AMELIE NOTHOMB (1966-....), ECRIVAIN BELGE, LITTERATURE, LITTERATURE FRANCOPHONE, LIVRE, LIVRES, LIVRES - RECENSION, SOIF, SOIF, LE DERNIER ROMAN D'AMELIE NOTHOMB

Soif, le dernier roman d’Amélie Nothomb

Soif

Amélie Nothomb

Paris, Albin Michel, 2019. 151 pages

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La  Passion du Christ revisitée par Amélie Nothomb

 

Soif, le dernier opus d’Amélie Nothomb, est en lice pour le prix Goncourt. La romancière donne la parole, dans un monologue intérieur, à Jésus dans ce récit de la Passion qui nous mène du Jardin de Gethsémani au Golgotha. se met dans la peau de Jésus juste avant sa crucifixion sur le ton du monologue intérieur. Mais les considérations du Christ virent très vite à la bêtise… 

Le dernier roman d’Amélie Nothomb figure, comme d’habitude, en tête des ventes de la rentrée littéraire. Et comme d’habitude, il a bénéficié d’une large communication enthousiaste de  la part des médias. L’auteur dit elle-même : « C’est tout simplement le livre de ma vie ! »

Ramener Jésus-Christ à ses pensées les plus intimes au-delà de ce que nous dévoilent les Evangiles : voilà le projet de Soif. Le récit de Nothomb prend la forme d’un monologue intérieur, qui commence au procès de Jésus et se termine après la résurrection. Cependant ce n’est pas la première fois que des romanciers s’attaquent à nous dire e qu’aurait pu être la vie de Jésus : tel La dernière tentation du Christ de Nikos Kazantzak. Comme bien souvent, en s’appuyant sur les évangiles apocryphes de Jacques, Amélie Nothomb s’attache à la fiction selon laquelle Jésus aurait été amoureux de Marie-Madeleine.

Même si l’auteur reprend certaines scènes que l’on connaît grâce au Evangiles elle s’en éloigne pour nous montrer un Jésus en révolte contre son Père, que son plan d’envoyer son fils sur la terre était tout sauf judicieux : bref Dieu aurait tout rater dans son projet ! Et Jésus subit cette passion sans comprendre de ce qu’elle a de salvateur pour l’humanité : en effet pour Amélie Nothomb cette souffrance acceptée par amour n’est qu’un scandale incompréhensible !

 

« Le corps, c’est bien ; l’esprit, c’est pas bien »

Le sujet du livre tourne en fait autour du corps : c’est par son corps que Jésus peut comprendre les autres, c’est les sensations qu’il éprouve par son corps qu’il peut vraiment exister ! En substance, toute la tradition chrétienne s’est trompée, et Dieu le Père (qui lui n’a pas de corps donc n’y comprend rien) La crucifixion est une « bévue »« nuisible jusqu’à l’épouvante », parce que « des théories d’hommes vont choisir le martyre à cause de [cet] exemple imbécile ». Au contraire de ce « mépris du corps », Jésus est Jésus parce qu’il est l’être « le plus incarné des humains » ; et d’ailleurs, Judas trahit parce qu’il est « très peu incarné » comme  nous le montre les rapports entre Jésus et Judas.

Ceci explique le titre du livre : la soif, pur besoin du corps, est à cultiver. Parce que « l’instant ineffable où l’assoiffé porte à ses lèvres un gobelet d’eau, c’est Dieu. […] Ce n’est pas la métaphore de Dieu, […] l’amour que vous éprouvez à cet instant précis pour la gorgée d’eau, c’est Dieu ». Pour Amélie Nothomb, le thème de la soif est central mais on peut se demander si cette « soif » est la même que celle éprouvée par les mystiques ou invoquée dans les écrits bibliques ? Pourtant certains journaux chrétiens et même catholiques Curieuse théologie (que ne renie cependant pas La Croix, se sont montrés enthousiastes dans cette évocation en notant « une belle méditation sur ce que signifie avoir un corps ».
Ainsi donc il ne faut s’étonner que Jésus vive une passion merveilleuse avec Marie-Madeleine, et qu’il proclame : « les plus grandes joies de ma vie, je les ai connues par le corps ». Il ne faut s’étonner non plus de la manière dont Jésus opère des miracles, ou même la façon dont il ressuscite !

 

Le christianisme vidé de son essence

Soif est finalement une expression quasi-achevée de ce que la postmodernité a conservé du christianisme : une croyance d’où les credos ont disparu au profit d’une posture dans l’air du temps : un Christ plus proche des religions orientales si en vogue pour prôner le « bien être » de chaque individu avec toutes les techniques du développement personnel. La tradition occidentale est rejeté au profit d’un hédoniste de la jouissance en même temps que toute idée de transcendance sur Dieu : toute la foi et  l’espérance chrétienne se trouvent de ce fait  balayée d’un revers de main par le Jésus de Nothomb : « Croire en Dieu, croire que Dieu s’est fait homme, avoir la foi en la résurrection, cela sonne bancal. […] On ne quitte pas le ras des pâquerettes, comme dans le pari de Pascal : croire en Dieu revient à miser ses jetons sur lui ». Non, ce qu’il faut désormais, c’est croire de façon « intransitive » ; croire tout court. Sans objet. Seul compte l’élan – seul compte le désir.

 

Le Jésus d’Amélie Nothomb peut-il combler cette soif d’éternité qui est en tout être ? Restons avec les paroles de saint Jean : « Quiconque boit de cette eau aura encore soif ;  mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle ».  (Jn 4, 13-15)

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