AIX-EN-PROVENCE (BOUCHES-DU-RHÔNE), CONCORDAT DE 1801, EGLISE CATHOLIQUE, HISTOIRE DE FRANCE, HISTOIRE DE L'EGLISE, NAPOLEON BONAPARTE (1769-1821), PIE VII (pape ; 1742-1823), UN PAPE A AIX-EN-PROVENCE

Un Pape à Aix !

UN PAPE A AIX-EN-PROVENCE

pieviienlevement2-e1535920014864 (2)

 Il s’agit du pape Pie VII, à l’occasion de l’un de ses nombreux démêlés avec Napoléon Bonaparte.

Arrestation du Pape Pie VII par le général Miollis (frère de Mgr Miollis, évêque de Digne, tous les deux orignaires d’Aix en Provence.

 

Les choses ne s’étaient pas nécessairement mal passées au début, même si le conclave avait dû se tenir à Venise en 1800 pour éviter la pression des troupes françaises qui occupaient Rome ; après la victoire de Marengo, la France a rendu au pape les Etats pontificaux et celui-ci a pu regagner Rome. La France reconnait le catholicisme comme « religion de la majorité des Français » et un Concordat, qui doit beaucoup à l’Aixois Portalis, est signé entre Bonaparte, premier consul, et le pape, en 1801, rétablissant la liberté religieuse. Tout cela n’alla pas sans difficultés, mais Pie VII finit par accepter, espérant arranger ensuite les sujets de discorde, de venir sacrer Napoléon empereur (2 décembre 1804).

Mais, par la suite, les relations vont vite se détériorer, les sujets de conflits entre l’Empire et l’Eglise étant de plus en plus nombreux. Les Etats pontificaux sont annexés à l’Empire et le pape excommunie Napoléon. En 1809, l’armée française kidnappe le pape et il sera prisonnier en divers lieu, dont Grenoble (c’est à cette occasion qu’il passera une première fois par Aix), jusqu’en 1812, avant d’être enfermé à Fontainebleau jusqu’en janvier1814. A cette date, Napoléon, en difficulté à l’extérieur, rend au pape ses Etats pontificaux, et celui-ci retraverse la France en sens inverse, passant à nouveau par Aix.

A l’aller donc, Pie VII, prisonnier de l’armée française, arriva à Aix le 4 août 1809 et repartit le lendemain. Roux-Alphéran, dans son ouvrage de 1848 « Les rues d’Aix », raconte en détail cette histoire dans son chapitre consacré au Cours (qui ne s’appelait pas encore Mirabeau). Pourquoi le Cours ? Parce que le pape était logé sur le Cours, tout à fait en bas, côté vieille ville, à l’hôtel des princes. C’était l’hôtellerie la plus fréquentée d’Aix depuis sa construction en 1785, à la place d’une maison particulière. La plupart des hauts personnages passés par Aix ont logé là.

Roux-Alphéran cite les ambassadeurs indiens allant voir Louis XVI en 1788, mais aussi Napoléon Bonaparte, qui y a séjourné plusieurs fois, y compris au retour de la campagne d’Egypte en 1799. La ville était illuminée et Roux-Alphéran se souvient avec émotion de sa rencontre avec le jeune général. Il raconte aussi une anecdote : une femme, connue pour ses excès révolutionnaires, voulut lui offrir une couronne de laurier, en lui donnant « l’accolade fraternelle » ; Bonaparte s’en sortit en la tenant avec dignité à distance et appela un jeune domestique, lui demandant de descendre les feuilles de lauriers…à la cuisine de l’hôtel. Il partit au milieu du repas du lendemain, pressé de rentrer à Paris : quelques semaines plus tard, le 18 brumaire, il renversait le Directoire et s’emparait du gouvernement. Bien d’autres personnalités

logeront plus tard dans cet hôtel comme la reine d’Espagne Marie-Christine en 1840, ainsi que don Carlos en 1845.

Et Pie VII ? Les conditions n’étaient pas les mêmes, puisqu’il était là en prisonnier ! D’ailleurs, lorsque Roux-Alphéran publie son ouvrage, en 1848 on sent encore un certain embarras : comment exprimer sa compassion pour le pape et l’Eglise, sans critiquer Napoléon…Il contourne la difficulté en citant le texte du rapport envoyé le 5 août 1809 par le maire d’Aix, M. de Saint-Vincens, au préfet du département : « Je m’empresse de vous faire savoir l’arrivée du Pape à Aix, hier soir à neuf heures, et son départ pour Nice aujourd’hui à huit heures du matin ». « Je vis le Pape peu après » (après avoir vu l’officier chargé de conduire le pape). « Après m’être fait instruire du cérémonial, je fis une génuflexion et je lui baissai la main »

« Après un quart d’heure d’audience, je rentrai dans la chambre du colonel. Il fait l’éloge du caractère du Pape et de sa bonne humeur. Il est toujours disposé à aller, à s’arrêter, à manger comme on veut ». Un prisonnier modèle donc, mais un prisonnier quand même. « Le Pape a à sa suite le prélat Doria, deux autres prêtres, un médecin, un chirurgien et quelques valets. Sa suite occupe deux carrosses ». Le lendemain matin, « plusieurs dames et quelques hommes ont assisté à sa messe. D’autres l’ont vu après la messe. Quelques prêtres ont été admis » (…) « Avant de partir, il s’est montré au balcon de l’auberge ; il a donné sa bénédiction au peuple assemblé au Cours en assez grand nombre. Il voyage vêtu d’une soutane blanche, d’un rochet, d’un camail rouge et d’une étole. Il a une calotte blanche et des souliers d’étoffe rouge sur lesquels est brodée une croix ».

Cet aller là est donc bien particulier, d’autant plus qu’on ne découvre à chaque fois l’étape suivante qu’au prochain arrêt (qui sera Nice en l’occurrence, avant d’aller vers Grenoble). Le retour, bien plus tard, en 1814, sera très différent. Désormais libre, depuis le début de l’année, en route pour Rome, il passera à nouveau par Aix le 7 février 1814, sans entrer dans la ville. Mais le climat avait bien changé ; les persécutions anti-religieuses de la Révolution étaient loin, et les Aixois ont tout fait pour essayer « de voir le pape ».

« Il arriva vers une heure au haut de la montée d’Avignon, près les plâtrières et traversa la foule pendant une demi-lieue, c’est-à-dire jusqu’au Pont des Trois-Sautets, donnant sa bénédiction de tous les côtés. Les vivats, les cris de joie, ne cessèrent de l’accompagner et son passage à Aix fût, cette fois, un véritable triomphe. Il changea de chevaux sous le rempart d’Orbitelle et un grand nombre de fidèles l’accompagnèrent jusqu’à Tourves, où il fut coucher, notamment M. L’abbé de Mazenod, supérieur-fondateur des missionnaires de Provence, aujourd’hui évêque de Marseille ».

Quelques précisions, pour ceux qui sont perdus dans ce trajet: le quartier des plâtrières se situe à Celony, donc en haut de la montée d’Avignon (même si le chemin des Plâtrières est lui extrêmement étendu) ; ensuite il s’agissait de ne pas entrer dans la ville (encore entourée de remparts), et donc de rejoindre depuis la montée d’Avignon une des portes du quartier Mazarin (pour changer les chevaux) la porte de l’Orbitelle, qui était juste à l’entrée de l’actuelle rue du 4 septembre, du côté de l’actuel boulevard du Roi René. De là, le pape a pris le chemin de l’Italie et les adieux à la population qui suivait se sont fait au Pont des Trois-Sautets, sur l’Arc, lieu que Cézanne appréciera plus tard. Quant à l’abbé de Mazenod, il allait devenir (en 1816) le fondateur des missionnaires de Provence, que l’on appelle aujourd’hui les Oblats de Marie-Immaculée, (La chapelle des Oblats se trouve place Forbin, en haut du Cours Mirabeau) et il

deviendra effectivement évêque de Marseille en 1837 et l’était donc encore quand Roux-Alphéran a publié son livre.

Roux-Alphéran ajoute que Pie VII n’était pas le premier pape à être passé par Aix. Le précédent était Grégoire XI, « lorsqu’il partit d’Avignon, en 1376, pour aller rétablir à Rome le siège pontifical. Selon l’auteur d’une relation manuscrite de son voyage, ce Pape arriva à Aix le 17 septembre et y séjourna deux jours. Tous les ordres de la ville allèrent à sa rencontre, le clergé ayant à sa tête son vénérable archevêque Gérard de Posilhac. Les rues où passa le Saint-Père furent tapissées avec des tentures de soie et il fut loger au Palais ». Le Palais en question est évidemment le Palais comtal, qui sera détruit, menaçant ruine, un peu avant la Révolution, et qui se situait en gros à l’emplacement de l’actuel Palais de Justice.

Il y a donc eu plus de 4 siècles entre les deux dernières visites, celles de Grégoire XI et de Pie VII. Celle de Pie VII remonte à un peu plus de deux siècles. Faudra-t-il attendre deux autres siècles pour revoir un pape à Aix ?

 

http://ilcourtmirabeau.fr/le-pape-a-aix/

 

Le pape Pie VII, prisonnier de l’empereur Napoléon

 

PIE VII REFUSANT DE SIGNER LE CONCORDAT, 25 JANVIER 1813.

gal57_anonyme_1f (1)

© Photo RMN-Grand Palais – G. Blot

LE PAPE PIE VII, PRISONNIER DE L’EMPEREUR NAPOLÉON

Auteur : Alain GALOIN

En acceptant de ratifier, le 15 août 1801, le Concordat conclu entre Rome et le gouvernement français, le pape Pie VII s’engage dans la voie d’une relative normalisation des relations entre le Saint-Siège et la République française. Néanmoins, la promulgation des soixante-dix-sept Articles organiques, le 18 avril 1802, tend à faire de l’Église de France une Église nationale, aussi peu dépendante de Rome que possible, et asservie au pouvoir civil. Ces articles stipulent notamment que « les papes ne peuvent déposer les souverains ni délier leurs sujets de leur obligation de fidélité, que les décisions des conciles œcuméniques priment sur les décisions pontificales, que le Pape doit respecter les pratiques nationales, qu’il ne dispose enfin d’aucune infaillibilité. » Ainsi le gallicanisme est-il en partie restauré mais le Saint-Père ne peut accepter la subordination de l’Église de France à l’État.

C’est pour tenter d’obtenir l’abrogation des Articles organiques que le pape accepte de venir sacrer Napoléon Bonaparte empereur des Français à Notre-Dame le 2 décembre 1804, mais il rentre à Rome sans avoir obtenu gain de cause. Par la suite, les relations entre Pie VII et Napoléon Ier ne vont cesser de se dégrader. L’Empereur veut inclure les États pontificaux dans son système continental dirigé contre l’Angleterre : « Votre Sainteté est souveraine de Rome, mais j’en suis l’Empereur; tous mes ennemis doivent être les Siens », écrit-il au pape le 13 février 1806. Mais le souverain pontife refuse d’adhérer au blocus continental, considérant que sa charge de pasteur universel lui impose la neutralité. La répression impériale ne se fait pas attendre et va crescendo : les États de l’Église sont bientôt réduits au patrimoine de Saint-Pierre (1806-1808) ; Rome est occupée militairement (2 février 1808) ; les États pontificaux sont annexés à l’Empire (17 mai 1809) ; le pape est enlevé par le général Radet dans la nuit du 5 au 6 juillet 1809. Pie VII est d’abord détenu à Savone (1809-1812), puis à Fontainebleau (1812-1814). Napoléon envisage alors de fixer le siège de la papauté en France, à Avignon ou à Paris.

ANALYSE DES IMAGES

Les deux œuvres proposées appartiennent manifestement au registre de la propagande catholique. Elles mettent en relief l’inflexibilité de Pie VII face aux exigences de l’empereur Napoléon Ier et le triomphe final du souverain pontife.

La première image est une gravure allemande qui représente Pie VII prisonnier de Napoléon au château de Fontainebleau et refusant de signer le Concordat, dit de Fontainebleau, le 25 janvier 1813. Le pape est assis sous un dais, le bras gauche appuyé sur une table qui supporte un Christ en croix, une image religieuse, une écritoire et le texte du Concordat. Devant lui, l’Empereur est debout, en uniforme, coiffé du célèbre bicorne. Il tend le bras gauche vers le Saint-Père, dans une attitude extrêmement impérieuse et autoritaire. Entre les deux souverains, un prélat – peut-être le cardinal Pacca – sert d’intermédiaire. Dans le couloir donnant sur les appartements du pape, un grenadier monte la garde. La vérité historique n’est pas totalement respectée puisque, après plusieurs jours de résistance, Pie VII a précisément accepté de signer le Concordat ce 25 janvier 1813.

La seconde gravure représente le pape Pie VII entrant triomphalement dans Rome le 24 mai 1814. Debout dans sa calèche, le souverain pontife bénit la foule joyeuse qui se presse autour du cortège papal. Au premier plan, un homme et trois femmes sont agenouillés tandis qu’une quatrième femme tient les rênes de l’attelage tiré par un cinquième personnage. À l’arrière-plan, à gauche, se dresse la basilique Saint-Pierre ; à droite, l’île rocheuse perdue au milieu des flots pourrait tout aussi bien symboliser l’île d’Elbe que Sainte-Hélène, l’œuvre étant postérieure à la chute de l’Empire ; elle évoquerait alors la captivité du monarque déchu, marquant ainsi un fort contraste avec la liberté retrouvée du pape. L’irrespect des proportions élémentaires atteste l’origine populaire de cette image.

gal57_anonyme_2f (2).jpg

INTERPRÉTATION

Prisonnier de Napoléon, dépossédé de ses États, Pie VII répond à la force par la grève de l’institution canonique des évêques nommés par l’Empereur. Il excommunie les « usurpateurs, fauteurs, conseillants, exécutants » de la violation de la souveraineté temporelle du Saint-Siège. De nombreux évêchés se trouvent de facto sans titulaire légitime, ce qui contraint Napoléon à convoquer à Notre-Dame, en 1811, un concile national présidé par son oncle Fesch, archevêque de Lyon. Ledit concile décide qu’après un refus papal de six mois, un évêque pourra obtenir l’investiture canonique du métropolitain ou de l’évêque le plus ancien de la province, mais les pères conciliaires subordonnent l’application des décrets qu’ils ont votés à l’acceptation du pape qui, bien entendu, n’adhère pas aux décisions du concile national.

Le 25 janvier 1813, après six jours de discussion, l’Empereur réussit à extorquer au souverain pontife un nouveau Concordat qui règle la question de l’investiture canonique mais dès le 28 janvier, Pie VII annule sa signature et se rétracte formellement dans une note en date du 24 mars 1813. Un malaise profond gagne le clergé français et les fidèles. Les guerres et la conscription aggravent la désaffection de l’opinion envers le gouvernement impérial. Les défaites de la fin de l’Empire obligent Napoléon à rendre la liberté à son captif : le pape entre triomphalement dans Rome le 24 mai 1814

Le refus des investitures, l’excommunication consécutive à l’occupation de Rome, ont été des armes spirituelles qui ont assuré la résistance et la victoire de Pie VII. La papauté sort grandie de la lutte qui l’a opposée à l’empereur des Français. Dénué de tout esprit de vengeance, le pape se refusera à exercer des représailles politiques à l’encontre de l’Empereur déchu : il accueillera sa famille à Rome et intercédera auprès de l’Angleterre et des cours d’Europe pour adoucir le régime carcéral du captif de Sainte-Hélène.

web-bartolomeo-pinelli-pie-vii-public-domain

Jacques-Olivier BOUDON, Napoléon et les cultes, Paris, Fayard, 2002.Yves-Marie HILAIRE, Histoire de la Papauté, Paris, Le Seuil, collection « Points Histoire » 2003.Jean LEFLON, L’Eglise concordataire et impériale, Paris, Maison de la Bonne Presse, 1947.Bernardine MELCHIOR-BONNET, Napoléon et le Pape, Paris, Le Livre contemporain, 1958.

Rencontre-Napoléon-et-le-pape-Pie-VII-forêt

 

Alain GALOIN, « Le pape Pie VII, prisonnier de l’empereur Napoléon », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 14 août 2019. URL : http://www.histoire-image.org/fr/etudes/pape-pie-vii-prisonnier-empereur-napoleon

 

Pie VII
1216374142778

Pie VII né à Cesena en août 1740 est décédé à Rome en 1823. Il a été le 249e pape de l’Église catholique entre 1800 et 1823. Il a été un adversaire de Napoléon Ier

Avant la papauté

Gregorio Luigi Barnaba Chiaramonti devient moine bénédictin à l’âge de 16 ans et est l’abbé de Saint Calixte à Rome en 1775. Il est ordonné prêtre en 1765. Il devient évêque de Tivoli puis d’Imola   (villes situées dans la région de Rome donc dans les Etats pontificaux   de l’époque). Il est nommé cardinal en 1785 par son compatriote le pape Pie VI.

Il est élu pape le 14 mars 1800, à l’issue d’un long conclave par les cardinaux réunis à Venise (Pie VI, le pape précédent était mort en juillet 1799). Rome était alors aux mains de républicains qui avaient destitué le pape en tant que souverain territorial et qui étaient soutenus par l’armée française.

L’adversaire de Napoléon

Pie VII était réputé pour être un esprit conciliant et plutôt doux. Il accepte de régler le problème religieux existant en France depuis 1791. Le cardinal Ercole Consalvi négocie avec le Premier consul Napoléon Bonaparte le concordat de 1801 qui réintroduit l’autorité pontificale en France et doit mettre fin aux luttes religieuses. Un Concordat est également signé en septembre 1803 avec la République italienne dont Bonaparte est le président.

Pie VII accepte de venir couronner à Paris l’empereur Napoléon Ier, le 2 décembre 1804. Cependant en 1805 il refuse d’annuler le premier mariage de Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon que celui-ci voulait marier à une princesse du Wurtemberg. Furieux Napoléon fait occuper une partie des États pontificaux.

En 1806, Pie VII refuse d’appliquer le blocus continental, imaginé par Napoléon pour asphyxier l’économie britannique en la privant de ses débouchés européens. En 1808, Napoléon fait occuper Rome et annexait les États pontificaux qui sont transformés en départements français en 1809. Pour protester, le 10 juin 1809, Pie VII excommunie Napoléon. Celui-ci fait enlever le pape et l’enfermer à Savone. Pie VII riposte en refusant de donner l’institution canonique (les pouvoirs religieux spéciaux) aux évêques nommés par l’empereur en vertu du Concordat (il devra cependant accepter en novembre 1811). En mai 1812 Pie VII est transféré au château de Fontainebleau. Gardé prisonnier il doit signer une modification du Concordat qui augmente la liberté du clergé français vis-à-vis de la papauté.

En grande difficulté militaire face à la sixième coalition formée par la plus grande partie des États européens, Napoléon doit libérer le pape. Pie VII revient à Rome en mai 1814 (Napoléon avait abdiqué début avril 1814).

 

Après l’Empire

Par l’intermédiaire du cardinal Consalvi, la papauté participe au congrès de Vienne qui redessine la carte de l’Europe après la période agitée de la Révolution française et du Premier Empire. Les États pontificaux sont restaurés en Italie (le pape redevient le souverain de la plus grande partie de l’Italie centrale). Par contre Pie VII renonce au Comtat Venaissin et à Avignon qui ont été rattachés à la France en 1791.

Malgré la violente hostilité manifestée à son égard par Napoléon, Pie VII accueille à Rome la mère et l’oncle maternel de Napoléon. Il demanda, sans grand succès, au gouvernement britannique de mieux traiter Napoléon exilé à Sainte-Hélène.

Conscient que les circonstances avaient évolué depuis 1789 et que les gouvernements catholiques européens voulaient plus de pouvoir dans leurs États, le pape accepte de signer des concordats. En 1817, ce sera avec la Bavière et la Sardaigne, puis en 1818, avec Naples et l’empire russe (pour la partie polonaise dont le tsar était devenu le roi). En 1821, ce sera avec la Prusse (surtout pour les territoires rhénans qui sont surtout catholiques).

Dès août 1814, Pie VII autorise le retour des jésuites qui, accusés d’être des agents de la papauté, avaient été expulsés d’une grande partie des États catholiques européens avant la Révolution française.

Cependant il condamne les mouvements libéraux qui agitent l’Italie dans les années 1820, en particulier la charbonnerie.

 

Concordat de 1801

250px-Allégorie_du_Concordat_de_1801

Allégorie sur le Concordat de 1801. Tableau d’époque

Le Concordat de 1801 est un traité qui règle les rapports de l’État français et de l’ Église catholique après les oppositions religieuses apparues pendant la période révolutionnaire. Napoléon Bonaparte, alors Premier consul de la République, voulait mettre fin aux divisions religieuses de la France qui dataient du vote de la Constitution civile du clergé entre 1790 et 1799. Le pape Pie VII voulait réintroduire l’influence de la papauté dans le catholicisme français.

Avec le Concordat, le catholicisme est reconnu comme la religion de la majorité des Français (mais n’est plus la religion de l’État). Les évêques choisis par le gouvernement français reçoivent leurs pouvoirs religieux (investiture canonique) du pape. La répartition des évêchés est calquée approximativement sur celle des départements existants alors (et qui comprenaient la Belgique et la rive gauche du Rhin). Les évêques et les curés sont payés par l’État. L’Église catholique renonce à récupérer les biens ecclésiastiques vendus pendant la Révolution comme biens nationaux.

Le concordat ne concerne pas le clergé régulier (les moines et moniales) qui avait été interdit en 1790, mais qui se réinstalle en France à cette époque.

Le Concordat de 1801 restera en vigueur jusqu’en 1905, date à laquelle il n’est plus reconnu par la France après le vote de la loi de séparation des Églises et de l’État (sauf en Alsace et en Moselle qui en 1905 étaient rattachées à l’Empire allemand).

La situation religieuse en France en 1801

En France, depuis 1791, les fidèles catholiques sont divisés et le clergé catholique officiel échappe à l’autorité du pape.

En 1789, lors de la Révolution, la confiscation des biens français de l’Église catholique a été décidée par les députés de l’Assemblée constituante afin de procurer des moyens financiers à l’État. Les curés et les évêques sont sans revenus. L’enseignement et les hôpitaux, dont le fonctionnement est en grande partie assuré par les religieux et que l’Etat n’a pas les moyens de prendre en charge, sont désorganisés.

Dans un souci de simplification et d’économie, en 1790, les députés ont voté la constitution civile du clergé, qui réduit le nombre de prêtres chargés d’une paroisse ou d’un diocèse, et qui désormais sont payés par l’État. Ces « fonctionnaires » religieux sont contraints de prêter serment de fidélité à la Constitution.

Le pape qui a été tenu à l’écart de l’élaboration de la réforme, la condamne en 1791. Désormais le clergé et les fidèles catholiques se divisent et se combattent souvent violemment. D’un côté il y a les « constitutionnels » ou « patriotes » qui acceptent la loi française, de l’autre côté il y a les « réfractaires » qui obéissent au pape et entrent dans la clandestinité.

En janvier 1795, les députés de la Convention votent une loi qui interdit les subventions publiques à tous les cultes. L’Église constitutionnelle est alors privée de moyens financiers.

Or la quasi totalité des 28 millions de Français sont de confession catholique. Les protestants sont environ 600 000 et les juifs 40 000 ; les athées sont très peu nombreux.

Bonaparte pense que la religion permet d’assurer l’ordre car le clergé peut encadrer la population, surtout s’il reçoit des directives de la part du gouvernement. Bonaparte décide alors d’entrer en relation avec la papauté pour rétablir le culte catholique unifié en France.

La négociation du Concordat

Dès juin 1800, Bonaparte ouvre des négociations avec la papauté. Le gouvernement français est représenté par l’abbé Bernier, la papauté par le cardinal Giuseppe Spina, puis par le cardinal Ercole Consalvi qui arrive à Paris en novembre 1800.

Le Concordat est signé le 17 juillet 1801 (28 messidor an IX). Joseph Bonaparte représente le gouvernement français, Consalvi représente le pape. Le 15 août 1801, le pape accepte le texte.

Les règlements internes (les Articles organiques) laissés à l’appréciation du gouvernement, sont ensuite rédigés sans l’accord de la papauté (ils limitent fortement l’action de celle-ci). La totalité des textes concernant la religion catholique ainsi que ceux organisant le protestantisme et le judaïsme français, sont votés par le Corps législatif le 8 avril 1802 (18 germinal an X). Ils forment le régime concordataire français.

 

Le contenu du Concordat de 1801

Place du catholicisme en France

L’Église catholique accepte la diversité religieuse des Français. D’après le Concordat, le catholicisme n’est plus la religion de l’État comme c’était le cas avant la Révolution, mais il est la religion de la majorité des Français et en particulier celle des trois consuls qui dirigent la France.

Nomination du clergé séculier

Comme sous l’Ancien Régime, le gouvernement choisit les évêques et ceux-ci nomment les curés (ce qui n’était pas le cas avant la Révolution). Le gouvernement renonce ainsi à l’élection des curés et évêques par les citoyens tel que cela était organisé pendant la Révolution. Le clergé nommé doit jurer fidélité à la Constitution (donc au gouvernement en place), comme pendant la Révolution. Avec ce système le gouvernement s’assure d’un clergé composé d’amis dociles à ses directives.

Le pape retrouve un rôle dans le catholicisme français puisque c’est lui qui accorde les pouvoirs religieux aux évêques (institution canonique), ce qui n’était pas le cas pendant la Révolution (alors les évêques élus recevant ces pouvoirs de l’archevêque dont ils dépendaient et qui était lui-même élu).

Entretien du clergé catholique

Curés et évêques, devenus des fonctionnaires de l’État, reçoivent un traitement (salaire) qui doit leur permettre de vivre décemment selon leur rang. De ce fait l’Église catholique renonce à réclamer les biens qu’elle possédait avant la Révolution (ce qui tranquillise les nombreux acheteurs de ces biens qui avaient été mis en vente pendant la Révolution).

Réorganisation de la carte ecclésiastique de la France

250px-France_dioceses_1801.svg.png

Carte des diocèses français créés en 1801

Pour éviter une charge financière trop lourde le nombre d’évêques est réduit ainsi que le nombre de curés (généralement un par paroisse rurale (c’est-à-dire commune). Le nombre d’évêchés est réduit à 60.

Afin de réorganiser la carte ecclésiastique de la France, le 15 août 1801, le pape oblige le clergé réfractaire (qui lui était resté fidèle pendant la Révolution et qui était en exil) et le clergé constitutionnel à démissionner (le gouvernement napoléonien abandonne le clergé constitutionnel à son sort). Sur les 81 évêques réfractaires encore en vie en 1801, 38 refusèrent d’adresser leur démission au pape et donnent ainsi naissance à la Petite Église anti-concordataire (qui existe encore dans l’ouest de la France).

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s