, mettons, sur l’horreur de la guerre, vous ne dénoncez pas l’horreur, vous vous en débarrassez… »

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 Romain Gary et le cinéma

L’œuvre littéraire de Romain Gary est régulièrement adaptée au cinéma et lui-même s’intéresse à la discipline à plusieurs reprises. Dès 1958, il scénarise l’adaptation de son roman Les Racines du Ciel réalisée par John Huston puis contribue au scénario du film Le Jour le plus long sorti en 1962. Romain Gary s’essaie plus tard à la réalisation de deux films dont il est l’auteur : en 1968, Les oiseau se cachent pour mourir au Pérou, avec jean Seberg, Pierre Brasseur et Maurice Ronet, puis, en 1972, Police Magnum avec Jean Seberg, James Mason et Stéphen Boyd. Il participe aux jurys des festivals de Cannes, en 1962, et de Berlin, en 1979.

 Romain Gary et la mort

En 1978, lors d’un entretien avec la journaliste Caroline Monney, lorsque celle-ci lui pose la question : « Vieillir ? », Romain Gary répond : « Catastrophe. Mais ça ne m’arrivera pas. Jamais. J’imagine que ce doit être une chose atroce, mais comme moi, je suis incapable de vieillir, j’ai fait un pacte avec ce monsieur là-haut, vous connaissez ? J’ai fait un pacte avec lui aux termes duquel je ne vieillirai jamais ».

Romain Gary se suicide le 2 décembre 1980 avec un revolver Smith & Wesson de calibre 38, se tirant une balle dans la bouche. Il laisse une lettre mystérieusement datée « Jour J » et dans laquelle est notamment écrit : « Aucun rapport avec Jean Seberg » (l’actrice s’est elle-même suicidée le 30 août 9879). Compagnon de la Libération, il a droit aux honneurs militaires lors de ses obsèques à l’église Saint-Louis des Invalides le 9 décembre 1980. Le 15 mars 1981, sa dernière compagne Leila Chellabi disperse ses cendres, selon son vœu, en mer Méditerranée au large de Menton.

Selon Roger Grenier, éditeur et ami de Romain Gary, à propos du jour de sa mort : « j’ai essayé de reconstituer sa journée. Il avait déjeuné avec Claude Gallimard pour parler de ses impôts. Comme il devait partir en voyage le lendemain, il est allé voir l’infirmière pour lui demander quels médicaments emporter. Il se rendait à Genève pour changer son testament. Il y a des doutes… Selon certains de ses amis, il a été assassiné par une proche… Il y a deux versions qui s’opposent, je balance entre l’une et l’autre. »

 Vie privée

Dans un recueil de confidences sous la forme d’entretiens livrés à la radio en 1980, Romain Gary faisait cette déclaration : « La seule chose qui m’intéresse, c’est la femme, je ne dis pas les femmes, attention, je dis la femme, la féminité ». Parmi les amours de jeunesse de Roman Kacew, on peut citer Christel Söderlund, une jeune journaliste suédoise qu’il rencontre à Nice en juillet 1937. Jeune mère de famille, mariée, elle suit Romain à Paris et envisage de divorcer, mais décide après quelques mois de rentrer en Suède retrouver son mari.

Il tombe ensuite amoureux d’Ilona Gesmay, une jeune juive hongroise de quatre ans son aînée, qui inspirera l’auteur de la Promesse de l’aube, de La nuit sera calme et d’Europa. Sa famille lui ayant coupé les vivres, elle décide de rentrer à Budapest en mars 1940 ; elle survivra à la guerre, mais deviendra schizophrène et ne reverra jamais Romain, ce qu’il racontera dans la nouvelle À bout de souffle. Il dit d’elle qu’elle est la seule femme qu’il ait jamais aimée et admirait ses yeux « gris angora ». Romain Gary décrit également dans cette nouvelle les lettres, toujours la même en fait, qu’il commence à recevoir d’elle à partir de 1953. Lui répondant, mais recevant toujours la même réponse, il apprendra qu’elle est enfermée dans un hôpital psychiatrique en Belgique et qu’elle écrit inlassablement la même lettre pendant les quelques dizaines de minutes de lucidité qu’elle a par jour. Les lettres qu’il envoie à Ilona sont interceptées par les médecins qui ne souhaitent pas provoquer un choc à la jeune femme. La sœur de cette dernière expliquera à Romain Gary qu’Ilona lorsqu’elle est lucide demande toujours des nouvelles de « son Romain ».

En avril 1945, Roman Kacew épouse la femme de lettres britannique Lesley Blanch rencontrée l’année précédente, mais l’amour d’Ilona continue à le hanter. En 1959, il fait la connaissance de l’actrice américaine Jean Seberg dont il tombe amoureux et avec qui il entame une liaison. En 1963, il divorce pour se marier avec Jean Seberg. Leur fils, Alexandre-Diego Gary, est né en 1962 mais Romain, grâce à ses relations, réussit à faire établir un acte de naissance datant de 1963 pour sauvegarder les apparences.  Un acte de mariage secret est retrouvé dans les années 2010 en Corse, entre lui et l’actrice, ainsi qu’un témoin photographe de l’époque. Entre 1964 et 1970, Romain Gary se rend souvent à Majorque, où il possède une villa, près d’Andratx.

Il tournera ses deux films avec Jean Seberg comme actrice principale, dont « Kill » ou Police Magnum, en 1971, en Espagne. En 1968, lorsque Romain Gary apprend la romance entre sa femme et Clint Eastwood pendant le tournage de la Kermesse de l’Ouest il prend l’avion et provoque l’acteur en duel à revolver mais le « cow-boy américain » se défile. Ils se séparent et divorcent en 1970. Il rencontre en 1978 Leila Chellabi, danseuse puis mannequin, animatrice de radio et parolière. Elle sera sa dernière compagne et son ayant-droit.

 

Émile Ajar

Après la disparition de Romain Gary, on apprend qu’il est le véritable auteur des quatre romans signés du pseudonyme Émile Ajar. C’est un proche parent de Romain Gary, Paul Pavlowitch (son petit-cousin) qui avait tenu le rôle d’Ajar auprès de la presse (notamment auprès d’Yvonne Baby dans Le Monde et de l’hebdomadaire Le Point qui retrouve « Ajar » dans le Lot et publie deux semaines durant en 1973 des articles et une interview littéraire de Paul Pavlowitch par Jacques Bouzerand, à la veille du prix Goncourt). Romain Gary a déjà envoyé en 1930 des manuscrits à la NRF sous les pseudonymes de François Mermont (du nom de l’hôtel-pension à Nice dont sa mère est gérante) ou de Lucien Brûlard qui ne sont cependant pas acceptés. Romain Gary est ainsi le seul écrivain à avoir jamais été récompensé deux fois par le prix Goncourt,, ce qui est officiellement impossible en fonction des règles de ce concours. Il a remporté son premier prix sous son nom d’usage, pour Les Racines du ciel, en 1956, et la seconde fois sous le pseudonyme d’Émile Ajar, pour La Vie devant soi, en 1975. Les deux noms se ressemblent dans le cadre d’une volonté de mystification ambigüe (en russe, Gary signifie « brûle ! » (2e personne du singulier à l’impératif) alors qu’Ajar signifie « braise » qui fut le nom d’actrice de sa mère. En outre, il est possible de retrouver des phrases de Gary dans les textes d’Ajar

La mystification Ajar/Gary ne serait pas passée inaperçue de tous. Dans son roman autobiographique Le Père adopté, Didier van Cauwelaert rapporte qu’une étudiante de la Faculté de lettres de Nice, qu’il nomme Hélène, aurait préparé, deux ans avant la révélation publique, un mémoire soutenant, au grand désarroi de ses professeurs, que Gary et Ajar étaient une seule et même personne.

Ajoutons qu’Ajar et Gary ne furent pas ses seuls pseudonymes puisqu’il est aussi l’auteur d’un polar politique sous le nom de Shatan Bogat, Les Têtes de Stéphanie, et d’une allégorie satirique signée Fosco Sinibaldi, L’Homme à la colombe.

Postérité

En mai 2019, son œuvre paraît dans la Bibliothèque de la Pléiade sous la direction de Mireille Sacotte.

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Œuvre littéraire

 Sous le nom de Roman Kacew

1935 : L’Orage (nouvelle publiée le 15 février 1935 dans Gringoire)

1935 : Une petite femme (nouvelle publiée le 24 mai 1935 dans Gringoire)

1937 : Le Vin des morts

Sous le nom de Romain Gary

1943 : Géographie humaine (nouvelle)

1945 : Éducation européenne – prix des Critiques

1946 : Sergent Gnama (nouvelle)

1946 : Tulipe

1949 : Le Grand Vestiaire

1952 : Les Couleurs du jour

1956 : Les Racines du ciel – prix Goncourt

1960 : La Promesse de l’aube

1961 : Johnnie Cœur (théâtre)

1962 : Gloire à nos illustres pionniers (nouvelles)

1963 : Lady L.

1965 : Adieu Gary Cooper (The Ski Bum)

1965 : Pour Sganarelle (Frère Océan 1) (essai)

1966 : Les Mangeurs d’étoiles (La Comédie américaine 1)

1967 : La Danse de Gengis Cohn (Frère Océan 2)

1967 : Dix ans après ou la plus vieille histoire du monde (nouvelle)

1968 : La Tête coupable (Frère Océan 3)

1969 : Adieu Gary Cooper (La Comédie américaine 2)

1970 : Chien blanc

1970 : Le Grec (ébauche de roman inachevé)

1970 : À bout de souffle (ébauche de roman inachevé)

1971 : Les Trésors de la mer Rouge

1972 : Europa

1973 : Les Enchanteurs

1974 : La nuit sera calme (entretien fictif)

1975 : Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable

1975 : Les oiseaux vont mourir au Pérou

1977 : Clair de femme

1977 : Charge d’âme

1979 : La Bonne Moitié (théâtre)

1979 : Les Clowns lyriques

1980 : Les Cerfs-volants

1981 : Vie et mort d’Émile Ajar (posthume)

1984 : L’Homme à la colombe (version posthume définitive)

2005 : L’Orage (nouvelles)

2007 : Tulipe ou la Protestation (théâtre : adaptation scénique du roman)

2014 : Le Sens de ma vie. Entretien, préface de Roger Grenier

Sous le pseudonyme de Fosco Sinibaldi

1958 : L’Homme à la colombe

Sous le pseudonyme de Shatan Bogat

1974 : Les Têtes de Stéphanie

Sous le pseudonyme d’Émile Ajar

1974 : Gros-Câlin

1975 : La Vie devant soi (prix Goncourt)

1976 : Pseudo

1979 : L’Angoisse du roi Salomon

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Bibliographie

Mireille Sacotte (dir.), Romain Gary et Émile Ajar, Légendes du jeÉditions Gallimard, coll. « Quarto » (1re éd. 2009), 1428 p

Biographies d’ensemble

Myriam AnissimovRomain Gary, le caméléon, Paris, Denoël, coll. « Grand Public », 2004  (Gallimard, coll. « Folio », 2006) [références : Anissimov, 2004 ; Anissimov, 2006].

Myriam Anissimov, Romain Gary : l’enchanteur, Paris, Textuel, coll. « Passion (Editions Textuel) », 2010, 189 p.

Dominique BonaRomain Gary, Paris, Mercure de France, 1987, 408 p. .

Dominique BonaRomain Gary, Paris, Gallimard, coll. « folio », 2001, 445 p.  Pierre BayardIl était deux fois Romain Gary, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Texte rêve », 1990, 127 p.

Jean-Marie CatonnéRomain Gary : de Wilno à la rue du Bac, Arles Paris, Actes sud Solin, coll. « Biographiques », 2010

Marianne Stjepanovic-Pauly, Romain Gary : la mélancolie de l’enchanteur, Clichy, Éd. du Jasmin, coll. « Signe de vie », 2014, 253 p.

Thèmes divers

Jean-Marie Catonné, Romain Gary / Émile Ajar, Paris, Pierre Belfond, coll. « Les dossiers Belfond », 1990.

Nancy HustonTombeau de Romain Gary, Arles, Actes Sud, 1995.

Dominique Rosse, Romain Gary et la modernité, Paris, Nizet, Paris, 1995.

Dominique Rosse, Europa ou la défense Gary, Lausanne, Droz, Échiquiers d’encre, 1998.

Fabrice Larat, Romain Gary Un itinéraire européen, Chêne-Bourg, Georg éditeur, 1999.

Jean-François Jeandillou, Supercheries littéraires : la vie et l’œuvre des auteurs supposés, nlle éd. Genève, Droz, 2001.

Mireille Sacotte, Romain Gary et la pluralité des mondes, Paris, PUF, 2002.

Jean-François Pépin, Aspects du corps dans l’œuvre de Romain Gary, Paris, L’Harmattan, 2003.

Paul AudiLa Fin de l’impossible Deux ou trois choses que je sais de Gary, Paris, Christian Bourgois, 2005.

Philippe BrenotLe Manuscrit perdu Gary/Ajar, Bègles, L’Esprit du Temps, 2005.

Julien Roumette, Étude sur La Promesse de l’aube Romain Gary, Paris, Ellipses Marketing, 2006.

Jean-François Hangouët, Romain Gary À la traversée des frontières, Paris, Gallimard, 2007.

Paul AudiJe me suis toujours été un autre : Le paradis de Romain Gary, Paris, Christian Bourgois, 2007.

Guy AmsellemRomain Gary Les métamorphoses de l’identité, Paris, L’Harmattan, 2008.

Julien Roumette, Romain Gary, l’ombre de l’histoire, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2008.

Sarah VajdaGary and Co, Gollion, Infolio, 2008.

Pol-Serge Kakon, Romain Gary-Jean Seberg, un amour à bout de souffle, Paris, Hugo et Cie, 2011.

Valéry CoquantRomain Gary L’homme face à l’action, Paris, Éditions France Empire, 2012.

Nicolas Gelas, Romain Gary ou l’humanisme en fiction S’affranchir des limites, se construire dans les marges, Paris, L’Harmattan, 2012.

Virginie Deluchat, Désenchantement et réenchantement dans les œuvres romanesques d’Emmanuel Bove et de Romain Gary, thèse, Limoges, 2012.

Philippe Brenot, Romain Gary, de Kacew à Ajar, Histoire d’un manuscrit inédit, Le Bouscat, L’Esprit du Temps, 2014.

Carine MarretRomain Gary Promenade à Nice, Nice, Baie des Anges, 2010, nouvelle édition enrichie et actualisée 2016.

François-Henri DésérableUn certain M. Piekielny, roman, Paris, Gallimard, 2017.

Témoignages

Lesley BlanchRomain, un regard particulier, Actes Sud, 1998.

Leïla Chellabi, Romain mon amour, LCD Médiation, coll. « Conscience et Vie », édition augmentée 2005.

Paul PavlowitchL’homme que l’on croyait « Ajar », Fayard, 1981. « Tom », Ramsay, 2005.

Collectifs

Cahiers de l’HerneRomain Gary, L’Herne, 2005.

Lectures de Romain Gary, François Aubel (dir.), coédition Le Magazine littéraire-Gallimard-Musée des lettres et manuscrits, 2011, contributions de Pierre AssoulinePaul AudiPierre BayardAdélaïde de Clermont-TonnerreBernard FauconnierRoger GrenierNancy HustonHervé Le TellierBernard-Henri LévyJean-Marie Rouart, Mireille Sacotte et Tzvetan Todorov, préface de Gérard Lhéritier.

Europe, « Romain Gary », Maxime Decout et Julien Roumette (dir.), juin-juillet 2014, no 1022-1023.

 

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