Une vie cachée : film de Terence Malick

UNE VIE CACHÉE :

PRIX DU JURY OECUMÉNIQUE DE CANNES

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Une vie cachée ****

de Terrence Malick

Film américain – 2 h 53 – En compétition

 SYNOPSIS

Inspiré de faits réels.
Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l’histoire de ces héros méconnus.

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Cannes 2019 : « Une vie cachée », la symphonie spirituelle de Terrence Malick

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Le cinéaste américain, rare et secret, a présenté une œuvre bouleversante, d’une très grande élévation, sur la résistance d’un paysan autrichien, objecteur de conscience.
Refusant de prêter serment à Hitler, sa vie devient un chemin de croix jusqu’à la Passion.

Il y a les inconditionnels de Terrence Malick (Palme d’or en 2011, pour The Tree of life, prix de la mise en scène pour Les Moissons du ciel en 1979) et les autres, réfractaires à son cinéma si singulier. Il est possible que son dernier film, Une vie cachée, présenté dimanche 19 mai en compétition, parvienne à les réconcilier, surtout si la Palme d’or lui est attribuée.

Cinéaste rare, secret, déroutant par ses fulgurances formelles et la hauteur morale de son inspiration, il s’attaque à un sujet historique, à partir de faits réels. L’intransigeante résistance d’un paysan autrichien, appelé à combattre, refusant obstinément de prêter serment à Hitler, quelles qu’en soient les conséquences pour lui et les siens.

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La première partie est une ode à l’amour naissant, au cœur de la vallée de montagnes où Franz (August Diehl) vient de rencontrer Fani (Valerie Pachner) et de fonder une famille. Leur bonheur s’épanouit, immergé dans une nature généreuse, apaisante. Quand les bruits de bottes nazies se rapprochent, cette harmonie se fissure. Au nom de sa foi et de ses convictions, Franz fait sécession, sans éclat, et s’attire la haine immédiate de la communauté villageoise qui l’ostracise et le menace. Tourmenté d’être confronté à cette montée du mal qui réclame sa participation, il se tourne vers l’Église catholique qui lui enjoint la soumission.

 Le silence de Dieu

Isolé, marginalisé, rejeté, Franz s’en remet à Dieu, lui parle, incrédule face à son silence. Emprisonné, humilié, avili, torturé, Franz ne dévie pas de sa ligne de conduite. Sous les insultes de ses voisins, les aboiements des nazis, et la perspective de la peine capitale, il oppose, sans un mot, son inflexible droiture à l’injonction violente de se renier. Du fond de sa solitude, il se parle à lui-même, correspond avec Fani, lettres d’amour magnifiques de simplicité.

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La composition de chaque plan est un tableau, un poème, une élégie à la nature, si présente, si capitale dans l’œuvre de Terrence Malick. Pour ce cinéaste, quand Dieu se tait, c’est elle qui a les réponses aux questions existentielles, surtout aux jours les plus sombres, quand rien ne vient éclairer, ni dissiper la propension des hommes, toujours renaissante, d’écarter le bien pour se livrer aux forces du mal et en retirer une jouissance malsaine. Avant de réaliser, quand il est trop tard, vers quels abîmes sombre l’humanité, abandonnée à ses pires instincts.

 Un sommet de spiritualité

Chemin de croix et Passion d’un homme déchiré entre la tentation de céder pour protéger les siens et la constance de sa conviction, Une vie cachée est un film stupéfiant de beauté, d’intériorité, irrigué par la virtuosité méditative de la mise en scène, le mouvement symphonique du montage, le jeu au diapason des acteurs, ébloui par la lumière de l’espérance et de l’amour.

La force douloureuse et inspiratrice des souvenirs qui hantent et fortifient Franz au fond de son cachot, images de ce merveilleux que construit un couple, prolongé par l’innocence joueuse et joyeuse des enfants, trouve en Malick un portraitiste sublimé par la grandeur de ces aspirations. Comme son personnage, dans son exigence d’élévation, le cinéaste s’adresse à l’âme des spectateurs. Son poème symphonique, habité par la grâce, est un sommet de spiritualité.

À lire : l’excellent Dictionnaire Terrence Malick, de Damien Ziegler, qui vient de paraître chez LettMotif, 326 p, 24 €.

 

 

https://www.la-croix.com/Culture/Cinema/Cannes-2019-vie-cachee-symphonie-spirituelle-Terrence-Malick-2019-05-19-1201022973

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TERRENCE MALICK

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BIOGRAPHIE

Avec Stanley Kubrick, Terrence Malick est certainement le réalisateur le plus mystérieux de ces dernières décennies. On sait finalement très peu de choses sur lui, tant il prend un soin obsessionnel à contrôler son image.

Ayant sans doute vécu au Texas, Terrence Malick aurait passé son enfance entre les champs de blé et les puits de pétrole, à côtoyer les agriculteurs et travailleurs saisonniers. Un amour des grands espaces qui hantera ses oeuvres futures. Après des études brillantes à Harvard où il se familiarise avec la philosophie (il est le premier traducteur du Principe de raison de Martin Heidegger), il débute comme journaliste chez Life puis au New Yorker. Entré au Centre d’Etudes Avancées de l’American Film Institute, il va rencontrer George Stevens Jr. (futur producteur de La Ligne rouge) et le producteur Mike Medavoy, qui le chargera de réécrire le scénario de L’ Inspecteur Harry. Une commande qui, si elle n’aboutira pas, provoquera un déclic chez Terrence Malick. A 28 ans, il se lance dans la réalisation.

Son premier film, La Balade sauvage (1974), inspiré d’une histoire vraie, retrace l’équipée sanglante de deux amants auxquels on refuse le droit de s’aimer. Le coup d’essai est unanimement salué. Selon le critique David Thompson, c’est même  » le premier film le plus maîtrisé depuis le Citizen Kane d’ Orson Welles ». Révélant au grand public Martin Sheenet Sissy Spacek, Badlands obtiendra le prix du meilleur film au festival de San Sebastian.

Quatre ans plus tard, il revient avec Les Moissons du ciel, chef d’oeuvre élégiaque qui n’est pas sans rappeler les toiles d’Edward Hooper. Produit pour 3 millions de $ par la Paramount, ce film hanté par les grands espaces fait en outre connaître un certain Richard Gere. Fasciné par l’oeuvre au point de pardonner le perfectionnisme du cinéaste (deux ans de montage !), Charlie Bluhdorn, un ponte de la Paramount, lui donne une avance pour son prochain film : Q. Mais le projet ne se montera jamais. Terrence Malick disparaît…

Deux décennies de silence qui contribueront à la légende du metteur en scène. Certains disent qu’il vécut en France, allant de villes en villes et méditant sur divers projets. Il aurait aussi participé au scénario de Will hunting. Puis, à la surprise générale, plus de 20 ans après Les Moissons du ciel, il reparait pour livrer un film de guerre : La Ligne rouge. Inspiré du roman de James Jones sur la bataille de Guadalcanal, ce long métrage s’offre le luxe d’un casting quatre étoiles : Sean Penn, Woody Harrelson, George Clooney, Adrien Brody, Nick Nolte, John Travolta, Jim Caviezel… Tout le monde veut tourner avec Terrence Malick. Mais le film, sorti peu de temps après Il faut sauver le soldat Ryan, ne remportera qu’un succès d’estime et repartira bredouille de la cérémonie des Oscars.

Il faut attendre encore sept ans pour voir le film suivant de Terrence Malick. S’inspirant de l’histoire de Pocahontas, Le Nouveau monde livre une nouvelle réflexion sur le rapport de l’homme à la civilisation et à la nature. Porté encore une fois par un prestigieux casting (Colin Farrell et Christian Bale), par une musique sublime et par des images superbes sur la nature omniprésente, le film, même s’il déroute une nouvelle fois le grand public, est un nouveau chef d’œuvre.

Contre toute attente, Malick se lance très vite dans son projet suivant. Reprenant l’idée qui avait présidé à l’élaboration du projet « Q », il prépare son film peut-être le plus ambitieux: un histoire qui mêle le destin du monde depuis l’origine de la vie et celui d’une famille dans les années 1950. Avec à sa tête Brad Pitt et Sean Penn et entouré d’une aura de mystère, The Tree of Life fait très vite parler de lui. Attendu à Cannes en 2010, le film n’est pas prêt et sa sortie est repoussée sans date connue. Les cinéphiles doivent se contenter d’une magnifique bande-annonce en décembre suivant et patienter jusqu’au 64e Festival de Cannes en 2011, où le cinéaste mythique présente enfin son œuvre qui reçoit la récompense suprême, la Palme d’or.

Seulement deux ans ! Il faut attendre seulement deux ans avant de voir au cinéma un nouveau film de Terrence Malick, un record pour le cinéaste, connu pour prendre son temps entre deux films. En mars 2013, A la merveille met en scène Ben Affleck, Olga Kurylenko, Rachel McAdams et Javier Bardem. Dans la lignée de The Tree of Life, le long métrage est une magnifique ode à l’amour. Preuve que le cinéaste est définitivement passé à un autre rythme : en 2015 sort Knight of Cups, soit l’histoire envoûtante d’un  auteur de comédies (Christian Bale) en pleine crise existentielle qui évolue dans le monde de la célébrité à Los Angeles.

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