EGLISE CATHOLIQUE

Grégoire le Grand, pape et saint

Grégoire le Grand (540 – 604)

Un pape entre Antiquité et Moyen Âge

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Consacré pape le 3 septembre 590 vers l’âge de 50 ans, Grégoire 1er réforme l’Église et redresse les mœurs  du clergé. C’est pourquoi il est le seul pape avec Léon 1er (440-461) et Nicolas 1er (858-867) à porter le titre de Grand.

Premier pape évangélisateur, Grégoire le Grand se situe à la charnière entre l’Antiquité finissante et le Moyen Âge barbare… L’élévation spirituelle de son abondante correspondance lui a valu d’être nommé docteur de l’Église après sa mort.

Élu du peuple

Né à Rome dans une famille patricienne, Grégoire est l’arrière-petit-fils… du pape Félix III.

Après avoir exercé de hautes charges administratives, il renonce au monde, fonde un monastère bénédictin dans sa demeure romaine et s’y consacre à l’étude et à la prière. Le peuple de la ville, excédé par le délabrement de la Ville et de la papauté, le porte contre son gré sur le trône de saint Pierre.

Se détournant de l’empereur qui règne à Constantinople et de son représentant en Italie, l’exarque de Ravenne, le nouveau pape affirme sa suprématie sur les autres évêques tout en se qualifiant humblement de servus servorum Dei (« serviteur des serviteurs de Dieu »).

Il refuse au patriarche de Constantinople le droit de se qualifier de patriarche œcuménique , autrement dit « de tous les chrétiens ». C’est un pas supplémentaire vers la scission entre l’Église occidentale latine, fidèle à l’évêque de Rome, et l’Église grecque, soumise à l’empereur romain d’Orient et au patriarche de Constantinople.

Premier pape évangélisateur

En tant qu’évêque de Rome, Grégoire 1er conduit une grande procession peu après son avènement pour mettre fin à une épidémie de peste qui meurtrit la ville. Une légende veut que l’archange Saint- Michel apparaisse alors et, de son épée, terrasse la maladie. En son honneur est érigée une statue au sommet du mausolée d’Hadrien, sur les bords du Tibre, depuis lors appelé château Saint-Ange.

Le pape sait aussi se faire respecter des Barbares d’Occident. Il signe la paix avec le roi lombard qui domine l’Italie. Il entreprend là-dessus la conversion des Lombards d’Italie puis des Angles des îles britanniques.

À ce propos, une légende raconte que Grégoire, en sa jeunesse, aurait remarqué de beaux esclaves sur un marché de Rome. Qui sont ces hommes ? demanda-t-il. Des Angles, lui dit-on. « Non Angli, sed Angeli », rétorqua-t-il (« Pas des Angles mais des Anges »).

Devenu pape, Grégoire se souvient de cette rencontre et se dit qu’un pays dont les habitants sont semblables aux anges ne pouvait demeurer plus longtemps païen. Il envoie en Angleterre le moine Augustin. Celui-ci baptise le roi du Kent et devient le premier archevêque de Cantorbéry.

Dans les instructions que donne le pape aux missionnaires, il insiste sur la nécessité de respecter les coutumes locales et de faire confiance au temps pour amener les païens au christianisme (ces sages recommandations seront hélas oubliées du Saint-Siège mille ans plus tard lorsqu’il s’agira de l’évangélisation de la Chine).

« Dites à ces missionnaires que j’ai longuement réfléchi à leur travail chez les Anglais », écrit Grégoire. « Il leur faut se garder de détruire les temples de ce peuple ; qu’on détruise seulement les idoles qui s’y trouvent ; qu’on asperge ces temples d’eau bénite, qu’on y mette, à la place des idoles, des autels et des reliques des saints. Il est nécessaire que ces temples bien bâtis passent du culte des idoles à celui du vrai Dieu, mais pour cela, il est inutile de choquer le peuple. Quand les Anglo-Saxons verront que leurs temples restent debout, ils se rendront naturellement dans ces lieux qui leur sont habituels, pour adorer le vrai Dieu. Et puisqu’ils ont coutume d’immoler des bœufs  en sacrifice aux divinités, il faut faire servir cette coutume à quelque solennité chrétienne : par exemple, aux jours dédiés aux martyrs, qu’ils immolent leurs bœufs  en l’honneur des saints. En effet, dites bien à Augustin qu’il me semble absolument impossible de changer d’un coup les esprits. Après tout, quand on veut arriver au sommet d’une montagne, on monte pas à pas, on ne s’élève pas par bond » (note).

C’est ainsi qu’avec Grégoire le Grand, la chrétienté d’Occident sort de sa léthargie et entreprend d’évangéliser les populations païennes d’Europe occidentale et septentrionale. C’est le début d’une phase d’expansion qui ne s’est pas interrompue pendant 14 siècles.

Un pape musicien

En qualité d’évêque de Rome et fort de son érudition, le pape Grégoire 1er a eu à cœur  de rénover l’éducation et la prédication.

Il a perfectionné de nombreux points de la liturgie romaine. Ainsi a-t-il introduit le chant des neuf Kyrie Christe Eleison au début de la messe, déplacé le Pater noster à la fin du canon de la messe et ordonné les messes des jeudis de Carême. Il a sans doute aussi ordonné les messes de l’Avent(période liturgique précédant Noël) et rédigé le « sacramentaire grégorien ». Il est probable qu’il a également réorganisé le chant de la messe romaine en enlevant aux diacres et sous-diacres l’exclusivité des chants et en créant la Schola cantorum.

La tradition attribue aussi à Grégoire 1er la création du chant liturgique destiné à accompagner les offices religieux.

Certains érudits pensent toutefois que le chant grégorien serait né deux siècles plus tard, à Met, au temps de Charlemagne. En effet, les premières notations musicales sont apparues au VIIIe siècle à Metz et à Saint-Gall (aujourd’hui en Suisse).

Il n’en reste pas moins vrai que ce chant liturgique connut un grand développement sous l’impulsion des moines bénédictins et il fut qualifié de « chant grégorien » en l’honneur du pape Grégoire 1er qui fut lui-même bénédictin.

On observe d’autre part que certaines basiliques romaines (Saint-Pierre et Saint-Jean de Latran) ont conservé jusqu’au XIVe siècle un chant très différent du chant grégorien et qualifié de « vieux romain »… Peut-être certains chapitres de chanoines romains ont-ils voulu préserver leurs traditions, en opposition aux réformes du pape Grégoire 1er ?

Le débat reste ouvert quant à la paternité du « chant grégorien ».

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