FRANCE, GUERRE MONDIALE 1939-1945, HISTOIRE DE FRANCE, LEBENSBORN, MANOIR BOIS LARRIS (Oise), MATERNITE NAZIE

Le manoir de Bois Larris : un « Lebensborn » en France

Le manoir de Bois Larris

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Pendant la Seconde Guerre mondiale, les nazis ont développé en Europe des maternités destinées à « fabriquer » des enfants d’une « race » supérieure.

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Le manoir de Bois Larris• Crédits : Archive locale

La maternité de Lamorlaye est inaugurée le 6 février 1944. Nichée au bout d’une petite route qui serpente entre les futaies de hêtres, l’endroit se fait très discret. Les allemands la nomment Westwald, « Forêt de l’Ouest ».

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Le manoir de Bois Larris• Crédits : carte postale, archive locale

1er épisode : une pouponnière nazie en France.

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Le projet d’ouvrir une maternité SS en France avait germé dans l’esprit des nazis au printemps de 1942. Jusqu’alors, ils considéraient les Français comme un peuple abâtardi, issu de sang mélangé et donc « racialement » sans intérêt, raconte l’historien Fabrice Virgili. Heinrich Himmler se rend régulièrement à Westlwald et veut tout connaître de la vie quotidienne dans les Lebensborn. Il s’enquiert de la qualité de la nourriture, de la variété des menus qui y sont servis, de la taille du poids des nouveaux nés, de la forme de leur nez. Le Reischfürher de la SS nourrit une obsession maladive : redonner à la « race » allemande sa supposée pureté originelle en sélectionnant des géniteurs grands, blonds, aux yeux bleus. Les hommes sont alors encouragés à procréer en dehors du mariage. Et c’est aux femmes qui portent un enfant illégitime que les « Fontaines de vie » vont s’intéresser en priorité.

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Écouter Archive INA – Une femme née au Lebensborn raconte comment elle a découvert ses origines. Journal de 13h, France Inter, février 1975.

Archive INA – Une femme née au Lebensborn raconte comment elle a découvert ses origines. Journal de 13h, France Inter, février 1975.

Cet ancien « château Menier » que la famille du chocolatier avait baptisé « Tournebride » y est aujourd’hui connu sous l’appellation de manoir de Boris Larris. Boris Thiolay, journaliste et auteur d’une enquête sur ces français nés dans une maternité SS, s’est rendu plusieurs fois à Lamorlaye. La configuration de cette demeure de style anglo-normand, devenu un centre de réadaptation pour enfants, est quasi identique à ce qu’elle était pendant la guerre. En 1944, le domaine comprend deux corps de bâtiments. Près de l’ancien porche d’entrée, se trouvent la maison du garde, les communs et les écuries. C’est ici que logent les membres de la Schutzpolizei, chargés de la surveillance. De l’autre côté du bassin central, voici le manoir. C’est là que vivent les mères et les nouveaux nés. Gregor Ebner, le médecin général SS accoucheur en chef de ce Lebensborn, effectue un rapport d’inspection le 24 avril 1944.

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Le manoir de Bois Larris

Voici ce qu’on peut y lire : « Une activité impressionnante règne dans les pièces du rez-de-chaussée : salle de visite, chambres des mères et réfectoire. Les chambres manquent toutefois de couleur et d’images accrochés au mur ». La visite se poursuit : « Les berceaux sont fabriqués dans un matériau très sommaire, ce qui les rend dangereux. Il manque plusieurs objets nécessaires, comme, par exemple, un seau pour jeter les couches ou encore des tables de nuits ». Gregor Ebner conclut pourtant son rapport sur une note positive : « Les mères séjournant à Westwald font bonne impression sur le plan racial et semblent bien intégrées ».

2nd épisode : Les enfants du Lebensborn.

Pourtant personne ne semble s’en souvenir dans les environs. Lucienne Jean, présidente de l’association historique de Lamorlaye ALMA, a pu rassembler quelques témoignages oraux ténus sur cette époque : « la propriété était sévèrement gardée, il y avait des chiens policiers et il était interdit de s’en approcher (…) même les cavaliers allemands cantonnés dans les environs n’avaient pas le droit d’y aller ». Boris Thiolay est parti à la recherche des enfants français du Lebensborn en se rendant aux archives du Service International de recherche de la Croix-Rouge, à Bad Arolsen. Il y a ceux dont les prénoms furent francisés, ceux qui furent adoptés et qui reçurent le nom de leur nouvelle famille, celles qui se marièrent et changèrent de noms ou simplement les personnes qui quittèrent l’Europe. Selon un rapport français de 1948 consulté aux archives du Ministère des Affaires Etrangères, Boris Thiolay a acquis la certitude de 23 naissances à Lamorlaye, dont celles d’Erwin et Jean-Pierre.

Ecouter Archive INA – Le psychanalyste Michel Gribinski parle de la Fondation Lebensborn, qu’il étudie dans son ouvrage « Les scènes indésirables » (L’Olivier, 2009). Du jour au lendemain, France culture, janvier 2010.

Archive INA – Le psychanalyste Michel Gribinski parle de la Fondation Lebensborn, qu’il étudie dans son ouvrage « Les scènes indésirables » (L’Olivier, 2009). Du jour au lendemain, France culture, janvier 2010.

Erwin Grinsky, 75 ans, mécanicien à la retraite, a vu le jour en 1944 à Larmolaye. Sa mère, Elisabeth Grinsky, s’est retrouvée au manoir par un terrible enchaînement de circonstances. Sa famille, originaire de Navel en Pologne, immigre en France après la Grande Guerre. Elisabeth trouve du travail dans un orphelinat. Parlant parfaitement l’allemand, elle devient ensuite interprète pour l’occupant. C’est ainsi qu’elle rencontre un officier SS. Au printemps 1944, sa mère, enceinte et âgée de 34 ans, est admise au château Menier. Et ce n’est qu’en 1987, à l’âge de 43 ans, qu’Erwin a découvert le nom de son « géniteur » – c’est ainsi qu’il le nomme. Sa mère lui avait caché toute son histoire.

Jean-Pierre découvre ses origines à l’âge de 70 ans. Élevé en Lorraine par une infirmière de la Croix-Rouge, Jean-Pierre a toujours pensé être né dans la Meuse, à Bar-le-Duc, comme son acte de naissance l’indiquait…. A l’âge de la retraite, cet ancien militaire de l’Armée se lance dans une quête vertigineuse pour percer le mystère de ses origines. Comme des milliers d’autres enfants, Jean-Pierre était en réalité destiné à devenir l’élite du III Reich.

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Le manoir de Bois Larris

Avec Lucienne Jean, présidente de l’association historique de Lamorlaye ALMA, qui organise régulièrement des événements autour de ce pan de l’histoire de la ville resté méconnu ; Fabrice Virgili, historien français et chercheur au CNRS, spécialiste des relations entre hommes et femmes au cours des deux guerres mondiales ; Boris Thiolay, journaliste et auteur d’une enquête sur ces français nés dans une maternité SS ; Erwin Grinsky, témoin français né à Lamorlaye ; Jean-Pierre, témoin français né à Lamorlaye.

 

Un documentaire de Lénora Krief. Réalisé par François Teste. Documentation et recherche internet : Annelise Signoret. Archives INA : Christelle Rousseau. Avec la collaboration de Thibaut Téranian. (1ère diffusion : 22-23/06/2019)

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Bibliographie

Boris Thiolay : Lebensborn : la fabrique des enfants parfaits – Enquête sur ces enfants qui sont nés dans une maternité SS. Flammarion, 2014.

Fabrice Virgili : Naître ennemi – Les enfants des couples franco-allemands nés pendant la Seconde Guerre mondiale. Payot, 2014.

Marc Hillel et Clarissa Henri : Au nom de la race. Fayard, 1975.

 

Pour aller plus loin

Dessin de la Villa Tourne-Bride (Lamorlaye, Oise) par Stephen Sauvestre, architecte de la famille Menier, et de la Tour Eiffel.

Dossier sur la famille des chocolatiers Menier, anciens propriétaires du manoir de Bois-Larris.

Les enfants du projet Lebensborn. Au nom de la race pure, documentaire (52’) de James Cohen (BBC) à regarder sur Dailymotion.

The Nazi Party : The “Lebensborn” Program. Dossier à lire sur le site de la Jewish Virtual Library.

La recherche du père – Etat des lieux en Autriche. Article de Georg Lilienthal à propos des Lebensborn.

Liens

L’ALMA, Association Lamorlaye Mémoire et Accueil

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https://www.franceculture.fr/emissions/une-histoire-particuliere-un-recit-documentaire-en-deux-parties/histoires-de-lieux-collection-ete-2019-68-le-manoir-de-bois-larris

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